CHAPITRE IXXVIII
LA ti»Ét(Wt€'AttïiUltexCT Dôtt air A tàf cïàkUéÉ tfàh^ictÀ't.
ILD'est pas possible qit'un départemeat tel qjie celui-ci , pauvre , à demi
tniméféermléput k^. inpéte (ii), destitaé de toute industrie, dont le sol snffit'à peine knsùnnit se» kabitamts^et qui mètoé>D'^ stiffinit phis^ si \m^ habitàiïts étaient moitt$jradurets tfuï pltis intt&yèMt^ pHttfioife , er- tiih^ n'abandonnaient pas pendant une gratide {partie de Yettittée ctttkt tëtfé avare; il n'est pas possible, dis-je^ qu'un pays si misérable sloutienne à lui seul la charge d'une aussi vaste entreprise. "Vainement on lui prouverait que son salut est attaché à ce sacrifice ; Tefifort étant au-dessus de ses forces , il ne pourra pas le faire.
Eh ! ne le voit-on pas ici de toutes parts ?... Chaque année, des lambeaux de terre sont arrachés par les eaux à de malheureux paysans , qui voient engloutir leur dernier pain , sans qu'ils aient la puissance de le sauver par
(1) L'imp6t dans les Hautes-Alpes absorbe à pev près le cinquiënie du revenu , Undis qu'ailleurs Une dépasse pas le dixième. Dans l'ouvrage de M. Poussielgue {Des finances en 1817), ce département était indiqué comme devant être dégrevé du sixième de ses contributions. Il ne l'a pas été , quoique plusieurs départements , autour de lui , eussent obtenu de» dégrèvements notables.
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un HgISV ^9^vii^<^^ Cesjt qm œ $9^viÛQe, ai mipce qu'il paraisse aux opulents <j[e B08 Tilto^, 9H pour wx uue eiœsëve dépeuseï qu'ils ne peuvent pas fajiive , pfu^ qu'ils n'opt mu > littéralement rien. Us ne trouveraient des aeicours qu'aux portes de l'usure , cet autre fléau , toujours prêt à s'abattre partout où il y a des misérables. Mais j'aime autant les voir à la merci du torrent» qui mettra plus de temps à les ruiner, et n'aura» du moins, jamais de pouvoir eontre leur liberté.
li'étrac^r y qui parcourt pour la première fois ce piys , et qui voit les torrents dévorer impunément héritages sur héritages , ne manque jamais de s'^ndig^er noblement contre l'apathie des habitants. Cest comme s'il reppoeJn^it à des hommes perelus de ne pas fuir à l'approche d'un danger. Il y a, eheft ces malheureux, impuissance matàrielie, et il faut les plaindre, au lieu de les blâmer.
Il est certain que si l'état n'était pas si souvent intéressé à la eonstruc* tion des digues , on en compterait fort peu dans le pays. On admire quelques grands travaux, le long de la Duraqce. Mais ils ont été exécutés en grande partie, avant la révolution , aux frais des États du Dauphiné; puis continués par les habitants, qu'une première conquête avait enrichis. — Qu'ests^eqpi empêche ici d'ouvrir des chemins vicinaux ? C'est la pauvreté du pays. -^ Qu'^est-pce qui empêche de créer des routes département taies (dont il n'existe qu'une seule, dans le département tout entier)? Ciest la pauvreté du pays. -^ Qu'est-ce qui empêche de creuser d*utrTes canaux d'arrosage, et deeonquérir les délaissés de la Durance et du Biaëcfa ? Qu'est -^ ce qui «livre h pays aux spéculateurs étrangers , qui , par leurs hordes de troupeaux, achèvent de l'épuiser? Cest la pauvreté du pays. — - C'est là y e'est dans ce motif triste, mais péremptoîre , phitot que dams toutes Iqs aulires raisms , qu'il isMut placer la source véritable des mal^ heurs du département. Non-seulement, eNe ne hii permet pas de s'imposer les sacrifices qui pourraient le sauver; mais elle le gêne dans les salutaires sujétions , qui seraient au moins un palliatif à ses maux : eHe le pousse enfin à abus» de ses dernières ressources, et, par là, elle le précipite vers sa perte. L'exemple du Dévoluy le fait bien Voir. "^^
Ce même motif s'opposera aussi à ce que le pays exécute seul à ses frais les travaux de reboisement. San&qu'il y coopère de sa bourse, il en payera sa part assez largement , par tous, les sacrifices qu'il sera jRorcé de subir. K'est-ce pas sur lui que portera, cette multitude de gênes et de charges, que traîne inévitablement à sa suite toute entreprise d^utilité publique 7'
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Les habitants ne serout-ils pas contraints de diminuer le nombre de leurs moutons, et de livrer une partie de leurs pacages au régime forestier? Leurs cultures ne seront-elles pas troublées pardes sujétions nouvelles? Je ne parle pas des mille contrariétés, que tant de règlements nouveaux vont jeter au milieu de leurs moyens d'existence , consacrés par des habitudes séculaires. — Toutes ces charges, pour n'être pas au^essusde leurs forces, n'en sont pas moins réelles ; et le poids leur en paraîtra d'autant plus lourd, qu'il n'est dftég^ P^^ aucune jouissance immédiate, et que les générations futures en connaîtront seules les excellents fruits.
Qu'on ne leur demande donc rien de plus. Ils ont fait tout cequ'ils pouvaient faire, et là s'arrêtent leurs ressources. — Si l'on veut dès lors que ces travaux se fassent, il faut puiser dans d'autres caisses de quoi subvenir à la dépense; sinon, qu'on se résigne à voir le département , abandonné à lui-même, tomber de ruine en ruine jusque vers le dernier terme de la misère et. de la dépopulation.
Je crains que beaucoup de personnes, qui liront ces pages, et qui verront la ruine du pays , remise à tout instant sous leurs yeux , comme l'infaillible conséquence de letat actuel des choses^ ne s'avisent de considérer cette conclusion comme exagérée. — C'est là une impression que je ne puis m'empécher de combattre, car elle fermerait l'esprit à tout ce que je pourrais proposer.
Sans doute, au premier abord, il doit sembler étrange qu'une calamité aussi générale que celle que j'ai décrite, et portant avec elle de si funestes conséquences , soit demeurée à peu près ignorée au dehors « et comme ensevelie dans le pays même sur lequel elle pèse. On est accoutumé à estimer la vérité et l'importance des choses par l'éclat avec lequel elles se pvo^ duisent à l'extérieur, ou, pour me servir d'un terme consacré, par leur retentissement. Mais c'est là une fausse mesure.
Il y a de certains départements où la plus petite incommodité soulève aussitôt un concert de clameurs. Là, il suffit de quelques lieues de route boueuse pour enfanter un gros sujet de plaintes. La presse locale s'en empare ; elle le gonfle , le lance au dehors , et telle niaiserie, colportée avec pompe, va réveiller par toute la France l'attention publique. L'administration elle-même , les yeux tendus sans relâche vers ces pays de difficile numeur, s'y montre plus libérale et plus empressée.
Il est d'autres contrées , au contraire , qui vivent retirées à l'écart et loin du bruit, qui n'ont pas de presse ni de crâneurs, et dont personne ne
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s'occupe, parce qu'elles-mêmes n occupent personne de leurs affaires. Telles sont les Hautes^Alpes. — En vain la nature y a étalé d'une main prodigue ces magnifiques scènes, que les touristes vont chercher à grands frais dans les pays lointains, fieléguéà l'extrémité du royaume , au milieu de monts sauvages rarement explorés par les voyageurs , ce département est peut-être le plus ignoré de la France. Il n'est guère connu au dehors qne par les employés des diverses administratit^f^, race d'hommes généralement peu accessible aux impressions poétiques , prisant , avant toute chose y le confort et les commodités de la vie réelle, et que les plus belles horreurs de la création ne consoleront jamais des privations sans nombre, attachées au séjour d'un pays pauvre. Aussi n'y séjournent-ils que par force , et tous ont bâte de secouer contre lui la poussière de leurs sandales.
Tout se passe donc ici dans l'ombre , et comme en famille. Les rares et timides plaintes qu'on y élève quelquefois ne vont jamais plus loin que les cols, qui le séparent du reste de la France. H ne faudrait rien moins qulin noialheur terrible, imprévu, général» pour arracher à cette dure population un cri de détresse, qui fût entendu au delà de l'enceinte de ses montagnes
Si l'on demande ensuite comment peut s'expliquer une résignation aussi stoique dans une population , qui voit chaque joUr son territoire tomber en lambeaux, je répondrai par un seul mot : Y habitude.
Le montagnard s'accoutume à voir son patrimoine dévoré par les torrents, comme il s'accoutume aux avalataches, aux tourmentes, aux précipices, et aux autres accidents, inséparables du sol de son pays. C'est le même sentiment d*indi£Pérence, qui lui fait bâtir sa cabane au pied de roches branlantes, qui tomberont demain , et sous lesquelles il s'endort le soir avec tranquillité. — Mais qu'on ne s'y trompe pas ; le mal que font les torrents, pour être supporté si patiemment, n'en est pas moins bien connu. Cette souffrance muette n'en est peut-être que le plus terrible symptôme; car elle démontre que le mal est considéré comme une sorte de loi nécessaire, à laquelle chacun se résigne sans se plaindre , parce qu'on a perdu depuis longtemps l'espoir de s'en affranchir.
Voilà pourquoi les étrangers ont toujours paru plus vivement frappéf que les habitants eux-mêmes, par Ténormité du fléau ; le peu de mots qui aient été écrits sur ce sujet, sont partis de personnes étrangères au pays. Interrogez tous ceux qui ont parcouru les Hautes- Alpes : chacun d'eux vous parlera tout d'abord des torrents ; c'est l'impression la plus profonde qu'ils
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ont rapportçe dç h vue d^s lieux, tçout^z easiiite tpu&ceux qui, ayi^ot examiné la plaie avec plus de Ipisir, qut pénétré plu^ f^vant ^^^s si^ coût paissance; tous sont uoaniiqe^ sur ses cpns^qu^nce^. tt- Qu'oa lise les loëmoires que j'ai cités dsins le çouran^ de cette étude. Qu'on lise les rapports faits depuis trente ans pfir les préfets , et par ^pus Içs administrateurs qui ont eu à méditer sur ce sujet Tpus d^posf^pt du même fait ; pas un ne ood* tredit Vautre sur la gi^avjjié du daqgçr. Qupil ^e$ préfets, des ingénieurs , des agents forestier^, tous partis de points différ^^ts, écrivant ç^ différentes époques , dans des vues diverses et s^,us divep^es inspirations , se rencontrent tous dans la nième copclusion ; çt cettç ççnclu^on serait outrée, ce qui veut dire» à moitié fau^^s^?....
J'ose à peine citer mon propre travail. Je demanderai, toutefois, si , df la description détaillée des faits, de ce grand nombre de citations de lieux, . de cet enchaineqtçnt de prçnv^s , il ne résulte p^^ un ç^rifictére de vraisemblance, qui doit éloigner tout reproche d'exagération? Quand même l'exemple du Dévoluy^ et de plusieurs a^utres localités.» Uie nous montrerait pas la conclusion écrite en grosses lettres sur les. ruines du sol, ne la voitr on pas sortir si naturellement du fond iQ^me des cbmiea, qu'elle ne saurait être autre que je l'ai dit?
Cette dernière objection étant ainsi r^'etée, et lia future ruine du paya étant acceptée comme un fait inévitable , on peut demander si l'état d^U permettre qu'elle se coiisomme sous ses yeux , ou s'il doit rempêdber au moyen de quelques sacrifices? — Maintenait tous les fiMf» sont débattus, et étalés au g^and jour ; tout est démonb^é , tout est connu , et la question, est devenue claire comme la lumière. Qnsiût qw les tpnrentfs ruâneponfa le pays ; on sait que le reboisement est le seul remède qui, peut dâaiiroei^cet avenir ; on sait que ce remède dépasse tes forces d'une contrée épnisée;. Cela posé, est-il bon que la contrée s'éteigne ? Ou lfipn> est-U bpi^ quejfçs» contrées voisines lui viennent en aide?
Je voudrais bien qu'on me montrât un senl.bpipme^, a$sez< dfipouitvu di& cœur et de sens commun, pour hésiter un instant, en face: d'une qnestioa. ainsi posée. — £h bien t de quelque f^/jon. qu'on la retourue, elle se résur-. niera^ toiy ours en ces termes-
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