‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 16 sur 50 · COUP DOEIL SUR L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

COUP DOEIL SUR L'HISTOIRE

dans les forêts de l'État, il ne s'agissait du moins que d'opérations peu importantes, et dont le produit devait êflre appliqué à des travaux reproducteurs. Une tentative plus sérieuse fut faite en 1865: le gouvernement proposa l'aliénation de forêts domaniales, jusqu'à concurrence de cent millions de francs, applicables à des entreprises de travaux publics. Cette fois, l'opinion publique s'alarma : les publicistes de toutes les nuances, politiques, savants, littérateurs, etc., réunissant leurs efforts, se levèrent en croisade contre le projet de loi qiii dut être retiré.

Cette tentative avortée contre les forêts serâ-t-elle la dernière ? Il n'est guère permis de l'espérer. Tant que le domaine forestier dépendra d'un ministre dont la charge, semblable au travail des Danaïdes, consiste à remplir les caisses sans fond de l'État, il est à craindre que les forêts ne soient encore appelées à fournir quelque contribution extraordinaire; mais on peut espérer que les aliénations à venir seront largement compensées par les plantations entreprises, et dont le compte rendu fait l'objet spécial des chapitres VI et VII ci-après. On continuera, sans doute, à déboiser la plaine, mais on reboisera la montagne ; le domaine forestier de la France sera déplacé, et sa distribution nouvelle, plus conforme aux lois naturelles, sera respectée par les générations futures, instruites désormais par les leçons dii passé.

Il faudrait clore ce rapide aperçu par quelques chiffres mesurant, de siècle en siècle, les progrès du déboisement; mais la statistique est une science toute jeune ; et,

en particulier, la statistique forestière offre des difficultés toutes spéciales. Il y a bois et bois : après qu'on a défriché une forêt séculaire, si Ton acquiert une égale surface de semis naissants, la statistique balance l'une par l'autre ces deux opérations, qui se traduisent cependant par une diminution considérable de l'inventaire forestier. De même, une forêt dévastée, mais non défrichée, figure toujours, avec sa surface entière, sur le cadastre. Pour être satisfaisante, la statistique devrait donner, outre la surface boisée, le poids approximatif par essence du bois vivant ; mais si l'on peut espérer de posséder, dans l'avenir, des résultats aussi précis, il est certain que pour le passé, il faut renoncer à des données même approximatives.

Quelle était, au commencement de l'âge de pierre, lorsque les premières familles humaines commencèrent à s'établir le long des rivières, quelle était la part occupée par des forêts sur la surface totale de la France ? — Quelle était cette part des forêts lors des grandes migrations de la race Aryenne, dont les divers courants traversèrent et peuplèrent l'Europe? Quelle étaitelle encore aux temps où la Gaule, déjà populeuse, débordait sur l'Italie avec Bellovèsé et Brennus, et lançait, jusqu'en Grèce et en Asie Mineure , ses bandes aventureuses? Était-elle des trois quarts, des neuf dixièmes ? On ne le saura jamais. .

La superficie forestière de la France, au temps de César, a été estimée par de Perthuis à 40 millions d'hectares, par Fuster à 46 millions.

Voici quelques chiffres qui méritent plus de con-

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