Ex libr. incerlis, C
3. V. Zawadzki, Quaienus in Satiris Ilorafius vident ur imitatus esse Luci-t litim (Disserl. inaug. de Halle, 1880), p. 22, pense que Maenius et NomenUuus sont des noms empruntés par II. à Lucilius pour désigner par une allusion Inuisparonle des contemporains : « nihil obstat quin sumamus Horal"iin illi.ruin nominii)iis vern aeciualinni suoruu» nomina oblexisse ifa laiiicu iil a i)l(Mis(|iio aMnosccroiiliir ». i
l'emploi des noms propres dans les satires 289
le cas échéant, il pourrait bien s'attirer quelques ennuis juridiques ; d"où la conclusion forcée que les noms propres, fig-urant chez H. avec une intention satirique, sont bien des noms réels. Avant d'examiner comment il met en œuvre le procédé, il faut déterminer jusqu'à quel point il l'applique. Il y en a en elîet un autre, qui convient moins au satirique, mais qui sied peutêtre mieux au moraliste véritable — or H. prétendait être lun et l'autre — et qui consiste à laisser le vice anonyme. Ce système alterne chez H. avec le précédent, et il devait en être ainsi. Si en effet H. avait appliqué le premier dans toute sa rig-ueur, si chaque vice était sans cesse et constamment représenté par un nom, d'abord l'équilibre entre le satirique et le moraliste se trouverait rompu, ensuite le procédé serait devenu d'une monotonie rebutante et il aurait perdu ce qu'il a de piquant et d'imprévu ; si 1 on veut en tirer tout reft'et qu'il comporte, il ne faut en user qu'avec discrétion. Voyons donc dans chaque S. comment sont juxtaposés les deux systèmes et dans quelles proportions ils sont, pour ainsi dire, dosés. Naturellement H. les applique aussi à la critique littéraire, avec une tendance encore plus sensible dans ce dernier cas à l'emploi du nom propre.
S. I, 7. La circonstance est spéciale. 11 s'agit d'une anecdote, dont les deux héros sont Rupilius Rex et Persius. H. pratique à leur égard non pas l'invective des ïambes, mais la moquerie des S., avec cette restriction que les deux individus sont simplement tournés en ridicule sans qu'il en résulte aucun enseignement moral. Il les rapproche — en leur donnant l'avantage — de deux autres insulteurs, eux aussi vii^^oureusement embouchés, Sisenna et Barrus, v. 8. Cela fait i personnes ridiculisées en 33 vers.
S. I, 2. Ici l'anonymat et la désignation directe alternent. Nous avons un avare, v. 4 sq., et un prodigue, \. 7 sq., anonymes ; le personnage indécent du v. 25 sq. est anonyme; au v. 28 sq. les adeptes de l'adultère sont présentés comme une collectivité anonyme ; il en de même, v. 30, pour le coureur de mauvais lieux. Dans l'anecdote de Caton, v. 31 sq., l'individu qui est l'objet de félicitations ironiques est un « quidam notus homo ». Il s'agit d'une histoire lointaine et l'individu n'était sans doute pas nommé dans la source d'H. ou son identité importait peu. Quant aux mésaventures des moechi des v. 41 -iO, il n'est pas douteux que les contemporains d'il, ne pussent, mettre des noms — et peut-être plusieurs — sous chacune d'elles. H. les a présentées comme des aventures typiques, sans vouloir les particulariser par des noms propres. 11 faut noter en outre que l'argumenla- IX. — Cautallt. — SiUires d'Horace. !'-♦
290 ÉTUDK SUK LES SATIRES d' HORACE
lion d'il, est cliri-^œe en j^-rande partie contre l'interlocuteur fictif, personnage vague et indéterminé par essence. Toutefois les noms propres abondent dans cette pièce ; ce sont : v. 3 sq., Tigellius, le prodigue ; v. 12 sq., Fufidius, Tusurier et l'avare; v. 2o, Malthinus, Te pudibond ; v. 2", llutillus, l'homme élégant jusqu'à l'exagération, et Gargonius, qui se néglige jusqu'à la malpropreté; V. 30, Cupiennius, l'adultère professionnel ; v. 4(j, Galba, qui proteste contre les cruautés arl)itraires et illimitées exercées à l'égard des mocchi; v. 48 sq. et 53 sq., Sallustius et Marsaeus, qui se ruinent avec les airranchies; v. 64 sq., Villius et Longarenus, les deux amants inégalement partagés, Fausta, la fille de Sylla ; V. 81 ,Cerinthus 1, probablement un pathicus assez mal bâti ; v. IM , Ilypsaea, sans doute une débauchée peu difficile ; v. 9o, Catia, la matrone impudique et effrontée; v. 134, Fabius, stoïcien rigide, qu'H. se charge de mettre en contradiction avec lui-même; soit en tout 10 noms propres pour 134 vers. H. use donc ici largement du procédé. Dans la première partie de la pièce il veut simplement démontrer que les gens qui ne sont pas philosophes tombent d'un excès dans l'autre; ces excès, il les choisit à son gré. Par conséquent, s'il nomme Tigellius, Fufidius, Mallhinus, Ruiillus, Gargonius, c'est de parti pris, et parce qu'il veut leur faire ki leçon en passant. Les autres victimes lui sont désignées par son sujet même ; nous ne savons pas pourquoi il a pris celles-là plutôt ({ue d'autres; c'étaient sans doute celles que lui désignait l'opinion pubH(iue. Pour Galba, il n'est pas sûr qu'il, ait voulu le ridiculiser; c'était peut-être tout simplement un juriste philosophe, qui protestait contre les rafrinements de cruauté que le vulgaire approuvait contre les adultères -. Quant à Fabius, c'est la doctrine stoïcienne qu'il atteint dans sa personne.
S. I, 3. Outre que, dans cette pièce, l'interlocuteur fictif supporte une discussion assez développée, H. fait un grand u.sage de l'anonymat, et, à ce point de vue comme à d'autres, cette S. revêt un caractère spécial. V. l sq., il prend à partie la
I. Si on lil, V. SO si|., avec les mss. : Nec mao-is huic iuloi- iiiiioos uiri (les(iue lapillos (Sit licol hoc, Corinlho, tiium) tonerunist feinur..., CtMinliius ne peulêlre niruii moerhus, (jui poursuit les matrones riches ; si on adopte la correction fiio -.Nec maj^is huic^inler niueos uiridesque lapillos SU licet, hoc, Cerinlhe, luo tonerunist fonuir..., Cerinthus est un ])rostilué peu séduisant, dont lo lapprochcmenl l'sl injurieux pour la matrone; cotte seconde hypotiu'so osl peut-être la plus vraisemhlal)le.
'2. Cf. Luc. Muller, édit. de Vienne, ml v. 46.
collectivité des musiciens, avant de personnifier leurs travers dans Tigellius; V. 19 sq., il se donne lui-même comme tvpe de médisant ; le procédé de s'otî'rir en pâture n'est ici qu'cmbrvonnaire, mais il sera développé d'une façon amusante dans le second livre ; v. 29 sq., il laisse anonyme le portrait du personnage qui a de grandes qualités et de petits défauts, et dans lequel on peut vraisemblablement reconnaître Virgile ; il est probable qu*H. ne l'a pas nommé par discrétion, et pour ne pas tomber de nouveau dans le travers qu'il s'était fait reprocher au début, c'est-à-dire la perspicacité à découvrir et à signaler le mal chez nos amis; v. 43 sq., il signale un certain nombre d'imperfecfections physiques, que l'indulgence des pères atténue chez leurs enfants : un seul nom propre, celui du nain Sisyphus. v. 46 sq. ; il aurait été contre la doctrine qu'il prêche en les particularisant par une désignation directe, dont la malignité se serait emparée; de même, v. 49 sq., pour les petits défauts, auxcjuels il tient à ce qu'on pardonne ; une galerie de noms propres aurait justement accentué la satire, tandis qu'H. conseille la bienveillance. Au V. .jo sq., lorsqu'il s'agit de combattre la sévérité exagérée, H. en signale l'existence sans mentionner nommément ceux qui y sont enclins, et se range lui-même parmi ceux qu'il blâme : nos, V. 55. L'énumération des qualités pouvant être facilement tournées en défauts n'est accompagnée d'aucun nom propice, sauf celui d'H. lui-même , v. 63 sq. Outre la raison de bienveillance, qui devait dans tout ce passage engager H. à employer l'anonymat, il y en avait sans doute une autre : le mélange de qualités et de défauts est une propriété si universelle de la nature humaine, qu'il ne semble pas utile de la particulariser dans des individus ; quant aux amis trop sévères, H. en connaissait probablement dans son entourage ; mais ce n'est pas là un de ces vices signalés, dont les représentants sont connus de tout le monde et que le public désigne de lui-même en même temps que Técrivain ; des noms propres sur un pareil sujet n'auraient pas eu d'intérêt pour les lecteurs. V. 80 sq., nous avons affaire à un défaut anonyme et hypothétique ; de même pour les fautes légères des v. 90 sc[. Au v. 96 sq. H. attaque les stoïciens comme une collectivité, dans laquelle il ne distingue personne ; il lui aurait été facile de mettre en scène un Crispinus ou un Fabius. V. I 15 scj., il suppose une faute sans importance et un crime grave, sans donner de noms propres. On se demande pourquoi il a laissé anonyme le stoïcien, qu'il corrige si vertement à partir du v. 124 ; il s'agissait d'un pauvre diable,
292 ÉTUDE SUR LES SATIRES JJ IlOHACE
comme il v en avait beaucoup dans les rues de Rome, et H. n'a pas jugé à propos de particulariser; toutefois, même dans cette pièce, l'esprit satirique d'attaque personnelle ne perd pas complètement ses droits ; outre Tigellius l'ori-^nnal et Sisyphus l'avorton, II. mentionne, v. 21 sq.,Maenius, l'homme caustique, sévère pour son ami, etNovius,qui avait sûrement ses défauts, bien qu'il fût inhumain de les mettre trop crûment en lumière ; V. 40, Balbinus, l'amoureux prévenu, et Hagna, la coquette allligée d'un polype; v. 82, Labéon, le fou; v. 80, Ruso, le créancier impitoyable et ridicule; v. 138 sq. , Crispinus, le sot ; si on peut admettre qu'au v. 129 Hermogenes reyoit un compliment véritable, en revanche, aux v. 130 sq., le savoir faire d'Alfenus n'est loué qu'avec une allusion désobligeante à la bassesse de son origine ; son nom doit donc se joindre aux précédents, et cela fait en tout, si l'on ajoute H. lui-même, 11 noms propres pour 142 vers. Parmi ces individus, trois seulement sont en relation directe avec le sujet de la pièce : H. et Maenius, les amis indulgents pour eux-mêmes, sévères pour autrui, Novius, le type de l'humanité moyenne, chez qui les qualités et les défauts se compensent. Les autres ne viennent que par accident ; H. les a choisis volontairement, pour leur porter un coup en passant, et donner ainsi du sel et du montant à la pièce. S. I, 4. Indépendamment de l'usage de l'interlocuteur fictif, voici les cas où, dans cette pièce, H. emploie l'anonymat : v. 3 sq., il énumère les principaux vices que poursuivaient les poètes de la Comédie ancienne ; il n'y avait lieu qu'à tracer un tal)leau d'ensemble, qui l'autorisât à attaquera son tour les mêmes vices, mais sans donner les noms d'étrangers, morts depuis longtemps, noms qui n'auraient pas eu d'intérêt pour ses lecteurs ; v. 20 sq., il caractérise rapidement les vices dont sont atteints les hommes, et qui font la matière de la S. : avarice, ambition, débauche, caprices des collectionneurs, amour du lucre. Les deux procédés d'H. sont ici mélangés dans des proportions fort inégales : Albius seul est nommé, v. 28 ; partout ailleurs l'anonymat; l'inégalité ne paraît avoir d'autre cause que la fantaisie du poète ; V. 74 s(i., H. se moque des récitateurs indiscrets de leurs projires œuvres ; il est certain que, s'il l'eût voulu, il eût pu citer des noms ; V. 81 sq., définissant la médisance venimeuse, et en donnant ensuite un exemple, il impute la chose à l'interlocuteur lictif anonyme, bien que le trait qu'il lui met dans la bouche soit très particulier ; V. 122 sq., exposant le .système de son père, il fait naturellement prédominer les noms propres ; pourtant, aux v. I2i sq.,
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il se contente de la désignation vag-ue : hic atque ille ; lui-même, en rendant compte de ses méditations intérieures, se sert, V. 136 sq., des mots : quidam, illi, bien qu'il ait sûrement dans l'esprit des personnes déterminées. L'anonymat ne paraît, en somme, employé que pour varier, dans une pièce qui contient un grand nombre de noms propres et qui devait justement en contenir^ puisqu'il s'ag-it surtout de définir et de justifier le procédé. Nous trouvons, indépendamment du collectionneur Albius, V. 6 sq., Lucilius, dont les vers sont durs, et qui écrit mal; V. 13 sq., Grispinus, l'improvisateur sûr de lui; v. 21 sq., Fannius, l'écrivain populaire; v. 52 sq., Pomponius, le fils de famille débauché ; v. 63 sq., Sulcius et Caprius, les accusateurs de profession; v. 69, Caelius et Birrius, les gens de sac et de corde ^ ; v. 72, Tigellius Hermogenes, le critique commun et méprisable ; v. 92, Rufillus et Gargonius, qui ne sont là que parce qu'H. se cite lui-même ; v. 94, Petillius Gapitolinus, accusé de péculat; v. 109 sq., le fils d'Albius et Baius, des gens ruinés ; V. 112, Scetanius, l'amant des matrones de mauvaises mœurs; V. 114, Trebonius, l'adultère pris en flagrant délit; c'est-à-dire, en tout, 17 noms propres pour 143 vers. La mention des mauvais écrivains est ici à sa place, puisque un côté du sujet d'H. est de défendre sa manière d'écrire contre des pratiques difTérentes de la sienne ; il en est de même de celle d'Hermogenes, qui se mêlait à tort de juger ; quant aux gens vicieux, ils sont empruntés à des catégories assez diverses ; mais il s'agit justement de démontrer que les coquins n'ont pas le droit de se fâcher quand on les attaque directement; Pomponius lui-même, qui surgit assez inopinément, rentre dans cette catégorie.
La S. 1, o est un récit de voyage; elle n'a la prétention ni la possibilité d'évoquer aucun type de vice ; elle ne se prête pas non plus aux attaques personnelles ; l'esprit satirique n'en est pourtant pas totalement absent, mais il n'y tient qu'une petite place. V. 34, le préteur de Fundi, Aufidius Luscus, a paru ridicule à H., qui se moque de lui; v. 37, l'allusion aux Mamurra paraît être un souvenir de Gatulle ; v. ol sq., l'intention d'H. ne
1. Fr. Oelschlager, Beitràge zurErklarung (1er Satiren des Iloraz (Progr. de Scllweinfurt, 18G0), p. 8, considère Caelius el Birrius comme des grassatores : « Caelius und Birrius mochten die grassalio wohl ans l.iebliaberei treiben, wie Nero Suet. 26. Tac. Ann. XIII, 2:5., ein aller Unfug zu Rom, dessen schon Quinclius Kasso beschuldigt wurde, Liv. III, 13, 3 ». Mais cf. S. II, 1, 42.
20 i ÉTUDIÏ SLR LES SATIIŒS d'hOIIACP:
paraît pas être de tourner absolument en ridicule le sciirra Sarmentus et Messius Cicirrus, mais de les signaler comme auteurs de saillies, qui, pour être g-rossières, n'en sont pas moins amusantes; v. 100, le Juif Apella n'est peut-être pas un individu particulier qu'H. veuille railler de sa superstition ; le nom était commun comme nom d'esclave et d'alfranclii ; il semble que ce soit aux gens de cette sorte, et non à l'un d'entre eux spécialement, qu'H. s'en prenne. Au total, 3 noms propres seulement, dont l'un est probablement collectif, employés dans une intention satirique, en i04 vers.
S. I, 6. La pièce est d'une espèce particulière. H. n'a pas voulu faire d'une façon générale la satire des petites gens qui prétendent aux honneurs sans que leur naissance les désigne pour cela ; il traite la question à son point de vue personnel, et se répand en confidences sur lui-même. Aussi les noms propres sont-ils relativement peu nombreux ; v. 27 sq., le candidat obscur, qui se fait remettre à sa place par les électeurs, est laissé anonyme, ainsi que les électeurs ; de même, v. 90 sq., les mécontents, qui se plaignent de n'avoir pas des ancêtres illustres; les noms propres n'auraient sans doute pas manqué à II., s'il en avait cherché. Quant aux personnages nommés, ce sont : V. 12 sq., Laevinus, le noble taré, mais qui en impose encore au peuple par ses ancêtres; v. 24 sq. et 107 sq.. Tillius, raml)itieux qui, cassé une fois, rentre dans la carrière des honneurs, mais n'arrive pas à la considération; v. 30 sq., Barrus, un fat en quête d'admiratrices; v. 40 sq., Novius, un simple allVanchi qui a réussi à devenir magistrat; v. 120, le plus jeune des Novius, qui paraît être un brasseur d'atlaires louches, un usurier ; v. 124, Natta, un avare dégoûtant. Au v. 38, Syrus. Dama, Dionysius sont des noms quelconques d'esclaves, qui ne désignent personne en particulier; au v. 72, Flavius est un magister de petite ville, simplement désigné comme tel. Nous avons donc en tout 0 noms propres, employés dans une intention satirique, en 131 vers. Laevinus, Tillius, Novius se rattachent étroitement au sujet de la pièce, et H. avait toute raison de les nommer ; c'est arbitrairement au contraire et pour leur donner un coup en passant, qu'il y a inséré Harrus, le cadet des Novius et Natta ; ceux-ci appartiennent à la catégorie des victimes touchées à l'improviste, sans nécessité et par suite de la malignité du poète.
S. I, 8. La pièce n'a aucune intention morale, mais elle est très satirique ; à propos de l'aventure oll'rayante de Priape, IL a trouvé moyen de se moquer d'un certain nombre de gens ridicules.
Canidia et Sao^ana. v. 23 sq., sont les deux héroïnes de la scène et la cause directe du malheur arrivé à Priape. H. a corsé la S. en y attaquant : v. 11, le scurra Pantolabus et le viveur Xomentanus; v. 39, Iulius, avec Pediatiusqui a des vices contre nature et le voleur Voranus. En somme, 7 noms propres (dont î) sans rapport véritable avec le sujet) pouroO vers.
S. I, 9. On se demande pourquoi H. a laissé lintrigant anonyme. Dans la S. 8 du 1. II il n'a pas craint de nommer Xasidienus. Evidemment il y avait à Rome bien des aventuriers, qui essayaient de circonvenir Mécène et de g-agner ses bonnes grâces. H. a-t-il voulu donner à l'aventure, grâce à l'anonvmat. un caractère typique, c'est ce que nous ignorons. Il semble bien qu il s agisse dune histoire réellement arrivée, et dans laquelle Aristius Fuscus a joué un rôle; d après le v. 3, quidam, notus mihi nomine tantum, H. aurait pu dire le nom de l'importun; il a préféré le taire. La nature de la pièce ne se prêtait pas à des attaques satiriques ; aussi, ne sont-elles ici qu'en nombre insignifiant : V. 11 sq., Bolanus est un homme colère, dont H. envie ici le défaut — la moqiierie est très lég-ère et faite sous forme sympathique — : v. 25, Hermogenes reçoit un compliment ironique'; v. 69 sq., les Juifs sont bafoués comme circoncis et superstitieux. Nous n'avons en somme que 2 noms propres pour 78 Acrs, et ils n'ont point de rapport avec le sujet de la pièce; H. les introduit donc en passant, et, en outre, le trait qu'il lance n'est pas bien méchant.
S. I, 10. L'interlocuteur fictif supporte une partie de la discussion. Le sujet delà pièce étant la justification du jugement d'il, sur Lucilius, c'est surtout contre Lucilius que la S. est dirigée ; v. 6, Laberius est jugé comme écrivant dans un genre peu littéraire ; V. 17 sq., H. reproche à Hermogenes de vouloir faire de la critique sans connaître les bons auteurs ; le personnage désigné par (c simius iste » est pour nous anonyme, mais l'anonymat devait être transparent pour les lecteurs, — c'est peut-être Demetrius. H. le blâme de borner son répertoire lyrique à Calvus et à Catulle ; v. 22 sq., il reproche au rhodien Pitholeon son jarg-on, analogue à celui des haJjitants de (]anusium, ; v. 25 sq., il lance en passant un trait contre Petillius, qui s'était mis dans un mauvais cas ; V. 31 sq., il confesse l'erreur qu'il a commise lui-même en écrivant d'abord en grec; v. 36 sq., il se moque du mauvais
1. Dans la S. I, 3, 129 sq. le compliment est peut-êlre sincère, mais il est mis, comme ici, dans la bouche d"un personnage anlipalhique.
290) ÉTUDE Si;i\ LES SATIBES o'hOHACE
style d'un poète, dont il ne nous donne que le surnom, Alpinus ; V. 46, il constate que Varron de TAtax n'a pas réussi dans la S. (non plus que quelques anonymes — quibusdam aliis, v. 47); V. 53 sq., il paraît s'associer aux critiques formulées par Lucilius contre Accius et Ennius ; v. 01 sq., il signale Cassius l'étrusque comme un improvisateur forcené; v. 78 sq., il assure de son indifférence méprisante Pantilius la punaise, Demetrius, l'inepte Fannius, commensal de Tig-ellius Hermogenes ; v. 91 sq., il envoie brutalement promener Demetrius et Tigellius Hermogenes. Soit en tout, et en comprenant H. lui-même, 14 noms propres pour 92 vers. Ils représentent tous des écrivains ou des critiques, dont la mention rentre par conséquent tout naturellement dans le cadre de la pièce, qui est une S. littéraire. Il n'y a d'exception que pour Petillius : si H. rappelle sa mésaventure, qui n'avait rien à faire avec son sujet, c'est parce qu'il veut lui décocher un trait en passant. Du reste l'emploi des noms propres dans cette pièce donne lieu à une remarque ; tous ne sont pas là uniquement comme des exemples à ne pas imiter. Pantilius, Demetrius, Fannius et Tigellius Hermogenes sont des ennemis particuliers d'H., dont il a à se plaindre, et il leur adresse de véritables injures, qui rappellent les invectives des ïambes.
S. I, 1. C'est l'interlocuteur fictif, par suite anonyme, qui soutient une partie importante de la discussion; en outre H. a recours à l'anonymat dans les cas suivants: v. 1 sq., c'est un travers universel que d'être mécontent de sa condition : H. exprime donc la chose dans sa généralité. Les exemples fournis sont pris dans des professions différentes: v. 4 sq., le soldat, le trafiquant sur mer, le jurisconsulte, le paysan ; v. 29, le petit commerçant. H. ne pouvait donner des noms propres, qui n'auraient rien prouvé, justement parce qu'ils auraient été trop })articvdiers ; v. 23, il parle des bouffons en général, comme terme de comparaison; v. 57, siquos, au pluriel et sous forme hypothétique : c'est une classe de gens, ce n'est pas un individu qu'il a en vue ; v. Gl, bona pars hominum, de même ; v. ()i sq., l'avare athénien, iiéros de l'anecdote, n'est pas nommé; il s'agit d'une histoire traditionnelle, dont le personnage n'était peut-être pas nommé dans la source d'il., ou bien II. a i)ensé que le nom d'un étranger, inconnu de ses lecteurs, n'aurait pour eux aucun intérêt ; il s'est donc contenté de <■ quidam » ; aux v. 108 sq..il revient à la désignation générale — nemo —, [larce (pi'il envisage le travers dans son universalité. Si large que soit renq)loi de lanonymal, il n'exclut cependant pas celui des noms propres. Nous renconfions : v. 13 s([., Fabius, le philosophe bavard ; v. 9i sq.,
l"e5iploi des ^OMs propres dans les satires 297
Ummidius, le vieil avare qui a mal fini; v. 101 sq., Naevius et Nomentanus, deux dissipateurs; v. 105, Tanais, un eunuque, et le beau-père de Visellius, un débauché; v. 120, Crispinus le philosophe stoïcien, soit en tout 7 noms propres en 121 vers.> Les philosophes sont en rapport direct avec le sujet, puisque H. fait de la philosophie, mais d'une certaine façon, en voulant se distinguer des professionnels. Il en est de même des prodigues ou des avares, puisqu il s'agit justement d'observer, en ce qui concerne la convoitise et l'usage de l'argent, une juste mesure. Quant à Tanais et au beau-père de Visellius, ils reçoivent en passant un coup inattendu.
S. II, 2. Elle est dirigée contre les gourmands ; or les gourmands sont flétris dans la personne de l'interlocuteur fictif, et, en outre, comme collectivité : v. il horum, v. oO uos (avec l'apostrophe), V. 76, omnis. II est bien certain qu'H. connaissait ces grands personnages, ces millionnaires qui faisaient des choses de la table une aifaire d'Etat, qui se ruinaient, par vanité et pour faire parler d'eux, en excès plus singuliers que réellement agréables. Or il a évité de les nommer. Ce ne peut être que par prudence. S'il avait voulu citer des noms propres, il fallait les choisir dans la haute société de Rome : H. n'a pas osé le faire. Il dit leur fait aux coupables, mais sous le voile de l'anonymat. Pourtant nous trouvons, v. 66 sq., Albucius et Naevius ; mais ce sont seulement deux amphitryons, l'un trop scrupuleux, l'autre trop négligent ; ce ne sont pas les types des dissipateurs insensés, dont il est question dans la première partie de la pièce, Gallonius, V. 47, est un personnage de Lucilius ; il appartient donc à une génération antérieure. L'« auctor praetorius » du v. 50 est une allusion qui devait être transparente pour les contemporains; mais le nom propre est évité. Trausius du v. 99 paraît être un individu de fortune moyenne, qui faisait des dépenses au-dessus de ses forces. Ce n'était pas un des représentants de la grande vie. Quant à Avidienus, v. 55 sq., dont H. mentionne le sobriquet, le Chien, et dont il fait un portrait détaillé, c'est un avare, représentant l'excès opposé à celui qui fait le sujet de la S. En tout 5 noms propres en 136 vers.
S. II, 3. Indépendamment du rôle joué par l'interlocuteur fictif, l'anonymat tient ici une grande place ; v. 30, lethargicus hic..., c'est une allusion à une anecdote qui ne nous est pas connue ; v. 53 sq., Est genus unum Stultitiae... (l'homme timide à l'excès)... Alterum et huic uarum (l'imprudent incorrigible)..., ce sont deux collectivités ; v, 65, Damasippi créditer, il n'est
298 ÉTUDE SUR LES SATIlUvS D HORACE
pas nommé; sing-ulicr collectif; 77 sq., ce sont les ambitieux, les avares, les dissipateurs, les superstitieux et en général tous les vicieux, que Stertinius convoque autour de lui, pour leur faire la leçon ; il ne cite pas de noms propres, mais ceux-ci viendront bientôt; v. 104 sq., Siquis emat citharas..., trois maniaques anonymes et hypothétiques; v. 109 sq., Qui nummos aurumque recondit..., un avare quelconque; v. 111 sq., Siquis ad ingentem..., un avare quelconque et hypothétique ; V. 164 sq., Non est periurus neque sordidus... uerum ambitiosus et audax..., c'est un individu supposé : pas de nom propre; V. 21 4 sq. , Siquis lectica. . . , maniaque supposé : pas de nom propre ; V. 22G sq., Hic simul accepit.,., prodigue anonyme; c'est sans doute un personnage de comédie; v. 247 sq., Aedilicare casas... Siquem delectet barbatum . . . , maniaque hypothétique et anonyme ; V. 259 sq., amator Exclusus.,., c'est l'amoureux du commencement de l'Eunuque; H. le laisse anonyme ; v. 281 sq., Libertinus erat..., affranchi anonyme, c'est une anecdote dont nous ignorons l'origine : ou le nom manquait dans la source d'H., ou il n a pas jugé à propos de le reproduire; de même pour la « mater pueri... cubantis » des v. 288-293. A côté de l'anonymat, nous trouvons ici un autre procédé qui en est voisin, c'est la mention des personnages de l'épopée ou de la tragédie désignés par leur nom : V. 132 sq., Oreste, v. 187 sq., Agamemnon, v. 303 sq.. Agave. La S. ne porte sur eux que pour donner une leçon indirecte aux contemporains. En regard des anonymes, les personnages nommés sont très nombreux dans cette pièce, où H. a mélangé les deux systèmes. 11 s'y donne lui-même en pâture, et, au moins en apparence, c'est contre lui que la S. est dirigée ; mais ce n'est là ({u'un artifice, et, en réalité, sa verve s'exerce aux dépens de nombreuses victimes; v. 60 sq.,Furms, l'acteur ivre, qui s'endort sur la scène ; v. 69 sq., Nerius et Cicuta. deux hommes d'affaires retors; v. 75, Perellius, le prêteur qui prend ses sûretés mais inutilement; v. 84 sq., Staberius, le richard vaniteux; V. 86, Arrius, le prodigue ; v. 100 sq., Aristippe. le philosophe grec; v. 142 sq., Opimius, l'avare qui se laisse mourir par économie; V. 171 sq., les deux fils de Servius Oppidius, Aulus et Tiberius, l'un prodigue, l'autre avare; v. 175, Xomontanus, le dissipateur et Cicuta déjà nommé; v. 22 i, Nomentanus déjà nommé; v. 239 sq., le fils d'Aesopus, un dissipateur; v. 2i3 sq., les deux fils de Ouintus Arrius, deux viveurs effrénés ; v. 277 sq., Marins, qui tue sa maîtresse et qui se tue ensuite; v. 287, Menenius, l'ancêtre t^^pique des fous; v. 310, le gladiateur Turbo, fier
l'emploi des noms propres dans les satires 299
malgré sa petite taille. De toute cette série de personnages il n'y a que Fufîus qui soit introduit subrepticement, pour recevoir un coup en passant; les autres servent à la démonstration; Arrius, lui-même, au v. 86, est évidemment là pour représenter la prodigalité, bien que Damasippe ne s'appesantisse point sur son cas. A cette galerie il faut ajouter H. lui-même qui avoue, en riant, v. 30o, qu'il est, tout comme les autres, « stultus et insanus », Damasippe, à qui, tout en paraissant fort curieux de ses théories, H. dit son fait au v. 326 — il le considère comme un plus grand fou qu'il ne peut l'êti^e lui-même — et Stertinius, l'auteur responsable de la doctrine atteint du même coup; cela fait, en 326 vers, 20 victimes nommées'.
S. II, 4, Le principal effort de la S. porte évidemment sur le maître de Catius, Catius lui-même n'étant qu'un très humble disciple et un écho docile, comme Damasippe. Il est singulier qu'H. ne lait pas nommé, puisqu'il avait bien mis en scène Stertinius, et qu'il n'a pas hésité à ridiculiser Nasidienus. Suivant le -Comment. Cruq. Catius est un certain Catius Miltiades qui avait composé un opus pisforiiim, et il n'y a pas de raison pour ne pas accepter ce renseignement. Son nom indiquant un affranchi, on a supposé que son maître était le philosophe épicurien Catius, que Porphyrion donne comme l'auteur d'un ouvrage en quatre livres : De rerum natura et de siimmo hono, que mentionne Quintilien, X, 1, 12i, et dont Cicéron annonce la mort, ad fam., XV, 16, en 4o av. J.-C. Mais, aux v. 88 sq., H. parle évidemment d'un vivant ; reste donc l'hypothèse que Catius était un affranchi du philosophe, qu'après la mort de celui-ci il s'était attaché à l'un de ces viveurs célèbres qui se piquaient de donner le ton et d'être des inventeurs en fait d'art culinaire, et que, profitant de son éducation philosophique et littéraire, il se fit le héraut delà gloire de son nouveau patron. Ce patron, H. ne l'aurait pas nommé, pour la même raison que, dans la S. II, 2, il évite de mettre en scène les gourmets fameux, dont il blâme les excès. Ici même il aurait pu sans difficulté introduire un certain nombre de ces représentants de la haute vie, qui cherchaient par des innovations culinaires une célébrité de mauvais aloi. Il n en mentionne qu'un, Aufidius, v. 24; au v. 3o sq., il laisse anonymes les téméraires qui prétendent être passés maîtres dans l'art d'organiser un dîner et qui ne connaissent pas à fond le
1. Polemon, le viveur converti, v. 2ot, ne parait pas devoir fif^nirer ici : c'est un exemple à imiter.
300 ÉTIDK SLK LES SATIKES d'iIOHACE
goût des choses; au v. 37 sq., les bourreaux d'argent, (jui achètent à tout prix des poissons, et ne savent pas les accommoder; au V. 47 sq., les inventeurs, qui se spécialisent sur un point de détail, noua tantum crustula promit; au v. 7() sq., les maladroits, qui ne font pas valoir par le service un poisson acheté à grands frais; au v. 78 sq., les maîtres de maison, qui ne se piquent pas d'une propreté scrupuleuse. A tous ces travers H. aurait pu accoler des noms ; s'il ne l'a pas fait, c'est sans doute un parti pris, et parce qu'en exprimant très nettement son opinion sur les choses, il voulait ménager les personnes. Nous n'avons ici que 2 noms propres, Catius et Aulidius, en 9") vers.
S. II, 5. L'introduction de Tirésias et d'Ulysse dans la question de la captation des testaments peut passer pour un enjolivement du système de l'anonymat. Il n'est pas douteux qu'il n'y eût à Rome des gens passés maîtres dans lart de conquérir les héritages, qui pouvaient former des élèves, et qui peut-être avaient codifié leur art; il y avait également des vieillards, qui étaient circonvenus, courtisés, et qui devaient être la fable de Rome. De là une double galerie de portraits qu'H. aurait pu agrémenter de noms propres. Types de fripons : v. 10 sq., celui qui prodigue les petits cadeaux et les égards extérieurs; v. 27 sq., celui qui paie de sa personne et prend vigoureusement en main les alfaires de son patron, en ne ménageant pas les services réels; V. 45 sq., l'homme prudent, qui s'insinue dans les maisons où il y a un (ils — mais mal portant —, de façon à cacher son jeu; V. 70 sq., celui qui se résigne à partager avec une gouvernante rusée ou avec un alVranchi; v. 74 sq., le complaisant eiîronté et sans scrupule de morale; v. 93 sq., l'obséquieux, qui est aux petits soins ; v. 106, le persévérant, qui jette de nouveau ses filets le lendemain de la mort d'une de ses dupes. Types de victimes : V. 14, le riche sensible aux petits cadeaux; v. Ui sq., le co(juin parvenu par des moyens répréhensibles, ravi d être considéré ; v. 27 sq., l'homme malhonnête et processif, qui est tout disposé à se débarrasser sur autrui de la conduite d'alVaires scabreuses; v. 70 sq., le vieillard imbécile, tombé entre les mains de domestiques avides ; v. 74 sq.,le vaniteux; v. 75 sq.,le li])ertin ; v. 93, le douillet qui se fait dorloter — , victimes plus ou moins conscientes, ([ui trouvaient leur avantage dans les manèges dont elles étaient l'objet. Évidemment 11. connaissait tous ces types; il les prend dans la réalité, il ne les invente pas; s'il ne les nomme point, c'est en vertu de ce principe de discrétion très sensible dans le deuxième livre, c[ui lui fait préférer 1 ano-
l'e-ajploi des noms propres dans les satires 301
nymat à la désignation précise. Nous ne trouvons qu'un couple de noms propres v. oo sq. : Nasica et Coranus, Xasica convoitant la fortune de son gendre Coranus, qui la lui soustrait. Au V. 41, le mauvais poète Furius n'est introduit qu'accidentellement par une malice voulue d'il, et n"a pas de rapport direct avec le sujet. Dama, v. 18 et 101, est un nom d'esclave et d'alîranchi; il désigne un parvenu malpropre, dont le maniement journalier est particulièrement repoussant. Il ne semble pas qu'H. ait en vue un individu particulier. Au v. 84 sq., la vieille, qui impose à son héritier un tour d'adresse si difTicile et si dégoûtant, reste anonyme. C'est une anecdote traditionnelle, qui circulait sans nom propre ou avec un nom grec qu'H. n'a pas jugé à propos de reproduire. iVu total, nous n'avons que 3 noms propres pour 110 vers.
S. II, 6. Une partie de la S. est consacrée à des confidences personnelles et se prêtait mal à l'emploi des noms propres, en vue de l'enseignement moral. Mais, à propos des importuns qui le tourmentaient à Rome et voulaient profiter de son influence, H. aurait pu introduire toute une collection de noms propres et se venger ainsi des ennuis qu'on lui causait. Or, parmi ces solliciteurs insupportables, il n'a cité que Roscius, v. 34 sq., et la corporation des scribes, v. 30 sq., sans en désigner aucun personnellement. Il laisse anonymes, comme il l'avait fait pour l'intrigant de la S. I, 9, le quémandeur pressant du v. 38 sq., les curieux avides de nouvelles du v. oO sq., l'indiscret du V. 23 sq., qui, sans égard pour l'heure matinale ou pour le temps qu'il fait, exige de lui une caution en justice qui pourra plus tard lui occasionner des désagréments. Au v. 28 s(|., H. n'avait aucune raison pour désigner les inconnus qu'il bouscule dans la foule et qui l'injurient, mais il aurait pu donner un nom pour l'homme avide du v. 8 sq., qui tient à agrandir à tout prix son domaine, pour le héros de l'anecdote du v. 10 sq. Dans l'Épître 1, 7 il a mis en scène un citadin, le crieur Volteius Mena, que l'avocat Philippe transforme pour un temps en un paysan, et qui se trouve fort mal du changement. Ici il aurait pu nous présenter un paysan entraîné à la ville et bientôt dégoûté de sa nouvelle condition par les mécomptes qu'il subit; il a préféré raconter la fable des deux rats. L'anonymat domine donc dans cette pièce; à côté de Roscius, nous n'avons à citer qu'Arollius, V. 78 sq., le richard embarrassé de sa fortune, qu'H. paraît plaindre autant que blâmer; cela fait 2 n(mis propres insérés dans un but satirique, en 117 vers.
302 ÉTUDK SUR LES SATIRES d'hORACE
S. II, 7. Le principal patient est H. lui-même et l individu fictif, contre lequel Dave polémise et qui dépasse parfois la personnalité d'il.; mais une partie de la S. tombe aussi par un retour équitable sur Dave et sur ses inspirateurs, le portier de Crispinus et Crispinus lui-même, dont les exagérations ne sont soumises au lecteur que pour qu'il les réduise à leur juste valeur. H. aurait pu introduire un t^rand nombre de noms propres ; comme dans la S. I, 2, il attaque les nioechi, mais avec cette différence qu'il n'en nomme aucun ; ce n'était sûrement pas qu'il en manquât à Kome. De même, pour les maîtres nioins libres, par suite de leurs passions, que ne le sont leurs esclaves eux-mêmes, H. pouvait sûrement fournir une collection piquante de noms propres : il s'est abstenu ; l'amoureux anonyme du v. 89, qui ne peut se détacher malg^ré les demandes d'argent et les mauvais traitements, paraît être un personnage de comédie. Ici donc l'anonymat domine. Nous trouvons pourtant, outre Dave l'esclave impertinent mais auquel au fond H. ne donne pas tout à fait tort, ainsi que Crispinus et son portier converti au stoïcisme et qui fait des prosélytes, v. 45, Priscus, l'homme inconstant et bizarre qui a successivement tous les vices, v. 8 sq.; le scurra Volanerius, qui joue aux dés par intermédiaire, quand la goutte l'empêche de manier les dés lui-même, v. 15 sq. ; Mulvius, le pai-asite mal commode, qui, tout vicieux qu'il est, croit valoir autant que son patron, v. 36 sq. Au v. 54 Dama est un nom particulier d'esclave, mais qui est pris ici, comme dans les S. I, () et II, 5, dans un sens générique : H. ne paraît pas avoir en vue un individu déterminé. Il y a donc G personnes directement atteintes en 118 vers.
S. II, 8. C'est contre Nasidienus et la fayon dont il entend son rôle d'amphitryon, qu'est dirigé le ridicule. La circonstance ne se prêtait pas à l'emploi satirico-moral des noms propres. Nomentanus nous est donné comme un honmie très au courant des choses, (jui aide son patron à faire les honneurs, et le console dans l'infortune; Vibidius et Balatro, comme de grands buveurs et des gens d'esprit ; Porcins, comme un bouffon qui sait son métier; il ne semble pas qu'il, veuille se moquer d'eux. Curtilhis, v. 52, est nommé sans commentaires comme l'inventeur d'une variante dans la confection de la sauce do la murène; il y a sans doute une intention satirique voilée. Quant à Canidia, bien qu'elle n'eût rien à faire dans la circonstance, eHe est traitée injuricusement au v. Mi sq. Cela fait 3 noms propres pour 95 vers : Nasidienus, Curtillus, Canidia. Il est assez
l'emploi des noms propres dans les satires 303
singulier qu'H. ait ridiculisé directement un homme comme Nasidienus, qui recevait Mécène à dîner. On ne peut guère supposer que le nom soit inventé ou dénaturé, puisqu'il l'appelle tout au long- Nasidienus Rufus. Mais c'était un sot, et l'on peut croire que ^Mécène lui-même était bien aise qu'il reçût une leçon.
S. II, 1. On ne saurait considérer Trebatius comme une victime d'H. H. fait de lui un portrait assez amusant, mais qui n'avait rien qui pût le choquer. Il laisse anonymes, v. 1 sq., Sunt quibus... altéra... pars..., ses ennemis littéraires, dont les critiques se détruisaient en s'opposant, et, v. 42, infestis latronibus, les gens de sac et de corde, qui lui en voulaient. V. 85, il parle d'un vicieux en général, Opprobriis dignum. Lucilius ne reçoit ici que des compliments, intéressés, puisque H. s'abrite derrière lui. En revanche, comme H. prétend justifier le procédé de l'emploi des noms propres, tout en déclarant qu'il se tiendra désormais sur la défensive, il rUvive par une citation le coup porté à Nomentanus et à Pantolabus, v. 22, et il s'amuse à en frapper de nouveaux ; il fait ainsi comparaître Milonius, qui oublie le décorum quand il a bu, v. 24 sq. ; l'accusateur Cervius, qui se sert de son expérience pour assou^àr ses colères personnelles, v. i7 ; Canidia l'empoisonneuse, v. 48 ' ; Turius, le juge prévaricateur, v. 49; Scaeva. le dissipateur qui a empoisonné sa mère, v. 53 sq. Cela fait en tout 7 noms propres en 86 vers; ils sont choisis arbitrairement, et ils ne se rapportent au sujet de la pièce que parce qu II. tenait à user du procédé, pour attester son droit à le faire.
En résumé, si 1 on examine la fréquence de l'emploi satirique des noms propres dans les S., on arrive aux résultats suivants : les deux livres des S. contiennent 2H3 vers et 135 noms propres, soit 1 nom propre pour environ 15 vers et deux tiers; mais le rapport est très différent entre les deux livres, qui se distinguent à cet égard, comme à un certain nombre d'autres points de vue; le I®"" 1. contient 1030 vers et 87 noms propres, soit I nom propre pour un peu moins de 12 vers, le IP, 1083 vers et 48 noms propres, soit sensiblement 1 nom propre
1. Il est diiïicile de dire s'il faut entendre Albuci... uencnum, par : le poison dont se sert Albucius, ou : le poison auquel a succombé Albucius ; on d'autres termes, si Albucius figure ici comme empoisonneur ou comme empoisonné. La seconde hypotlièsc est la plus vraisemblable : Canidia avait fait de mauvais coups; celui-ci pouvait en être un; elle n'avait pas besoin d emprunter ;i autrui ses recettes.
304 ÉTUDE SUR LES SATIRES d'iIOKACE
pour 22 vers et demi. Ainsi, dans le II' livre, l'emploi en question est moins fréquent, d'abord parce qu'H. devient plus sobre d'attaques personnelles , ensuite parce qu'il adopte une variante du système, qui consiste à consacrer toute une S. à un seul personnage. Si l'on prend isolément les S., elles se rangent dans cet ordre : 1. I, S. 10, avec i nom propre pour 6 vers et deux tiers; S. 8, avec 1 nom propre pour un peu plus de 7 vers; S. 2, 4 et 7, avec 1 nom propre pour un peu plus de 8 vers; S. 3, avec 1 nom propre pour un peu moins de 13 vers ; S. 1, avec 1 nom propre pour un peu moins de 17 vers et demi; S. 6, avec 1 nom prppre pour environ 22 vers; S. 5, avec 1 nom propre pour 34 vers et deux tiers ; S. 9, avec 1 nom propre pour 39 vers; — 1. 11, S. 1, avec 1 nom propre pour un peu plus de 12 vers; S. 3, avec 1 nom propre pour un peu plus de 1(3 vers; S. 7, avec 1 nom propre pour 19 vers et deux tiers ; S. 2. avec 1 nom propre pour un peu plus de 27 vers ; S. 8, avec 1 nom propre pour 31 vers et deux tiers; S. 5, avec 1 nom propre pour 3G vers et deux tiers; S. 4, avec i nom propre pour 47 vers et demi; S. 6, avec 1 nom propre pour 58 vers et demi.
En ce qui concerne le mode d'introduction du nom propre employé dans une intention satirique, H. témoigne d'une assez grande variété; il n'aime pas la monotonie; il ne reproduit pas des formes stéréotypées ; il s'abandonne à sa fantaisie. Quelquefois il apostrophe ses victimes, mais ce cas est assez rare : S. I, 2, 81, Cerinthe, apostrophe de rhétorique; S. I, 6, 2i, quo tibi, TiUi... (cf. V. 107), de même; S. I, 9, 11, 0... Bolane, apostrophe pathétique, justifiée par l'état d'exaspération où se trouve H.; S. 1, 10, 90, Demetri teque Tigelli..., H. invective directement (les ennemis personnels. Partout ailleurs le nom propre est mentionné sans apostrophe. Dans quelques S., par une fiction poéli(pic. H. s'entretient avec sa victime (S. II, 4), qui parfois se croit son bourreau (S. II, 3 et 7).
S. I, 7, 8, il se sert du pluriel emphatique, Sisennas, Barros. Mamurrarum, S. I, 3, 37, est employé d'une favon analogue; II. parK' de la famille, mais il paraît avoir surtout en vue le Mamurra de CatuHe. Partout ailleurs il omploio le singulier.
S. I, 8, :{9, pour iK'signer un débauché, il féminise son nom : fragilis Pediatia, pour : Pediatius.
Quehpiefois il use de la périphrase : ou bien la périphrase est simplement desiri]>tive et ne renferme pas de nom propre; il faut croire qu'elle était sidïisamment claire peur le lecteur :
l'emploi des noms puopkes dans les satires 303
s. I, 10, 18 sq., neque simius iste Nil praeter Caluum et doctus cantare Gatullum ; il s'agit sans doute de Demetrius, rapproché de Tigellius Hermog-enes, v. 79 sq. et 90. S. II, 2, 50, auctor praetorius, il s'agit d'un certain Rufus, qui avait mis à la mode de manger des cigognes, et que le peuple, à cause de cela, aurait, d'après Porphyr. et le Comment. Cruq., repoussé de la préture, — plus vraisemblablement, d'après Luc. Millier, du consulat, ce qui expliquerait qu'il fût resté uir praetorius — ; ou bien la périphrase comprend un nom propre, et désigne l'individu par sa famille : S. I, 4, 109, Albi... lilius, il semble bien, d'après le contexte, que le père avait laissé à son fils une fortune, que celui-ci avait mangée. S. I, 6, 121, Nouiorum... minoris, c'était, d'après Porphyr., un usurier : on ne voit pas pourquoi H. le désigne ainsi ; est-ce parce que c'était un cadet qui déshonorait la famille? S, I, 1, lOo, socerumque Viselli, c'était, d'après les scholiastes, un débauché; peut-être Visellius était-il un fort honnête homme, que les débordements de son beau-père rendaient très malheureux ; la périphrase contiendrait une intention comique. S. 11, 3, 239. filius Aesopi, c'était à cause du talent de son père, comme acteur tragique, qu'il était connu; c'était par lui qu'il était riche ; par lui-même, il n'était qu'un viveur insignifiant ; de là, la désignation, qui forme une anthithèse significative; v. 243, Quinti progenies Arri, ou bien les deux fils déshonoraient conjointement leur père, ou bien, si leur père était déjà un viveur, ils continuaient les traditions de famille. 11. n'a sûrement pas employé la périphrase au lieu du nom propre au hasard. S. II, 7, 45, Grispini ianitor, appellation d'une naïveté comique dans la bouche de Dave, qui a les relations qu'il peut et pour qui le portier de Crispinus est une autorité philosophique.
Partout ailleurs H. se sert du nom tout court. Dans la façon dont est introduit le nom propre on peut distinguer plusieurs cas. 11 n'est accompagné d'aucun qualificatif; il faut alors que le contexte soit assez clair pour que la signification saute aux yeux. S. I, 7, 8, Sisennas, Barros, ce sont des insulteurs à la langue bien pendue. S. I, 2, 46, Galba negabat, c'est un jurisconsulte, qui protestait contre la barbarie et l'arbitraire des châtiments infligés aux adultères; v. fit, in Fausta, la fille de Sylla ; v. 07, Longarenus, c'est un amant de Fausta; v. 81, Gerinthe, le texte est douteux et obscur, il semble que c'était un pathicus mal bâti; v. 91, Ilypsaea caecior illa, Ilypsaea était aveugle, mais était-ce au physique IX. — Cautaui.t. — Satires d'Horace. 20
30() ÉTIOE SLK LliS SATIIŒS D IIORACK
OU au moral? v. '.>5, ni Catiast, c'esL une matrone im])Udique; v. 13i, Fabio uel iudice, d'après les schol. Fabius aurait été pris lui-même en ilagrant délit d'adultère ; mais il se peut qu'il . le raille ici simplement comme un stoïcien, qui, en vertu de la doctrine, considère les choses extérieures, même les plus pénibles, comme indifférentes. S. I, 3, 21, Nouium, c'est un homme qui avait des défauts; mais nous ignorons lesquels; V. 82, Labeone insanior ipso, quel que soit le personnage, c'est pour II. un fou avéré. S. I, 4, 52, Pomponius, c'est un fils de famille qui se conduit mal; v. 72, Ilermogenisque Tigelli, le contexte montre qu'H. le considère comme un homme du vulgaire ; V. 142, Scetani dissimilis sis, c'était un coureur de courtisanes. S. I, 5, 37, Mamurrarum, les Mamurra étaient assez connus par l'histoire. S. I, 6, 121, Nouiorum... minoris, il semble que ce fût un faiseur d'atîaires louclies, mais le contexte n'est pas sutïisamment explicite. S. I, 8, 39, Iulius, c'est évidemment un vaurien, mais le contexte ne nous dit pas de quelle espèce. S. 1, 10, 79, Demetrius, il est déterminé plus loin. S. I, 1, 101 sq., ut uiuam Naeuius aut sic Vt Nomentanus. ce sont évidemment des dissipateurs; v. 105, Est inter Tanain quiddam socerumque Viselli. Ici nous ne devinerions pas. sans le concours des scholiastes, que Tanais est un eunuque, et le beau-père de Visellius justement le contraire. S. II, 2, 99, Trausius, c'est un individu de fortune moyenne, qui faisait des dépenses au-dessus de ses forces. S. 11, 3, ()9, a Nerio, c'est un homme d'alfaires retors; v. 8G, arbilrio Arri, c'est un prodigue; v. 175. Tu Nomentanum, tu ne sequerere Cicutam. l'un est le type de la prodigalité, l'autre de l'avarice; v. 224, luxuriam et Nomentanum arripe mecum, Nomentanus, dans ce passage, est le type du dissipateur ; v. 287, fecunda in gente Meneni, Menenius est l'ancêtre typique des fous. S. II, 7, 45, Crispini ianitor, Crispinus est caractérisé par la suite comme un professeur stoïcien.
Le nom propre est accompagné d'un adjectif ou d'une apposition, qui nous renseignent sommairement sur Tindividu. S. 1,2, 3(), Cupiennius. c'est un débauché qui se réserve pour les femmes (hi monde. S. 1,3, 138 sq., ineptum... Crispiuum. S. I, 4. t)9, Caeli Hirrique latronum, ce sont des gens capables de tout. S. I, 5, 100, ludaeus Apella, c'est un Juif, et, comme tel, superstitieux. S. I, 8, 11 (= S. Il, 1, 22'. Panlolabo scurrae Nomenlano([ue nepoti, un boulVon et un viveur; v. 25, cum Sagana maioie, radjectif est très obscur, et les scholiastes en
discutent le sens, sans rien savoir de positif; v. 39, fra^-ilis Pediatia furqiie Voranus, un débauché et un voleur. S. I, 9, 11 sq., 0 te, Bolane, cerebri Felicem ! c'est un homme qui avait la tête près du bonnet. S. I, 10, 22, Rhodio... Pitholeonti, l'adjectif nous renseig-ne sur la patrie de Pitholeon ; il est vraisemblable qu'elle implique un sens méprisant; v. 53, tragici... Acci ; V. 78, ciniex Pantilius, cimex est une injure; la punaise est plate et puante : c'est une de ces deux choses, peutêtre toutes les deux, qu'a voulu dire H. ; v. 79 sq., ineptus Fannius Hermogenis... conuiua Tigelli, Fannius est le commensal d'Hermog-enes, et c'est un sot. S. 1, 1, 13 sq. , loquacem... Fabium, c'est un philosophe bavard ; V. 120, Crispini... lippi, on ne sait s'il faut prendre l'adjectif au sens physique ou au sens moral'-. S. II, 5, 18, spurco Damae, c'est un parvenu malpropre (cf. V. loi. Dama sodalis, avec un pathétique ironique) ; S. II, 7, oi sq. , Dama Turpis, personnage vulgaire et malpropre; dans ces trois derniers cas, Dama est un nom typique.
Le nom propre, avec ou sans qualificatif, est accompagné d'une courte caractéristique, décrivant le travers attaqué par H. S. 1, 2, 3 sq., cantoris... Tigelli... Quippe benignus erat..., le musicien Tigellius était généreux; v. 25, Malthinus tunicis demissis aml)ulat..., c'est un pudibond; v. 27 (= S. I, 4, 91 sq., avec l'épithète d'ineptus en plus), Pastillos Rufîllus olet, Gargonius hircum, l'un est trop soigneux de sa personne, l'autre ne l'est pas assez. S. I, 3, 46 sq., ut abortiuus fuit olim Sisyphus, c'était une espèce d'avorton; v. 40, ueluti Balbinumpolypus Hagnae, Hagna est une coquette affligée d une infirmité et Balbinus un individu aveuglé par la passion; v. 129 sq., Hermogenes est un chanteur et un musicien remarquable ; v. 1 30 sq. , Alfenus est un ancien cordonnier ou un ancien barbier, selon qu'on lit avec les mss. de Keller et Porphyrion sutor, ou avec le Blandin. uetustiss. tonsor. S. I, 4, 28, stupet Albius aère, c'est un collectionneur passionné pour les bronzes ; v. 05 sq. , Sulcius acer Ambulat et Caprins, rauci maie cumque libellis, ce sont des accusateurs professionnels, toujours en quête de victimes; v. 109 sq., Albi ut maie uiuat fîlius utque Baius inops, fils de famille qui ont dissipé leur patri-
1. H. Dûntzer, Des Horatius Canidiagedichle, X. Jahrb. f. Phif. u. Paedag., t. 143, 1892, p. "697-613, croit, p. 599, que Sagana est la maitrcsso de Canidia ; car maior, v. 2.j = mâchtiger, slarker.
2. La conj. de Bentley lippuin s"api)liquant à H. lui-même est liés séduisante.
moine; v. 114, deprensi non bellast fama Treboni, c'est un adultère qui s'est fait prendre en llag-rant délit. S. I, o, 34, Aufidio Lusc'O praetore, magistrat municipal, ancien scribe, qui se rend insupportable par sa vanité et ses embarras. S. I, 6, 12 sq., Laeuinum, Valerig-enus, descendant d'une grande famille, mais taré; v. iO sq., Nouius colleg-a, c'est un magistrat, qui n'est qu'un simple alTranchi ; v.l24, inmundus Natta, c'est un avare qui, avant de faire du sport, se frotte avec de l'huile à brûler. S. I, 9, 25, Hermogenes est un chanteur de talent. S. I, iO, 6, Laberi mimos, Laberius est le célèbre auteur de mimes; v. 17 sq., pulcher Hermogenes, le bel Hermogène a, en littérature, des connaissances insuffisantes; v. 30 sq., Turgidus Alpinus — c'est un poète ampoulé, dont le style est détestable ; v. 40, experto frustra Varrone Atacino, Varrondel'Atax a échoué dans la S. ; v,56, uersus Enni grauitate minores, Ennius est un versificateur insuffisant ; V. 90 sq. , Demetri teque Tigelli, ce sont des professeurs de musique et de chant pour actrices et courtisanes. S. II, 2, 47 sq., Galloni praeconis erat acipensere mensa Infamis, le préteur Gallonius s'est illustré dans un certain monde en mettant à la mode de manger de l'esturgeon; v. 06 sq., Albuci... senis..., c'est un maître de maison exigeant dans le service jusqu'à la cruauté ; v. 68 sq., simplex Naeuius, c'est au contraire un maître de maison très négligent. S. 11, 3, 09 sq., Cicutae Nodosi..., c'est un homme d'affaires qui s'entendait à prendre ses sûretés ; v. 75 sq., Perelli..., c'est un prêteur d'argent, qui n'est pas toujours heureux dans ses placements ; v. 243 sq., Quinti progenies Arri, viveurs (|ui avaient imaginé, pour se singulariser et se ruiner plus vite, de manger des rossignols; v. 310 sq., Corpore maiorem... Turbonis in armis Spiritum et incessum, gladiateur trop })etit, mais à l'air et à la démarche fiers. S. II, 4, 24, Aulidius est un innovateur en cuisine. S. Il, 5, 40 sq., Furius est un poète bour.souHé, dont le style est fort mauvais. S. II, 0, 34 sq., Roscius... , c'est un homme qui abusait de la complaisance de ses amis ; v. 78 sq., Andli Sollicitas... opes, homme riche , mais à qui sa richesse même causait beaucoup de tracas. S. II, 8, 52, Curtillus, innovateur en cuisine; V. i)5, Canidia, son soufïïe est plus empoisonné que celui des serpents d'Afrique. S. 11, 1, 24 sq. , saltat Milonius..., c'est un homme qui se grise, et tjui, lorsqu'il est gris, se met à danser ; V. 47 , Ccruius ira tus. . . , c'est un accusateur professionnel, cjui traîne devant les tribunaux ses ennemis personnels; v. 48, Canidia, c'est une empoisonneuse; v. 49, Turius, juge prévaricateur. La caractéristique est parfois développée jusqu'à devenir un
véritable portrait. S. 1, 2, 12 sq., Fufidius, usurier et avare; V. 48 st[., Sallustius, débauché qui se ruine avec des courtisanes et qui prétend être dans son droit et ag-ir au mieux de la morale et des convenances. S. 1, 3, 3 sq., Sardus.. Tigellius, non seulement il avait des caprices comme tous les artistes, mais c'était, dans tous les détails de la vie, un excentrique extraordinaire ; V. 86 sq., Huso, usurier qui tourmentait ses débiteurs inexacts par des reproches qui n'en finissaient plus '. S. I, 4, 6sq., portrait de Lucilius comme écrivain, avec ses qualités et ses défauts. S, I, 6, 24 sq. et 107 sq., Tillius, une première fois cassé comme mag-istrat, a réussi à entrer de nouveau dans la carrière des honneurs, mais n'a pas de quoi tenir son rang ; v. 30 sq., Barrus est un fat, qui s'en fait accroire sur ses charmes physiques, et cherche partout à faire des conquêtes. S. II, 2, 55 sq., portrait détaillé et poussé très au noir de l'avare Avidienus, surnommé le Chien. S. II, 3, 84 sq., portrait moral de Staberius, l'avare colossalement riche, et explication des raisons qui Font déterminé à faire un testament bizarre. S. II, 7, 8 sq., Priscus, c'est un homme absolument inconstant et qui a successivement tous les vices; v. 15 sq., Scurra Volanerius, c'est un joueur tellement déterminé que, paralysé parla goutte, il a pris quelqu'un à g'ages pour jeter les dés à sa place; v. 36 sq., Mulvius est un parasite sans moralité, mais raisonneur.
Les victimes d'H. sont dans certains cas le centre d'une anecdote, et l'anecdote est quelquefois précédée du portrait. S. I, 2, 55 sq. , Marsaeusa fait cadeau à une actrice de la maison et de la propriété de son père, et il justifiait sa manière d'agir ; v. 64 sq., ^ illius, l'amant évincé, est réuni à Fausta, la lille de Sylla et à Longarenus, l'amant heureux, dans une même anecdote. S. I, 3, 19, H. se fait accuser de sévérité dans ses jug^ements, dans une anecdote hypothétique; v. 21, Maenius, qui a été pris en flagrant délit de médisance vis-à-vis de Novius, n'est pas, du reste, autrement déterminé. S. I, 4. 13 sq., Crispinus provoque H. à un concours d'improvisation ; l'anecdote paraît inventée par H. ; V. 21 sq., Fannius est un écrivain populaire, qui n'attend pas qu'on vienne lui demander ses ouvrages; il sollicite l'éditeur;
1. Il semble que ce soit ainsi qu'il faille entendre « hhtorias » ; il leur raconte des histoires assommantes; Porphyr., le Ps.-Acr. et le Comm. Cruq. en font un historien, qui lisait ses œuvres à ses débiteurs pour les punir. Le renseignement parait provenir du fexte même d'il, interprété arbitrairement.
V. 94 sq., De Gapitolini... furtis... Pelilli, allusion à lu mésaventure de Petillius traduit en justice pour péculat * (cf. S, I, 10, 25 sq.). S. I, 5, 51 sq., H. raconte la prise de bec de Sarmentus et de Messius Cicirrus, en donnant dos détails sur la personne des deux bouffons. S. I, 40, 'M sq., H. mentionne sa propre mésaventure, lorsqu'il s'est avisé de faire des versg-recs; \. (')[ sq., à propos de Cassius l'étrusque caractérisé comme un improvisateur forcené, H. rappelle l'histoire, d'après laquelle ses manuscrits et leurs boîtes auraient pres(pie suffi à lui constituer un bûcher. S. I, 1, 95 sq., Ummidius tué d'un coup de hache par une affranchie; l'anecdote est précédée du portrait de l'avare. S. II, 3, (iO sq., Fulius, l'acteur, s'étant enivré un jour, s'est endormi sur la scène en jouant son rôle ; v. 100 sq., Graecus Aristippus..., c'est l'anecdote de l'or jeté dans les déserts de Libye ; v. 1 i2 sq., Opimius l'avare se laisse moiu-ir par économie ; l'anecdote est précédée d'une caractéristique ; v. 108 sq., Servius Oppidius, à son lit de mort, met ses deux fils Aulus et Tiberius en garde, le premier contre la prodigalité, le second contre l'avarice; V. 239 sq., histoire de la perle de Metella, que le fils d'Aesopus a fait dissoudre, pour avaler d'un seul coup un million de sesterces; V. 277 sq.. Marins s'est tué après avoir assassiné Hellas, sa maîtresse. S. II, 5, 57 sq., histoire de Coranus, jouant à son beau-père Nasica, captateur de testaments, le tour de le déshériter. S. II, 1, 53 sq., histoire du viveur Scaeva, qui s'est débarrassé de sa mère en douceur, en l'empoisonnant avec du miel.
Enfin certrjines victimes d'H. occupent mie S. tout entière. La S. I, 7 est consacrée à Rupilius Hex et à Persius ; la S. I, vS, en grande partie, aux pratiques magi({ues de Canidia et de Sagana; la S. I, 9 tout entière à l'intrigant anonyme; la S. I, 10, en grande partie, à Lucilius. Le procédé, qui consiste à diriger toute une S. contre un individu déterminé, est largement représenté dans le 2'' 1., avec cette nouveauté que le personnage visé devient l'un des interlocuteurs. S. II, 3, c'est H. qui en fait les frais en apparence, mais l'ironie atteint Damasippe, et pardessus lui son maître Stertinius. S. II, 4, Calius accablé de conqdiments est tourné en ridicule, et avec lui son maître. S. II, 7, c'est H. qui est la victime de Dave, mais en somme la doc-
I. I/:iiu'('(luU\ rapporli'o par les sclioliaslos, do la ooui'onno volôo par lui au (lapitolc, est une vieille histoire qui seml)lo lui avoii- été applit(uéo à loil, à cause de son surnom de Capitolinus.
trille stoïcienne dans la personne de Dave, et par derrière lui du portier de Crispinus et de Crispinus lui-même, est représentée comme violente et exagérée dans la forme. S. II, 8, Nasidienus est ridiculisé tout au long de la pièce ^ Dans la S. Il, 1, ni Trebatius ni H. ne sont des personnages ridicules, bien que le rôle de Trebatius fasse sourire.
Dans la personnification des vices et des travers moraux ainsi que des défauts littéraires, 11. samuse de temps en temps à faire coup double, en associant deux noms propres de signification voisine. S. 1, 7, 8, Sisennas, Barros. S. 1,2, i8 sc[., Sallustius... Vt quondam Marsaeus... S. 1, 3, 19 sq., H. lui-même et Maenius. S. 1, 4, 65 sq., Sulcius acer Ambulat et Caprius ; v. 69, Caeli Birrique latronum ; v. 109 sq., Albi ut maie uiuat filins utque Bains inops. S. I, 8, 11, PantolaboscurraeNomentanoque nepoti; V. 24 sq., Canidiam... Cum Sagana maiore... ; v. 39, Iulius et fragilis Pediatia furque Voranus (le coup est triple). S. 1, 10, 90, Demetri teque Tigelli. S. 1, 1, 101 sq., ut uiuam Naeuius aut sic Vt Nomentanus. S. 11, 3, 69 sq.. Scribe decem a Nerio, non est satis, adde Cicutae Nodosi tabulas centum...
Un certain nombre de noms propres reviennent plusieurs fois chez H. ; il faut examiner s'ils désignent les mêmes personnes, et, en cas d'attaque répétée contre le même individu, comment procède H. et quels motifs le guident, la plupart de ses victimes n'étant touchées qu'une fois. A deux reprises il se cite lui-même ; ainsi le vers Pastillos RufîUus olet, Gargonius hircum,S. 1, 2, 27, est répété (avec une légère aggravation pour Rufillus), S. 1, 4, 91 sq. ; le vers Pantolabo scurrae Nomentanoque nepoti, S. 1, 8, 1 1 , est repris et blâmé par Trebatius S. II, 1, 22. Le plus souvent H. renouvelle l'attaque dans des circonstances différentes. Tigel-
1. J. May, Der EntiLHckelungxfjang... (Progr. d'OITenburg, 1887), p. 13, fait très bien ressortir que le repas de Nasidienus est tout ce qu'il y a de plus lin et de plus recherché au point de vue culinaire, et que ce qui excite les moqueries de la société, c'est justement l'insistance de Nasidienus à expliquer les mystères de sa cuisine. J. Helmbold, Das Gastmahl des Nasidienus (Progr. de Mulhouse p. 1887-1888), p. 27 sq.,se trompe en considérant Nasidienus comme un avare, et le repas comme ridicule : mets mauvais, service mal fait, maison malpropre... P. 33 sq., il ne croit pas qu'il s'agisse d'un repas réel, mais regarde la pièce comme un avertissement à Mécène sur ce qui pourrait lui arriver, s'il se compromettait avec des gens de la nature de Nasidienus. J. Sanneg, Das Wesen der Ilorazischen Satire nachfjewiesen an S. Il, 8, N. Jahrb. f. Phil. u. Paed., t. llil. 1895, p. 217- 224, donne de la pièce une interprétation tout à fait fantaisiste.
3d2 ÉTUDE SLR LES SATIRES d'hORACE
lius 1(^ Sarde est mentionné deux fois: S. I, 2, 3 sq. comme un prodigue, et S. I, 3, 3 sq. comme un musicien capricieux et comme un homme bizarre ; Fabius deux fois : S. I, 2, 13i probablement tout simplement comme un stoïcien de stricte observance, et S. I, 1, 13 sq. comme un parleur (ou écrivain) prolixe, lie nom de Novius figure trois fois : S. I, 6, iO, c'est un magistrat qui n'est qu'un simple affranchi, au v. 121 il n'est pas vraisemblable que le Nouiorum minor soit le môme personnage, qu'il, désignerait dans la même pièce de deux fâchons dilïerentes ; mais il est possible que ce soit le frère cadet du précédent. Porphyr., le Ps-Acr. et le Comm. Cruq. y voient un usurier, renseignement qu'ils tirent peut-être tout simplement du texte d'H. ; le Novius de la S. I, 3, 21 n'est nullement déterminé ; il est cité simplement comme victime d'une médisance; il est assez invraisemblable que ce soit justement l'un des deux Novius, dont H. se moque à son tour dans la S. I, 6. Tigellius Hermogenes est mentionné, S. I, 3, 129 sq. comme un chanteur et un musicien excellent, S. 1, 4, 72 comme un homme vulgaire dont le jugement importe peu à H., S. 1, 0, 25 comme un très bon chanteur (sans doute avec ironie), S. I, 10, 17 sq. comme un bellâtre de connaissances littéraires très courtes, v. 79 sq. comme tenant table ouverte, mais accueillant de mauvais poètes, V. 90 sq. comme un professeur d'assez bas étage, enseignant la musique à des actrices et à des courtisanes. C'est un ennemi personnel qu'H. commence à attaquer dans la S. I, 4 et qu'il exécute définitivement dans la S. I, 10. Crispinus est également un individu sur lequel H. paraît s'acharner pour des raisons personnelles. S. I, 3, 139 sq., il lui reproche de se faire sottement le satellite de stoïciens de carrefours; S. I, i-, 13 sq., il se mo({ue de sa facilité d'improvisateur; S. I, 1, 120 sq., il proteste contre l'idée ([u'il lui emprunte quoi que ce soit ; S. II, 7, 45, il l'attaque de nouveau, comme stoïcien. Fannius est nommé deux fois : S. I, 4, 21 sq., comme un écrivain populaire, et S. I, 10, 79 sq., comme un commensal inepte dllermogenes qui dit du mal d'il. ; c'est donc encore un ennemi personnel. Albius, S. I, 4, 28, est un collectionneur de bronzes passionné; c'est sans doute le jière du filius Albi du v. 109; il y a pourtant à cette identification (pielquc dilficulté. Le filius All)i était, dans la jeunesse dll., réduit à la pauvreté, et il avait mangé la fortune de son père; celui-ci était donc déjh mort à cette époque; or II., au v. 28, paraît en parler comme d'un vivant ; mais, dans ce })assage, il s'agit de vices typiques; le nom d'Albius connue collectionneur
l'emploi des noms propres dans les satires 313
était cilèbre, il était resté proverbial : c'est peut-être pour cela qu'H. a employé stupet et non stupebat. Le procès de Potillius est mentionné deux fois: S. I, 4, 93 sq. et S. 1, 10. 2") sq ; c'était une cause qui avait vivement préoccupé l'opinion publique ; H. y revient pour faire de l'actualité. Tillius est pris à partie deux fois dans la même pièce: S. I, <), 24 sq. et 107 sq. Le Barrus fat et coquet de la S. I, 6, 30 sq. n'a sans doute rien à faire avec le Barrus insulteur violent de la S. 1, 7, 8. Nomentanus est nommé dans quatre S. comme type du dissipateur : S. I, 8 11, Pantolabo scurrae Nomentanoque nepoti, S. 1, 1, 102; S. II, 3, 175 et 224. Le v. de la S. I, 8 est repris S. II, 1, 22. Il n'y a nulle ditliculté k ce que le Nomentanus de la S. II, 8 soit le même personnage. 11 joue chez Xasidienus le rôle d'un homme très expert dans les choses de la cuisine, qui aide son patron à faire les honneurs d'un dîner, et qui, en cas d'accident, le console assez habilement pour se faire prendre au sérieux. Or les viveurs ruinés, réduits au métier de parasite, avaient une grande expérience dans l'art de recevoir, et ils étaient recherchés par les débutants comme des conseillers et des organisateurs précieux. Que Nasidienus ait commis une faute de goût en le recevant en même temps que Mécène, en le mettant à ses côtés comme un cicérone indispensable, c'est peut-être ce qu'H. a voulu indiquer ; mais c'est une faute dans laquelle Xasidienus était bien capable de tomber. Quant au v. 11 de la S. I, 8, il ne signifie pas, bien entendu, que Nomentanus était mort à cette époque, mais que le cimetière populaire des Esquilies était le lieu où tînissaient ses pareils ; Nomentanus paraît avoir été le type le plus en vue du nepos, et, comme tel, désigné par l'opinion publique à la malignité d'il. Canidia est insultée trois fois dans les S. : S. I, 8, 23 sq., les pratiques magiques qu'elle exécute en compagnie de Sagana sont longuement décrites; S. II, 8, 94 sq. et II, 1, 48, elle est traitée, en passant, d'empoisonneuse; ranimosité d'H. contre elle est évidente. S. 1. 10, 36 sq., le poète qu'H. désigne ici par un simple surnom, Alpinus, est sans doute le même que le Furius de la S. H, 5, 40 sq., où pingui tentus omaso paraît un rappel plaisant de turgidus. Le Naevius de la S. I, 1, 101, qui est un dissipateur, ne paraît pas pouvoir être le même personnage que le Naevius de la S. II, 2, (38 sq., qui est un amphitryon négligent. Les viveurs ne commettaient pas des impairs comme celui qui est reproché à ce dernier. D'après Porphyr. l'Albucius de la S. H, 2, 60 sq., où il ligure comme
314 ÉTUDE SUR LES SATlItES d'iIORACK
un maître terrible, est le même que celui de la S. II, I, i(S ; il aurait empoisonné sa femme; il n'y a rien It» d'impossible, mais je pencherais plutôt à voir en lui une victime de Ganidia ; 1 identification reste très incertaine. Gicuta est nommé deux fois dans la S. II, 3, ()9 sq. et 17?); c'est bien le même individu âpre au g-ain. L'Arrius de la S. II, 3, 86, qui n'éparg^nait rien pour l'organisation d'un festin, est sans doute le père des deux jeunes gens du v. 243 sq., qui faisaient des folies pour leur table : ils chassaient de race. G'est par une plaisanterie que, dans la S. II, 5, Tirésias fait du spurcus Dama, qui révolte Ulysse au v. 18 et qui n'est sans doute pas un personnage déterminé, le Dama sodalis du v. 101, que le captateur de testaments est obligé de regretter avec tant dallliction apparente; S. I, 6, 38, Dama n'est qu'un nom quelconque d'esclave.
Pour nous faire une idée exacte de la S. d'il., il faut examiner à quelles classes de la société appartiennent ses victimes. Les renseignements que nous avons sur elles remontent aux scholiastes. qui puisaient à de bonnes sources, puisque Porphyrion cite, ad S. /, 3, '2i , qui de personis Iloratianis scripserunt '. Mais, dans l'état actuel où les scholies nous sont parvenues, ces renseignements sont très insufîisants. Sur un assez grand nombre de personnages elles ne nous apprennent rien du tout; elles ont du reste une tendance à identifier avec des personnages historiques connus des gens qui n'avaient rien à faire avec eux, et ces identifications s'expliquent par le fait que certains personnages d'H. étaient ol)scurs, et furent vite oubliés; elles leur attribuent des anecdotes courantes antérieures et dont ils ne furent pas les héros. Pour ({uelques-uns d'entre eux, les commentateurs modernes ont pu ajouter quelques indications à celles fournies par les écrivains anciens -.
Ils se divisent en plusieurs catégories : les gens de lettres, musiciens, poètes, critiques, philosophes. Tigellius le Sarde,
1. Kiessling, De Horat. carm. inscriplionihus (Ind. lect. Grypli. 1876 S. Aos.), p. 4, fait peu de cas de celle source. JalTe, De person. linrat., 188!), p. H, lui allrihue au coulraire Timportance qu'elle mérite.
2. I.Ci. F. Eslré, Iloralinnu prosopoi/rnphcin, Anislolodaini, 1840. a réuni l'iinporlaul sur le sujet (C. 1^. p. Dinilzer, Zeilschr. 1". d. Allerliiuuisw., ISiit, p. 25-r»0), mais il y a des erreurs. Kiessliu-^, De personis Ilontfianis (Ind. lecl. Gry|)ii. 1880 S. Aes.), a étudié de très près les scholies. Cf. Szelinski, De nonniiihiis j)ersnnnnim mm l'eris (uni /icfis et significmitibus apud poêlas salirae roin., Rep^imonti Boruss., 18(12, l'r. Ilanna. Znr Prosopographia Ilorafiana, Wien und Leipzi<.f, 1887.
S. I, 2, 3 sq. et S. I, 3, 3 sq.. avait été fort bien vu du dictateur César, de Gléopâtre, puis d'Octave. Calvus et Cicéron [ad fam. VII, 24) avaient été ses ennemis. Il avait autour de lui une clientèle d'assez bas étag-e. Tig-ellius Hermo^^enes, S. I, 3. 129 sq. et passim, — son parent ou son alFranchi — , avait ég-alement une certaine influence, et recevait des poètes à sa table; sa société était celle des artistes grecs, g-ens de talent, mais vils et corrompus, au-dessus desquels H. prétendait s'élever. Demetrius, S. I, 10, 79, faisait le même métier que lui, c'est-à-dire qu'il enseignait la musique à des femmes. Fannius fréc[uentait chez lui, S. I, 10, 79 sq., et était un poète populaire, S. I, 4, 21 sq. Nous ne savons rien sur le cimex Pantilius, qu'H. nomme en leur compagnie, S. I, 10, 78. Les autres mauvais poètes, que raille H., ne paraissent pas avoir appartenu à cette coterie. Nous ne savons rien sur le rhodien Pitholeon, S. I, 10, 22, dont l'identification proposée par Bentley avec le Pitholaus, qui avait composé des vers injurieux contre César (Suét., Caes., 75) et qui serait le M. Otacilius Pitholaus cité par Macrobe [Saturti., II, 2, 13), reste douteuse. L'improvisateur Cassius l'étrusque, S. I, 10, 01 sq., que les schol. confondent à tort avec Cassius de Parme, nous est totalement inconnu. Le Furius de la S. II, o, 40 sq. est sans doute le même que l'Alpinus de la S. I, 10, 36 sq., qui avait écrit une Pragmatia belli s^allici. Porphyr. l'identifie avec Furius Bibaculus de Crémone (de là sans doute le surnom d'Alpinus), le poète d'épigrammes connu, et il semble que l'identification soit possible^. Varron de l'Atax, S. I, 10, 46, est connu d'ailleurs. H., sans attaquer sa personne, se borne à constater qu'il n'a pas réussi dans la satire. Sur Crispinus, S. I, 1, 120 et passirn Porphyr. nous apprend qu'il s'appelait Plotius et qu'il avait écrit sur le stoïcisme; ce dernier renseignement se tire suffisamment ■d'H. lui-même. Il est certain qu'il était poète, sans quoi le défi de la S. I, 4 ne s'expliquerait pas. C'est à la fois à sa doctrine et à sa manière d'écrire qu'H. en veut. D'après Porphyr. Fabius, S. I,
1. Cf. G. B. Caraozzi, Marco Fiirio Bihacolo, Confrovorsie e Ricerche, Rivista di Filologia, t. 16, 1888, p. 161-217, et G. Friedrich, Zu/- Geschichte der rômisclien Satire, p. 10-12. G. Friedrich, Op. cit., p. 11, note 2 : « Selbstverstandlich vertragt es sich sehr gut miteinander, dass Bibaculus den Casar verherrlicht, den Augustus aber mit seincm Plasse verfolgt hat ». G. B. Camozzi, Op. cit., p. 188 : « Âlpinus... perche nato in città Iranspadana... Gli esempi di Alpinus usato nel senso di Gallo non niancano (Ovid. Fasf. VI, .358.— Lucan. Phars. VIII, 808, ... II. le vilipende : -< corne un Gallo, corne un barbaro ».
31 G ÉTUDE SUR LES SATIKES d'iIOKACE
1, 13 sq. et S. I, 2, 134 sq. s'appelait Q. (douteux) Fabius Maximus. Né à Narbonne, il était chevalier romain, s'était attaché au parti de Pompée, et avait écrit des livres sur le stoïcisme. Stertinius, S. Il, 3, était un philosophe stoïcien, sur lequel nous ne savons que ce que nous dit H., sauf que le Ps.-Acr., ad Ep. /, /^, W, prétend qu'il avait écrit 220 livres sur la doctrine stoïcienne. Damasippe, S. Il, 3, que le Ps.-Acr. appelle Junius Damasippus, est sans doute celui dont il est question dans les lettres de Cicéron. Après avoir fait le commerce des objets d'art et des propriétés de luxe, il s'est ruiné, et H. nous le montre avec une physionomie nouvelle, celle du néophyte stoïcien. Catius, S. II, 4, que Porphyr, confond à tort avec le philosophe épicurien connu, n'est sans doute qu'un affranchi, auteur d'un « opus pistorium » ; il faisait de la littérature culinaire, qui n'était qu'à moitié de son cru (cf. p. 299). Avec les littérateurs et philosophes, H., qui était au moins leur égal, pouvait exercer la S. à sa fantaisie, et il ne s'en est pas privé. Quant à nous faire une idée de leur valeur réelle, de ce qu'il y a de fondé ou d'injuste dans les critiques d'H. à leur égard, c'est ce qui est impossible, puisque leurs œuvres ont totalement péri.
Les très petites gens. Sisyphus, S. I, 3, 40 sq., était, suivant Porphyr., un nain du triumvir Marc Antoine, haut de deux pieds à peine, mais remarquable par la vivacité de son esprit. Le ludaeus Apella, S. 1, 5, 100, est un affranchi juif quelconque. Tanaïs, S. I, 1, 105, est, suivant les sclioL, un eunuque aifranchi de Mécène ou de L. Munatius Plancus. Fulius, S. II, 3, ()0 sq., que Porphyr. appelle Fulius Focaeus, est un acteur ivrogne. Turbo, S. II, 3, 310 sq., est. suivant les schol., un gladiateur de petite taille, mais de fière mine. C'est par une simple plaisanterie qu'il., S. II, 7, 45, fait allusion au portier de Crispinus. Avec de si petites gens il n'avait pas à se gêner.
Gens exerçant une profession décriée. Fufidius, S. I, 2, 12 sq., est, suivant IL, un usurier et un avare. Les schol. ne savent rien sur sa personne, et l'on ignore si c'est de lui qu'il est question dans le discours de Cic. in Pisoncm 35, 8G, de l'an 5a. Ruso, S. I, 3, 86 sq. ; d'après Porphyr. Octavius Ruso est un usurier très âpre dans ses rentrées (cf. p. 309, note IV Nouiorum minor, S. I, ti, 121, est, d'après les schol., un usurier. Nerius et Cicuta, S. II, 3, 69 sq., seraient, d'après les schol., des usuriers non seulement très retors, mais aussi des jurisconsultes ; ce dernier renseigniMiient paraît provenir du texte d'il, mal compris. Perellius, S. 11, 3, 75 sq., est un prêteur d'argent. Sulcius et
l'emploi des iNOMS PROPRES DANS LES SATIRES 317
Caprius, S. I, 4, 63 sq., sont des accusateurs de profession, par conséquent peu aimés. Il en est de même de Cervius, S. II, 1, 47; Comment. Cruq. : Ceruius Ascanii libertus calumniator accusauit Cn. Caluinum lege de sicariis. Les usuriers et les délateurs étaient naturellement détestés; la satire à Fé^ard de pareils personnages pouvait créer à H. des inimitiés personnelles, mais en même temps elle lui conciliait la sympathie du public.
Gens méprisés pour eux-mêmes. Il y a dabord les avares, l'immonde Natta, S. I, 6, 124, sur lequel les schol. ne savent rien; Ummidius, S. I, 1, 9o sq., également inconnu, qui finit par être assassiné par une affranchie; Avidienus, le Chien, S. II, 2, oo sq., également inconnu, et qui est d'une parcimonie dégoûtante; Opimius, S. II, 3, 142 sq., sur qui les schol. ne nous donnent pas plus de renseignements que sur ses prédécesseurs, et ceci est assez remarquable; on est amené à en conclure que ces individus, si vigoureusement fustigés par H., étaient en somme des gens fort obscurs. Le Persius demi-grec (hybrida) de la S. I, 7, bien qu'il eût de gros intérêts à Clazomènes, ne devait pas être très considéré. Sisenna et Barrus, S. I, 7, 8, ne sont mentionnés que comme des insulteurs. Caelius et Birrius, S. I, 4, 69, sont des latrones, c'est-à-dire des gens sans scrupule et prêts à tout. Voilà encore une catégorie de personnes avec qui IL pouvait en prendre à son aise. Il faut y ajouter le voleur Voranus de la S. I, 8, 39; c'était, d'après Porphyr., un affranchi de Q. Lutatius Catulus, sur lequel il courait une anecdote assez amusante.
Dans le monde du plaisir nous trouvons les gens de mceurs perdues : Cerinthus, S. I, 2, 81, un prostitué d'après les schol.; Pediatia, S. I, 8, 39, dont le vice est suffisamment indiqué par la forme donnée à son nom; c'était, d'après Porphyr., un chevalier romain, qui s'était ruiné et était tombé au dernier degré de la débauche; Hagna, S. I, 3, 40, qui d'après son nom doit être une alfranchie grecque, est probablement une courtisane ; Canidia', S. I, 8, 24 sq. ei passim, suivant Porphyr., est une parfumeuse napolitaine, qui était connue et crainte dans le monde de la galanterie, où elle passait pour une sorcière et pour une
I. Oesterlen, K. u. H., l^tes, Heft, 1885, p. 123, fait remaniucr, après Olibai-ius, qu'il s'agil moins de rapports personnels d'il, avec Canidio, que d'une lutte comico-satiri([ue contre la magie. Nulle part n'appai-aît le motif de l'amour dédaigné.
318 ÉTUDE SLR LES SATIRES DTlORACE
empoisonneuse; lEpod. .'5 montre sufïisamment que c'était une femme galante; il en était sans doute de même de son acolyte Sagana, S. I, 8, 25 sq. Viennent ensuite les amuseurs attitrés, les scurrac. S. I, 5, ol sq., Sarmentus et Messius Cicirrus. Sarmentus est un ancien esclave dont la maîtresse existe encore. Il s'est élevé aux fonctions de scribe, et, suivant Porphyi-., il fut chevalier romain; il paraît attaché à la personne de Mécène. Messius est un Osque, dont les schol. disent ({u'il fut chevalier romain. Pantolabus, S. I, 8, il, était, suivant Porphyr., un certain Mallius Verna né de parents libres, mais qui s'était ruiné et par conséquent était tombé au métier de scurra. Volanerius, S. II. 7, lo sq., ne nous est connu que par H.; c'est un joueur de dés etFréné. Mulvius, S. II, 7, 3() sq., également inconnu, convient qu'il a des vices assez bas. Dans la S. II, 8 H. nous montre à l'œuvre trois de ces sciirrae : Porcins, \ ibidius et Balatro, sans intention particulière de moquerie : ce sont des gens qui font leur métier pour égayer les convives. L'armée du vice comptait un grand nombre de viveurs, dont nous trouvons chez H. toute une collection. Nomentanus, S. 1,8, Il sq. et pass.^ est le nepos par excellence, le représentant de la luxuria. H. ne nous renseigne pourtant pas sur ses faits et gestes. D'après Porphyr., il s'appelait L. Cassius Nomentanus; il mangea une fortune considérable, et avait un cuisinier qu'il affranchit, Dama, que Salluste gagea pour une somme énorme. Naevius, sur lequel nous ne savons rien, lui est adjoint, S. I, I, 101; il ap})artient donc à la même catégorie. Un autre nepos, c'est Scaeva, S. II, 1, 53 sq., inconnu d'ailleurs, qui empoisonna sa jnère, sans doute pour en hériter : c'était un criminel. Pomponius, S. I, 4, 52 sq., sur lequel nous ne savons rien, était d'une inconduite scandaleuse et publique. Le lils d'Albius et Bains, S. I, 4, lOî) sq., vivaient misérablement, après avoir mangé chacun la fortune de leur père. Scetanius, S. I, 4, 112, se complaisait dans la basse débauche. Le lils d'Aesopus, S. II, 3, 23!) sq., poussa suivant Val. Max., IX, 1, 2, la dissipation jus([u"à la folie furieuse. Les iils d'Arrius, S. II, 3, 2t3 sq., inconnus d'ailleurs, paraissent avoir été aussi extravagants. Marins, S. II, 3, 27() s{j., est allé juscpi'au meurtre et au suicide. Voilà toute une série déjeunes débauchés qui, par l'éclat même de leur libertinage, paraissaient appeler la satire. Barrus, S. l, t), 30 sq.. ne paraît i)as, comme le prétend Porphyr., être celui qui commit un inii'ste avi'c la \'esl;de Aemilia, mais c'était un fat et sans doute un débauché. Balljinus, S. I, 3, iO. est amoureux d'une alfrau-
l'emploi des noms propres dans les satires 319
chie peu ragoûtante. Trebonius, S. I, 4, 114, a été pris en flagrant délit d'adultère. Le beau-père de Visellius, S. I. 1, lOo, était, suivant les scholiastes, un débauché. Milonius, S. Il, 1, 2i sq., qui dansait quand il était gris, était, selon Porphvr., un sciirra^ plus vraisemblablement, suivant Luc. Millier, un homme honorable, mais qui, une fois lancé, ne se connaissait plus. En somme, tous ces libertins paraissent avoir été à Rome des individus d'une inconduite notoire, sur lesquels l'opinion publique se prononçait au moins avec autant d'énergie qu'H.
Personnages paraissant tenir un certain rang. S. 1, 7, 1 sq., Rupilius Rex était préteur, suivant Porphvr. , lorsqu'il fut proscrit par les triumvirs. C'est probablement celui dont il est question dans Cic, ad faniil., Xlll, 9, 2. C'était un personnage assez considérable. H. l'injurie. 11 avait peut-être eu, comme le prétendent les schol., à se plaindre de lui personnellement. En tout cas, Rupilius étant proscrit, H. n'avait pas à le craindre. S. I, 2, 36, d'après Porphyr., G. Cupiennius Libo, né à Cumes, fut l'ami d'Auguste (cf. Cic, ad Att., XVI, 16). Ce n'était pas le premier venu ; H. ne craint pas de lui reprocher son goût pour l'adultère ; v. 46, il s'agit sans doute du jurisconsulte connu, Servius Sulpicius Galba. H. ne l'attaque pas, il rapporte une de ses opinions, sans dire s'il la partage ou non ; V. 48 sq., Sallustius est probablement le neveu de l'historien Salluste. Il se rangea plus tard, et devint l'ami d'Auguste. C'était alors un tout jeune homme fort riche, à qui H. ne craint pas de faire la morale; v. 35 sq., Marsaeus nous est inconnu ; comme il est mis sur le même pied que Salluste, il appartenait sans doute à la même catégorie, celle des jeunes gens riches et de bonne famille ; le cadeau fait par lui à Origo nous montre au moins qu'il était propriétaire. H. le blâme ouvertement; v. 61 sq., Fausta, iille de Sjlla, était une très grande dame. Ses amants, Villius (sans doute Sext. Villius, Cic, ad fam., II, 6 , 1) et Longarenus, inconnu d'ailleurs, étaient de son monde. Mais il s'agit de gens d'une autre génération. H. ne risquait rien en racontant une anecdote connue sur leur compte; v. 91, Hypsaea (Plotia Hypsaea suivant Porphyr.) nous est inconnue ; nous ignorons si H. veut dire qu'elle avait réellement la vue basse, ou qu'elle n'était pas dégoûtée ; v. 95, Catia est assurément inie très grande dame; le texte d'H. et l'anecdote rapportée par Porphyr. montrent qu'elle avait absolument franchi les bornes de la pudeur. La S. I, 2 se distingue de toutes les autres par le nombre des gens de qualité qu'H. n'a pas craint de mettre sur
'320 ÉTUDE SUR Li:s sATiuES d'houace
la sellette. Son audace s'est tempérée dans la suite. S. I, 3, 82, Porphyr. identifie le Labeo d'H. avec le célèbre jurisconsulte M. Antistius Labeo : cette identification se heurte à des dllficultés chronologiques' ; Labeo, à l'époque de cette S., devait être encore un tout jeune homme : il n'y a peut-être pas là une ditïiculté insurmontable : ce n'est pas lorsqu'on est tout jeune (ju'on est le plus sag-e. Kiessling;-, ad h. l. pense au père de Labeo, un des meurtriers de César, qui se tua à Philippes ; Luc. MùUer préfère considérer Labeo comme un inconnu; v. 130, Porphyr. identifie Alfenus avec le célèbre jurisconsulte Alfenus Varus,de Crémone, consul en l'an 39 ; mais Luc. Mûller, ad h.l., fait observer qu'il s'ag-it sans doute d'un mort. Peut-être venaitil justement de mourir. S'il y a moquerie de la part d'H., elle est légère; il s'agit d'un fait connu de tout le monde. S. I, 4, 28, nous ne savons rien sur Albius ; en tout cas, c'était un homme riche, et un collectionneur célèbre ; v. 93 sq. et S. I, 10, 25 sq., il s'agit d'un membre de la g-ens Petillia, dans laquelle on trouve le surnom de (^apitolinus. C était sans doute un mag'istrat concussionnaire ; le procès avait fait assez de bruit à Rome pour qu'H. pût en parler a son aise. S. L 5, 3i sq., Autidius Lusçus est un mag'istrat municipal, qui a commencé par être scribe, et qui est très fier de sa situation honorifique. H. ne commettait pas une grande hardiesse en se moquant de lui; V. 37, les Mamurra étaient naturellement désignés à H. par Catulle. S. I, (i, 12 sq., Laevinus est de très ancienne famille, il appartient à la gens Valeria; mais, d'après Porphyr., il était tellement méprisé, qu'il ne put jamais parvenir plus haut que la ([uesture, et le texte d'H. montre que c'était un noble taré ; V. 24 sq. et 107 sq., Tillius est un préteur et un sénateur (Kiessling^ et Luc. Mûller, ad h. /., pensent au frère de Tillius Ciniber, im
i. Tycho-Monimsen (Progr. do Frankfurl, 1871) se demande si, malgré Bentley, Wieland, Kirchner, etc., il ne serait pas question ici du célèbre jurisconsulte. P. H sq., il n'est pas sûr que Lai)éon fût exactement du même âge que Capiton ; tout ce que nous savons de lui fait croire au contraire (ju'il était sensiljlemenl plus âgé, il pouvait avoir, à l'époipie de cette S., une vingtaine d'années ; p. lii st[. : « Iloraz tadelle nicht dt'u ausgezeichnelen Rechtsgelehrten, sondern don erst ehen anfangenden, noch unl)erïihmlen Schiller des Trebatius (cf. Dig., 1. 1.), nicht den festen Widersaeher des neuen Fûrstenthums, sondern den ûljersprudelnden, exeenlrischen , gan/. in des Vaters Stoicisnuis befangenen Jûngling, dessen tienialiliil gewiss schon damais aller .\ugen auf sich ge/ogen iiHlte... ..
l'emploi des noms propres dans les satires 321
des meurtriers de César) ; c'est un magistrat, qui a déjà été cassé une fois, et qui n'a pas la fortune nécessaire pour soutenir son nom : mais il paraît être d'une famille qui était désignée pour les honneurs ; v. 40 sq., Novius, inconnu d'ailleurs, est un magistrat, mais c'est un simple alîranchi. H. pouvait en parler à son aise. S. II, 2, 46 sq., le crieur Gallonius, qui à un moment a donné le ton à Rome, appartient à une génération antérieure ; c'est un contemporain et une victime de Lucilius ; V. 66 sq., Albucius est évidemment un personnage important, dont les réceptions sont des modèles d'élégance ; Porphyr. prétend, à tort à ce qu'il semble, qu'il est identique à celui de la S. II, 1, 48, et qu'il avait empoisonné sa femme; v. 68 sq., Naevius, inconnu d'ailleurs, devait avoir, lui aussi, un certain train de maison ; il est attaqué, mais légèrement ; v. 99, Trausius, qui nous est inconnu, est un homme d une fortune moyenne. S. II, 3, 84 sq., Staberius, inconnu d'ailleurs, est évidemment un parvenu; c'est lui qui a amassé sa fortune, sans quoi il n'en serait pas si lier : elle est considérable; v. 86, Arrius est un personnage important ; c'est lui qui, vers l'an 59, donna au peuple romain un grand repas funéraire (Cic, in Vafin.^ 12, 30); V. 168 sq., les fils de Servius Oppidius, Aulus et Tiberius, sont des provinciaux, qui jouissent d'une honnête aisance. S. II, 4, 24, Aufîdius est probablement le célèbre gastronome M. Aufîdius Lurco; Catius blâme une de ses pratiques ; l'allusion satirique est assez inofîensive. S. II, 5, 55 sq., Goranvis est un assez petit personnage, ancien quinquévir devenu scribe ; ce n'est pas lui du reste, qui joue un rôle ridicule, mais son beau-père Nasica, tout à fait inconnu. S. II, 6, 78 sq., Arellius — inconnu — est simplement mentionné comme im homme qui a les embarras de sa richesse. S. II, 7, 8 sq., Priscus, tout à fait inconnu, avait sans doute une certaine situation ; mais c'est une espèce de maniaque. S. II, 8, 1 sq., Nasidienus Rufus, inconnu d'ailleurs, paraît avoir eu une grande fortune : H. ne craint pas de le ridiculiser ; peut-être y avait-il à cela des raisons particulières, que nous ignorons; v. 52, Curtillus, gastronome distingué, nous est inconnu ; la mention est ironique, comme celle d' Aufîdius, mais sans méchanceté. S. II, 1, Trebatius est le jurisconsulte connu ; ce n'est pas une victime d'il. ; v. 46, Turius, inconnu, est un des indices selecti ; comme juge, il ne paraît pas fort honnête.
Restent quelques personnages sur la qualité desquels nous ne sommes fixés, ni par le contexte, ni par les indications des