XII PRÉFACE
M. Léonce de Lavergne, dans son Econo^ mie rurale {i\ s'exprime ainsi : « Les deux départements des Hautes et Basses- Alpes présentent un triste contraste avec le reste de la
région Ils ont reculé au lieu d'ai^ancer.....
C'est la partie la moins riche du territoire : elle ne contient que 11 habitants par 100 hectares, tandis que la Corse elle-même en
a 27 Depuis plus d'un siècle tous ceux qui
connaissent les Alpes françaises annoncent la destruction de toute terre végétale par les ravages périodiques des torrents. »
La population des Hautes- Alpes s'est accrue de 14^000 habitants de 1806 à 1846; elle a diminué de 11,000 habitants de 1846 à 1866; nous avons perdu en vingt ans ce que nous avions gagné en quarante ans (2).
La richesse publique a subi la même alternative. Si on la mesure par le produit du
(1) Troisième édition, page 278.
(2) Voici, pour la population, les chiffres officiels :
AXMÉES.
FRAKCE E?(TIÉRE.
(•) Moins Nice et la Savoie. ,..,
PRÉFACE. xiii
Timbre^ elle s'est accrue, de i834 à 1847, pour la France entière, de 44 pour 100; pour les Hautes- Alpes de 3o pour 100. De 1847 ^ 1868, elle s est accrue, pour la France entière, de io3 pour 100; pour les Hautes- Alpes, àe 11 pour 100 seulement (1).
Ainsi, soit par la population, soit par la richesse, les Hautes-Alpes nont suivi qu'à distance le progrès général de la France jusque vers 1847 î ïï^^îs depuis celte époque elles reculent au lieu (Tai^ancer.
Cette décadence s'explique facilement : nos vallées, fertiles et riantes, sont étroites; la plupart de nos villages s'élèvent, au penchant des montagnes, jusqu'à ces régions sévères où la sueur de l'homme ne suffit plus à féconder la terre. Quelle vie rude que celle de nos paysans! Dans leur situation extrême, sur les limites de la terre habitable^ le moindre accident naturel, gelée, sécheresse ou pluie, leur est un désastre, et le torrent
(1) Voici, pour
le
produit du Timbre^
les chiffres officiels :
ANnÉES«
FRANCE ENTTRRR.
xiY PRÉFACE.
gronde là, dans le voisinage, toujours menaçant. Ils travaillent et souffrent sans se plaindre ; ils n'accusent ni le ciel ni le gouvernement; mais, quand la misère est trop pressante, ils partent ! — Ils cèdent à l'attrait tous les jours plus vif qui les appelle dans ces cités opulentes : Marseille, Lyon, Paris !
Ainsi, chaque progrès de la plaine fait un vide dans la montagne.
Ah ! si ce pays était au centre de notre
territoire, ceux qui ne lui sont pas attachés
comme nous pourraient dire froidement :
laissons tomber ces montagnes en ruines puisquelles ne peuvent se soutenir elles-mêmes.
Mais, les Hautes-Alpes sont un des remparts de la France.
Que servirait cependant, au jour du danger, d'avoir des forteresses sur la frontière, si, derrière ces places fortes, il n'y a qu'un désert, n'offrant à l'armée française ni hois, ni cultures, ni chemins de fer, ni population ?
Ainsi l'œuvre de la Régénération des montagnes y confiée par les lois de 1860 et 1864 à l'Administration des forêts, est véritable-
PRÉFACE. xy
ment nationale et patriotique. Au sortir de la crise actuelle, le gouvernement aura pour devoir impérieux de reprendre Tœuvre ébauchée et de lui donner une nouvelle et vigoureuse impulsion.
Le premier volume de cette seconde édition reproduit, avec quelques coupures faites par l'auteur lui-même, l'édition originale de \ Etude sur les torrents des Hautes- Alpes .
Dans ce second volume, j'ai essayé de résumer les résultats qui, depuis la publication de Y Etude sur les torrents^ ont été acquis par la science sur le rôle météréologique e£ hydrologique des forets. Les antécédents et les premières applications des lois de i 860 et 1864 y sont rapidement exposés ainsi que divers systèmes techniques essayés contre les torrents, en France et à l'étranger.
Le dernier chapitre contient quelques vues générales sur l'origine des torrents actuels et sur les grands phénomènes diluviens dont on retrouve les traces dans chacune de nos vallées de montagnes.
Deux extraits de la Carte géologique de France^ exécutés par l'imprimerie nationale