‹ Étude sur les Tests d'Intelligence, de Caractère et d'Aptitude ProfessionnelleChapitre 6 sur 19 · LA METHODE DES TESTS · texte numérisé non relu

LA METHODE DES TESTS

Jusqu'à ces derniers temps, la psychologie était la dernière science qui se fût passée des notions quantitatives. Alors que la plupart des sciences procèdent actuellement par mensuration et assurent l’objectivité de leurs données par des chiffres, la psychologie restait l’étude de l’incommensurable. Il saute cependant aux yeux que les facultés mentales sont plus ou moins développées, fonctionnent plus ou moins ou ont un rendement plus ou moins important suivant les sujets.

Un des buts de la psychologie moderne est précisément la mesure des processus psychiques. Lorsqu'on dit qu'un sujet est plus intelligent qu’un autre, qu’on n’a exprimé une notion quantitative que d’une manière fort imprécise. Pour donner à un tel énoncé une allure scientifique, il faut pouvoir établir une échelle d’intelligence et, en exprimant en chiffres l'intelligence des sujets, la situer par rapport à cette échelle de valeurs.

Les difficultés d’un tel procédé paraissent au pre-

nier abord insurmontables et les réalisations actuelles sont encore très loin de correspondre à l'idéal. Avant de discuter la valeur des procédés de mesure, il importe d’abord de savoir si les processus en question sont mesurables. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de la question des mesures en psychologie en général, celle-ci a fait l’objet d’un rapport de À. Gemelli au Congrès de Philosophie de Padoue en 1934. On a pu prétendre que les processus psychiques comme les facultés mentales échappent à toute estimation quantitative. Des auteurs qui ont envisagé le problème du point de vue encore plus général de l’échelle des valeurs humaines ont toujours opposé les valeurs intel: lectuelles incommensurables aux valeurs physiques aisément exprimables en chiffres. Ainsi, il est facile de classer des sportifs et pratiquement impossible d’établir une hiérarchie des artistes ou des savants.

Une première raison de cette difficulté des mesures est l'impossibilité de définir exactement les facultés mentales. Celles-ci ne semblent pas être suffisimment anafysées et les notions telles qu’intelligence, caractère, sensibilité, etc., sont trop complexes pour pouvoir être mesurées d’une façon globale. Ainsi dans ce qu’on appelle couramment l'intelligence, Rossolimo a pu distinguer les facultés suivantes : attention, volonté, appréhensivité, mémoire (visuelle, auditive et des chif-

fres), compréhension, pouvoir de combinaison, ingé-

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niosité, imagination, esprit d'observation. Chacune de ces composantes de l'intelligence, explorée à l’aide des tests, évolue indépendamment chez les divers sujets.

Outre la complexité des notions à mesurer, une autre critique fondamentale peut être adressée à la mensuration, c’est l’absence d’unités de mesure. La physique la plus élémentaire nous apprend que toute mesure se fait à l’aide d’unités. Ceci est encore valable pour les efforts physiques de l’homme où interviennent des unités de temps, de poids, de distance, ete. Or, en psychologie il n’y a rien de semblable, sauf pour une seule branche de cette science, la psychologie des sensations. Nous verrons encore quelques exceptions.

Si l’on veut faire, malgré toutes ces difficultés, des mesures des processus psychiques dynamiques ou de facultés mentales statiques, il faut se résigner à rester dans l’empirisme. il faut se contenter de mesurer des notions mal définies à l’aide de mesures arbitraires. Nous faisons remarquer que c’est exactement ce que fait l’examinateur en donnant des points aux élèves selon les réponses qu’ils donnent à ses questions. Théoriquement, une telle mensuration peut paraître absurde mais pratiquement elle donne souvent des résultats satisfaisants.

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À part quelques mensurations d’ordre physiologique plutôt que psychologique (réactions psycho-motrices, psycho-galvaniques, etc.), seule la méthode des tests permet de fournir des données numériques.

Les promoteurs de cette méthode sont A. Binet et Th. Simon dont les tests d'intelligence sont actuellement classiques. En les utilisant dans le chapitre suivant, nous verrons combien ces tests sont empiriques et combien on doit se garder de leur attribuer une valeur absolue.

Voici quelques conditions que met J.-M. Lahy, l’un des spécialistes de la question en France, à l’application des tests :

« Un test doit être conçu, mis au point et étalonné en vue d’un usage très précis.

& Avant de l’adopter, le psychologue doit en faire l'étude, c’est-à-dire s'assurer qu’il remplit les conditions d’un instrument de mesure. L’emploi des méthodes statistiques permet d’en connaître l’homogénéité, la constance, la stabilité, la difficulté.

« Le test doit avoir une bonne validité, c’est-à-dire que le classement des sujets d’après les résultats du test doit avoir une corrélation suffisante avec un autre classement — professionnel ou scolaire — dont l’exactitude est certaine. Il y a alors une probabilité pour

que le test mesure chez les sujets examinés les valeurs psychologiques que l’on désire déceler. Dans le cas où l’une des variables est le rendement dans le travail du métier, nous avons pensé qu'il y avait un intérêt majeur à traiter le travail professionnel comme un test et que les indices statistiques doivent lui être appli-

qués….

« Le test, même bien conçu et bien étudié à l’aide des méthodes statistiques, n’a de valeur que si ses résultats peuvent être comparés à ceux d’un étalonnage

bien fait. »

Ces quelques réserves éclairent bien le caractère de la méthode des tests. Il s’agit d’un procédé empirique n'ayant qu'une valeur statistique et n’étant valable que si, auparavant, il a été mis au point sur un très grand nombre de cas. Nous verrons par la suite encore les réserves particulières qu’il convient d’apporter à chaque catégorie de tests, car il est évident que la validité de la méthode est très différente selon l’objet sur lequel elle se trouve appliquée.

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