‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 12 sur 50 · COUP D'OEIL SUR L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL SUR L'HISTOIRE

sées et nues, comme la Grèce dont Platon, quatre cents ans avant Jésus-Christ, regrettait déjà les antiques ombrages. — Entre les territoires de deux tribus gauloises, la forêt s'étendait comme une frontière naturelle qu'entamaient lentement, de chaque côté, les progrès de la culture, de la charpente, des forges et de la marine; mais la végétation, tôute-puissante encore, régnait sur les montagnes, maîtrisant les eaux torrentielles et réparant énergiquement les pertes, assez rares d'ailleurs, que lui causaient la tempête ou l'incendie.

Des campagnes de César date la guerre aux forêts, guerre de vingt siècles qui a failli se terminer, sous nos yeux, par une extermination complète. Les Commentaires nous montrent les forêts incendiées, tantôt par les Gaulois pour arrêter la poursuite de César, tantôt par les Romains pour forcer la retraite de Vercingétorix. La colonisation suivit la conquête, et le défrichement (vastinium) élargit les traces de la guerre ; mais, alors, le déboisement était, si l'on peut dire, légitima : il augmentait le domaine de la civilisation aux dépens des forêts encore prépondérantes.

Les barbares Germains qui envahirent l'empire, habitués à vivre dans les forêts, adorateurs de divinités sylvaines, furent sympathiques aux forêts de la Gaule. La loi salique, la loi ripuaire, la loi des Lombards, protégeaient les forêts sous peine d'amende; il en coûtait presque aussi cher de couper un arbre que. de tuer un homme. Si les forêts de la Gaule furent diminuées par les guerres des Romains, par contre, les grandes dévas-

tations des iv* et v^ siècles leur rendirent de larges espaces perdus pour la culture. De même, plus tard, après le passage des Normands et des Sarrasins, d'épaisses forêts couvrirent des cantons qu'avaient autrefois défrichés de riches colonies. On retrouve encore parmi les pins, dans quelques bois de la Provence, les souches d'oliviers planlés par les antiques Phocéens.

Avec les Carlovingiens , s'ouvre une ère nouvelle. Passionnés chasseurs, ils protègent les forêts pour conserver le gibier , surtout les grosses espèces, telles que l'élan, l'auroch, déjà rares dès lors, aujourd'hui réduites à quelques individus, dernier héritage de Charlemagne, qu'entretient à grands frais l'empereur de Russie. Pour assurer leur plaisir favori, les princes de la seconde race s'emparent des forêts, et chaque seigneur les imite avec zèle dans la mesure de ses forces. La propriété forestière subit alors une transformation qu'il est intéressant de remarquer, car ses effets, très-violents à cette époque, se font encore sentir aujourd'hui. En réalité, c'est de cette prise de possession que datent la plupart des propriétés particulières, ainsi que le domaine public.

Plus anciennement, chez les Gaulois, par exemple, les forêts étaient indivises; non pas communales dans notre sens moderne, mais communes et publiques, chacun s'y pourvoyant à son gré. Les Romains, peuple de soldats et d'administrateurs, familiers avec l'idée abstraite de la chose publiquey avaient laissé les forêts indivises ; mais ils en avaient réglementé l'usage comme celui des eaux : ils avaient une administration des forêts

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