‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 26 sur 48 · PROCÉDÉS D EXPOSITIOIV DA>S LES SATIRES · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS D EXPOSITIOIV DA>S LES SATIRES

S. II, 2, 46-48. Anecdote de Gallonius. qui s'est rendu célèbre (en mal) pour avoir, le premier, fait mang-er de Testuroeon. Elle paraît empruntée à Lucilius. Elle est narrative; il s'agit d'un fait, non d'un propos. C'est un exemple remplaçant un argument pour prouver que le luxe de la table est une mode. Le v. 50 renferme une allusion très abrég'ée à une autre innovation culinaire postérieure à la précédente, peut-être de l'époque de Catulle.

Les V. 00-62 contiennent le portrait d'Avidienus, les v. 66- 69 des traits de caractère satiriques dWlbucius et de Naevius, mais non des anecdotes proprement dites, les v. 89-92 un trait de mœurs des anciens Romains.

L'histoire d'Ofellus et de la façon dont il a supporté la spoliation, V. 1 12-136, est une histoire locale, qu'H. connait parce qu'il est du pays. Après un court préambule narratif, elle aboutit à un discours, parce qu'H. tient à faire exposer par Ofellus lui-même une partie de ses théories, dont il a donné le sens général auparavant. Elle remplace un argument et sert à prouver que les habitudes de tempérance sont la meilleure précaution contre les revers de fortune.

S. II, 3, 32-3(). La rencontre de Damasippe et de Stertinius, sur le pont Fabricius, est sans doute un fait de la vie. dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

V. 60-62. L'anecdote de Fufîus, empruntée à la vie tliéàtrale (comme celle d'Arbuscula), parait être un fait divers contemporain. Elle est mêlée de récit et de discours. Elle sert de terme de comparaison et est introduite pour amuser.

y. 8i-99. Anecdote du testament de Staberius. C'est sans doute un fait divers récent. Elle est narrative. Les quelques mots prêtés à Stal)erius ne sont là que pour faire ressortir son entêtement. Staberius est un de ces types d'avares renforcés, qui, par leurs excès mêmes, rendent plus facile la démonstration de la folie.

V. 99-102. Anecdote d'Aristippe faisant jeter son or par ses esclaves. Elle est narrative. C'est une de ces histoires humoristiques, dont étaient parsemées les biographies des philosophes. Elle est empruntée à l'école. Elle oll're un exemple concret de folie. La forme que nous en a conservée Diog. Laerte II, 77 est moins déi'aisonnable. Damasippe-Stertinius paraît la corser dans 1 intérêt de son argumentation.

V. 132-141. Oreste tuant sa mère. L'anecdote est empruntée à la tragédie grecque. Elle est narrative. Damasippe-Stertinius 1 arrange pour les besoins de sa thèse ; d'après lui, ce n'est pas

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après le meurtre (conformément à la tradition courante;, c'est au moment même du meurtre qu'Oreste était fou. La conclusion qui s'impose, c'est ([u'il faut être fou pour tuer sa mère.

V. 142-1^)5. Derniers moments d'Opimius. C'est sans doute un fait divers contemporain qu'on se racontait, mais qui avait été arranj^é, sinon inventé par la malignité. Le récit, assez détaillé, aboutit au dialogue avec le médecin, qui est la chose importante. L'anecdote remplace un argument. Elle crie si nettement la conclusion, que Damasippe n'a pas besoin de la tirer.

V. 168-186. Dernières paroles de Servius Oppidius. Le préambule narratif est juste suffisant pour amener le discours, qui est le principal. Il s'agit dun habitant de Canusium, et, par conséquent, d'une anecdote locale ; H. l'a recueillie, parce qu'il était du pays. Elle devait être nouvelle pour le lecteur. H. ne s'en porte pas garant, v. 170 : fertur. Elle fournit la preuve qu'on peut être en proie à des maladies morales contraires : tcmoiii la famille d' Oppidius.

V. 187-213. C'est le dialogue d'Agamemnon et du pleheius stoïcien. Elle est conçue sous forme dialoguée sans récit. L important est en elVet le choc des opinions des deux pei^sonnages. L'anecdote est empruntée, soit à l'épopée, soit à la tragédie grecque. Elle devait être courante dans l'école. L'adaptation consiste en ce que Damasippe prête ?(U pleheius le raisonnementtj'pe de toute la pièce.

V. 214-218. Il s'agit d'un fait supposé; mais il est possible que quelque chose d'analogue se fût passé récemment à Rome et qu'un original eût enrichi la chronique scandaleuse de quelque extravagance pareille.

'V^. 226-2*18. Anecdote du viveur anonyme, qui enrichit ses fournisseurs. Elle est mêlée de récit et de discours. C'est vraisemblablement une scène empruntée à une pièce de la Comédie nouvelle. Elle remplace un raisonnement. C'est au lecteur à tirer la conclusion.

V. 239-2 i2. Le fils d'Aesopus absorbant une perle de Metella. C'est un fait divers contemporain. Eorme narrative. Damasippe indique sous forme interrogative la conclusion qui s'impose.

V. 243-2 i6. Les lils d'Arrius mangeant des rossignols. Fait divers contemporain. Forme narrative. Sur la façon de juger la chose, Damasippe feint de laisser liberté entière au lecteur. Le parti îi prendre n'est pas douteux.

V. 2o3-2r)7. Conversion de Polémon. C'est une anecdote tirée (!<' la biograplile des philosophes. Elle était courante dans

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l'école. Forme narrative. Elle n'est là que pour indiquer un bon exemple, qui ne sera pas suivi par les intéressés, et pour l'ornement.

Y. 2o9-271. Anecdote de lamoureux indécis. Après un court préambule narratif, elle prend la forme dramatique. En effet, c'est le commencement de la première scène de l'Eunuque. Elle est empruntée par H. à ses lectures de Térence. C'est un exemple sur lequel se base l'argumentation deDamasippe; mais l'anecdote ne se substitue pas à l'argumentation, comme ailleurs.

Les V. 272-273 sont une allusion à une coutume de la vie galante (oracle damourj, mais non à une anecdote proprement dite.

V. 276-278. Suicide de Marins après avoir tué sa maîtresse. G est un fait divers contemporain récente Forme narrative. Damasippe demande au lecteur comment il apprécie la chose.

V. 281-287. Anecdote de l'affranchi qui demande à ne pas mourir. Elle peut être traditionnelle, et, probablement, elle est arrangée, bien que la chose ne soit pas impossible. Elle est mélangée de récit et de discours. Damasippe indique qu'elle porte en elle-même sa conclusion.

y. 288-293. Vœu de la mère superstitieuse. L'anecdote peut être traditionnelle et typique. Elle est mélangée de discours et de récit. Elle remplace l'argumentation. Damasippe ne démontre pas que la mère est folle, cela est évident ; il définit nettement son genre de folie.

V. 303-304. Agave portant la tète de son fils sans le reconnaître. Anecdote empruntée à la tragédie grecque. Forme narrative. C'est un exemple prouvant qu'on peut avoir perdu la raison sans s'en apercevoir.

La S. II, 3 est de beaucoup celle qui contient le plus d'anecdotes. Cette surabondance s'explique par le sujet ; Damasippe- Stertinius voulant prouver que les gens vicieux sont fous doit citer des traits de folie émanant d'eux. Plus il en accumulera, plus sa thèse deviendra incontestable. Toutefois il est bien possible qu'H. ait voulu rendre sensible l'usage très fréquent que les prédicateurs stoïciens faisaient des anecdotes et caractériser leur manière. Elles découlent de sources diverses; il y en a qui proviennent sûrement de l'école (Aristippe, Polémon); celles qui sont empruntées à l'épopée ou à la tragédie (Oreste, Agamemnon,

1. Je lis avec Luc. Miiller, éd. de Vienne et od. stereot. niaior^ : ig'neni gladio scrutare. Modo, inquam, Hellade percussa...

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Agave) révèlent des halnludes stoïciennes. Les stoïciens puisaient également dans la comédie. II y en a qui sont tirées de la chronique scandaleuse contempoi-aine, dont s'inspirait largement H. II. doit sans doute à ses lectures la scène du début de l'Eunuque. Ce sont bien ses souvenirs personnels ([ui lui ont fourni l'épisode d'Oppidius.

S. II, 5, 55-()9. Anecdote de Nasica et de Coranus. C'est un fait divers contemporain daté (v. 1)2 sq.). Il est donc pris en pleine réalité. Forme narrative. Tirésias l'insère comme preuve que les captateurs de testaments peuvent être dupés.

V. 81-88. La vieille femme et son testament. Forme narrative. Tirésias donne la chose comme s'étant passée à Thèbes dans sa vieillesse. C'est donc un fait divers daté, mais par un mystificateur. Il s'agit sans doute d'une plaisanterie, à laquelle on a donné la forme d'une anecdote traditionnelle, ou d'une de ces dispositions bizarres, comme s'en permettaient parfois les testateurs Romains. C'est un exemple des ennuis auxquels s'exposent les captateurs de testaments.

La S. Il, tJ renferme un certain nombre d'anecdotes, mais ce sont des aventures, qui sont arrivées réellement à H. et qu'il raconte pour elles-mêmes. Elles ne rentrent donc pas dans le cadre de notre étude.

S. II, 7, 15-20. Anecdote de Volanerius. C'est sans doute une histoire, qui courait à Rome dans le monde des viveurs. Elle sert à caractériser un personnage et remplace un portrait. Forme narrative.

V. 32-35. Anecdote d'il, invité tardivement par Mécène. C'est sûrement un fait réel. Dave s'en sert pour compléter le portrait d'il, et démontrer la faiblesse de son caractère. Elle est mêlée de récit et de discours. IL. dans sa prédication morale, se sert d'anecdotes pour caractériser les vicieux; lors([u'il tourne sa S. contre lui-même, il est naturel (pi'il introduise des anecdotes personnelles.

V. 3()-42. Anecdote de Mulvius. Elle est également réelle. Elle a pour but d'introduire le discours accusateur de Mulvius, (pii exprime d'avance une partie des idées ((ue Dave va développer sur son maître.

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