‹ Étude sur les torrents des HautesAlpesChapitre 42 sur 59 · IG · texte numérisé non relu

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accroissement complet, le! que ceux du premier genre. Il s’agit de l’éteindre par le secours de la végétation.

On commencerait par tracer sur l’une et l’autre des deux rives du torrent une ligne continue qui suivrait toutes les inflexions de son cours, depuis son origine la plus élevée jusqu'à sa sortie de sa gorge. La bande comprise entre chacune de ces lignes et le sommet des berges formerait ce que j’appellerai une zone de dijense. Les zones des deux rives se rejoindraient dans le haut en suivant le contour du bassin, et envelopperaient ainsi le torrent dans toute son étendue , de même qu'une ceinture. Leur largeur, variable avec les pciitcs et avec la consistance du terrain , serait d'environ jo mètres dans le bas ; mais elle croîtrait rapidement à mesure que la zone s'élèverait dans la montagne , et elle finirait par embrasser des espaces de <foo à 5oo mètres.

Ce tracé s’appliquerait non-seulement à la branche principale du torrent, mais encore aux divers torrents secondaires qui dégorgent dans la première. Il s’appliquerait encore aux ravins que reçoit chacun des torrents secondaires; et poursuivant ainsi de branche en branche , il ne s’arrêterait qu’à la naissance du dernier filet d’eau. De cette manière, le torrent se trouvera saisi jusque dans ses plus petites ramifications. — Comme les zones de défense, en pénétrant dans le bassin de réception , s’élargiront beaucoup; comme d’un autre côté, les ramifications sont dans cette partie plus multipliées et plus rapprochées , il arrivera que les zones voisines se toucheront , se superposeront même , et qu’elles se confondront dans une région générale, qui couvrira toutecette partie de la montagne, sans y laisser de place vide.

Les zones de défense étant ainsi déterminées , la première partie de l’opération est achevée. C’est là en quelque sorte le tracé du travail qu'on vn entreprendre.

Il s’agit maintenant , par les moyens les plus actifs et les plus prompts, d’attirer la végétation sur toute la surface de la ceinture. — Pour cela , on fera des semis et drs plantations d’arbres. Là où il serait impossible de faire venir tout d’abord des arbres, on provoquera la croissance des

arbustes, des buissons, des ronces Alais dans le haut, où les zones

embrassent toute l’enceinte du bassin deréception, c’est une forêt qu’il faut créer. On choisira les essences d'arbresles plus convenables : on aura recoursà tous les procédés connus, voire même aux procédés qui restent encore à découvrir et qui sortiront de l’expérience. Le but de ces travaux

A OPPOSER AUX TORRENTS

doit être de couvrir le bassin de réception par une forêt qui s'épaississe chaque jour, et qui , s’étendant de proche en proche , finisse par l’envahir jusque dans scs fonds les plus cachés.

Si la végétation développée ainsi sur la superficie des zones de défense est gardée contre les troupeaux , si elle gardée contre les déprédations des habitants, si elle est soignée, entretenue, activée par tous les moyens possibles , elle enveloppera toutes les parties du torrent par un fourré très-épais , lequel réalisera à la fois deux effets également salutaires.

D’abord , il arrêtera les eaux qui ruissellent à la surface du sol , et il les empêchera d’entrer dans le torrent. S’il ne les empêche pas, au moins il les retardera, et nous savons que ce résultat est tout aussi heureux. Dès lors le torrent ne recevra plus que les eaux qui tombent verticalement du ciel dans son lit même: cequi diminuera son volume dans la même proportion qui existe entre le bassin général de la montagne et 1 ouverture strictement réduite de son lit. On comprendrai- la grande différence de ces deux surfaces , quelle doit être la grande réduction du volume des eaux.

Ensuite, le terrain de ces zones ne peut plus être délayé par les eaux pluviales et entraîné dans le torrent; ce qui diminuera d’autant la masse des alluvions. A la vérité, il peut être englouti peu à peu , si le pied des berges est sapé par les eaux; mais c'est là un poiut nouveau dont je m'occuperai tout à l’heure, et sur lequel je prie qu’on suspende son jugement.

En résumé, pour peindre par un seul trait l'effet de ces dispositions, je dirai que le torrent se trouvera placé dans les mêmes conditions que s’il sortait du sein même d’une forêt profonde , qui l’envelopperait dans tous ses replis et dans laquelle il serait comme noyé. J’ai décrit ailleurs les résultats qui naissent d’une semblable circonstance. On se rappelle comment la forêt, luttant contre les eaux , finit par éteindre le torrent. Les mêmes effets se reproduirent ici , et il est inutile de les retracer.

Parla même analogie , on comprend que la végétation avançant toujours et gagnant chaque jour du terrain , doit descendre sur les berges et les tapisser jusque prés du fond du lit, ainsi que cela est arrivé dans les torrents éteints. Mais la fixation des berges est un résultat d'une trop grande importance pour qu’on l'abandonne ainsi aux caprices du sol et 411 libre arbitre de la nature. Nous touchons ici à la troisième partie de l’opération. C’est la surtout qu’il importe de redoubler de soin , et de multiplier les artifices.

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Pour attirer la végétation sur les berges , ou les couperait par de petits canaux d'arrosage dérivés du torrent; ils imprégneraient ces terres déchirées et toujours arides d’une humidité fécondante; ils briseraient aussi la pente des talus, et serviraient à les rendre plus stables. Bientôt on les verrait disparaître sous des touffes de plantes variées, attirées au jour par la présence de IVau. — Ces canaux, prolongés ensuite jusqu'au sommet des berges, pénétreraient de là dans les zones de défense , dont ils fertiliseraient le sol. — C’est dans le voisinage des eaux , c’est dans la possibilité d'ouvrir partout et de multiplier presque indéfiniment les canaux d’irrigation, que repose en réalité tout l'avenir de l'opération.

Enfin, je passe à la quatrième phase qui est aussi la dernière. — Pendant que toutes ces plantations retiendront les terrains au milieu ■ lesquels s'écoule le torrent , on empêchera lesaffouillemeulsen construisant ces murs de chute dont j'ai parlé au chapitre X. On emprunterait de cette manière aux systèmes actuels de défense ce qu'ils ont réellement de plus efficace; mais combien, en faisant cet emprunt, on aurait amélioré les circonstances au milieu desquelles ou va le mettre en œuvre !

En effet, on trouverait dans les plantations et partout où il paraîtrait convenable d'établir ces ouvrages, les meilleurs matériaux de leur construction. Les jeunes arbres donneraient des pieux ; les produits de l'élagage et les buissons fourniraient des fascines. Ou construirait alors ces barrages en fascinages, ou ces palissades clayonnécs recommandées par Fabre. Ces ouvrages coûteraient peu de main-d’œuvre ; les matériaux ne coûteraient absolument rien ; ils seraient donc économiques; ils n’offriraient pas non plus les dangers qui accompagnent les .murs en maçonnerie ( chapitre XY1I ). — On pourrait donc les multiplier partout, sans aucun inconvénient, et presque sans dépense.

Ces barrages seraient comme le complément des travaux d'extinction. Ils serviraient à défendre certaines berges jusqu’au moment où la végétation les aurait revêtues sur toute leur hauteur, et jusqu'à ce que le torrentlui-meme aurait perdula plus grande partiedesa violence. On s’en servirait aussi pour barrer les ravins secondaires, pour intercepter les petites ramifications , pour combler les petites flaches ; enfin , pour amener à la surface du sol et effacer complètement ces filets iniiom.brables , divisés comme les fibres chevelues d’une racine, et qui sont bien réellement la racine du mal.

A OPPOSER AUX TORRENTS

Voilà l'operation achevée. En la récapitulant , on voit qu’elle se compose de quatre parties:

i* Le tracé des zones de défense; a* Le boisement de ces zones ;

A" La plantation des berges vives ;

4* La construction des barrages en fascines.

Une chose reste encore à établir : je veux parler de l'ordre dans lequel il conviendra de pousser les travaux. Cet ordre , loin d’étre arbitraire, est un élément capital , et la condition la plus essentielle du succès.

J’ai déjà si souvent fait ressortir dans le cours de ce travail la nécessité d'altaquer les torrents dans leurs sources memes , que je crois inutile d'v revenir encore. Ainsi donc , c’est dans les parties les plus élevées que les travaux seraient d'abord entrepris: ils avanceraient de là vers les parties basses. Non-seulement on commencerait par planter le bassin de réception avant de s’occuper des zones inférieures ; mais dans ce bassin même, on remonterait d’abord aux plus hautes ramifications , on s'élèverait au delà des dernières traces du lit, et jusqu'à ces pentes abruptes, sillonnées de ravins , que les eaux forment et déforment à chaque orage ; c’est là qu’on établirait les premiers travaux : on descendrait ensuite vers le bas, mais en s'assurant que les parties qu’on lajsse derrière soi sont bien consolidées.

Telle serait, considérée d'une manière générale, la méthode à suivre pour éteindre les torrents. Je vais examiner quelles sont les chances du succès.

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