VI PRÉFACE
bientôt passés, dans Y Etude sur les torrents des Hautes-Alpes.
Disons-le tout de suite, ces lois ont fait justice des exagérations ; il ne s'agit plus aujourd'hui, comme Font réclamé de nos jours quelques auteurs, de reboiser par mesure générale ni de reconstituer l'ancien domaine forestier de la France. — Le seul objet pratique et utile, le seul dont s'occupe la loi^ c'est en réalité de maîtriser les eaux torrentielles et, par suite, de protéger à la fois la montagne qu'elles attaquent et la plaine qu'elles inondent.
Dans les montagnes mêmes, le boisement est presque partout remplacé avec de grands avantages par le gazonnement. Les montagnes, et en particulier les Hautes- Alpes, sont essentiellement pastorales ; les troupeaux sont la seule ressource, ils sont la vie même du pays; aussi, doit-on chercher non pas à réduire, mais à étendre les pâturages. C'est ainsi que M. Surell a, dès l'origine, posé le problème.
Le boisement n'offre que des profits trop éloignés, il ne peut être imposé aux gêné-
PRÉFACE. vil
rations actuelles que dans les endroits où il est indispensable pour retenir le sol et pour permettre le développement ultérieur du gazon,
Lexpérience a d ailleurs démontré que la Régénération des montagnes est une œuvre d'intérêt public que l'Etat seul peut et doit accomplir.
Puisse la France , dès qu'elle aura pansé les blessures de la guerre^ se rappeler qu'elle a, dans les Hautes-Alpes, une plaie toujours saignante, et qu'il lui suffit de le vouloir pour guérir cette lèpre des torrents que les étrangers nous reprochent comme une honte !
{Voyez ci-après chap. VII.)
Que d'efforts douloureux, que de sacrifices la France n'a-t-elle pas faits pour disputer à l'ennemi ces deux provinces si patriotiques de l'Alsace et de la Lorraine ! Eh bien, il y a, vers les Alpes, une province dont un ennemi acharné, infatigable, enlève chaque jour un lambeau, dont il décourage et chasse peu à peu les habitants.
Cette terre est pauvre sans doute ; ces revers déchirés, ces vallées envahies ne peuvent rivaliser avec les riches campagnes du Rhin
Yiu PRÉFACE.
et de la Moselle; mais rattention bienveillante de la mère-patrie ne se portera-t-elle que sur les parties privilégiées de son territoire ?
D'ailleurs, qu'on ne l'oublie pas, les Hautes- Alpes représentent un intérêt national de premier ordre : elles gardent, par leurs forteresses, une des parties les plus importantes de la frontière. — La vallée de la Durance a fourni, de tout temps, le passage le plus commode de France en Italie. Le col du Mont'Genès^re^ auquel elle aboutit, outre qu'il s'élève moins que ceux du Mont-Cenis^ du Grand ou du Petit Saint-Bernard ^ du Simplon ou du Saint'Gothard ^ offre encore, abrité comme il est contre le vent du nord, des facilités exceptionnelles dans la mauvaise saison.
Il faut remarquer aussi que le passage du Mont-Genèvre n'est pas, comme les autres, un col désert et inhospitalier ; c'est, à proprement parler, un plateau cultivé, habité, et sur lequel sont assis deux villages, chefs-lieux de deux communes.
Par la vallée de la Durance sont passés Annibal, César, Charlemagne, Charles VIII,