CHAPITRE X
DÉFZnSES USITÉES DAH8 LES MOUT AGNES.
Je neparlerfli que des défenses qui sont employées dans -le pays.
Elles sont de deux sortes :
i"" Les terrains périssant par le pied , on les défend en revêtant celui-ci de murs : on forme ainsi au bas des berges une espèce de digue longitudinale; C'est le premier genre de défense.
Il en existe peu d'exemples sur les grands torrents, probablement parce qu'il a toujours dû paraître insuffisant; et, défait, il n'a réussi nulle part. Les eaux, encaissées par un mur , ne pouvant plus ronger les berges , rongent avec plus d'énergie le fond^ Par cette réaction , le lit se trouve attaqué, a£Pouillé, approfondi, et le murden^re pendu au - dessus d'un gouffre. — On peut citer, comme un exemple de cette action , un mur construit de cette manière sur la rive droite- du torrent des' Moulattes. Les fondations sont aujourd'hui en l'air , à 4 mètres au-dessus des eainc
a^ Le second genre de défense est beaucoup plus rationnel. Il consiste à barrer le lit par des murs de chute placés à l'aval des terrains que l'on veut protéger. Ces ouvrages réalisent à la fois deux effets , qui sont tous les deux très-favorables à la défense. D'une part , ils retiennent le fond du lit; de l'autre, ils brisent la pente des eaux. La première action s'oppose à l'entraînement du terrain ; la seconde amortit la violence du cou^
rant. Ainsi , ils n empêchent pas seulement les érosions; ils en détruisent même la cause. Tel est le motif de leur supériorité sur les murs longitudinaux.
Ces barrages sont trés-répandus. Ils ont toujours produit d'excellents
résultats. Des terrains complètement mouvants ont été consolidés par eux. Il existe au-dessous du village du ViUard d Arène j et sur la rive droite de la Romanche, un exemple très-remarquable de la fixation d'une vaste étendue de terrain , opérée par la construction d'un seul mur de chute. Une superficie de plus de 4»ooo ares, sur laquelle est bâti le village, était disloquée dans tous les sens par les afiPaissementsdu sol. La route royale y n*" 91 , qui traverse ce quartier, s'infléchissait insensiblement vers la rivière. Dans le village , on observait depuis un temps immémorial qu'il était impossible de faire tenir aux murs leur aplomb , comme aux planchers leur niveau. Beaucoup de maisons étaient crevassées, et le clocher de l'église penchait d'une manirre très-visible. C'est à l'aval de ce terrain que Ton construisit, sous l'empire , un fort barrage de 8 mètres de chute. Depuis cette époque , le terrain peu à peu s'est rafifermi : les mouvements, devenus chaque année plus rares et pfl^s faibles, ont fini par s'éteindre tout à fait.
Ordinairement ces barrages sont construits en pierres sèches. Leur parement, dressé avec le plus grand fruit possible, forme une surface courbe , dont la convexité est tournée vers l'amont : ils opposent ainsi plus de résistance au courant. Deux causes surtout tendent à les détruire , et doivent être combattues avec soin. L'une est dans l'afifouillement qui se fait au pied du mur , par l'efiet de la chute ; on le prévient en tapissant cette partie du lit avec un enrochement. L'autre est dans l'érosion des berges, aux deux extréÉltés du mur. Si on ne fait rien pour lempéchcr, elle ouvre peu à peu un passage au courant qui s'y précipité; le mur est alors tourné, et il périt à la première crue. La courbure même du mur favorise cette action , parce qu'elle tend à rejeter les eaux sur les côtés. Pour la prévenir , on donne au couronnement du mur un profil concave vers le ciel , avec une forte flèche , ce qui attire la plus grande violence du courant vers le milieu du mur et l'éloigné des berges. En outre, on enracine profondément le mur dans les berges, et on relève fortement* ses extrémités. Quelquefois même, on l'accompagne de murs en retour, qui garantissent les berges d'amont. Construits avec toutes ces précautions , les barrages résistent très -longtemps.
CONTRE LES TORREfiTS. 45
Il est oss» difficile de fixer avec précision la longueur* de rive qui ^ra protégée par un barrage nouvellement construit. La saillie du barrage au-dessus du foi^d du lit , exerce un effet semblable au remous , occasionné par les barrages dans les rivières ; mais 1 étendue du champ de la défeijse n'est pas mesurée par l'amplitude du remous : en efiet , il ne suffit pas que les pentes soient simplement afiEaiblies pour empêcher les érosions latérales; il faut qu'elles soient affaiblies jusqu'à une certaine limite , au-dessous de laquelle commence Taction défensive , et au-dessus de laquelle la diminution de vitesse n'est pas suffisante pour la faire naître. Or cette limite varie avec la nature des terrains.
Quand le terrain que l'on veut protéger embrasse une trop grande longueur de rive, on divise la pente par une suite de murs, échelonnés les uns au-dessus des autres (i). Ici nous tombons dans une disposition qui a été proposée souvent comme un système de défense à suivre , pour mettre un terme aux dévastations des torrents. Nous la reprendrons plus tard, sons ce point de vue d'application générale. Pour le moment, où il ne s'agit que de défendre une portion limitée de rive , je me borne à la remarque qui suit :
La longueur de rive protégée par un barrage, décroit rapidement à mesure que la pente du lit augmente (2). Il suit de là qu'en remontant le cours d'un torrent , comme la pente va en s'accroissant , la dépense des barrages, nécessaires pour défendre une longueur donnée de rive, s'accroît aussi. En même temps la valeur intrinsèque des propriétés diminue, parce qu'on s'élève vers des régions plus froides, plus stériles et moins habitées. Par cette dbuble raison , on aura bientôt atteint une limite où la valeur des propriétés ne sera plus en rapport avec la dépense des nombreux barrages qu'il faudrait faire pour les pix>téger. Aloi^s ce genre de défense devient complètement inapplicable, si, je le répète , on ne lui demande pas autre chose que de protéger les terres riveraines.
On n'a jamais employé ici ni les/àscinag-es , ni les palissades clajronnèes qui sont recommandées par Fabre (3) , et qui paraissent convenir pariaitement à cette sorte d'ouvrages. Ce mode de construction enlèverait
(1) Ruisseau de Marigny sous les murs d'Embrun , — torrent des Graves. <2) Voyes la note 7.
(3} N"* 305 et suivanu.
aux barrages un inconvénient très^grave , dont nous parlerons plus bas , et qui est inséparable de l'emploi des nia<;onnertes sèches .
Les barrages sont fréquemment employés pour assurer les prises d'eau des canaux d'arrosage. Là surtout il importe d'empêcher que le lit ne s'approfondisse, car s'il se trouvait plus bas que le canal, celui-ci serait tari (i).
(t) Barrage sur le BoiCodùn poar assurer la piUe da canal de Saint- Jean, — Cet ouvrage , en pieux battus et moiisés, a coûté 14,000 fr.
C(»rrRE LES TORRENTS.