CHAPITRE V
Ce sont les Arabes qui paraissent avoir introduit le séné dans la matière médicale où il a pris sa place parmi les purgatifs minoralifs, c’est-à-dire exerçant une action intermédiaire à celle des purgatifs doux et des drastiques.
Senna, vient suivant les uns de sanare, lguérir, et suivant les autres de Sennaar, l’un des pays où il est récolté; la seconde origine nous paraît plus probable.
Aclion physiologique. — C’est un purgatif énergique el conslant, se distinguant des autres par la prédominance de son action sur les fibres contractiles de l'intestin. En effet, les selles sont féculentes et non séreuses, comme si son action s’étail bornée à stimuler l'énergie des contractions musculaires, sans exciter la fonction sécrétoire des nombreux cryptes qui tapissent la membrane muqueuse des intestins grêles; la sécrétion des liquides n’est en effet que légèrement augmentée. Lorsque la dose est forte, celle action convulsivante se propage aux fibres musculaires des autres organes abdominaux, notamment de l'utérus et de la vessie, donnant lieu parfois chez les femmes grosses à des décollements placeniaires, à des hémorrhagies utérines et à des avortements, ou bien à des accouchements prématurés.
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Il provoque aussi des flux hèmorrhoïdaux et l’éruption menstruelle.
Du côté de la circulation, il produit promplement de la dépression ; ensuite de l'excitation se traduisant par l’état du pouls, qui d’abord faible et ralenti, devient fort et plus fréquent, ainsi que par le refroidissement périphérique primitif, suivi d’une élévation consécutive de température. Il y a donc deux périodes correspondant aux deux phases successives : de symptômes exclusivement abdominaux, el secondairement, de réaction générale.
Bien que l’action de ce purgalif soil prompte, il n’en est pas moins vrai qu’une parlie est absorbée. On en trouve une preuve dans le lait des nourrices auxquelles on a fait prendre du séné dans l'intention de purger l'enfant ; dans l’urine et la sueur, qui prennent une coloration spéciale. Voici un travail de Gubler, que nous lrouvons dans une note anglaise (1873): « La figure est d’un jaune intense avec reflets verts, comme chez les personnes alleintes de jaunisse. L’acide nitrique démontre cependant qu’il n’y a pas de bile dans l’urine. Un fragment de potasse caustique introduit dans un tube contenant de l'urine, donne à celle-ci une coloration pourpre, tandis que dans un cas de jaunisse, on n’obtient rien.
» L’urine colorée à la suite de l’absorption de sèné, ne prend pas la couleur rose de l’urine normale sous linfluence de l'acide nitrique. Ce fait serait dû à l'acide chrysophanique, car quelque chose d’analogue a lieu lorsqu'on a absorbé de la rhubarbe. » |
Il résulte d’une ancienne observation de Courtin, confirmée
dal y pie 2e par les expériences modernes, que lorsqu'on injecte l’infusion de séné dans les veines, il se détermine une forte contraction des muscles du ventre, etun mouvement accéléré desintestins, accompagnés parfois de vomissements et de coliques.
En qualité de convulsivant, le séné se trouve avoir des analogies étroitesavec l'arghel, la coque du Levant, la noix vomique, elc., même avec les asitringents, y compris le café.
Les substances aromatiques, le thé, le café sont associés au séné avec le but d’amoindrir ses effets par l’action contraire de ces agents. Dans ce cas, il serait peut-être plus rationnel de diminuer la dose de la substance purgative, et puisque le séné détermine quelquefois des nausées, si l’on veut corriger ce défaut avec des aromates, il faut les ajouter en faible quantité.
Le séné cause aussi, dans certains cas, des tranchées; pour les prévenir, on l’associe à une très-faible dose d’extrait de belladone.
Substances antagonistes, incompatibles. — L'opium , les narcotiques et les stupéfiants, les stimulants diffusibles administrés à haute dose, s'opposent à la plénitude des effets physiologiques. Les préparations opiacées sont spécialement propres à atténuer l’action du séné.
Emplois. — C’est un agent précieux chaque fois qu’il faut iriompher d’une constipation rebelle; on doit l’administrer alors à doses fortes, en lui donnant pour auxiliaires des sels neutres qui amènent dans le canal alimentaireune plus grande abondance de mucus et de sérosité,