COUP DOEIL SUR L'HISTOIRE
Après Colbert, la prodigalité et le désordre compromirent son œuvre. Un dernier effort, tenté par Turgot, honore la mémoire du grand ministre, mais n'a produit aucun fruit. Depuis les premiers jours de la Révolution, chaque crise, qui affaiblit momentanément l'autorité des lois, est marquée par de larges traces dans nos forêts. Les mêmes désordres se sont reproduits après 1789, eh 1830 puis en 1848. A chacune de ces époques, les paysans, momentanément délivrés de toute contrainte, se sont rués sur la forêt voisine, et, dans certains cas, le législateur lui-même semble avoir voulu s'associer à cette œuvre de destruction. Le décret de septembre 1791 confirma les dispositions de Colbert, en ce qui concerne le domaine de l'Etat ; mais il émancipa la propriété privée : chacun fut libre de défricher ses bois. En outre, la proclamation de Louis XVI (novembre 1791) plaçd les forêts sous la protection des municipalités : c'était les livrer k leurs plus dangereux ennemis. Le» conséquences de cette double mesure furent si promptes et si fâcheuses que, dès 1802, il fallut replacer les bois sous un régime d'exception {loi du 9 floréal an XI).
Aux déprédations particulières sont venues s'ajouter les aliénations publiques. Pressée de solder le déficit de l'Empire, la Restauration mit en vente 164,000 hectares de forêts {lois rfw 23 septembre 1814 et du 27 mars 1817). Après 1830, nouvelle aliénation de 117,000 hectares {loi du 25 mars 1831).
Mais enfin les inondations de 1840 et 1846 avaient remis la question des forêts à l'ordre du jour; des me-
sures réparatrices, réclamées de toutes parts, étaient à l'étude (1), et le gouvernement venait de présenter une loi générale pour régler les défrichements et réformer le code forestier, lorsque éclata la révolution de février 1848. Son effet sur les forêts ne se fît pas attendre; treize jours après son installation, le gouvernement provisoire autorisa, par décret du 9 mars, la vente d'une partie considérable des forêts de la couronne et toutes celles de la liste civile.
Le 30 juin 1848, l'Etat cédait à la banque de France 75,000 hectares de forêts, à titre de garantie pour un emprunt de 150 millions.
Le 4 décembre 1848, l'assemblée nationale discute le budget des forêts ; en vain, le ministre et le directeur général défendent leur administration, en vain retentit à la tribune le mot sinistre de Colbert : a La France périra faute de bois », les économies sont prononcées, et les services forestiers se voient menacés de désorganisation (2).
Hâtons-nous de le dire, ce ne fut là qu'un orage passager. L'administration forestière, promptement reconstituée, prit part, après 1852, au grand mouvement imprimé par l'empire aux travaux publics. Si les décrets des 17 et,27 mars 1852, les lois du 12 avril 1853, du 5 mai 1855, du 28 juillet 1860 et du 8 juin 1864, ont autorisé des aliénations ou des coupes extraordinaires
(1) Ce projet de loi, présenté pour la première fois en 1845, avait été étudié, par M. Legrand, dès 1843.
(1) Annales forestières, décembre 1848, janvier 1849.