‹ Étude sur les torrents des Hautes-Alpes (volume 2)Chapitre 52 sur 56 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

... Ce qui fait trois bassins distincts caractérisés par ces trois rivières. . •

Chap. i*r, paga t.

M. De Ladoueeite compte cinq bflssins; M. Héricartde Thury en compte hait. On peut augmenter cette division à l'infini , suivant la mesure des vallées qui donnent leur nom au bassin, et rien ne règle cette mesure. Mais les trois bassins que j'ai nommés reçoivent tous les cours d'eau du département, à l'exception de quelques ruisseaux insignifiants, qui coulent vers l'Ouest. De Çlus , il ese impossible de les confondre, à moins de sortir des limites du département.

. . qu*ou ne risque rien de la considérer comme nulle. . .

Ckap. Il, paga 11.

Pour compléter cette hydrographie , je vais dire un mot des canaux d'irrigation. Iksont très-répandus dans ce département, oii la nature du sol et la sécheresse dii climat les rendent indispensables à l'agriculture.

Plusieurs de ces canaux ont une longueur développée de plus de sept lieues. On a fait la remarque que les eaux sont d'autant plus fertilisantes qu'elles ont parcouru un plus long trajet. Elles s'échauffent en chemin et perdent leur crudité. — On a remarqué aussi que tous les cours ne fournissent pas des eaux également bonnes, et c'est une cause qui fait souvent chercher au loin certaines eaux, quand on en a d'autres en abondance sous la main. — Enfin , la nature des terrain» traversés par les canaux, introduit de nouvelles difiérenjces dans ces qualités.

Les canaux d'arrosage sont fréquemment tracés par les ingénieurs des ponts et chaussées, et leur établissement n'est pas toujours une chose facile.— Quand un torrent se présente sur la ligne d'un canal , on^a deux partis à prendre. D'abord on peut faire un canal en bois qu'on élève à l'aide depalées au-dessus'du lit Ai ton^nt; «equi forme un y éntMe pont-aqueduc. Mais si celui-ci coule à fleur de sol , ou si même , au lieu d'itre encaissé , son lit est bombé , on creuse au-dessous des déjections , et en travers du lit, un aqueduc : ce qui fiiit une espèce de tunnel, qui n'a plus rien à redouter des exhaussements futurs.

Un soin important dans l'établissement de ces canaux , est de bien assurer leur prise. Quand celle-ci se fait dans les parties supérieures d'un torrent, où le lit tend sans cesse à s'approfondir , il faut le maintenir à un repère sUble , à l'aide d'un barrage.

La pente*des canaux varie ordinairement d'un demi-centimètre à un centimètre par mètre. Cette inclinaison est forte, quand on la compare à celle qui est usitée dans les autres pays. Mais elle a cet avantage de procurer le plus grand volume d'eau possible avec la plus petite section possible de canal : ce qui rend les travaux plus économiques, sans rétrécir leur sphère d'utilité. En même temps , on évite les dépôts , et partant, les soins et les dépenses du curage. Enfin , ces grandes pentes ont peu d'ibconvénients dans un pays où les pentes générales des vallées sont très-fbrtes , et oà les canaux peuvent , même avec des inclinaisons descendantes d'un centimètre par mètre, atteindre des lieux très-élevés.

Les canaux traversent souvent des casses. Il est curieux de voir des terrains aussi meubiea et ausit perméables, travcitës par des cours à*tSLn artîficiela» sans donner aucun adioe de filtratîons* U faut expliquer ce fiût par la rapidité avec laquelle les eaus passent sur le sol s œ qui diminue les pressions latérales, et par conséquent la tendance aux filtrations. En même tempa, cette grande vitesse amène sur les mêmes points du périmètre moaiué, degtandes masses d'eau, toujours plus oa moins char|^ de limon , et qui, se renouvelaA sans cerne, doivent finir par boucher toutes les fuites. C'est ainsi qu'on rend les canaux de navigation étanches , en versant dans leurs eaux di^ sable fin.

On s'est servi, dans louverture de plusieurs canaux , d'un procédé particulier, afin de les rendre étanches. On a étendu sur le fond du lit une couche de feuilles de fayard ( hêtre) , qui a été recouverte ensuite par un Kt de terre graveleuse, pour empêcher que les feuilles ne fussent déchirées ou emportées par le courant. Ce procédé a réussi. On peut l'expliquer, lorsqu'on réfléchit que la décomposition de ces feuilles doit former de Vulmine, substance très-avide d'eau , qui, après s'en être satui^ , est capable d'empêcher les fiUrations par une action capillaire semblable à celle des éponges ou de l'argile.

Le territoîvede la viUe de Gap^ dont le sol, l'expositkMi et le climat sont fort bons, est condanmé à une de m i st érilité , par k manque d'arrosage. Les habitants ont phmeors ibis conçu le dessein d'y faire arriver le Drac. Pour comprendre la grandeur deee projet, il faut savoir que le Drae coule dans une vallée parallèle à celle de la ITunonce, à laquelle appartient le territoire de Ga/»; qu'ainsi , il ne s'agissait rien moins «{ue de transporter les eaux d'une vallée dans l'autre, en leur frisant firandiir nue ligne de £dle très-élevce et trèsabrupte* Ce projet a été étudié par |dusieurs ingénieurs. Il exigerait une percée sovteiraine, de IdOO mètres de longueur. Cette diconstance» l'incertitude da succès, le ehifiie énorme des dépenses, ont toujours lait reculer les habitants, et le tracé, repris plusieurs fois, n'a

XOTBS. â47

pas ewsore reça d'exëevtioii. BlémnoinB , Ui eoneeption «eirle du projet est bien propre à fiiire juger de «foetie importasMe sont ptrar ce pays les canaai if arrosage.

A cause de cette importance , il serait à désirer que la loi autorisât l'exprofNriation , toutes ks fois qu'il s'a^ak de (eor établissement; axais il t'en est pas toujours ainsi : et souvent l'opposition d'un seul paysan récakâtrant a rendu Tcuvertcre d'un canal impossible, et Toué ainsi à la stérilité une étendue notable de territoire.

... De leurs flafics (des berges) sortent des Mocs énormes^ qui roulent dans le lit. . . '

Chap* III, p»g« kké

Les déchirements de ces berges, dans certaines espèces de terrain , donnent naissance à des accidents d'une forme très-singulière. Ce «onft des espèces d'obélisques qui se dressent verti-^ calement au milieu du talus } ils sont pi*esque toujours coiffés par un gros bloc que Ton dirait posé par la main des booRnaes.

C'est à ce bloc que l'obélisque doit sa formation. Primiftiif)eqaeDt le bloc étùt couché sur la surface du talus. Dans cette position, lorsqu'il survenait une averse , et que les eaux descen^ daient en ruisselant sur la pente des berges, il leur présentait un obstacle solide et indesti^uctible, qui divisait les courants , et les rejetait à droite et à gauche. On conçoit que de cette manière il protégeait la j^rtion du talus située immédiatement au-dessous de lui : celle-ci deaieurait intade, pendant que les parties envircvmantes étaient de plus en plus creusées et abaissées. A la fin , il devait arriver qtte la partie ainsi ménagée s'aérerait au-<iessus des parties afi'ouiliées, en formant d'abord une arête ou one côte très-aiguë » qui s'amincit de plus en plus et prend enfin , par l'action du temps et des décomposition atmosphériques , la figure d'un obélisque très-nettement détaché.

Ces obélisques sont connus par les habitants du pays sous le nom de Demoiselles ou de Nonnes, On peut en voir sur les berges du torrent des Grapes , de celui de €répoux , de Rabimix^ de Grenoble {-^rhi de Briançon), etc., etc.

... Le moindre de ces torrents secondaires ^ transporté dans une vallée fertile, suffirait à là ruiner. ...

Cbap. ni, p»je IB.

Cette gorge, tout horrible qu'elle parah, est pourtant la route la plus commode, qui conduise de la vallée du Queyras à Btiançon. Le Ht du torrent sert dévoie à un chemin

vicinal. On peut juger par là ce que sont les chemins vicinaux du département. Le voyageur qui serait surpris par un orage an milieu de ce défilé, y perdrait immanquablement la vie Où trouverait -il un refuge, contre les périls qui le pressent de tous cotés? Le sol manque sous ses pas» s'il reste dans le lit, il est englouti par le torrent; s'il essaye de gravir les berges , il e^t écrasé par les blocs et par les lambeaux de terres , qui croulent alors de toutes parts. — Aussi les habitants ont-ils garde de s'aventurer dans cette route , dès qu'ils prévoient un mauvais temps.

La gorge du torrent de Labeoux \ qui mène dans le Deifoluy , présente à peu près les mêmes circonstances. Le chemin vicinal est établi dans le lit du torrent, et les montagnes qui l'encaissent sont, dans beaucoup départies, tellement escarpées, ou tellement croulantes , qu'il serait difficile de s'y réfugier , dans le cas où un orage , gonflant subitement le torrent , effacerait sous une masse d'eau furieuse toutes les traces du chemin.

. . . Chaque nature de terrain est accusée par une nature particulière d'ail uvions formées de leurs débris , et l'on y remarque une grande variété. . .

Chap. TU , page 91.

Le Drac , la Séveraisse , la Servieres roulant des variolites,

La Romanche^ du cristal de roche, et même, dit-on , de l'or ; ce qui n'aurait rien de surprenant, car elle baigne le pied de la montagne, où sont cachées les mines de Lagardette,

Le Boscodon charrie du tuf et de l'albâtre.

Les torrents du QueyraSt de la serpentine.

Ceux du Deuoluy^ de la mollasse.

Dans le Merdanel, VEgouarreê^ le Rioubourdoux , le Prareboul, etc. , on exploite une brèche calcaire , à empreintes d'ammonites , avec laquelle on a construit ici la plupart des ponts , et qui est un véritable marbre.

Dans le torrent de Trente pas , près d'£spinasse , on exploite depuis quelques années un marbre vert qui s'exporte jusqu'à Paris.

Dans plusieurs torrents de l'Ouest, on trouve une grande abondance de coquillages fossiles.

Enfin, dans la plupart des torrents, les grès, les calcaires du lias , et les calcaires à nummulites , forment la masse principale des alluvioos.

NOTES. â49

. . . dès lors il n'est plus étonnant qu'il produise les effets que j'ai décrits, et qui sont tous le résultat d'une excessive vitesse. . .

Ch«p. VIII , p«ge 38.

Cherchons à nous faire une idée de la vitesse des torrents , lorsqu'ils sont gonflés par une crue.

Il est olair qu'on n'a jamais pu , et qu'on ne pourra jamais apprécier cette vitesse par des expériences faites sur le courant lui-même , soit à l'aide du tube de Pitot , soit à l'aide de tout autre instiniment. Quel appareil résisterait à l'épouvantable violence des eaux?... Où se placerait l'observateur pour la mesurer?... Ce genre d'observation, auquel nous devons la connaissance des vkessjes de la plupart des grandes rivières de l'Europe , peut donc être considéré comme totalement inapplicable, lorsqu'il s'agit des torrents.

Dès lors , il ne reste plus qu a interroger le calcul , quelque imparfaites que seront nécessai* rement ses réponses.

On sait que dans les grandes vitesses, la résistance à l'écoulement est simplement proportionnelle au carré de la vitesse , et la formule qui exprime cette vitesse est alors celle-ci :

« = 5lV/| ( D'Aubuisson, Hydraul., pag. 113.)

Dans cette formule, /? exprime la pente par mètre , s la section du fluide , et c le périmètre mouillé. Elle convient mieux qu'aucune autre à l'écoulement des torrents. Appliquons-lui les données les plus oixiinaires.

Supposons que les eaux coulent à plein bord sur une pente de 0*)06 par mètre , et dans un canal ayant 8 mètres de largeur sur 2 mètres de hauteur. Je dois dire que cette dernière hypothèse se justifie par une foule d'observations qu'on peut ùÀve dans les parties où les torrents sont naturellement encaissés. Elle se justifie aussi par l'existence d'un grand nombre de ponts, dont le débouché présente toujours des dimensions au moins égales à celles-ci, et sous lesquels on a pu observer la hauteur des eaux dans les crues. — Ainsi ces trois données peuvent être considéi^ées comme exprimant les circonstances les plus ordinaires des crues, et comme étant toujours surpassées dans les grands débordements.

On a , d'après cela :

5=rl6»,00

D'où l'on tire :

La vitesse des eaux serait donc d^ un peu plus de H mètres par seconde.

Or, une pareille vitesse est excessive. Celles des fleuves les plus rapides ne dépasse pas 4 mètres ; encore ces exemples sont-ils cités comme se rapportant à des cas extraordinaires. La vitesse des vents impétueux est de 15 mètres ; ce qui est tout près de celle que nous venons de trouver.

On cite comme un cas de prodigieuse vitesse , l'exemple rappoité par Bouguer , d'un torrent, parti du Gotopaxi, et gonflé par la fusion brusque des neiges qui couvraient des bouches volcaniques. Ce torrent emporta, six heures après l'explosion du volcan , un village situé à trente lieues du cratère , en ligne droite. En admettant la lieue de 5,000 mètres , cela ne ferait qu'une vitesse de 6™,94 par seconde; et, pour arriver à la vitesse de 14 mèti^es, il faut supposer que les contours du terrain ont à peu près doublé le parcours- Or, c'est là justemeut ce qu'ajoute Bouguer , et son observation est alors parfaitement d'accord avec les résultats que le calcul nous donne pour les torrents des Hautes-Alpes.

Si l'on calcule la masse de liquide qui s'écoule dans l'hitenralle d'une seconde » sous Tinfluence d'une vitesse de i4"",â8 , par la section que nous avons assignée aux torrents, on trouve un cube de 228°'<^,48. — Pour se faire une idée de cet énonne débouché , il £ittt savoir que la Garonne ne débite en temps ordinaire, que 150 mètres cubes d'eau; que la Seine n'en débite que 130 , etc... ainsi , un torrent , de moins de 5 lieues de longueur, lorsqu'il est enflé par les orages , dégorge plus d'eau qu'il n'en passe ordinairement sous les ponts de ces grands fleuves ! .... Il n'est pas surprenant , dès lors , que la durée des crues soit si courte dans les torrents.

Le calcul peut aussi rendre compte du transport de ces blocs énormes que l'on voit , après les crues , dispersés ça et là sur les lits de déjection. On se rappelle que le tondent les balaye avec une telle facilité qu'ik sont souvent projetés à plusieurs mètres de hauteur , hors de son lit.

Supposons un bloc par&itement cubique , placé dans le lit d'un torrent , et posé sur une assiette horizontale. Supposons encore que ce bloc soit de l'espèce de pierre la plus lourde. Toutes ces conditions sont défavorables à l'entraînement.

Soient a le côté du cube , que je suppose inconnu , P la pesanteur spécifique de la pierre.

Si le bloc est noyé dans les eaux^, il opposera au courant un moment de résistance, représenté par

Le moment du choc du fluide sera donné par l'expression

laquelle , dans le cas qui nous occupe , devient :

a' «' 2 ig

Egalant les eipressions des deux moments, on a :

d*où Ton tira :

Appliquons les nombres :

gzss, 9n,808 (intensité de la pesanteur terrestre).

ir = 1 000 ( pesanteur spécifique de Teau ) .

11 vient :

Le torrent pourrait donc déptacer des cubes de pierre, ayant 5m, 15 de côté. Observons cependant que la valeur de a étant donnée par une équation d'équilibre , il convient de la dimipuer, si Ton veut se placer dans le cas de l'entraînement ; et il faut la di* minuer beaucoup, si l'on veut que l'entraînement se fasse avec rapidité. — 11 Êiut observer aussi que la hauteur des eaux ayant été supposée de 2 mètres , un bloc de 5'°, 15 de hauteur ne serait plus noyé dans le courant , et par conséquent , ne pourrait plus être choqué par le fluide sur toute sa surface.

On peut tenir compte de cette dernière circonstance. Alors » l'équation d'équilibre , en négligeant fe remous du à l'obstacle , et qui est favorable à l'eûtrainement, donne :

D'où

En considérant cette valeur de a comme une limite supérieure , conformément à l'observation faite plus haut, on est dans le vrai , ou , du moins , on est d'accord avec l'observation. En effet, il n'est pas rare de ti^ouver des blocs cubant 20 mètres cubes, sur des pentes voisines de 6 centimètres par mètre, soit en dessus , soit en dessous. Dans la dernière irruption du torrent de Chorges , les eaux ont abandonné sur leur lit de déjection une centaine de blocs cubant 30 mètres cubes , et quelques-uns même , qui cubent au delà de 60 mètres cubes.

... la longueur de rive défendue par un barrage décroît rapidement , à mesure que la pente du lit augmente. . .

On peut rendi*e tout ce paragraphe très-ctair , à l'aide du calcul. J'appelle P la pente primitive du lit,

/lia pente nouvelle, qui résultera de la construction des barrages, et que je suppose être précisément celle qui est nécessaire pour enlever au courant la force d'affouiller les berges , L la longueur de rive à défendre, à l'aide des barrages , h la hauteur constante des barrages au-dessus du fond du Ut , ir le prix d'un de ces barrages.

Pour régler l'espacement des barrages, il faut tirer une ligne partant du couronnement du premier barrage d'aval, et rejBontant vers l'amont, suivant la pente p^ Le point où cette droite rencontrera la pente P du lit , déterminera le pied du deuxième barrage , et ainsi de suite pour les autres. — Il suit de là que l'espacement des barrages , ou , ce qui est la même

chose , la longueur de rive défendue par un barrage sera représenté par l'expression =; .

Par conséquent , la dépense qu'il faudra faire pour défendre une rive d'une longueur L sera

repi*ésentée par : »

On voit que cette expression croît avec P. — Il est même facile de voir qu'elle croit suivant un rapport plus grand que la première puissance de P. — Ainsi , quand la pente du torrent devient deux fois plus forte ^ la dépense des barrages nécessaires pour défendre la même longueur de rive est plus que doublée.

Ceci me conduit à une autre recherche.

A mesure qu'on élève la hauteur d'un barrage , on augmente ses frais de construction ; mais en même temps , on augmente la longueur de rive défendue. — On peut se demander s'il y a moins de dépense à diminuer ainsi le nombre des bairages , en les faisant plus haut, qu a les multiplier en leur donnant moins d élévation.

La dépense d'un barrage se compose de deux éléments : 1^ le prix de la maçonnerie \ S^ le prix des fouilles. — Je suppose que la nature du terrain soit à peu près la même , dans toute l'étendue du lit, comprise dans la longueur L. — Je suppose aussi qu'on n'ait pas à s'occuper d'épuisements s ce qui est le cas ordinaire, parce qu'on fait to\ijour$ ces sortes de travaux dans la saison de l'étiage, et qu'on achève de mettre le lit à sec , en dérivant les* eaux.

Je suppose encore que les barrages soient construits avec une épaisseur moyenne, égale à la moitié de leur hauteur, avec un fruit extérieur du cinquième de la hauteur et avec un

parement intérieur vertical. — Enfin j'admets que la profondeur des fondations soit proportionnelle à l'élévation du barrage au-dessus du lit; car, plus cette élévation estgi*ande, plus les ailouissements sont à craindi*e , et plus il importe d'approfondir les fondations.

Toutes ces hypothèses étant admises ; j'appelle :

c, le prix d'un mètre cube de maçonnerie; c\ le prix d'un mètre cube de fouilles;

\, la longueur des barrages, mesui^e en travers du lit, et que je suppose indépendante de leur hauteur (1).

/t, le rapport constant entre la profondeur des fouilles et l'élévation des bandages.

Le prix de la défense , établie sur une longueur L , avec des barrages dont la hauteur est h , sera représenté par l'expression :

Le premier terme exprime le prix des maçonneries. Le second terme exprime le prix des fouilles. L'un et lauti'e terme renferment le facteur h, affecté d'un coefficient formé de termes constants. Par conséquent, le prix de la défense croît proportionnellement à t élévation qvHon donnera aux barrages, — Ainsi, par exemple, en réduisant de moitié la hauteur des barrages , et en doublant leur nombre, on réduira de moitié la dépense.

De là , il résulte que , sous le rapport de l'économie , il y a un avantage notable à faire des baiTages peu élevés , et à les multiplier. — Mais d'autres considérations , indiquées dans le chapitre 17, commandentau contraire de donner au bairage la plus grande élévation possible, afin de rendre l'amortissement du courant le plus complet. Les motifs d'économie s'effacent devant ces nouvelles raisons. — Toutefois il était curieux de savoir si les dispositions indiquées comme étant les plus efficaces, étaient en même temps les plus économiques, ou les plus coûteuses.

(i) Ceci n'est pas rigonreusement exact , car les beirges vont en s'élargissant à mesure qu^elles s'élèvent au -dessus du fond du lit ; par conséquent, la Ion{^aeur du mur qui fait office de ]!>arra|pe doit croître à mesure que son couronnement s'élève davantage. — Mais cette observation ne change rien à la conclusion que j'ai tirée du calcul : au contraire, elle ne fait que la fortifier. En effet, si la défense devient d'autant plu% dispendieuse qu'on se sert de barrages plus élevés , avec la condition que leur longueur reste constante, il est évident que le prix s'accroîtra encore, si cette longueur elle-même augmente en même temps que la hauteur.

2âi KOTES

. . . Toute cette marche est tracée par un décret spécial, qui soumet les torrents à un régime particulier, et les place sous la tutelle immédiate de Tadministration. . .

Ckap. XIII , page ftl.

Yoici quel est ce décret :

Décret du 4 thermidor an XIII ^ relatif aux torrents du départemeni

des Hautes-Alpes,

Âi-t. 1*'. Dan& les communes du , département des Hautes-Alpes qui se trouvent esposées aux irruptions et débordements des rivières ou tonmits, les maires, après avoir fait délibérer les conseils municipaux, se pourvoiront en la forme ordinaire par-devant le préfet du déparment, pour être autorisés à faire les réparations ou autres ouvrages nécessaires. En cas d'urgence, ils pourront convoquer les conseib 'municipaux pour cet objet, sans une permission particulière.

Art. 2. Le préfet commettra un ingénieur des ponts et chaussées pour reconnaître les endroits exposés, lever le plan des lieux , et proposer les projets et devb , qui seront communiqués aux conseils municipaux , et , d'après leurs observations , le préfet prononcera Tautonsation s'il y a lieu.

Art. 3. Si les ouvi*ages à exécuter n'intéressent que des particuliers , le préfet nommera une commission de cinq individus parmi les principaux propriétaires intéressés , lesquels choisi ront entre eux un syndic, et délibéreront sur l'utilité ou les ineonvénients des travaux demandés.

Art. 4. Le préfet commettra ensuite un ingénieur pour dresser les projets et devis qui seront communiqués à la commission , ainsi qu'il est prescrit pour les conseils municipaux dans Tart. â.

ArC« 5. Dans le eas 6à les ouvrages à faire intéresseraient plusieurs oommuneTqui n'agiraient pas de concert, la demande du conseil municipal de la commune poursuivante sera communiquée aux conseils municipaux des autres communes, et il sera ensuite procédé par le préfet, à l'égard de toutes les communes, conformément k l'art. 2.

Art. 6. Lorsque la négligence, soit d'un ou de plusieurs particuliers, soit d'une ou de plusieurs communes, à faille des digues, curages et ouvrages d'art , le long d'un torrent ou d'une rivière non navigable , exposera le territoire aboutissant d'une manière préjudiciable au bien public, le préfet, sur les plaintes qui lui en seront portées, ordonnera le rapport d'un ingénieur des ponts et chaussées ; ce rapport sera communiqué aux parties intéressées pour donner leurs réponses par écrit dans le délai de huit jours, et le conseil de piéfecture statuera sur les contestations qui pourraient en résulter.

Art. 7. Si une digue intéresse une commune «n général , et que quelques particuliers s'op-

posent à sa construciioû , le conseil mimicipal sera consulté , et les oppositions seront soumises au conseil de préfecture.

Art. S. Dans tous les cas ci-dessus énoncés, et lorsque les délais seront eipirés, si tous les intéressés ont donné leur consentement, ou qu'il n'y ait pas eu de réclamations , l'adjudication des ouvrages , tels qu'ils auront été déterminés et arrêtés, sera faite dans les formes ordinaires devant tel fonctionnaire que le préfet aura commis , et en présence des intéressés, ou ceux-ci dûment appelés par des affiches et publications ordinaires.

Art. 9. Le montant de Tadjadication sera réparti entre les intéressés à raison du degré d'intérêt de leurs propriétés ^ par un r6le que le préfet rendra exécutoire , suivant la loi du 14 floréal an XI , et le conseil de préfecture statuera sur les réclamations relatives à cette répartition. v

Art. 10. Les adjudicataires seront payés du montant de leur adjudication en vertu des ordonnances expédiées par le préfet sur le certificat de réception des travaux, délivré par l'ingénieur chargé de la conduite des ouvrages. Les débiteurs seront contraints au payement dans la forme prescrite par la loi du 14 floréal an XI.

Art. 11. Nul propriétaire ne pouira être taxé, pour ses contributions aux travaux dans le cours d'une année , au delà du quart de son revenu net , distraction faite de toutes les autres impositions.

Tel est ce décret, qui n'a pas cessé d'être en vigueur dans le département des Hautes- Alpes, depuis le jour de sa promulgation ; qui est invoqué tous les jours , et sous l'empire duquel ont été construits tous les travaux de défense feits dans ces trente dernières années. — U a été rendu sur la demande de M. Ladoucette, ancien préfet des HaiHes-Alpes. TJn acte du 16 septembre 1806 le déclara commun à k Drôme et aux Basses^ Alpes.

Dans le rapport fait à la chambre des députés le 12 avril 1837, par M. Jaubert^ au nom de la commission chaînée de l'examen du projet de loi relatif au concours des propriétaires dans les travaux à entreprendre sur les fleuves et rivières , j'ai lu ( page 10) que le décret du 4 thermidor an XIII , relatif aux torrents des Bautes-Alpes^ devait être considéré comme abrogé par la loi du 16 septembre 1807. — Si cela est, il s'ensuit que trois départements de 4a Fraooe ont invoqué et appliqué tous les jours, pendant trente années, un décret qui, depuis trente ans, a perdu force de loi. Il serait asse* singulier que le conseil d'état n'eût pas une seule fois relevé cette erreur, à moins d'admettre qu'il n'a pas été une seule fois saisi d'affaires régies par le décret : ce qui parait à peu près impossible, lorsqu'on songe que ce décret décide du sort des propriétés riveraines, et qu'il a dû plu9 d'une fois blesser des intérêts privés, et soulever des résistances opiniâtres et ingénieuses à se défendre.

Je vais i^hercher si cette célèbre loi de 1807 renferme en effet des dispositions contraires au décret du 4 thermidor.

L'art. 33 de cette loi établit d'abord que : — « Lorsqu'il s'agira de constiniire des di-

» gués à la mer, contn les fleuves, rivières et torrents navigables ou non navigables , la néces- » site en sera constatée par le gouvernement , «t la dépense supportée par les propriétés pro-

j> tégëes, dans la proportion de leur intérêt aux travaux, sauf le cas où 4e gouvernement » croirait utile et juste d'accorder des secours sur les fonds publics »

Le décret du 4 thermidor n'est bien évidemment que le développement de cet article , et il ne le contredit ea rien.

L'article suivant établit les formes à suivre. Il est ainsi conçu :

Art. 34. ff Les formes précédemment établies et llntervention d'une commission seront

» appliquées à l'exécution du précédent article »

A l'art. 34 se termine tout ce que la loi de 1807 renferme d'applicable aux constructions des digues sur les torrents. Les fonnes que cet article rappelle sont celles qui sont développées dans les titres II et X 3e la même loi. C'est ici que se présentent en réalité plusieurs différences.

La loi de 1807 prescrit l'établissement de deux commissions, l'une syndicale, l'autre dite spéciale. ^-Le décret du 4 thermidor n'établit qu'un syndicat ^ et dont les attributions ne sont pas exactement celles des deux commissions.

La loi de 1807 donne à la commission spéciale, outre le droit de former et de vérifier les rôles de plus-value des terrains intéressés aux ouvrages (conformément à la loi du 14 floréal an XI ) , celui de régler les expropriations. — Le décret ne prévoit pas l'expropriation ; il semble supposer que les oppositions ne porteront jamais que sur le mode d'établissement des défenses , sur les effets qu'on en redouterait , et sur la manière dont le râle répartit la défense entre les intéressés.

On pourrait voir encore une autre différence dans l'enquête de commodo el incommoda, nettement formulée par la loi de septembre, et qui est à peine indiquée par l'art. 6 du décret. Mais il faut savoir que cet article a été développé , soit par des instructions ministérielles , soit par des règlements particuliers , faits dans chacun des troiS'départements. Tout projet de défense est déposé à la mairie , et des af&ches invitent les intéressés à en prendre communication. Les oppositions sont inscrites, discutées par la commission syndicale, adressées au préfet , puis soumises au conseil de préfecture. — Mais il y a dans cette formalité même de nouvelles différences avec celles prescrites par la loi de 1807. En effet , celle ci arrête que les oppositions ou réclamations seront renvoyées par le préfet devant la commission spéciale, qui prononce en dernier ressort.

Je pourrais suivre ce^iarallèle plus loin, et signaler encore plus d'une divergence.

Ainsi, par exemple, l'établissement d'une digue, d'après le décret, n'exige pas d'autre apptx>bation que celle du préfet, qui vise les projets des ingénieurs, décide si la construction aura ou n'aura pas lieu, et juge toutes les contestations en dernier ressort. — Les formalités prescrites par la loi de 1807 sont plus compliquées, et prescrivent l'intervention de l'administration supérieure.

Il est donc incontestable que le décret du 4 thermidor ne coïncide pas dans toutes ses dispositions avec la loi de 1807. Il est incontestable aussi que la loi étant postérieure au décret

semble devoir l'abroger; son article 59 l'énonce d'ailleurs formellement : « Toutes les lois

» antérieures cesseront d'avoir leur exécution en ce qui serait contraire à la présente »

En général, les formes du décret sont plus simples et plus expéditives que celles de la loi de 1809. Celle-ci^ confondant dans la même législation plusieurs classes d'ouvrages très-différentes, assujettissait les plus simples digues à la même série de formalités qu'elle avait prescrite

notes: 257

pottr les longs et difficiles travaux des desséchemenls de marais. Le décret , au contraire , ne concernait que des ouvrages généralement peu dispendieux et peu considérables , compai*ativement à ceux englobés.dans cette loi, et il avait abrégé les formalités, parce que l'intérêt public exige souvent que ces ouvrages soient élevés à la hâte et sans perdre de temps.

Il faut croire que si le décret du 4 thermidor n'a jamais été considéré comme abrogé dans les départements pour lesquels il avait été spécialement rendu , c'est qu'on a pensé que les moti& qui l'avaient inspiré en 1805, et qui lui avaient attaché ce caractère de spécialité , en le plaçant en dehors des lois ordinaires, et en bornant son action dans une enceinte déterminée, on a pensé, dis-je, que ces motifs subsistaient encore en 1807, comme ils subsistent encore aujourd'hui , et qu'ils le mettaient hors de Tinfluence des lois , faites généralement pour le reste de la France.

(Yoyex au sujet de ce décret la Notice des principales lois ^décrets y ordonnances^ etc.^ relatifs aux rit^ières, torrents^ etc., par Morisot , chef de bureau à la préfecture des Basses- Alpes y 1821. — Il existe aussi dans les cartons de la préfecture des Hautes^ Alpes un excellent règlement, qui développe le décret du 4 thermidor, et qui a été rédigé en 1832 par M. Gauthier, conseiller de préfecture. )

Nous avons vu que la dépense de l'établissement des digues était supportée par les propriétaires intéressés, chacun y contribuant suivant la cote déterminée dans uii rôle de répartition dressé par des syndics. — ' Je ne veux pas quitter ce sujet sans dire un mot de la manière dont ce rôle est habituellement dressé.

On commence par répartir tous les intéressés en un certain nombre de classes, déterminées par les chances plus ou moins probables d'inondation. On range dans la même classe toutes les propriétés qui ont à peu près la même chance d'être envahies par le torrent ; on affecte ensuite à cette classe un certain chiffre , qui n'exprime pas autre chose que la chance relative d'envahissement. Ce chiffre est d'autant pins élevé que la classe est plus menacée, et si l'on admet qu'une certaine classe soit deux fois plus menacée qu'une autre , le chiffre de la première sera double de celui de la seconde.

La classification ainsi faite, et ces rapports une fois établis, on multiplie la surface àe chaque propriété par le chiffre de la classe à laquelle elle appartient : ces produits expriment la cote relative de chaque intéressé. Il n'y a plus qu'à diviser la dépense totale propoi^tionnellement à ces cotes.

C'est ainsi que l'on dresse ces rôles. — Mais cette manière de procéder n'est pas la plus rigoureuse , ni la plus équitable possible. La cote ne doit pas être déterminée proportionnellement à la superficie des terrains, mais proportionnellement à leur (valeur.

En effet, il est possible que deux terrains rangés dans la même classe et , par conséquent , soumis à des chances égales d'irruption, se trouvent avoir exactement la même superficie , sans qu'ils aient la même valeur vénale. Aiosi , le sol peut être meilleur dans l'une que dans l'autre , ou bien il a été mieux amendé, ou bien il est d'un accès plus commode, ou bien il renferme des habitations de campagne, et d'autres agréments qui augmentent le prix de la propriété. H est bien évident, dès lors, que si les deux propriétés sont également anéanties par le torrent , celui qui possède la première aura subi une perte plus considérable que celui qui aura perdu la seconde. Donc , il est plus intéressé que l'autre à l'établissement de la digue ; donc, il doit contribuer pour une plus forte part à son établissement. -^ Et pourtant il suit de la règle

s» NOTES

commntiéam adoptée ici par ies syodiai , ^ue le» dent propriétaires payeront des fomsies égales. Cela o'eat oertaioemeiit pas rationnel, et oette méthode sera toujours inexacte, tontes les fois que les propriétés embrassées par le rôle ne se trouveront pas avoir identiquement Ja même valeur,* par mètre carré de superficie , cas tellement rare , qu'il ne se présente fienté Ire jamais.

Posons les vrais principes qai doivent servir de baie à la fixation de ces rôles.

Lorsque plusieurs joueurs entrent au jeu avec des mises inégales et des chances inégales de gain , si Ton veut que tout devienne ngoureusement égal entre eux et conforme à l'équité, il fautqu'en multiplian t la mise de chaque joueur par la probabilité qu'il y a de la perdre, tous les produits soient égaux entre eui. *- C'est ce qu'on démontre très rigoureusement par le calcul des probabilités, où ces sortes de produits sont connus sous le nom d*e$pàr{incei nuuhè* matiques.

Or, nous sommes ici dans des conditions parfaitement semblables à celles de ces joueurs. Le torrent non contenu par des digues plane au hasard sur un certain nombre de propriétés intéressées à se défendre , et il les menace tontes , mais inégalement et suivant des chances diverses d'irruption. C'est là un véritable jeu de hasard. Les propriétaires ressemblent aux joueurs : leur mise en jeu , c'est la valeur de leurs héritages ; leur probabilité de perte, e^est la chance plus ou moins grande qu'ils ont d'éti^e envahis par le torrent. — Si tout étaitégal entre ces nouveaux joueurs, ii faudrait qu'en muUipUant pour chacun ieux laprobéMlUi de ia perte par la valeur de la chose perdue, les produits fussent égaux. Si ces produits ne le sont pas , cela démontre que tout n'est pas égal , que certains joueurs sont moins favorisés dans l'état actuel des choses que d'autres , ou , en d'autres termes, que ootains propriétaires ont plus à perdre que d'autres, et , par conséquent, sont plus intéressés que d'autres à la oonstrnction de la digue. Ces produits exprimeront alors la mesure de cet intérêt , et ils fourniront la véritable proportion qu'il conviendra déiabUr entre le» intéressés, pour faire face à la dépense totale.

Il y a donc , comme on le voit , deux éléments à établir :

V h^. chance d'irruption qui menace chaque propriété.

â* La valeur même de chaque propriété menacée.

Ces deux éléments , exprimés en nombres , seront multipliés l'un par lautre , et les produits donneront la propoilion suivant laquelle i! faut imposer les propriétaires.

La détermination du premier élément, savoir, la chance d'irruption, est, il faut en convenir, un problème fort difficile. ^^ Pour donner une idée de la manièi^ dont il pourrait être résolu , je vais me placer dans un cas normal, où Fin^uption des eaux se manifeste sous des formes moins irrégulières que dans les crues des torrents ; ce cas serait , par exemple , celui d'une rivière qui inonderait une de ses rives en débordant momentanément , pour rentrer en* suite dans vm lit invariable.

Dans ce cas, ii faudrait rechercher avec attention les repères de différente inondations ob* !»ervées dans la période de temps la plus considérable possible. Je suppose que cette période soit de 5o ans. Ces repères serviraient de point de départ à des nivellements qui seraient laits avec beaucoup d'eaactitude suivant la pente de la rivière , modifiée de façon à rattacher à une seule et même ligne tous les repères correspondants a la même crue. On partagerait de cette manière tout le teirain compris depuis la rivièiv jusqu'à la limite la plus éloignée des

inondations en un certain nombre de zones , soumises chacune à une probabilité diflërente d'inondation. Tous les terrains enclavés dans la même zone feraient partie d'une même classe^ et seraient censés soumis à la même chance, qu'il s'agit maintenant de déterminer.

Or, si l'on part de la zone la plus voisine de la rivière , et si l'on admet, par exemple, que cette zone ait été couverte par les eaux moyennement trois fois par année , on peut représenter la probabilité d^une inondation future par la fraction ^ll, Ia zone la plus éloignée au contraire , qui n'aurait été mouillée par les eaux qu'une seule fois dans cette période de 50 années , aurait une probabilité représente par -j^^. Ainsi de suite des auti^s.

Ayant ainsi fixé les probabilités correspondantes aux différentes classes ou zones , on déterminerait ensuite la valeur totale des propriétés enfermées dans chaque zone. Soient

V9 f/p v'\„ oea valeurs

Pfflj y.«* les probabilités oorfespondantes.

Les intérêts des différentes dasses seraient exprimés par les produits

pt^, pVf p^t> 9 etc....

Maintenant, pour déterminer la quote-part de chaque propriétaire, il nyaqu'à multiplier la valeur de sa propriété pai* la probabilité de la classe dont elle fait partie^ et ce produit, par un coefficient constant a , déterminé de façon à ce que la somme des cotes des intéressés équivale à la dépense totale. Ce coefficient sera donné par l'égalité suivante , dans laquelle S représente la somme totale à dépenser pour l'établissement de la digue :

P^+p'^-hP ^+» etc.

Telle serait la méthode à suivre pour dresser les rôles de répartition. On voit qu'elle comporte une détermination fort épineuse , et qui , dans le cas de cours d'eau aussi capricieux dans leurs ravages que les torrents , doit laisser une grande place à l'arbitraire des syndics Mais les classes une fois formées , le reste est conforme à la plus rigoureuse équité.

Il serait 'à désirei* que l'administration , qui exerce un contrôle sur les rôles des syndics , leur prescrivit formellement la marche que je viens d'indiquer : elle rendrait le champ des contestations plus précis et plus restreint. Aujourd'hui le bon sens des propriétaires lésés fait souvent découvrri l'inexactitude des rôles sans qu'ils puissent, du reste , préciser oà est le vice de la méthode , qui réside, tantôt dans la fixation de la chance d'irruption , tantôt dans Ïe6 erreui*s signalées .plus haut, résultant des valeurs inégales des propriétés. — Avec la méthode précédente , le débat ne pourrait jamais porter sur le premier élément, et ce point une fois convenu , toute discussion deviendrait impossible sur le reste.

2eo NOTES.

. . . Mémoire dans lequel on essaye de faire voir que les communes peuvent , sans autre secours que leurs bras, se mettre à Tabri des torrents secondaires; par Delbergue Cormont , ingénieur en chef. . .

Cb«p. iTii , page T9.

Yoîci ce mémoire :

tt 11 y a deux espèces de torrents : les torrents principaux et les torrents secondaires. Les » premiers sont faciles' à distinguer ; ils coulent toujours dans la vallée principale ; ainsi , la » Durance, le Guil^ les Deux-Buëchy le Drae , etc., sont des torrents principaux.

» Les seconds descendent des montagnes latérales de la vallée , et viennent croiser, suivant » un angle plus ou moins droit , le torrent principal qui occupe le fond de la vallée ; il suif » de là que les torrents de Sarrazin, de Boscodôn , sont des torrents secondaires. Les » moyens employés jusqu'ici pour se rendre maître des toiTents principaux sont de les en- » caisser par des digues revêtues de pierres. J'ai Êiit voir, dans un autre mémoire , qu'on » pouvait obtenir les mêmes résultats plus économiquement; mais ne voulant m'occuper en » ce moment que des torrents secondaires , je reviens à mon objet.

» Avant de proposer les moyens de prévenir ou de réparer les ravages que font les torrents » secondaii*es , il faut connaître ces torrents, et pour cela, les prendre à leur naissance, » les examiner dans leur cours , et en les suivant dans l'accroissement de leur lit , chaque » année , indiquer les dommages infinis qu'ils peuvent occasionner. Il est certain qu'un torrent » secondaire ne fait que peu ou point de mal tant qu'il est resserré entre des rives escarpées. » C'est lorsqu'il quitte les montagnes latérales pour entrer dans la vallée qu'il commence ses » ravages. Examinons comment cela arrive. *

u Tant que les eaux du torrent sont contenues par des rives escarpées , elles roulent en » grande masse et enU*atnent avec elles non-seulement les graviers , mais même des rochers » énormes. A peine sont-elles sorties de la montagne , que , n'étant plus soutenues par des » rives, elles se divisent en mille petits courants. Loin d'entraîner les rochers , elles roulent » à peine les graviers , et leurs forces diminuent de plus en plus ; elles portent à peine quelques » grains de sable au torrent principal. Gela explique par&itement la forme que prennent les » dépôts formés par les tori*ents secondaires. A la sortie de la montagne, cette forme est » celle d'une portion de cône dont le sommet répond au point où le torrent sort de la mon- » tagne. En effet , les eaux , en quittant la montagne , ont encore une force acquise qui leur » permet de rouler les rochers à quelque distance ; dans le second instant , cette force étant » diminuée , elles déposent les rochers et ne charrient plus que les pierres ;* dans le troisième » instant, la forae étant encore diminuée, elles abandonnent les pierres , pui%ensuite les gra- » viers. Yoilà donc un premier dépôt qui sera moins considérable à mesure qu'il s'éloignera » de la montagne. Dans une seconde crue du torrent , les eaux s'échappent totalement , et le > dépôt de sable et de gravier s'élai^ira moins , toujours en suivant une pente. Enfin , l'ac- » croissement peut devenir si considérable , que les côtés du cône se rapprochent de la mon-

NOTES. 26f

» tagne ; alors le tondent se partage eo deax courants, et il arrive bientôt à chacun de ces deux » courants ce qui est arrivé au courant principal. Ainsi , les terres fertiles de la vallée dispa- » raissent sous ces monceaux de pierre et de sable. Comme ces torrents sont très-multipliés , » il arriverait un jour qiie ^ leurs dépôts venant à se joindre , toute une vallée deviendrait » stérile , et ne pourrait nourrir ses habitants.

» Nous avons vu que les torrents secondaires ne déposent les graviers et les pierres qu'ils u charrient de la montagne que parce que leurs eaux n'étant plus contenues par des rives » lorsqu'elles entrent dans la vallée , elles se disséminent sur une grande surface et perdent 9 ainsi leurs forces ; elles ne peuvent pas entratner phu loin les pierres ei le gravier qu'elles » abandonnent à plus ou moins de distance de la montagne. Ceci nous indique la marche à 9 suivre pour nous rendre maîtres de ces torrents jusqu'à leur embouchure , et les empêcher » de couvrir les terres de graviers.

» Je proposerai donc y conformément à ce principe :

» l» De creuser un lit au torrent dans le dépôt qu'il a percé à la sortie de la montagne ;

• 9f* De donner peu de largeur à ce lit , mais beaucoup de profondeur, afin que les eaux » y soient resserrées , comme elles le sont dans le lit naturel que le torrent s'est creusé dans » la montagne » et qu'elles continuent à entraîner les pierres et graviers ;

» 3® De porter les graviers qui sortiront de ces fouilles à quelque distance du bord pour » en former deux digues parallèles à ce nouveau lit ;

m 4® D'évaser l'entrée du nouveau lit du côté de la montagne» afin de recueillir les eaux , » et de fortifier par de grosses pierres ces parties évasées -,

» 5* De planter des digues en saule et d'antres bois qui croissent facilement ;

» 6® D*avoir soin de purger les obstructions qui pourraient se former dans le nouveau » lit y après chaque irruption du torrent.

» On voit qu'il n'est besoin d'aucun ouvrage d'art pour contenir les ton^ents secondaires , » et que les habitants de chaque village , avec leurs pelles , leurs pioches et quelques » brouettes, peuvent soustraire le territoire aux ravages. Il est bien à désirer qu'étant éclair- » cis sur leurs véritables intérêts , ils perdent enfin cette insouciance qui les empêche de » prévenir leur ruine ou de la réparer.

» Il faut observer qu'il n'est pas nécessaire que le nouveau lit soit creusé sur toute sa » longueur dans une seule campagne. Il suffit de commencer au pied de la montagne , et » déterminer la partie ouverte, dans une année, par une pente plus douce que celle du » dépôt du ravin , afin de donner une issue aux eaux. Ainsi , les habitants auraient tort de » s'excuser sur l'impossibilité de faire le travail dans le même temps. Au reste, les commu- » nautés voisines peuvent s'aider mutuellement.

» Les avantages que les communes retireraient de ce travail sont considérables ; car non- » seulement elles n'auraient pas à craindi*e de nouvelles invasions du torrent , mais les côtés )» du torrent , n'étant pas exposés aux eaux , pourraient être cultivés utilement , en les arro- » sant avec les eaux du torrent qu'on dériverait de la partie supérieure. »

NOTE iO.

. . . Les torrents les plus redoutés passent sous des ponts dont l'élévation audessus du lit ne dépasse guère 3 mètres. L'hydraulique explique ces fiiits. . .

Cbtp. u . page %i,

La raison de ce fait est dans les pefttet trèa-fertet que siûvent les t^rraoU ^ et en général loua les coara d'eau de ces montagnes. ^ Si Ton suppose «a grand volume d'eau venédans le haait d'un 'canal dont la section est constante, cette eau s'écoulera avec une vitesse détcr*> minée par la pente du canal et par la quantité d'eau débitée.

Si l'on augmente la pente de ce canal» la vitesse s'accroîtra { et si lalargew de la section est demeniée la waime , la bauteor doit diminuer» puiaque le produit da l'aiie de la section par la vitesse d'écoulement forme un terme invariable , qui est le débit»

Il suit de là que, dans les montagnes» les oQurantssoot phia rapides que dans les plaines, et la durée des crues est pkis courte. — Dans las plmnas , la vitesse d'éeoulement est moindre» la crue dure plus longtemps » et en mâme temps elle s'élève à une plus grande hantcur.

NOTE ti. «

. . . Les torrents nous révèlent ainsi le secret d*un genre de formation commun sans doute à un grand nombre de vallées « mais qui n'est nulle part plus incontestable. . .

Chap. III, |Mg» Itt.

J'aurais pu me borner à dire ici , que si les géologues disputent encore sur la cause qui a mis au jour la masse générale des montagnes, ils ne disputent pas sur les causes qui ont modifié ensuite cette masse , et l'ont découpée suivant les accidents que l'on y remarque aujourd'hui. Tous conviennent que les formes particulières des montagnes, leurs profils^ leurs physionomies, si on peut s'exprimer ainsi, sont le résultat de l'action longtemps prolongée des causes ordinaires de dégradation sur leur sol.

Les profils suivant lesquels les montagnes tendent à se disposer, sont de véritables courbes d'équilibre^ fonctions , d'une part , de la ténacité du terrain , et d'autre part , de l'énergie plus ou moins active des agents destructeurs. Dès que l'une de ces forces viendra à varier, la figure de la montagne variera pareillement. — Plus le terrain est formé de roches dures et lentes à se détruire , plus la courbe se rapproche de la veiticale , et plus la montagne se pré-

sente sous des formes abruptes. Le terrain devient-il friable ? la courbe s'abaisse , les pentes s'allongent , la montagne s'étale sur une large base , et ses formes s'arrondissent. — Un accroissement dans les forces de dégradation produirait la même modification.

Voilà pourquoi , à chaque climat , à chaque constitution particulière de terrain ^ corres* pond une figure particulière et caractéristique de montagne. C'est ainsi qu'on a, sans sortir de la France , des ballons dans les Yosges , des causses dans la Lozère , des pt{y's on pouys dans TAuTergne, des pics dans les Pyrénées , des aiguilles dans les Alpes , etc.

« .... Les circonstances de la formation primitive ont esquissé les grands traits des inéga- » lités de la surface terrestre. C'est ensuite l'action continue des agents atmosphériques , qui » en a dessiné presque tous les détails .... »

(D*Aubuisson. )

• . . Considération qui placerait les Hautes- Alpes au-dessus de toutes les autres naootagnes de la France. . .

Ck«p. xsi , page 101.

Il y a ici , dans le Qw^ras , des cimes dont la hauteur au-dessus du niveau des mers dépasse 4,000 mètres.

fiant la Fattouise^ le moot Pelvaux s'élève à 4,375 mètres. Cette montagne , qui est la pins haute de France , n'est pas même citée dans Y Annuaire du bureau des longitudes* Sa hauteur dépasse d'environ 800 mètres celle du pic le plus élevé des Py rénées (k mont Perdu). Elle est inférieure de 535 mètres à celle du nsont Blanc \ mais supérieure à celle de la Fung- FYhsu j du eol du Géant , etc.

Le mont d'Or, qui a tant de célébrité en France , ne s'élève qu'à 1884 mètres , et le Puyde Dame ^ plus célèbre enoore^è 1467. — Ces hauteurs sont véritablement insignifiantes à c6té de celles de la plupart des montagnes du département des Hautes-Alpes, Ici les cols, les montagnes pastorales s'élèvent presque toujours à plus de 2,300 mètres. Un des cols les plus bas, celui du Lautaret, où Ton perce en œ moment une route royale, s'élève à 2,098 mètres. Cette route , une fois ouverte , sera , non-seulement la plus élevée de France, mais elle franchira une hauteur supérieure à la plupart des fiimeux passages qui mènent en Italie. En effet , le passage du Saint-Gûthard s'élève à 2075 mètres, celui du mont Cenis à 2,066 mètres , celui du Simphn à 2,005 mètres, etc. . . .

Ces montagnes sont aussi, je crois, les seules de France où Ton rencontre de véritables glaciers, recouvrant de grandes étendues de tenain et peuplés par de nombreux troupeaux de chamois.

. . . Influence du climat sur les dégradations du sol. . .

Cliap. xtiif p«|c 101.

Je vais rapporter un passage qui développe très^bien cette inflaence , et qui complétera tout ce que j'ai dit sur ce sujet. — Il est tiré de la Géologie de Labeche y pages 246 et suivantes.

« Une différence dans le climat a dû produire d'autres variations visibles, tant dans

» les roches supracrétacés, que dans celles qui se sont formées antérieurement. Il est pro- » bable que plus un climat était chaud et approchait des tropiques, plus Tévaporation et la » quantité de pluie devaient être considérables, et plus aussi le pouvoir de certains agents M météoriques devait avoir d'intensité; conséquemment, dans cette hypothèse , les différents » dépôts doivent présenter des traces d'autant plus marquées de l'influence de pareils climats, » que l'époque à laquelle ils out été formés est plus ancienne. Si des pluies semblables à celles 9 des tropiques venaient se précipiter sur de hautes montagnes , telles que les Alpes , en » supposant même à plusieurs d'entre elles une élévation moindre que celle qu'elles ont, ces » pluies produiraient des effets bien différents de ceux que nous observons maintenant dans » ces mêmes contrées : on verrait se former tout à coup des ton-ents dont les habitants 9 actuels de ces montagnes n'ont aucune idée ; ces masses d'eau entraîneraient des quantités » de détritus bien plus grandes que celles que charrient les torrents actuels des Alpes, dont » cependant le volume est asses considérable. Ainsi , en admettant toutefois l'exactitude de » l'hypothèse ci-dessus , il faut toujours tenir compte des différences produites sur la surface » de la teiTe par l'action des agents météoriques, laquelle est d'autant plus puissante que le » climat est plus chaud. On doit particulièrement avoir cette attention, lorsque, d'après M l'observation d'une série de couches du même district, il parait évident que la température » sous l'influence de laquelle elles se sont formées a graduellement diminué.

» Examinous maintenant jusqu'à quel point la végétation peut , dans les climats chauds, » contrebalancer le pouvoir de décomposition et de transport que possèdent les agents at- » mosphériques. Il parait que, toutes circonstances égales d'ailleurs, plus un climat est » chaud, plus la végétation qu'il produit est vigoureuse. La question se réduit donc à » celle-ci : la végétation protége-t-elle le sol contre l'action destructive de l'atmosphère? Il » est presque impossible de répondre autrement que par l'affirmative. Si nous manquions de » preuves de ce fait, nous en trouverions dans ces élévations artificielles de terre, ou bamHvs^ » qui sont si communes dans plusieurs parties de l'Angleterre : elles ont été exposées , dans ce » climat, à l'action de l'atmosphère pendant environ deux mille ans ; et cependant elles n'ont » éprouvé, dans leur forme, aucune altération sensible , quoique, au moins pendant une n partie considérable de ce laps de temps , elles n'aient été recouveites que par une légère » couche de gazon. Si maintenant on admet que la végétation protège jusqu'à un certain » point la terre qu'elle recouvre, il s'ensuit que plus la végétation est forte, plus sa protec- » tion est efficace, et que, par conséquent , la terre est toujours garantie de l'action destruc-

V tive de Fatmosphère, proportionnel lement au besoiu qu'elle en a. Sans cette loi prévoyante » de la nature, les roches les plus tendres des régions tropicales seraient promptement em- 9 portées par les eaux, et le sol ne pouri*ait plus nourrir ni végétaux, ni animaux; car, » quoique dans beaucoup de régions tropicales , on rencontre de vastes étendues , qui pi'é- » sentent Tapparenoe de déserts stériles, et qu'on voit cependant i^natti^ soudain à la vie , y» après deux, ou trois jours de pluie , et se couvrir comme par enchantement d'une brillante » vei'dnre , on doit reconnaître qae les racines des plantes vivaces auxquelles l'humectation » fait produire une végétation si vigoureuse , et même celle des plantes annuelles déjà pasn sées, dont les graines produisent dès feuilles si verdoyantes, s'entremêlent dans le sol de » telle, manière qu'elles opposent une résistance considérable au pouvoir dcstrucleut* des » pluie$(1).

» Je n'ai nullement l'intention de conclure de ce qui précède , que la dégradation du sol n n'est pas généralement plus grande ^ous les tropiques que dans les climats tempérés ; j'ai

V voqIu simplement établir que , dans les deux cas , le sol reçoit des végétaux qui le recou- » vrent une protection proportionnée à l'influence destructive à laquelle il se trouve exposé. » Supposons qu'il arrive, en Angleterre une de ces saisons pluvieuses si communes sous les » tropiques ; nul doute que de grandes étendues de terre seraient entraînées, et que le» bary» rows dont nous avons parlé plus haut, disparaîtraient promptement. Si, au contraire, y» il ne tombait dans les régions tropicales que la même quantité de pluie que nous avons » chaque année dans le climat de l'Angleterre , on y trouverait à peine quelques traces de

végétation dans les bas-fonds , car l'eau qui en résulterait serait insuffisante pour sustenter les plantes tropicales; et, bien qu'elle tendit à dégrader le sol , elle serait si promptement évaporée , que son action destructive serait à peine sensible. La quantité de pluie et la vé- >* gétation smit proportionnées Tune à Tautre ; néanmoins la dégradation du sol croit avec la * quantité de pluie et la force de plusieurs agents météoriques, de sorte que, toutes choses » égales d'ailleurs, pins il tombe de pluie, plus est grande la destruction du sol ; et consé* » quemment , plus un climat est chaud , plus la dégradation des montagnes est considé* » rable.

)• Dans les régions tropicales , les plantes parasites et rampantes croissent dans toutes les » directions possibles , de manière à rendre les forêts pi^sque impraticables { les formes et les n feuilles des arbres soni admirablement calculées pour i*ésister aux fortes pluies et en ga- » rantir les êtres innombrables qui , dans les saisons pluvieuses, viennent chercher un abri » sous leur feuillage. Le bruit que font les pluies ti*opicales en tombant sur ces forêts , frappe >> les étrangers d'étonnement ; et il s'entend à des distances que les habitants des régions » tempérées ont peine à concevoir. La pluie , ainsi amortie et brisée dans sa chute , est promp- » tement absorbée par le sol , ou se précipite dans des dépressions dans lesquelles elle pro* » duit des torrents qui , il faut l'avouer, sont assez impétueux et causent de grands ravages. »

<i) Dans les savanes de rAmériqoe il arrive fréquemment qa'il y a pea de végétation, et alors elles épronvent des dégradations considérables.

M% NpT£8.

. . . C'est Va du moins ce qu'annonce la théorie de M. Elie de Beaumont. . .

M. £U9 de BeuÊunom classe les nMWtagnes de VBupi^ em donte ^slènaes, foraiéftpar de» soulèrements soecessiâ, distincts, et de directions génërsleoieiait dsAmiites.

A la léte de Fécheite, il place les montagnes dn FeUmarsiand qui eorrespondeiH a» phit ancien soulèvement. Les montagnes primitives de la Bretagne , de la CQrte , du centre de là Flranee^ etc., appartiennent h ce soulèvement.

Les jélfes occidentales forment le ooxiètte système, et la chaîne principale des Alpes , depuis le Falais juêqn'ea Autriche ^ forme le douaièmeet le dernier. Ost à œs deux dernier» aysièwies que se rappoitmt les montagnes de ce département. Elles sont donc, relativement à la plus grande partie de» montagnes de l'Europe , d'une origine toute récente , et les autres étaient déjà presque toutes soulevées , quand eellea^Â firent leur apparition àk suriâœdu sol.

La convnlsiott qui accompagna leur naàssanee , fut la dernière que l'Europe ait KsSHitie , et depuis cette époque , la stabilité du sol ne parait plue avoir été troublée dans cette partie de la terre.

Observons , en terminant, qu'antérieurement à ces deut soulèvements , et suivant le même géologue , une grande partie de ce département avait déjà été mise en relief par le soulèvement du système du Fsso , le huitième système de Y Europe ; les montagnes du Queyras datent de cette époque. ( Ft^ez les Reekerekes sur quelquefi-unes des révokêthms de la surfaee du Ghbe , par M. Elie de Beaumont , publiées en f 8S3. )

On s'éipliqueitiit par ce système l'espèce de dés<mlre qui règve ici dans ïst oenfiguratbn , des chahies , et que j'Wi signalé dans la première page de cette étude.

Le même système ferait comprendre aussi pourquoi ces montagnes présentent des terrains si tourmentés , et poui^uoi des formations , bien connues ailleun , y sont altérées , au point <fétre devenues

i*«ta.«MM>

< . . II est certain d'abord qu'une bonne partie des j4lpes était déjà déboisée^ quand parut en 1669 l'ordonnance de Colbert, qui règle les eaux et forêts^ et interdit les déboisements aux communautés. . .

Gbap. tXTMi, pag« 141.

Les Ai*chives des bénédictins de Boscodon , conservées dans l'église Notre-Dame-d' Eni^ brun , renferment un gi*and nombre de contestations relatives à des déprédations forestières.

NOTES. ^i

C'est le M^et le plut ordinaii» de cet arehiva» , durant plot de ckiiq siècles. Il a provoqué plusieurs excommunications dressées en bonne forme. On peut voir Ut, par une fottle de traits, que ksteèts étaient 4é|&]ioetteép(Miu6 me jchose rare et précieuse.

Unédîtde Aui^Aerf Zïltfi^Am intBrdîtlcs4é « pour

». ridsUr anx apalanch» 'el 4iu/Lret meommotBiés • Donc Fabus des défHcbemeots

était dqàeoDDii dofs (14* siède).

On a découvert l'anslence d*iine grande iMirpoMitiae de bateliers , étaUic sur la Durante , du temps de la domination romaine. Cela pvowve qnli j avait alors surjette rivière un ilottage conndérablè qu'on peut considérer comme totalement abandcmné depuis longtemps. - Gela prouve «uisi que ce dépaitement était alo^ couvert d'abondantes forêts , dont il ne reste aujourd'hui que de maigres lambeaux.

NOTE la

Opinion de Fabre sur les causes des torrents et sur les effets qui en résultent.

ClMf^ tiM, pagt 144.

Ce qu'on va lirecst tari de sou E$$ai , pages M et suivantes.

144. c Xa destruction des bois qui eêUê^raient nos montagnes est tapremikre cause

» de laJ^fiÊuttion des torrents.

» La raison s'en présente d'eUennAne. Ges bois, soit taillis, soit de baute-fntaie, ioler* » ceptaient , par leur feuillage et par leurs br anches » une partie considérable des ^ut » pluviales et de celles d'orage. La partie restante, et qu'ils ne pouvaient pas retenir, ne I» tombait que goutte à goutte , et dans des intervalles asses longs poui* qu'elle eût le temps ^ » de filtrer dans les terres. D'autre p^rt^ la couche de terne v^étale, qui s'accroissait anr » Duellement par la chute des feuilles» s'imbibait d'une quaotîté considérable de ces eaux. » Enfin les tou&s d'arbrisseaui rompaient et détruisaient , dès leur origine, les torrents qui » pouvaient se former nonobstant tontes ces raisons. lies bois étant détruits , les eaus d^orage » n'ont plus trouvé d'interception dans leur chute. Ne pouvant pas , a raison de leur abon- » dance , être absorbées par la terre è mesure qu'elles f omhifc nf , elles ont coulé si^erfi- I» delkment , et , n'y ayant plus de tmrfEes qui nompissent et divirnssent leur cours, elles eut » formé les torrents , ainsi qu^ a été dit.

145. « Les défrichements sur les montagnes sont la seconde cause de la formation

» destorf^emis. i

» Car nous avons démontré qu'un torrent se formerait avec d'autant plus de facilité^ que » les matières qui composeraient la montagne auraient moins de ténacité. Or, les dëfiriche-

» menU> en i*eudant les terres meubles^ ont diminué cette ténacité : donc, ils ont favoiûséCa » formation des torrenti.

» L'on voit par là combien a été mal eotendae et peu réfléchie la loi rendue sous Taiiciei» « régime, qui autorisait les défrichements / pourvu que l'on coQ§ti*uîsk , par intervalles, » des murs de soutènement , pour arrêter les terres sur les penchants des montagnes. On n'at » pas senti que, dans une infinité de contrées, on se bornait à faire deux ou trois récoltes » dans un défrichement, et qu'ensuite on l'abandonnait. Gonséqnemment il était naturel » que les murs de soutènement devant plus coûtei* que ne vaudraient les récoltes^ on lie les » construirait pas ; aussi c'est là ce qui est arrivé. Cependant il en est résulté jusqu'à présent, » et il en résultera pour l'avenir, les désastres les plus affreux, ainsi que nous allons le » voir.

146. a Le premier désastre produit par les deux causes dont ftous venofu de parler,

» est la ruine de nosjorets,

» S'il avait existé des lois sages et qu'on eût soigneusement tenu la main à leur exécution , » nous aurions aujourd'hui des bois de construction assez abondants pour nous passer de }> l'étranger. Nous aurions aussi en abondance des bois de charpente et de chauffage. On sent » que tous ces objets sont essentiellement nécessaires dans un état bien organisé: Gepen- » dant ils nous manquent au point que dans un gi*and nombre de communes oit n'a pas » même du bois de chauffage. Le mal vient de loin y et il est très-instant d'y i^médier.

147. « Le second désastre est C anéantissement en une infinité d'endroits de la couche

» végétale qui couvrait nos montagnes,

» Cette couche donnait autrefois d abondants pâturages pour les bétes à laine. Emportée » par les orages et les torrents, il ne reste plus aujourd'hui sur ces montagnes qu'un rocher » nu et aride. De là il résulte néoessairement une diminution dans le menu bétail qu'on au- » rait pu nourrir en France , si ces pâturages avaient continué d'existei*.

148. <( Le troisième désastre est la ruine des domaines qui sont le long des rivières,

«... Nous avons vu que les crues éuieut d'autant phis fortes que les montagnes étaient y» moins boisées et plus décharnées. Ces crues sont donc plus fortes aujourd'hui par Vdkt i> des deux causes mentionnées ci-dessus , qu'elles ne l'étaient autrefois : donc elles doivent )> causer, et elles causent réellement beaucoup plus de dégâts aux domaines riveraias qu'elles » n'en causaient autrefois.

» D'autre part , nous avo^ vu qu'il pouvait arriver, comme en effet il n'arrive que ti*op » souvent , que les ton*e: ts sortissent de leur lit , couvrissent de dépôts les domaines adjacents » situés au pied des montagnes; ce qui les dénature absolument. Or, la chose n'a lieu que j» depuis que , par les deux causes ci-dessus , les torrents se sont formés/

149. « Le quatrième désastre est le dommage qu'éprùuve la navigation des rivières

» par les divisions qui sont la suite de fortes crues^

y Nous verrons plus bas qu'une crue forte et subite divise souvent la rivière en plusieuis-

«branches. En aUendant, il nous suffit de dire qu'autrefois cela était peu fréquent. Ce » qui le prouve» c'est qu'en général les rivières étaient prises pour limites des territoires des » communes ; ce qui n'aurait pas été si, dans ce temps-là , ces rivières avaient été sujettes » auxméxnes divisions qu'aujourd'hui. Or, il est visible que ces divisions, en plusieurs M branches, portent un très-grand préjudice à la navigation et à la flottaison des rivières.

150. « £e cinquième désastre consiste dans les contestations que les divisions des rivières

» Jbnt nattre entre les propriétaires riverains opposés.

« Car, si dans l'origine ei'k l'époque où la rivière n'avait qu'un lit, le courant foimait la » ligne divisoire, il est visible que ce courant, venant à changer par la division en plusieui*s » brandies, la ligne divisoire changera aussi. Sa position devenant variable et incertaine» il » faut qu'il en réaolte des procès, et c'est malheureusement ce qui n'arrive que trop souvent. n Cependant la chose n'aurait pas lieu si Ton n'avait pas détruit les bois et les couches de » terre végétale sur les montagnes.

151. (' Le sixième désastre résulte des dépôts qui se forment à l'embouchure des fleuves

« et qui interceptent souvent la navigation.

« Car il est démontré, par Teipérience, que les atterrissemênts qui se forment à l'embout » chure des fleuves, gênent extrêmement la navigation. Il est aussi démontré, par l'expé- » rienœ, que ces atterrissemênts se sont opérés beaucoup plus rapidement dans ces derniers » temps qu'autrefois. L'exemple du Rhône que nous avons rapporté au n. 11 , en est une » preuve convaincante. Or , ces dépôts ne peuvent provenir que des dépouilles des mon- » tagnes défrichées.

152. « Enfin , le septième désastre consiste dans la dinUniâion des sources qui alimentent

ft les fleuves et les rivières dans leur état ordinaire.

« Nous avons vu que les sources provenaient des eau^ pluviales qui, filtrant à traveçs la » terre , se rendaient dans des réservoirs souten%ins d'où elles s'échappaient ensuite par de » petits canaux et paraissaient à la sur&ce de la terre. Or , si les montagnes se dépouillent » de leur couche de terre végétale et qui! n'y reste plus que le rocher nu , il est visible que » les eaux pluviales ne filtreront plus et qu'elles s'écouleront toutes superficiellement : doue » les sources doivent diminuer ainsi que les rivières qui les. alimentent f il viendra même un » temps où les rivières qui , aujourd'hui, sont navigables , cesseront de l'être. A la vérité , 9 cette époque est encore éloignée ; mais tôt ou tard elle arrivera si l'on ne détroit pas la cause » qui doit opérer cet ^fiet..« »

t» KOTiS.

Moyens proposés par Fabre pour empêcher la formation des torrentâ.

Gk«p. stsii , pBg* ic».

Je vais transcrire textaellement son essai, pages 131 et suivantes. On jugera par là que )e ne propose rien de neuf; mais le but de mon travail n'en sera que mieux rempli.

«... If DUS avons dit que* la destruction des bois qui couvraient les montagnes était la pre- ^ mière cause de la formation des torrents. Pour détruire Vefkt, il faut extirper la cause. * Donc, s'il reste encore delà terre végétale sur ces montagnes, le mieux serait de les laisser » se boiser en laissant ces terres en firkbe, et, à cet effet, d'en écarter tout ce qui pourrait por- » ter atteinte aux arbres ni^issants. C'est ponr cette raison qu'on doit tenir la main à fexé- » cution la plus stricte des lois concernant la prohibition deschèvi*es, car on sait que la » dent de cet animal est meurtrière ponr les arbres naissants. Il n'est pas moins essentiel de n pourvoir à la conservation des bois existants, puisque ces bois, qui ont empêché jusqu'au* » joordlivi leatpnnents de se fermer, nous sont un sûr garant qu'ils en empêcheront encore » la formation à l'avenir.

» JLes défrichements sont la seconde cause de la formation des torrents. Il faut donc qu'après » avoii* été trop géoéralisés par les anciennes loiS| ils «oient réduits à leurs véritables limites. » En coosétpence , nous croyons qu'i cet égard on devrait se conformer à ce qui suit.

» i* Un défridiement ne devrait jamais, tous quelque prétexte que ce fût, être permis sur » le penchant d'une montagne qui aurait moins de trois de base ou d'empattement sur un de 9 hauteur verticale. '

» â« Le défrichement pourrait être permis soos un plus grand empattement ou une moin- > dre déclivité; mais néanmoins, avec des restrictions, d'après le mode que nous allons » proposer.

» 9* Le défriehement ne devrait être a A o r i sé que par lisières on bandes tranpvenales et n hoffttontales, <m et niveM, on du moins à pen de diose près.

V t^ Dans ce cas, les bandes dêfriehées seraient aéparées entre cHes par d'astres bandes » ptreiiieinentiieirkoiitales,oiidenivean,qaV>n4ai0seraitinouhesrtaurie^^ » trait au bois de croître.

li 9» Ces bandes ineultos tentent destiBéet k rempkœr Ica mum de soutènement présenta « par la loi, dont nous avons perlé au n. 145. il paraft qu'eties ne devraient pas amir moins » de cinq toises de largeur pour pouvoir , au besoin , détruire un toramift qm se feiinfti liit sur » la bande supérieure défrichée.

» 6* La largeur des bandes défrichées pourrait être dé cinq toises seuleme&t , dans le cas oh » l'empattement de la montagne serait de trais sur un de hauteur; et il parait qu*eUe pourrait » croître en raison inverse de cet empattement, jusqu'à ce qu'on fût arrivé à une pente qui n ne laissât plus aucun sujet de craindre la formation des torrents , cas auquel cette largeur » pourrait être illimitée.

NOTES. dr<

» T" Enfin, les défrichements, dans toutk» oa&y i|e dorraaeat posvoir VeSSfieliierqiU'arfee Tau- » toiîsation des autorités municipales respectives , et d'après la vérificatioi] ai la IraM^ ^réa- » labiés qui en seraient iaits par un officier public, à ce préposé dans chaque commune.

» Il n'y a personne qui ne voie que, d'après un pareil règlement , on éviterait à l'avenir M Ions les désastres produits par les défrichements arbitraires, et presque toujours fort mal 1» entendus pour le public et le particulier; désastres dont nous avons fait Ténumération » aux n. 146 et 152.

» La nature n'est que plus active lorsqu'elle esl aidée par l'induatrle humaine. Ainsiydans le » cas oà*ron voudrait hâter sur certains penchants de montagnes la multiplication des bois^ il » neserait souvent pas mal d'y semer^ soit dea glanda, soit des faines de Tespèce d'arbres » qu'on présumerait être propre aux localitésr II y a plus d^un pays où l'on i^est p«rfûte- » ment bien trouvé de l'usage de ce moyen , qui parait pourtant extraordinaire aux yeux du » vulgaire.

» Il y a des cas où il reste asseï peu de tarse sur les montagnes pour &ire présumer que les » bois n'y prench'aient que de faibles accroissements. Ou pourrait alors , avec succès , gaton- » ner ce terrain en y semant des graines des plantes qui seraient jugées le plus propres aux » localités. Le tissu superficiel que le gazon formera , sera un obstacle à bt formation des tor- » rents ; et d'aiUciurs, par ce moyen, on créera dea pâturages utiles*

« Ce sont là ks moyens de prévenir k formation des torrents sur les suMitegnes* Il nous » reste à voir cèsx qu'il fiiul employer pour détruire, lorsque la chose estposnbte, les torrents » déjà formés »

Analyse du Mémoire de M. Dugied.

Cbap. xsivii, p»^^ itf .

Pai cité si souvent M. Z>aiyie£{ dans le eourant de mou travaillât aoapémoiraatt connu d'un si petit nombre de personnes, même dans ks localîlés pour lesquelles il a été spéeiakment écrit» que je crois devoir ici en donner «ne analyse. -*- J'exposerai ks idée» de l'auteur en me conformant à l'ordre qu'il a lui-même suivi.

«.«,.» Plus de la moitié du département des £ass€S'Jllp€» est couvert <k termns arides et » improductifs. Là se creusent des torrents nombreux qui, descendant ensuite dMw les val?* » lées fertiks, achèvent k ruine du pays.

» Deux causes ont surtout contribué à amener ce triste état de choies : kdestruotion des » forêts d'une part , et de l'autre, k mank des déftchements» il est grandement temps de » s'occuper des i^mèdes; car plus tard, les remèdes seraient devenu* impossibles.

» Pour arriver à la régénération du départemeut, trois mesures sont à preodre :

» 1* Empêcher le» défriehements nouveaux, et rendre aux terres défiîchées kur adhérence » primitive.

at2 NOTES.

« 9!^ Boiser les sommets et les flancs tles montagnes.

» 3* Encaisser les torrents.

» On va passer en revue chacune de ces trois mesures, Tune après l'autre.

Première mesure.

« On préviendra les défrichements en remettant en vigoeur l'ordonnance de 1667, laquelle )• prononce une amende de 3,000 fr. contre tous ceni qui défricheraient les teirains en pente » non boisés.

» On rendra aui terres défrichées leur adhérence primitive en forçant les propriétaires de » les convertir en prairies artificielles , soit par le pouvoir des tribunaux , soit par Faction j> administrative.

(L'auteur cite mï une expérience , jde laquelle il résulte que des semis de sain-foin ont entièrement raffermi une terre, soumise auparavant à de grandes dégradations.)

Deuxième mesure,

« 11 sait de quelques évaluations statistiques que la supei*ficte de^ terrains qu'on peut p espérer de reboiser avec succès dans les Basses^Alpes^ comprend nne aire de 150,000 hec> » tares. Il s'agirait de prendre cliaque année dans cette surface â à 3>000 hectares qu on u s'appliquerait à faire i*eboiser piar les proprétaires mêmes du sol.

« Là se présente plus d'une difficulté.

tt D'abord, la grande, division des propriétés, qui multipliera les résistances. Ensuite, le peu M de revenu que les propriétaires tireront des plantations pendant les premières années. En- » fin, la dépense même des plantations qui ne sera pas, dans tous les terrains, en rapport » avec les produits futurs.

» Toutes ces difficultés sont très-graves et ne peuvent éti'e tranchées que par un seul ex- » pédient : VitUenfention de tÉtat. Elle consisterait :

» 1° En primes données aux planteurs.

» Dans la distribution gratuite des graines.

' » 3" Dans une remise de contributions au profit des planteui*s.

» Une prime serait accordée à tout propriétaire dont les semis auraient réussi. La vérifica- » tion en serait faite par une commission, et \A réussite constatée dans un procès-verbal » adressé par cette commission au préfet. — La valeur de la prime serait de 20 francs par » hectare. Elle serait payée par l'Etat, conjointement avec le dépaiiement, dans la propor- >> tion suivante. L'Etat payerait les trois quarts et le département le quart. Ainsi , dans la » supposition de l'ensemencement de 2,000 hectares par année, le département débourserait » chaque année en primes 10,000 francs, et le trésor public en débourserait 30,000.

(Le motif sur lequel M. Dugied fonde cette répartition , qui fait peser la plus grande partie de la dépense sur l'Etat est précisément celui que j'ai donné moi-même : l'impuissance matérielle du département. — Je' vais citer textuellement.)

»... Mes. motifs pour que le département ne donnepas plus de 10,000 fr. par an sont, qu'il » est très-loin d'être riche; qu'il ne rentrera pas dans les sommesqu'il fournira, tandisque le

Page 1