‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 2 sur 50 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

H PRÉFACE

plainte que soulève, dans toute la France, la disparition des forets.

Depuis les capitulaires de Charleniagne, les édits de nos rois sont les échos de ces doléances: la célèbre ordonnance de 1669 est précédée d'une action de grâces au Ciely dont lafas^euvy récompensant les premiers efforts du roi y a fait refleurir cette partie précieuse de son domaine.

Les plus grands esprits de tous les temps ont pris intérêt aux forêts.

Bernard Palissy, dans son livre dédié au Peuple français , déteste le déboisement :

« C^esty dit-il, non une faute y mais une ma- « lédiction et un malheur a toute la France y a parce qu'après que tous les bois seront « coupés y il faut que les arts cessent et que les ^ artisans s en aillent paistre Vherhe comme ^ fit Nabuchodonosor{i). »

Sully, dans ses Economies royales ^ recommande les forêts à son maître , le sage Henri IV (i). On a retenu de Colbert ce mot

(1) Bernard Palissy, VArt de devenir riche. (Voyez Annales forestières y 1862.)

(2) Collection Michaud. — 2* série, III, p. 440.

PRÉFACE. m

par lequel il exagérait sans doute sa pensée pour faire une impression plus profonde :

«r La France périra faute de bois {}). »

Réaumur, Buffon, Turgot, ont élevé leur voix en faveur des forets. Les célèbres cahiers de 1789 font du déboisement un grief contre la monarchie, et, depuis la Révolution, d'innombrables documents administratifs ont accueilli ces plaintes populaires. La question des forets se présente ainsi comme un problème général ou, pour mieux dire, national et, sans doute, cette généralité du problème est précisément ce qui en a retardé la solution.

Il n'est pas vrai que le déboisement soit toujours un mal, car la civilisation n'a pu naître et s'étendre qu'aux dépens des forêts. Qui voudrait conseiller aux Américains de refouler en Europe ces émigrants qui s'en viennent défricher les steppes boisées où, naguère encore, erraient les Peaux-Rouges ?

Et, dans notre France où la propriété est si mobile, quel agriculteur se contenterait d*une

(1) Certains auteurs attribuent ce mot à Sully. (De Kirwan, Correspondant^ 25 juillet 1869.)

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