COUP D'CEIL SUR L'HISTOIRE
et chaussées {provincia ad calles et sylvas), des agents spéciaux {saltuarit). Au contraire, les conquérants barbares se partagent le sol dont ils deviennent propriétaires ou seigneurs et s'attribuent les forêts. Dans les premiers temps, les traditions d'indivision et de communisme persistent : les anciens colons, devenus serfs, conservent d'abord le droit d'usage dans leurs forêts, maintenant royales ou seigneuriales. Mais, sous les Carlovingiens, la féodalité s'organise ; la propriété forestière devient plus absolue, surtout dans les provinces du Nord. Dans cette partie de la France, pays du droit coutumier, prévaut à la longue la maxime : Nulle terre sans seigneur , c'est-àdire : toute terre commune ou indivise, et ainsi la forêt, appartient au seigneur. En vertu de ce principe, le seigneur défend la forêt avec un soin jaloux, et même il l'étend, aux dépens des cultures, sous prétexte de droit de chasse ou de* garenne (1) . peu à peu la possession d'une forêt devient à la fois le signe visible de seigneurie ou de noblesse et la condition d'admissibilité à certains honneurs ; il n'est si petit baron qui n'entretienne un bois sur son héritage ; au besoin, il usurpe le champ du voisin. Les parchemins du moyen âge sont remplis de contestations où l'on voit un descendant des Gallo-Romains revendiquer sa vigne ou son pré, incorporé par violence à la forêt du seigneur franc.
Dans le midi de la France persiste la loi des Romains,
(1) Dans le latin de cette époque foresta signifiait propriété réservée^ chasse gardée; ce que nous appelons aujourd'hui forêt se disait alors sylva {De Kirwan: Correspondant an 25 juillet 4869).
DU DEBOISEMENT. o
mais non leur police : la forêt qui était publique devient communale, et le déboisement, qu'aucune administration ne contrôle, marche plus rapidement que dans le Nord.
. Parmi les plus actifs défricheurs du moyen âge, il faut compter les moines (1). Un ermite se retire dans la solitude des bois; quelques disciples le rejoignent; le lieu devient sacré ; une communauté se fonde et, défrichant autour d'elle, ronge peu à peu la forêt qu'elle remplace par des champs cultivés (2). Avec le temps, la communauté, devenue riche, perd son énergie civilisatrice :'elle ne défriche plus pour fertiliser, elle dévaste pour jouir. Le clergé séculier favorisait lui-même les défrichements pour récolter la dîme à laquelle il prétendait sur les produits de la terre.
Un très-grand nombre de ces attaques contre la forêt étaient, à l'origine, légitimées par un titre régulier, une charte octroyée par le seigneur ou le roi, dans un accès de libéralité. Ces chartes ne conféraient, il est vrai, qu'un droit d'usage ; mais, dans ces temps de désordre, nulle police ne limitait l'abus, et bientôt, la consommation des bois d'œuvre et de feu croissant avec les f)rogrès de l'industrie et du confortable, le désordre devint général. En vain, chaque seigneur et le roi lui-même établissent des règlements et préposent des agents fores-
(1) Dé Montalembert : Les Moines d'occident (Lecoffre , Paris, i868).
(2) Réaumur : Mémoire à l'académie des sciences (1721) cité par ]e% Annales forestières (1860).