‹ Étude sur les Tests d'Intelligence, de Caractère et d'Aptitude ProfessionnelleChapitre 5 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le but de toute science est de connaître et d’utiliser les phénomènes qui nous entourent. Les sciences les plus abstraites et les plus désintéressées en apparence ont trouvé une utilisation pratique. En découvrant un fait le plus insignifiant en apparence, on ne peut jamais savoir s’il ne devient un jour le point de départ d’une application pratique destinée à rendre les plus grands services.

Ainsi, la psychologie, considérée encore par beaucoup actuellement comme une des branches de la philosophie, pouvait passer pendant longtemps comme une étude de « l’âme », destinée tout au plus à sonder les sphères toutes supérieures de l’activité mentale, celles qui ne se trouvent à leur développement complet que chez quelques individus d’exception et celles précisément dont l’utilisation n’est pas courante. Il ne faut cependant pas croire qu’on n’a jamais songé à utiliser certaines notions psychologiques pour déterminer la valeur des individus dans le but de les utiliser au mieux au service de la société. On trouve chez Platon déjà des allusions sur la possibilité de prédire dès

l’enfance les aptitudes particulières de chacun, permettant une orientation dans le sens le plus favorable à ces aptitudes. Tous les penseurs et même la plupart des économistes anciens rêvaient d’un moyen de déceler dès le plus jeune âge les capacités individuelles. Ce moyen pourrait éviter les tâtonnements, les erreurs, les ratages et permettrait la sélection pour certaines professions exigeant des aptitudes particulières. D’après les descriptions que nous possédons des mystères d’initiation de l’antiquité, il semble bien que les épreuves que subissaient les candidats étaient de véritables « tests » d’aptitude.

Cependant, il faut aller jusqu’au commencement du xIX siècle pour trouver des efforts à allure scientifiques destinés à la détermination des aptitudes individuelles. La phrénologie de Lavater, puis de Gall, qui a donné naissance à la physiognomonique si à la mode il y a un siècle, était essentiellement la science des signes extérieurs de la capacité mentale, Lavater pensait pouvoir déterminer l’orientation psychique de chacun d’après la forme de son crâne, Plus tard, on s’est mis à utiliser d’autres caractères somatiques : forme du nez, du menton, de la bouche, des mains, etc.

Nous n'avons pas, bien entendu, l'intention de discuter ici la valeur de la physiognomonique ni celle d'aucune des autres méthodes similaires. Nous la mentionnons simplement comme une étape dans l’évolution

de la psychologie appliquée à la connaissance de l’activité mentale de l’homme, l’appréciation de celle-ci et l'établissement des valeurs intellectuelles, affectives et professionnelles.

Sous l'influence des courants d'idées favorables, dus à l’éclosion de la psychologie du comportement de William James, toute une nouvelle science est née depuis moins d’un demi-siècle ayant pour but essentiel d'évaluer les possibilités psychiques de l'individu. Cette nouvelle science est la psychotechnique. Elle dispose de méthodes multiples, chacune ayant sa sphère d'utilisation propre et ses résultats pratiques, comme nous le verrons dans ce travail, sont déjà considérables.

Notre but, dans ce travail, est d'étudier une seule méthode de la psychotechnique, la méthode des tests. Après quelques généralités sur la méthode (Chapitre premier), nous en ferons une brève étude, en distinguant trois principales variétés : les tests d’intelligence (Chapitre IT), les tests de caractère (Chapitre IIT) et les tests d’aptitude professionnelle (Chapitre IV). Après l’étude sommaire des principales catégories de tests, nous en envisagerons les diverses utilisations : application pédagogique et sociale (Chapitre V), orientation et sélection professionnelles (Chapitre VI), utilisation médicale (Chapitre VIT). Enfin, il nous fau-

dra montrer que, en dehors de leur utilité strictement médicale, les tests possèdent une importance considérable pour l’hygiène (Chapitre VIIT). Le rôle du médecin ne peut plus se borner à étudier les maladies mentales bien caractérisées. Il lui faut étudier les conditions d’éclosion de celles-ci. Or, on sait très bien que les conditions sociales, dépendant étroitement de la distribution du travail, de la réussite, du rendement, etc., etc., constituent des facteurs importants de l’équilibre mental et même physique.

Les inaptitudes professionnelles peuvent avoir des conséquences multiples sur la santé publique, en particulier sur les maladies et accidents professionnels, sur les accidents des transports, etc. On voit donc que la psychotechnique, en particulier l'exploration de l'individu par la méthode des tests a de multiples points de contact avec la médecine et avec l’hygiène.

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