‹ Étude sur les torrents des HautesAlpesChapitre 43 sur 59 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

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Une première question s'élève d'abord. — Est-il possible de faire prendre la végétation sur les berges vives des torrents?... On se rappelle la description qui en a etc faite (cbap. III). Ce n’est pas certainement celle d'un terrain propice aux plantations. Ces berges sont pourtant les parties qu'il importe le plus de consolider; c’est hors de leurs flanc» que le torrent tire, comme d’un arsenal, la principale masse de ses alluvions; et s'il continuait de les ronger, il deviendrait inutile de planter les zones supérieures, qui seraient minées par le bas, et tomberaient peu à peu dans le lit (chap. IX).

Or, pour ces berges, on doit faire une remarque extrêmement importante ; c'est que , dans beaucoup de parties où elles sont formées d’un roc dur , elles seraient en effet rebelles à tous les essais de plantation. Mais par ce motif même quelles sont dures, il serait peu utile de tes planter. Celles au contraire formées d'un terrain meuble . qu’il importe le plus de consolider, puisqu’elles sont les moins solides, sont aussi précisément celles dont le sol. par sa nature même, se piété le mieux à la végétation.

Cette remarque s'applique aussi aux zones de défense. -—Elle s'applique généralement à tous les terrains que la végétation est destinée.! défendre

A OPPOSER AUX TORRENTS

contre les injures des eaux. J'ai déjà eu l'occasion de la présenter sous ce point de vue général (cliap. XXVI).

Il suit de là que les difficultés que présente un terrain à la plantation sont en raison inverse de l’intérêt qu'on a à le planter, et, par conséquent, que là où elles commencent à devenir très-graves , l’utilité des plantations devient si ingnitiantc qu'on ne risque rien d’y renoncer. — On comprend de suite combien d’objections sont réduites au néant par cette simple observation.

Mai^cc qui doit surtout assurer la bonne venue de la végétation suites berges, c'est la multiplicité des canaux d'irrigation. Il faudrait qu’on saignât le torrent jusqu'à sec, et que la masse entière de scs eaux, sortie de ce fond quelle affouillc , fût éparpillée par une infinité de filets sur les berges. C’est alors que l'élément de dégradation deviendra bien réellement un élément de fécondité, ainsi que je l'ai dit ailleurs dans une digression qui pouvait alors paraître oiseuse, et qui menait à mon but. comme on le voit maintenant.

Il n’est personne qui, avant voyagé dans ces montagnes, n’ait été surpris de l’étonnante fertilité que l’arrosage donne ici aux terres. Dans ces calcaires si friables , l'effet de la latitude est encore augmenté par l'effet de l’inclinaison des terrains; et quand une côte, frappée par les feux perpendiculaires du soleil , est en même temps abreuvée d’eau , la végétation s’y déploie avec une vigueur sans égale. — On en voit des exemples dans la plupart des berges qui sont traversées par des canaux d'arrosage; et ces exemples sont précisément ceux qui conviennent à mon sujet-

Je citerai , entre autres . la berge gauche du torrent de Bramafam . prés d'Bmbrun , à mille pas environ en amont de la route royale. Là , on peut voir une berge d’une vingtaine de mètres de hauteur, sur laquelle le passage d'un canal d'arrosage a fait naître nue végétation si touffue, qu’il est difficile de distinguer, sous cette chevelure de broussailles , quelle est la couleur et la nature du terrain. Pourtant cette berge est très-abrupte; de plus elle est formée île ce calcaire schisteux à bélemnitcs, c’est-à-dire du pire de tous les terrains du département, de celui-là même que j’ai cité comme étant , par sa facilité à se décomposer, une des causes les plus puissantes de la formation des torrents. — Or, si la présence foi-tuile d’un canal , nonobstant des circonstances aussi défavorables, a produit de pareils effets, comment n’en serait-il plus de même, lorsque ces effets seront provoqués par les moyens les plus actifs? S’ils arrivent accidentel-

DES MOYENS

lcmcnl, cesseront-ils d'arriver, quand tout sera combiné dans le but de les reproduire?

Toutes ces observations sont applicables aux zones de défense, avec cette différence que les mêmes difficultés s’y représentent & un bien moindre degrc; en sorte que si les plantations réussissent sur les berges , elles réussiront à plus forte raison sur les zones.

En résumé , je crois que la proximité des eaux fera prospérer toutes les plantations qu’on entreprendra d’attirer sur les bords des torrents. Nulle part ailleurs on ne trouverait un aussi précieux auxiliaire. Tpllf est sa puissance que s’il s’agissait de choisir au milieu de ces montagnes les emplacements les plus propices aux plantations, on ne découvrirait rien de mieux que les alentours des torrents (i).

Reste la difficulté de boiser les parties les plus hautes des bassins de réception. — Là, celte inappréciable ressource de l'arrosage manque. Comme on est au-dessus des sources mêmes du torrent, on ne reçoitplus que les eaux du ciel ou quelques ruisseaux accidentels.

— Il y a plus : à mesure qu'on s’élève, les pentes deviennent plus abruptes, les terrains plus âpres et plus rocheux; le climat lui-même se dénature, et semble repousser de plus en plus la végétation (2). Voilà bien des difficultés. Cependant là encore la nature nous offre d’admirables modèles qui semblent uous inviter à ne pas désespérer du succès. Ne voit-on pas ici, sur une foule de points, des forêts suspendues à des parois de montagne coupées presque à pic , où les arbres paraissent sortir du cœur même de la pierre? Ce sont là des exemples à étudier et à imiter.

Je citerai aussi l’exemple des dunes dans les Landes , dont la plantation présentait bien d’autres difficultés que celles de nos montagnes les plus

(1) On voit dans la Vallouitc, sur la rive droite de la Gironde, uu grand nombre de ravina que la végétation a tapissés jusque dans leur fond; et il est visible qu’elle s’est développée là avec plus de force que dans les terrains environnants , parce quelle trouvait dans s'es creux plus de fraîcheur et d’humidité. — Oo a des exemples semblables sur la rive gauche de la Durance , en face de Saint-Clément,

(2) On sait quelle expire entièrement à une certaine hauteur; mais les bassins de réception s’élèvent rarement jusqu’à cette limite, si ce n’est dans les tabula, dont il n’est pas ici question.

A OPPOSER AUX TORRENTS

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