ALTITUDE
mètres.
iOOi
HAUTEUR de pluie.
millimètres.
Au couvent du grand Saint-Bernard {altitude
(1) L'Eveillé: Recherches sur les inondations {/tnnales de la Société d'agriculture de Lyon^ 1858).
2620 mètres), on recueille annuellement 1500^ d'eau. Si le pluviomètre le plus élevé de l'Europe est en même temps Tun des plus riches, la cause en est peut-être moins à son altitude qu'à sa position topographique. L'instrument est placé dans une étroite embrasure dominée par les glaces et dans laquelle les vents, de quelque côté qu'ils viennent, doivent passer avec violence et se refroidir brusquement.
L'obstacle franchi, la pluie diminue, le courant retombe et se réchauffe ; avide de réparer ses pertes, il dévore les nuages et dessèche le versant opposé.
Du sommet élevé d'une montagne au-dessus de laquelle, dans un ciel pur, brille le soleil, on aperçoit quelquefois, sous ses pieds, une marée de nuages qui monte sur l'un des versants ; elle pousse dans toutes les anfractuosités des gorges ses vagues mobiles, assaillant et surmontant les contre-forts qui l'arrêtent, tout comme rOcéan couvre d'écume la tête noire des récifs. Par tous les cols, par toutes les dépressions de la chaîne, les flots nuageux se pressent et s'épanchent sur le versant opposé : les plus hauts sommets émergent seuls audessus de l'inondation ; mais, vers l'aval, les nuages semblent tomber dans un vide insondable ; ils disparaissent et l'un des versants, doré par le soleil, fait un riant contraste avec l'autre qui, trempé par l'orage, est enseveli sous un voile épais. La pluie alors est invisible pour l'observateur, mais il la reconnaît plus tard, lorsque dans sa descente il pénètre dans les nuages, ou même, si l'o-
rage est dissipé, lorsqu'il trouve sur sa route tous les ruisseaux débordés.
Lorsqu'on domine ainsi les nuages, on peut voir le courant atmosphérique obéir aux lois de l'hydraulique. Il a ses rapides et ses remous ; il s'acharne contre les saillies ; mais, lorsqu'il est contenu entre des berges régulières, il se presse contre la rive concave et délaisse la rive convexe. Il n'est pas douteux que toutes ces circonstances ne fussent indiquées par des pluviomètres, s'il était possible d'en placer un grand nombre dans une gorge de montagne.
Le relief d'un pays a donc une influence capitale sur le phénomène de la pluie. Voici, à ce sujet, quelques exemples bien connus :
De chaque côté des Alpes Scandinaves, les vents d'ouest et d'est donnent inversement l'un la pluie, . l'autre le beau temps à la Norwége ou à la Suède.
Quand il pleut à Narbonne, le soleil brille à Montauban.
La pluie vient de l'ouest en Suisse et de l'est en Lombardie.
C'est parce qu'elle est abritée contre les vents de sud et de sud-est, qui arrosent le bassin du Rhône, que la vallée de la Durance présente ce climat exceptionnellement sec que M. Surell signale comme favorable au développement des torrents (1). Il pleut en moyenne à Mar-
^î) ôt</-t//, chap. XXI.
seille 57 jours par an ; à Arles 45 jours, à Aix 40 ; dans la région de la Durance 38 jours seulement (1).
Sous les tropiques, où régnent les alizés qui soufflent de Test, les terres qui penchent vers Torient sont inondées d'averses torrentielles : exemples, la côte de Mozambique et le bassin de l'Amazone. Au contraire, il ne pleut presque jamais sur le versant occidental des Andes : à Lima, le tonnerre ne s'est, dit-on, pas fait entendre trois fois en trois siècles (2).
Dans la presqu'île indienne, la côte orientale ou de Coromandel est arrosée par la mousson du nord-est et la côte occidentale ou Malabare par la mousson de sudouest (3).
Lorsque, après avoir gravi le revers d'une montagne, le courant atmosphérique abondamment déchargé rencontre un plateau, il s'y étend librement; mais ses couches inférieures, étant seules en contact avec la terre, se refroidissent seules et, par le même vent, le plateau, quoique plus élevé, recevra moins d'eau que le versant d'amont, tandis qu'il en recevra plus que le versant d'aval.
(1) Arago : Mélanges^ p. 430.— Voyez à la fin du volume la note A où sont rapportées quelques observations pluviométriqucs récentes.
(2) Renou : Théorie de la pluie {Annuaire de la Société météorologique de France (1866), t. XIV.)
(3) Lamairesse {Annales des ponts et chaussées y octobre 1869).
Le faîte qui sépare l'Océan de la Méditerrannée, donne lieu au tableau suivant (1) :