VOTE
. . . Les torrents les plus redoutés passent sous des ponts dont l’élévation audessus du lit ne dépasse guère 3 mètres. L’bvdraulique explique ces faits. . .
Cbap- ■* , page *T.
La raison de ce fait est dans les pentes très-fortes que suivent les torrents, et eu général tou* ks cours d'eau de ces montagnes. — Si l'on suppose un grand volume d'eau versé dans le haut d’un canal dont la section est constante, cette eau s'écoulera avec une vitesse déterminée par la pente du canal et par la quantité d'eau débitée.
Si l'on augmente la pente de ce canal , la vitesse s’accroîtra \ et si la largeur de la section est demeurée la même , la hauteur doit diminuer, puisque le produit de l’aire de la section par la vitesse d’écoulement forme un ternie invariable, qui est le débit.
Il suit de là que, dau» les montagnes, les courants sont plus rapides que dans les plaines, et la durée des crues est plus courte. — Dans les plaines , la vitesse d'écoulement est moindre, la crue dure plus longtemps, et en meme temps die s’élève à une plus grande hauteur.
. Les torrents nous révèlent ainsi le secret d’un genre de formation commun sans doute à un grand nombre de vallées, mais qui n’est nulle part plus i ticou testable. . .
Ch«p. an. p «g' !fl,
J’aurais pu me borner à dire ici , que si le* géologues disputent encore sur la cause qui a mis au jour la niasse générale de* montagnes, ils ne disputent pas sur les causes qui ont modifié ensuite cette masse , et l’ont découpée suivant les accidents que l’on y remarque aujourd’hui. Tous conviennent que les formes particulières des moutagnes, leurs profils, leurs physionomies, si on peut s’exprimer ainsi, sont le résultat de l’action longtemps prolongée des causes ordinaires de dégradation sur leur sol.
Les profils suivant lesquels les montagnes tendent à sc disposer, sont de véritables courbes il' équilibre.^, fonctions, d’une part, de la ténacité du terrain, et d’autre part, de l’énergie plus ou moins active des agents destructeurs. Dès que l'une de ces force* viendra à varier, la figure de la montagne variera pareillement. — Plus le terrain est forme de roches dures et lentes à se détruire, plus la courbe sc rapproche de la verticale, et plus la montagne sc présente sous des formes abruptes. Le terrain devient-il friable? la courbe s’abaisse, les pentes s'allongent , la montagne s’étale sur une large base , et ses formes s'arrondissent. — Un accrois- M-mcnt dans les forces de dégradation produirait la même modification.
NOTES
Voilà pourquoi, à chaque climat, à chaque constitution particulière de terrain , cotres* pond une figure particulière et caractéris tique de montagne. C’est ainsi qu'on a, sans sortir de la France , des ballons dans les Vosges, des causses dans la Lozère , des pqys ou pouys dans l’Auvergne, des pics dans les Pyrénées , des aiguilles dans les Alpes , etc.
« .... Les circonstances de la formation primitive ont esquissé les grands traits des inéga- * litës de la surface terrestre. C'est ensuite l'action continue des agents atmosphériques , qui » en a dessiné presque tous les détails .... »
( D' Aubuisson.)
. . . Considération qui placerait les Hautes-. 4 Ipcs au-dessus de toutes les autres
montagnes de la France. . .
Ckip. Stl . piff 101
Il y a ici , dans le Queyras , des cimes dont la hauteur au-dessus du niveau des mers dé* passe 4,000 mètres.
Dans la Fallouise , le mont Pclvoux s'élève à 4,275 mètres. Cette montagne, qui est L plus haute de Franc * , n'est pas même citée dans ï Annuaire du bureau des longitudes. Sa hauteur dépasse d'environ 800 mètres celle du pic le plusélevé des Pyrénées (U mont Perdu). Elle est inférieure de 535 mètres à celle du mont Blanc ; mais supérieure à celle de la Yung- Frau , du col du Géant , etc.
Le mont d’Or, qui a tant de célébrité en France , ne s’élève qu'à 1884 mètres, et le Puyde Dôme , plus célèbre encore, à 1467. — Ces hauteurs sont véritablement insignifiante» à côté de celles de la plupart des montagnes dn département des Hautes -Alpes. Ici le» col», les montagnes pastorales s'élèvent presque toujours a plus de 2,300 mètres. Un des cols les plus bas, celui du Lautaret , où l’on perce en ce moment une route royale, s’élève à 2,098 mètres. Cette route, une fois ouverte , sera , non-seulement la plus élevée de France, mais elle franchira une hauteur supérieure à la plupart des fameux passages qui mènent en Italie. En effet, le passage du Saint-Gothard s'élève à 2075 mètres, celui du mont Cenis à 2,066 mètre» , celui du Simplon a 2,005 mètres, etc. . . .
Ce» montagnes sont aussi, je crois, les seules de France où l'on rencontre de véritable» glaciers, recouvrant de grandes étendues de terrain et peuplés par de nombreux troupeaux de chamois.
MA
. . . Influi'iicc du dimat sur li s dégradations du sol. • .
Cbap. («il , p«g« 101
Je vais rapporter un passage qui développe très-bien celte influence, et qui complétera inut ce qur j’ai dit sur ce sujet. — Il est tiré de la Géologie de Labechc , page» 216 et suivantes.
» U ne différence dans le climat a du produire d’autres variations visibles, taut dans
• les roches supracrélacé», que dans celles qui se sont formées antérieurement. Il est pro- « hablc que plus un climat était chaud et approchait des tropiques, plus l'évaporation et la « quantité de pluie devaient être considérables, et plus aussi le pouvoir de certains agents
• météoriques devait avoir d’intensité ; conséquemment , dans cette hypothèse , les différents » dépôt» doivent présenter des trace» d’autant plus marquées de l'influence de pareils climats, » que l'époque à laquelle Us out été formé» est plus ancienne. Si des pluies semblables à celles » des tropiques venaient se précipiter sur de hautes moutagnes , telles que les Alpes, en
supposant même à plusieurs d'entre elles une élévation moindre que celle quelles ont, ces » pluies produiraient des effets bien différents de ceux que nous observons maintenant dans » ces memes contrées : on verrait se former tout à coup des torrents dont les habitaot»
• actuel» de ces montagnes n'ont aucune idée; ce» masses d'eau entraîneraient des quantités » de détritus bien plus grandes que celles que charrient les torrents actuels des Alpes, dont « cependant le volume est a»sei considérable. Ainsi, en admettant toutefois l'exactitude de
• l'hypothèse ci 'dessus , il faut toujours tenir compte des différences produites sur la surface » de la terre par l'action des agents météoriques, laquelle est d’autant plus puissante que le •• climat est plus chaud. On doit particulièrement avoir cette attention, lorsque, d’après » l'observation d’une série de couches du même district , il parait évident que la température » sous l’influence de laquelle elles se sont formées a graduellement diminué.
- Examinons maintenant jusqu a quel point la végétation peut, dans les climats chauds,
• contrebalancer le pouvoir de décomposition et de transport que possèdent les agents ai-
• mosphérique*. Il parait que, toutes circonstances égales d'ailleurs, plus un climat est
• chaud, plus la végétation qu'il produit est vigoureuse. La question se réduit donc à » celle-ci ; la végétation protège -t- elle le sol contre l'action destructive de l'atmosphère? Il » est presque impossible de répondre autrement que par l’affirmative. Si nous manquions de » preuves de ce fait, nous en trouverions dans ces élévations artificielles de terre, ou barr' 0 \v$ y
• qui sont si communes dans plusieurs parties de l’Angleterre r elles ont été exposées , dans ce ** climat, à l’action de l'atmosphcre pendant environ deux mille ans; et cependant elles n'ont « éprouvé, dans leur forme, aucune altération sensible, quoique, au moins pendant une
• partie considérable de ce laps de temps , elles n'aient été recouvertes que par une légère ■ couche de gaxon. Si maintenant on admet que la végétation protège jusqu’à un certain " point la terec quelle recouvre, il s’ensuit que plus fa végétation est forte, plus sa protec- - tioii est efficace , et que, par conséquent , la terre est toujours garantie de l'action destruc-
NOTES
ir»:>
• tivc de l'atmosphère, proportionnellement au besoin qu'elle en a. San» cette loi prévoyante » de la nature , le» roche» le» plus tendres des régions tropicales seraient promptement cm
• portées par les eaux, et le sol ne pourrait plus nourrir ni végétaux, ni animaux , car
» quoique dans beaucoup de régions tropicales, on rencontre de vastes étendues, qui pré-
- ventent l’apparence de déserts stérile», et qu’on voit cependant renaître soudain à la vie,
• apres deux ou trois jour» de pluie , et se couvrir comme par enchantement d’une brillante » verdure, ou doit reconnaître que le» racines de» plantes vivaces auxquelles l’humectatiou
• fait produire une végétation si vigoureuse , et même celle des plantes annuelles déjà pas- » séc», dont les graines produisent des feuilles si verdoyantes, s’entremêlent dans le sol de » telle manière quelles opposent une résistance considérable au pouvoir destructeur de»
• pluies (I).
• Je n'ai nullement l'intention de conclure de ce qui précède, que la dégradation du sol
• n’est pas généralement plus grande sous les tropiques que dans les climats tempérés; j’ai
• voulu simplement établir que, dans les deux cas, le sol reçoit des végétaux qui le recou-
• vrent une protection proportionnée à l’influence destructive à laquelle il se trouve exposé. » Supposons qu’il arrive en Angleterre une de ces saisons pluvieuses si Communes sous le» » tropiques ; nul doute que de grandes étendues de terre seraient entraînées , et que le» bar-
- rows dont nous avons parlé plu» haut, disparaîtraient promptement. Si, au contraire,
• il ne toml>ait dans les régions tropicales que la même quantité de pluie que non» avons
- chaque année dans le climat de V Angleterre , on y trouverait à peine quelques traces de » végétation dans les has-fonds , car l’eau qui en résulterait serait insuffisante pour sustcntei » les plantes tropicales; et, bien quelle tendit à dégrader le sol, elle serait si promptement
• évaporée, que son action destructive sciait à peine sensible. La quantité de pluie et la vé « gélation sont proportionnées l'une à l'autre ; néanmoins la dégradation du roi croit avec la
■ quantité de pluie et la force de plusieurs agents météoriques, de sorte que, toutes chose»
■ égales d’ailleurs, plus il tombe de pluie, plus est grande la destruction du sol ; et couvé*
• qufmment , plus un climat est chaud . plus la dégradation des montagne» est considé-
■ rahle.
■ Dans les régions tropicales , les plantes parasite» et rampantes croissent dan» toutes les
■ directions possibles , de manière à rendre les forets presque impraticables ; les formes et le»
• feuilles des arbres sont admirablement calculées pour résister aux fortes pluies et en ga-
• rantir les êtres innombrables qui . dans les saisons pluvieuses, viennent chercher un abn m sous leur feuillage. Le bruit que font les pluies tropicales en tombant sur ces foret», frappe m le» étrangers d'étonnement; et il s'entend à de» distances que les habitants des régions « tempérées ont peine à concevoir. La pluie , ainsi amortie et brisée dan» sa chute , e»t promp-
• tement absorbée par le sol, ou se précipite dans des dépressions dans lesquelles elle pro-
• duit des torrents qui, il faut l'avouer, sont assez impétueux et causent de grands ravages. •
(i) In Mvann de l'Amerique il irmc fréquemment qu il y « peu Je vegét ition . et alotv elle» «■prouvent de» ilc^rnUliont ronM(t<ublr>
NOTES
. . . C’pst là <lu moins ce qu'annonce la liiéorie île M . EUe de Beaumont. . .
<htp. » Un, pige lit
31. Elit de Beaumont classe les montagnes de Y Europe en doute systèmes , formés par desoulèvements successifs , distincts, et de directions généralement différentes.
A la tête de l'échelle, il place les montagnes du Vestmoreland qui correspondent au plus ancien soulèvement. Les montagnes primitives de la Bretagne , de la Corse , du oentrcde la France , etc., appartiennent à ce soulèvement. ^
Les Alpes occidentales forment le onzième système, et la chalue principale des Atpo . depuis le Valais jusqu'en Autriche , forme le doutièmect le dernier. C'est à ces deui dernier» systèmes que se rapportent les montagnes de ce departement. Elles sont donc , relativement à la plus grande partie des montagnes de Y Europe , d'une origine toute récente , et les autres étaient déjà presque toutes soulevées , quand celles-ci firent leur apparition à la surface du sol.
La convulsion qui accompagna leur naissance , fut la dernière que l'Europe ait ressrntie . et depuis cette époque . la stabilité du sol ne paraît plus avoir été troublée dans cette partir rie la terre .
Observons, en terminant, qu’anlérieu remonta ces deux soulèvements, et suivant te même géologue f une grande partie de ce département avait déjà été mise en relief par le soulèvement du système du Viso , le huitième système de Y Europe ; le» montagnes du Qutyra» datent de cette époque. ( Voyez les Recherches sur quelques-unes des révolutions de la surface du Globe . , par Al. EUe de Bqçumont , publiées en 1833. )
On s'cipliqucrait par ce système l’espèce de désordre qui règne ici dans la configuration , des chaînes , et que j ai signalé dans la première page de celte étude.
Le même système ferait comprendre aussi pourquoi ces montagnes présentent des terrain» si tourmente», et pourquoi des formation», bien connue» ailleurs, y sont altérées , au point d’être devenues méconnaissables.
NOTE ta.
... Il est certain d'abord qu'une bonne partie des .llpcs était déjà déboisée, quand parut en 1669 l'ordonnance de Colbert , qui règle les eaux et forêts, et interdit les déboisements aux communautés. . .
Ch.f. n*Mi . <*1-
Ln Archives des bénédictins de Boscodon , conservées dan» l’église Notre-Dame- d Enibntn , renferment un grand nombre de contestations relatives à des déprédations forestières
lA.' -
G'nt le sujet le plus ordinaire «le ce» archives , durant plus de cinq siècle». Il a provoque plusieurs excommunications dressées en boni e forme. On peut voir là, par une foule dr traits, que les forets étaient déjà à cette époque une chose rare et précieuse.
Un édit«)c Humbert Dauphin interdit les défrichements dans le üriançonnais. * pour
• résister aux avalanches et autres incommodités » Donc l’abus des défrichement»
était déjà connu alors (IV siècle).
On a découvert l’existence d’une grande corporation de bateliers , établie sur la Durance . «lu temps de la domination romaine. Gela prouve qu’il y avait alors sur cette rivière un flottage considérable qu’on peut considérer comme totalement abandonné depuis longtemps. Cela prouve aussi que ce département était alors couvert d’abondantes forêt» , dont il ne reste aujourd'hui que de maigres lambeaux.
VOTE Itt.
Opinion (Je h'abre sur les causes des torrents et sur les effets qui en résultent.
CW,, lus, IM.
Ce qu'on va lire est tiré de son £ssai , page» 04 et suivante».
144. • La destruction des bots qui couvraient nos montagnes est la première cause
. de ta formation des torrents. ,
. La raison s'en présente d'elle-mémc Ces bois, soit taillis, soit île haute-futaie, inter- - ceptaient , par leur feuillage et par leurs branches , une partie considérable des eaui . pluviales et de celles dorage. La partie restante, et qu’ils ne pouvaient pas retenir, nr » tombait que goutte à goutte , et dans des intervalles asses longs pour qu’elle eût le temps , » de filtrer dans les terres D’autre part, la couche de terre végétale, qui s'accroissait aus nurllement par la chute des feuilles, simbibait d une quantité considérable de ces caui.
• Enfin les touffes d’arbrisseaus rompaient et détruisaient, dès leur origine, les torrents qui . pouvaient se former nonobstant toutes ces raisons, lots bois étant détruits , les eaus d’oragr ■ n’ont plus trouvé d'interception dans leur chute. Ne pouvant pas , à raison de leur abon- » dance, être absorbées par la tene à mesure quelles tombaient, elle» ont coulé superli
• cicllement , et, a y ayant plus de touffes qui loiupuseol et divisassent leur cours, elles ont
• formé les torrents , ainsi qu’il a été dit
145. . les défrichements sur tes montagnes sont la seconde cause de la formation
• des torrents.
» Car nous avons démontré qu un torrent te formerait avec d’autant plus de facilité, que •* le» matière» qui composeraient h montagne auraient moins fie ténacité. Or, le» défriche-
>îÂdr » V*, s •
r F .-CjflH
“ * - vJb
NOTES
* menu, en rendant le* terre* meubles , ont diminué cette ténacité donc, il* oot favorise I* » formation de* torrent*.
» L on voit par là combien a été mal cutcudue et peu réfléchie la loi rendue son* l’ancien » régime, qui autorisait le» défrichements , pourvu que l’on construisit, par intervalles, » de* murs de soutènement . pour arrêter les terres sur les penchants des montagne». On n’a
* pas senti que, dans une infinité de contrée», on se bornait à faire deux ou trois récoltes
* dans un défrichement, et qu 'ensuite on l’abandonnait. Conséquemment il était natnrel » que les murs de soutènement devant plus coûter que ne vaudraient les récoltes, on ne les » construirait pas : aussi c’est là ce qui est arrivé. Cependant il en est résulté jusqu a présent, » et il ru résultero pour l'avenir, les désastres les plus aflrcux , ainsi que nous allons le » voir.
140. « Le premier désastre produit par les deux causes dont nous venons de parler , » est la ruine de nos forets.
* S’il avait existé des lois sages et qu'on eût soigneusement tenu la main à leur exécution, » uous aurions aujourd’hui des bois de construction assez abondants pour nous passer de
* l’étranger. Nous aurions aussi en abondance des bois de charpente et de chauffage. On sent » que tous ces objets sont essentiellement nécessaires dans un état bien organisé. Ccpcn-
* dant ils nous manquent au point que dans un grand nombre de communes on n’a pas
* meme du bois de chauffage. Le mal vient de loin , et il est très-instant d'y remédier.
147. " Le second désastre est f anéantissement en une infinité d'endroits de la couche » végétale f/ui couvrait nos montagnes.
■ Cette couche donnait autrefois d’abondants pâturages pour les bêtes a laine. Emportée » par les orages et le» torrents, il ne reste plus aujourd’hui sur ccs montagnes qu’un rocher » nu et aride. De là il résulte nécessairement une diminution dans le menu bétail qu’on au> » rait pu nourrir en France , si ce* pâturages avaient continué d’exister.
1 48. « Le troisième désastre est la ruine des domaines qui sont le long des rivières .
* . . . Nous avons vu que le» crue* étaient d’autant plus fortes que les montagnes étaient
• moius boisées et plus décharnées. Ce» crues sont donc plus fortes aujourd'hui par l'effet
* des deux causes mentionnées ei-dessus, quelles ne l'étaient autrefois : donc elles doivent
* causer, cl elles causent réellement beaucoup plus de dégâts aux domaines riverains quelles ■ n’en causaient autrefois.
« D’autre part , nous avons vu qu’ii pouvait arriver, comme en effet il u’arrive que trop b souvent , que les tom» ts sortissent de leur Ut, couvrissent de dépôt* les domaines adjacents b situé* au pied des montagnes; ce qui les dénature absolument. Or, ta chose n’a lieu que
• depuis que , pai les deux causes ci-dessus , les torrent* <c sont formés.
* Le quatrième désastre est le dommage qn éprouve la navigation des rivières b parles divisions qui sont la suite de fortes crues.
a Nous verrons plus bas qu’une crue forte et subite divise souvent la rivière en plusieurs
» branche* En attendant , il nous suffit de dire qu'au (refais cela riait peu frequent. Ce
• qui le prouve, c’est qu’en général les rivières étaient prises pour limites des territoires de*
• communes ; ce qui n’aurait pas été si, dans ce temps-là, ces rivières avaient été sujette* ■ aux mêmes divisions qu 'aujourd'hui. Or, il est visible que ces divisions , en plusieurs - branches, portent un très-grand préjudice à la navigation et à la Uottaison des rivières.
150. • Le cinquième désastre consiste dans les contestations que les divisions des rivières • font naître entre les propriétaires riverains opposés.
« Car, si dans l'origine et à l'époque où la rivière n’avait qu’un lit , le courant formait la » ligne divisoire, il est visible que ce courant , venant à changer par la division en plusieurs «» brandies, la ligne divisoire changera aussi. Sa position devenant variable et incertaine, il
• faut qu’il en résulte des procès, et c'est malheureusement ce qui n'arrive que trop souvent. > Cependant la chose n’aurait pas lieu si l'on n’âvait pas détruit les bois et les couches de » terre végétale sur les montagnes.
151. « Le sixième désastre résulte des dépôts qui se forment a l'embouchure des fleuves
« et qui interceptent souvent la navigation .
« Car il est démontre, par l'expérience, que le* atterrissements qui se forment à l'embou- » ebure des fleuves, gênent extrêmement la navigation. Il est aussi démontra, par l’expé
• rience, que ce* atterrissements se sont opérés beaucoup plus rapidement dans ces derniers
• temps qu’autrefoiv L’exemple du Rhône que nous avons rapporté au n. 11 , en est une
• preuve convaincante. Or , ces dépôts ne peuvent provenir que des dépouilles des mon- » tagnes défrichées
152. « Enfin , le septième désastre consiste dans la diminution des sources qui alimentent
• les fleuves et les rivières dans leur état ordinaire.
• Nous avons vu que le» sources provenaient des eaux pluviales qui , filtrant à travers la
■ terre , se rendaient dans des réservoirs souterrains d’où elles s’échappaient ensuite par de
■ petits canaux et paraissaient à la surface de la terre. Or, si les montagnes se dépouillent » de leur couche de terre végétale et qu’il n’y reste plus que le rocher nu , ilest v isible que
- les eaux pluviales ne filtreront plus et quelles s’écouleront toutes superficiellement : dont
- les sources doivent diminuer ainsi que les rivières qui les alimentent ; il viendra même un
■ temps où les rivières qui , aujourd'hui, sont navigables, cesseront de l'être. A la vérité,
• cette époque est encore éloignée ; mais tôt ou tard elle arrivera si l'on ne détruit pas la cause
■ qui doit opérer cet effet... •
870 NOTES
Moyens proposes par Fabre pour empêcher la formation des torrents.
«un , |4g« !•*.
Je vais transcrire textuellement son essai, pages 131 et suivantes. On jugera par là que je ne propose rien de neuf; mai* le but de mon travail n'en sera que mieux rempli.
• ... Nous avons dit que la destruction des bois qui couvraient les montagnes était la pre- » inièrc cause de la formation des torrents. Pour détruire reflet, il faut citirpcr la cause.
» Donc, s’il reste encore de la terre végétale sur ces montagnes, le mieux serait de les laisse*
» se boiser en laissant ces terres en friche, et, à cet effet, d'en écarter tout ce qui pourrait por- » ter atteinte aux arbres naissants. C’est pour cette raison qu’on doit tenir la raaia à l’exé-
• eution la plus stricte des lois concernant la prohibition des chèvres , car on sait que la » dent de cet autmal est meurtrière pour les arbres naissants. Il n’est pas moin; essentiel de »• pourvoir à la conservation des bois existants, puisque ces bols, <mi ont empêche jusqu'au » jourd'hui les torrents de se former , nous sont un sûr garant qii^ren empêcheront encore
• la formation à l'avenir.
• Les défrichements sont la seconde cause de la formation des torrents. Il faut donequ’aptè» » avoir été trop généralisés par les anciennes lois, ils «oient réduits à leurs véritables limites. » En conséquence , nous croyons qu’à cet égard on devrait se conformer à ce qui suit.
• 1* Un défrichement ne devrait jamais, sous quelque prétexte que ce fût, être permis sur » le penchant d’une montagne qui aurait moine de trois de base ou d’empattement sur un de » hauteur verticale.
’ Le défrichement pourrait être permis sous un plus grand empattement ou une mom- » dre déclivité; mais néanmoins, avec des restrictions, d’après le mode que nous allons
• proposer.
» 3* Le défrichement ne devrait être autorisé que par lisières ou bandes transversales et - horizontales, ou de niveau, ou du moins à peu de chose près.
• 4* Dans ce cas, les bandes défrisées seraient séparées entre elles par d’autres bande» » pareillement horizontales, ou de niveau, qu’on laisserait incultes et sur lesquelles on permet - » trait au bois de croître.
• 5* Ces bandes incultes seraient destinées à remplacer les murs de soutènement prescrit»
■ par la loi, dont nons avons parlé au n. 145. Il paraît quelles ne devraient pas avoir moins
• de cinq toises de largeur pour pouvoir, au besoin , détruire un torrent qui se formerait sur i* la bande supérieure défrichée.
». 6’ La largeur des bandes défrichées pourrait être de cinq toises seulement , dans le cas où v l’empattement de la montagne serait de trois sur un de hauteur ; et il parait qu'elle pourrait » croître en raison inverse de cet empattement, jusqu’à ce qu’on fût arrivé à une pente qui » ne laissât plus aucun sujet de craindre la formation des torrents, cas auquel cette largeur
■ pourrait être illimitée.
NOTES
» 7" Hulin, les défrichements, dans tous le* cas, ne devraient pouvoir t'effectuer qu'avec l’au- » torisAtion des autorités municipales respectives, et d’après la vérification et le tracé préa*
» labiés qui en seraient faits par un officier public, à ce prépose dans chaque commune ■ Il n’y a personne qui ne voie que, d’après un pareil règlement, on éviterait à l’avenu » tous les désastres produits par les défrichements arbitraires, et presque toujours fort mal •• entendus pour le public et le particulier; désastre» dont nous avons fait l’énumération » aux n. 146 et 152. .
» La nature n’est que plus active lorsqu’elle est aidée par l’industrie humaine. Ainsi, dans le
■ cas où l’on voudrait hâter sur certains peuchantsde montagnes la multiplication des bois, il
• tic serait souveut pas mal d’y semer, soit des glands, soit des faines de l’espèce d’arbre»
• qu’on présumerait être propre aux localités. Il y a plus d'un pays où l’on s’est parfaite-
■ ment bien trouvé de l’usage de ce moyen , qui parait pourtant extraordinaire aux yeux du » vulgaire.
• Il y a des cas où il reste assez peu de terre sur les montagnes pour faire présumer que le» • » bois n’y prendraient que de faibles accroissements. On pourrait alors, avec succès , gazon- » nerce terrain en y semant des graines des plantes qui seraient jugées le plus propres aux » localité». Le tissu superficiel que le gazon formera , sera un obstacle à la formation des tor-
* rent» ; et d’ailleurs, par ce moyen, on créera des pâturages utiles.
« Ce sont là les moyens de prévenir la formation des torrents sur les montagnes. Il uou»
* reste à voir ceux qu’il faut employer pour détruire, lorsque la chose e»t possible, le» torrents
» déjà formés •
Analyse du Mémoire de M. Dugied.
CUp. imu, p»g0 m.
J’ai cité si souvent M. Dajfied dan» le courant de mon travail, et son mémoire est connu d’un si petit nombre de personnes, même dans les localité» pour lesquelle» il a été spécialement écrit, que je crois devoir ici en donner une analyse, — J’exposerai les idées de l’aul**m en me conformant à l’ordre qu’il a lui-même suivi.
•• Plus de la moitié du département des Busses- Alpes est couvert de terrains aride» et
•» improductif». Là se creusent des torrent» nombreux qui, descendant ensuite dans les val- » lées fertiles, achèvent la ruiue du pays.
•* Deux causes ont surtout contribué à amener ce triste état de choses : la destruction de»
* forêt» d’une part , et de l’autre, la manie des défrichements. Il est grandement temps de ■ s’occuper do remèdes; car plu» laid, le» remèdes seraient devenus impossibles.
* •• Pour arriver à la régénération du département, trois mesures sont à prendre :
- 1* Empêcher le» défrichements nouveaux, et rendre aux terres défrichées leur adhérence
* primitive.
NOTES
» 2 - ’ Boiser les sommets et les flancs des montagnes
«• 3* Encaisser les torrents.
» On va passer en revue chacune de ces trois mesures, l'une après l’autre.
Première mesure.
• On préviendra les défrichements en remettant en vigueur l'ordonnance de 1667, laquelle « prononce une amende de 3,000 fr. contre tous ceux qui défricheraient les terrains en pente » non boisés.
« On rendra aux terres défrichées leur adhérence primitive en forçant les propriétaires de • les convertir en prairies artificielles, soit par le pouvoir des tribunaux, soit par l’action v » administrative.
(L'auteur cite ici une expérience, de laquelle il lésulte que des semis de sain-foin ont entièrement raffermi une terre, soumise auparavant à de grandes dégradations.)
Deuxieme mesure, •
« Il suit de quelques évaluations statistiques que la superficie des terrains qu’on peut » espérer de reboiser avec succès dans les Basses-Alpes , comprend une aire de 150,000 bec-
- tares. Il s'agirait de prendre chaque année dans ccttc surface 2 à 3.000 hectares qu’on
* s'appliquerait à faire reboiser par les proprétaires mêmes du sol.
« Là se présente plus d’une difficulté.
" D’abord, la grande division des propriétés, qui multipliera les résistances. Ensuite, le peu » de revenu que les propriétaires tireront des plantations pendant les premières années. En- » fin, la dépense même des plantations qui ne sera pas, dans tous les terrains, en rapport » avec les produits futurs.
» Toutes ces difficultés sont très-graves et ne peuvent être tranchées que par un seul rx- » pédient : L'intervention dcVKtai. Elle consisterait :
■ 1° En primes données aux planteurs.
•• Dans la distribution gratuite des graines.
• 3 Dans une remise de contributions au profit des planlcuis.
» Une prime serait accordée à tout propriétaire dont les semis auraient réussi. La vérifies-
* lion en serait faite par une commission, et la réussite constatée dans un procès-verbal ■ adressé par cette commission au préfet. — La valeur de la prime serait de 20 francs par
* hectare. Elle serait payée par l'Etat, conjointement avec le département, dans la propor-
- tion suivante. L'Etat pa>erait les trois quarts et le département le quart. Ainsi , dans la
* supposition de l’ensemence ment de 2,000 hectares par année, le département débourserait
* chaque année en primes 10,000 francs, et le trésor public en débourserait 30,000. (Lemotif sur lequel M. Dugied fonde cette répartition , qui fait pc*cr la plus grande partie
delà dépense sur l'Etat est précisément celui que j'ai donné moi-même : l'impuissance matérielle du département. — - Je vais citer textuellement.)
»... Mrs motifs pour que le département ne donnepas plus de 10,000 fr. par an sont, qu’il
* est très-loin d’être riche; qu'il ne rentrera pas dans les sommesqu’il fournira, t.mdisqur k
NOTES
« gouvernement récupérera toutes scs avances ; et t/ue, pour tout dite , sam de parrillct . avances de la part de ce dernier, il n'y a pas à espérer que t opération t'exécute jau mais. Sans doute, le département retirera de très-grand» avantages ; mais les sacrifice» qu'il
- fera pour aider au succès n’en seront pas moins de véritables sacrifices *
(Ce qui était une puissante raison au temps où M. Dugied écrivait ces ligne», est devenu , depuis la loi du 10 mai, une nécessité absolue.)
•• Le second mode d’intervention, consistant dans la fourniture gratuite des graine», serait
■ entièrement à la charge de l’État. Admettons quoi» ensemence *2.000 hectares par an*
• née et qu’on distribue les essence» de la manière suivante
600 hectares eu gland».
600 id. en hêtres.
800 id. en pins et sapin*.
Total pareil 2,000 hectares.
» La dépense totale des graine», transport compris, serait de 23,400 francs. — Les « même» frais s'élèveraient à 35,100 fr. si l'on ensemençait 3,000 hectares par année, au lieu
- de 2,000.
» ... L’administration, livrant gratuitement les graines , tiendrait aussi la main à ce que les
■ essences fussent distribuées avec intelligence, et que chaque terrain ne reçût que celles qui
■ conviennent à sa nature. Les penchants trop abruptes sciaient ensemencé» en buis et en » genêts.
»... Les semis auraient aussi besoin d’être défendus contre les bestiaux, et contre les ra-
• pinesdes hommes. Il faudrait pour cela exciter une surveillance plus active et plus sévère » de la part des agents forestiers qui rester 'aient charges de la garde des futures forêts; on
augmenterait leur nombre; on perfectionnerait leur organisation; en même temps on » améliorerait leur sort.
• Enfin, passons au troisième moyen : la remise des contributions.— Chaque propriétaire, « après une reconnaissance faite de scs semis au bout de cinq ans, jouirait d'une remise de > contributions, (tendant la durée de dix années.
» Tels sont les sacrifices que s’imposerait l’État pour arriver peu à peu au reboisement des
• montagnes. »
Troisième mesure.
i Elle comprend l’encaissement des torrents. On ne commencerait cet encaissement que
• lorsque les forêts auraient exercé leurs effets, c'est-à-dire quinze ou vingt ans après les
• premières plantations — Les ingénieurs des ponts et chaussées dresseraient les plans de» » ouvrages à faire. La dépense serait supportée par les propriétaires intéressés et par l’État,
» qui assumerait la moitié des frai». L’effet des digues serait à la fois de défendre les proprié-
• tés riveraine», et de conquérir de nouveaux terrains... »
(L’auteur calcule ici que rencaissement de la Durance entre Sisteron et le Pertuis de Mira~ beau coûterait de 4 à 5,000.000, en cavant an maximum ; que 1a superficie des terres con-
quiscs serait de 10,000,000 de toises carrées qui vaudraient, au bout de trois ans, dix mil’ lions de francs en cavant au minimum. Les capitaux dans cette entreprise seraient dont
doublés au bout de trois ans )
Là se termine la première partie du travail de M. Dugied.
Dans la partie suivante, il a cherché à attribuer à l'Etat des )»énéficea qui le fissent rentrer dans ses débourses, de telle sorte que ses premières dépenses ne pussent plus être considérée» que comme des avances. — Suivons-Je dans ses calculs.
« ..... L’amortissement des sommes dépensées par l'Etat se fera par l'augmentation des
• impôts que devront subir les terres vagues converties en forêts. — A la rigueur, et sui-
• vant les règles usitée» dans la répartition des impôts, cette augmentation resterait au profit » du département et servirait à alléger l'impôt foncicrdes autres propriétaires. Mais il faut croire » que le conseil général consentira à ce qu’elle soit ajoutée à la contribution foncière du » département. C’est sur ccttc augmentation , et en présupposant ce vote, qu'on peut baser » de» calculs.
■ La contribution assise sur les terres vagues est moyennement de 22 centimes par
■ hectare. Celle assise sur les forêts est de 72 centimes. Lors donc qu'un hectare de terre*
• vagues aura été converti en forêts, il produira uuc augmentation de contributions équivaut lant a 50 centimes. C’est cotte différence de 50 centimes qui composera le fond» de la-
• mortissement. Il faut remarquer que les 50 centimes ne seront touchés que dix au» après » les semis, puisque l’Etat a fait une remise de contributions aux semeurs pendant cette durée » de temps. — Il faut encore admettre dan* les calculs que tous les semis n’auront pas » réussi, et qu’une partie des graines livrées gratuitement par l’administration et payée* par » elle auront péri. On suppose que la perte des semis sera d’un cinquième.
>• Avec tous ces éléments on peut former des tables qui donneront , année par année, l’é- « tut des dépense» ou de» bénéfice» du gouvernement. On voit de celte manière que pour un h semis de 20,000 hectares les dépense» du gouvernement , au bout de dix ans, seront mon- » lécs à 534,000 fr. ; mais qu’au bout de 86 ans, il sera couvert de toutes scs avances. De » plus, il aura acquis un boni auuuel de 8,000 francs , provenant des contributions qui eoti- » tinueraient à courir.
» Si l’on étend les calculs jusqu’à 150,000 hectares (cc qui comprend la totalité de la super- » ficie à reboiser), et si on suppose qu’on les ensemence en 50 ans, on trouve que l'Etat » sera couvert de ses avances au bout de 110 années, et qu'il jouira dès lors d’un boni » annuel de 60,000 fr. — 11 suit de là qu’il est de l'intérêt de l’Etat de donner à ces opération»
• la plus grande extension possible.
» Il faut aussi que l'Etat récupère les avances qu’il aura faites pour la construction des » digues. Or, il trouvera les ressources de l’amortissement, d'abord , dans les bénéfices pré-
• cédemment calculés et fondés sur l’augmentation des 50 centimes ; ensuite, dans la propriété
• d’unecertainc partie des conquêtes. — Comme U aura fourni la moitié des dépenses auxquelles
• la conquête doit son existence, il est juste qu'il possède la moitié des terrains conquis. . »
NOTES
Tel est le système développe par M. Dugtcd dans sou mémoire sur le boisement des Bat ses- Alpes. — Ce travail n'a produit aucun fruit. Il n'a pas ralenti un seul instant les abus. L administration ne s'est pas réveillée de son indifférence, et la dévastation des torrents, et le» misères qu'elle traîne à sa suite, et la ruine quotidienne de la contrée se poursuivent comme par le passé devant scs yeux impitoyables.
Les efforts de M. Dugied ont meme été peu appréciés ici, et le pays en faveur duquel il élevait le premier la voix, n'a pas été plus juste à son égard que l’administration la restauration, qui le destitua de la préfecture des Basses- Alpes qu'il n'occupait que depuis un an, et ou il aurait probablement rendu au pays d'éminenU services. Son travail a excité des éthique* railleuses. On a renvoyé l’exécution de son projet aux princes des Mille et une Nuits.
Je confesse que le merveilleux du projet de M. Dugied m’échappe tout à fait. Je n’y vois qu'une opération assex simple dan* le fond, qui ne fait que développer sur une vaste échelle ce qui est pratiqué tous les jours par de simples particuliers ; une opération dont l’exécution est évidemment possible, et dont la dépense n'a rien de surprenant, quand je la compare à celles que l’administration confie chaque aunéc à l’ingénieur du plus petit arrondissement. Certainement il lirait un roman bien autrement prodigieux que le prétendu roman palingénésique de M. Dugied , celui qui prendrait la peine de feuilleter, en le méditant, le compte rendu des 120 millions de travaux exécutés chaque année sur tous les points de la France , nous la direction des ponts et chaussées! La mer emprisonnée dans les ports, des route* percées à travers les rochrrs . les fleuves domptés par des digues ou par des ponts . des phares dresses sur les écueils au milieu des tempêtes, des canaux à point de partage, transportant les bateaux par dessus le faite des montagnes, voilà, je crois, des travaux plus difficiles, plus coûteux , plus merveilleux que le reboisement de quelques coins de montagne». Et que sera-ce donc si l'on vient jamais à discuter à la Chambre, sérieusement et cotame des gens prêts à mettre la main à l’œuvre, l’énorme budget d'un milliard et demi que certains économiste* nous disent nécessaire pour l’éiablisscmcui d’un reseau complet de chemin» de fer, cet autre prodige, qui aurait semblé fabuleux il n’y a pas trente ans? — Quand on multiplierait par 10, par 100 les chiffre* de M. Dugied , on n’arriverait pas encore à des dépenses comparables à celles d’un grand nombre de nos travaux publics , qui sont dix fois , cent lois moins utiles, et qui ne nous effrayent pas, habitués que nous sommes à leur ouvrir depuis longtemps nos bourses.
Entreprendrait-on sérieusement de nier la possibilité du reboisement proposé par M. Du gied*... Mais les preuves qui établissent celte possibilité sont trop nombreuses, trop palpable*. — Tout le monde convient que les Alpes étaient anciennement boisées. Mais cela même c»t une preuve que les bois peuvent encore une fois y reparaître. Les premières forets que la nature a jetées sur ces montagnes ont eu à s’emparer d'un sol plus nu, plu» stérile, plu* bouleversé que le sol actuel. Et si la végétation a déjà triomphé une première fois dan» cette lutte contre les agents destructeur» , pourquoi succomberait-elle aujourd’hui ? On dira qu’elle était aidée par le temps? — Assurément. Mais aujourd’hui elle sera aidée par l'homme, et ce secours , à mon sens, vaut bien celui de quelques siècles. — Il y a çà et là , dan» le lit de la Durance , de» conquêtes faites sur les eaux par le seul effort de la nature. De longs siècle* ont a peine suffi pour y assurer la végétation , et quelques parties en demeurent éternellement stériles Quand l'homme entreprend de pareilles conquêtes , il les achève en trois ans t
NOTES
trois ans lui suffisent pour faire fleurir de» champs sur ta même place où 'e&eaux roulaient des cailloux et des sables inféconds. Ce miracle se renouvelle tous les jours, et sous les yeut de tous. N’est-ce pas là un triomphe plus merveilleux que celui que remporterait l'homme en reboisant des terrains qui , pour la plupart , ont été couverts de forêts?
Si je voulais critiquer le travail de M. Dugivd f je ne lui opposerais pas de pareilles objections. Mais, tout en approuvant le fond du projet et son but , j'en condamnerai certains détails d’exécution. M. Dugicd a compris sous la dénomination de torrents la Durance, le Ferdon , le Bleonnc , etc. , qui sont des rivières divaguantes , et sur lesquelles le reboisement de» moiftagncs n’a qu’une influence détournée et secondaire. En faisant de l'encaissement de ccs cours d’eau un corollaire de la plantation des forêts, il a accouplé deux opérations distinctes. De là vient que son projet présente quelque chose de trop ample et d’exagéré, en même temps que de trop peu rigoureux. Cette impression de vague s'augmente encore quand on voit que M. Dugicd n’attend pas des forêts une autre action sur les torrents que celle de transformer le climat. Comme cette influence est . en définitive , assez incertaine et fort difficile à bien démontrer, on ne comprend pas que l’auteur fonde sur elle de si grondes espérances , ni qu'il fasse du rcboiscmrnt une opération préliminaire , «ans laquelle l’encaissement des rivières ne saurait être entrepris avec succès.
Mais en quoi son projet inc semble manquer par la base même, c'est qu'il en fait reposer l'exécution tout entière sur le bon vouloir des propriétaires. Si l’entreprise est réellement une chose d’utilité publique, comme le dit l'auteur, si elle a véritablement le degré d importance et de nécessité qu’il lui attribue , convient-il de l’abandonner à la merci du premier paysan , stupide ou opiniâtre, qui refuserait de s’y prêter? C’est peu connaître l’esprit des habitants de lu campagne que de croire qu’une prime suffira , dans tous les cas, pour vaincre leur apathie naturelle, et surtout leur entêtement , s’il arr ive qu’une fois ils s’entêtent à ne pas céder. Or, ce cas se présentera certainement plus d’une fois, si meme il ne devient pas le cas le plus général. Ix** vingt francs de prime paï hrrrarequc hiur concéda M. Dugicd ne leur paraîtront pas toujours une indemnité suffisante pour compenser les peine* et les dépenses que pourront exiger les semis, et la perte de leurs pâturages, dontM. Dugied ne parle pas, et les nombreuses sujétions qui seront la suite de la même opération. Ce* travaux , d’ailleurs, offriront souvent des difficultés, et ne réussiront qu’au prix d’efforts soutenus et intelligents, que les paysans ne prendront pas. Ils auront bientôt inventé mille artifices pour gagner les primes, sans avoir lien fait pour les mériter.
Il est donc indispensable que l’État prenne à sa charge . non pas seulement la dépense, mais aussi les soins de l’entreprise. L’expropriation lui fournira un moyen légal de faire tomber toute» U s résistances possibles. Il semble que M. Dugied ait reculé devint re moyen, vraisemblablement parce qu’il s’effrayait des dépenses Mais j’ai démontré quelles se réduiront toujours à peu de chose. D'ailleurs, l’État n'acquiert-il pas tous les jours, pour ses route» et par la même \ oie , des champ» infiniment plus coûteux que les terres vagues de ces montagne» ? et , dans ce cas , la possession du sol ne lui rapporte rien ou du roonis ne lui procure que de* avantages détourné». Ici, il achète des terrrs à vil prix , il le» exploite, il leur donne de la valeur, cl , par là, il accroît son domaine , s’il les conserve pour lui-même . ou le revenu dr ses impôts, s’il le* restitue aux habitant*..
NOTES
... Le fait que j’énonce est assez extraordinaire pour que je sente le besoin de le fortifier par une autorité aussi irrécusable. . .
Cbf. IIM . pag* m
Voici comment M . Desfontaines «'«prime au sujet de* travaux du Rhin (A nnale» des ponts et chaussées, tome VIII , 1833) :
- RiiiTinrtit, du reste, les ouvrages de défense que nous avons à décrire profitent à la
» navigation. Souvent même ces travaux forment écueil pour la navigation descendante, et « gênent la navigation ascendante , soit par les ouvrages saillants qui en résultent , soit eu u raison de la plus grande vitesse à vaincre lorsque, par suite de la fermeture des bras sc-
• conduire*, les bateaux sont forcés de prendre le bras principal et toujours rapide du » fleuve.
■ Il est certain encore que , sous le rapport de la fixation des frontières , ces travaux seraient
• d’uo faible intérêt.
» Il faut donc reconnaître que ce» ouvrage» ont presque pour but exclusif de protéger le> » propriétés qui bot dent le fleuve. Ce* propriété*, abandonnées à clics- mêmes, seraient certai- » neroent hors d état de faire le* sacrifices nécessaire» à leur conservation , et , par conséquent, » l'Etat doit venir pui>»amtnent à leur secours ; mais elles devraient d’autant plus concourir à » ces travaux que les Ilots , les atterrissements artificiel» deviennent la propriété des ri-
• verains.
• Très-souvent les commune* et l« rivsraim. tpcculcui cependant sur U valeur des bois ■ de fascinage» , qu'on est obligé d'exploiter sur leur sol pour les préserv er d'une submersion
• inévitable.
• Plusieurs propriétaire* riverains ont été enfin jusqu’à réclamer des indemnités pour
» la destruction des terrains qu’on n’avait pas cru devoir défendre aux frais de l’État »
A ce dernier trait, on aperçoit un esprit bien éloigné de la longanimité des habitants de*
Hautes- Alpts.
On peut lire aussi dans le mémoire récent de MM Legrom et Chaperon (Annales des ponts et chaussées , mai et juiu 1838) combien le» travaux exécutés jusqu a ce jour, avec des sommo énormes , et avec tou» les secours de la science et de l’expérience , ont eu peu de durée.
Enfin , dan» un rapport fait à la chambre des députés en 1837, M. Jaubcrt a proposé de soumettre les merains du Rhin à la règle commune, en exigeant leur concours pour l’cxccution de travaux dont eux seuls profitent : cela semble équitable.
Je suis, pour ma part, loin de désapprouver l’intervention de l’État dans des travaux qui auraient uniquement pour but de favoriser l'agriculture. Je pense, tout au contraire , qu'on ne fait généralement pa» asset en France pour l’agriculture. Elle est dédaignée des capitaliste», qui préfèrent les hasard» de l'industrie ou de la banque à ses revenus modeste» mais assuré». L Etat la néglige et l'abandonne à scs propre* ressources , à scs efforts morcelé» , à son igno-
NOTES
rance et à sa pauvreté. Elle aurait souvent besoin, pour prospérer, de canaux d’irrigation, tie digues, de dessèchements , tous travaux qui, par leurs difficultés d’exécution, le chiffre élevé de leur dépense , l’importance et l’étendue de leurs résultats, devraient revenir de droit au gouvernement , et constituer des travaux d'utilité publique , k l’égal des grandes voies de communication , que l'on ne perce le plus souvent qu’au profit de l'industrie et du commerce.
Ainsi , ce que je critique dans les travaux du Rhin, c'est ce caractère d’exception qui réserve à un seul cour» d’eau le privilège d’un ordre de travaux applicable à vingt autres rivières où l’Etat ne fait rien. — Sur la Durance, par exemple, les digues serviraient , comme •.ur le Rhin , à assurer l’existence des propriétés riveraines. Elles auraient, de plus que celles-ci, l'avantage, en déterminant de vastes conquêtes, de créer des terres nouvelles qui profiteraient, et à l'État par leurs imposition» , et aux propriétaires par-leurs revenus, et à la société entière par l’accroissement des moyens de subsistance. Enfin ces digues, si utiles , seraient encore beaucoup plus économiques que celles du Rhin : elles seraient surtout plus efficaces , car «•lies peuvent être construites de façon à ce que leur succès soit pleinement assuré. — Pourquoi donc l'État n 'assumerait-il pas ce travail?
C’est une chose vraiment digne de remarque que les premiers travaux d’utilité publique , entrepris par les sociétés anciennes, ont été des travaux du genre de ceux dont je parle. Les ouvrages les plus gigantesques des Égyptiens ont eu pour but de régler les inondations du Nil , et de faire servir le limon du fleuve à l'agriculture. Leur fameux lac Maris n’était autre chose qu’un immense réservoir d’alimentation. — Les rois de Perse avaient sillonné leur empire de canaux d’irrigation , dérives du Taurus. — Les admirables ouvrages des Chinois , soit pour endiguer leurs fleuves, soit pour arroser ou dessécher leurs terres, sont assez connus pour que je m’abstienne de m’y arrêter. — Eh bien ! notre civilisation , si perfectionnée et si vantée , ne fait plus rien de comparable à ce qu’ont entrepris avec tant de courage, de patience et de bon sens, les civilisations naissantes. Nos travaux publics se bornent à l’ouverture des communications , et l'agriculture fC dérend comme cHc j>«ut contre le* fleuves, la sécheresse et mille autres fléaux qui lassiégent. Autrefois, on pensait avant tout à fertiliser le sol; maintenant, on s’inquiète surtout à perfectionner l’industrie, et à favoriser ses débouchés par de bonnes voies de transport. L’agriculture, quoi qu’on en dise, est descendue au second rang.
Il en résulte parfois d’étranges spectacles, et bien propres à nous faire douter du mérite de nos idées à cet égard. — Parcoures le midi de la France : vous le verrez sillonné de routes et de canaux de navigation. Des millions sont engouffrés dans ces travaux , qui passent au milieu des campagnes les plus arides et les plus tristes du monde ; et l’on se demande avec surprise par quel inconcevable renversement d'idées une société, après avoir dépensé tant d argent, tant de soins et tant d'années pour percer dans tous les sens son territoire , n'a pas su trouver, dans tous ses trésors, de quoi donner à ces champs désolés la goutte d’eau qui leur manque , et qui leur serait un bienfait bien autrement précieux que ce vain réseau de routes poudreuses.
Il est hors de doute que quelques grands canaux d'arrosage tripleraient , et, dans quelques parties, décupleraient la valeur d'une superficie de notre territoire , équivalant au moins au dixième de la France, Qu'on fasse le calcul du bren-étrequi résulterait d’une semblable transformation, et qu’on le compare aux avantages que donnent nos travaux publics les plus utiles ! l’on verra de quel cAté est l’avantage.
NOTES
. Ou verra là quelle est, au sujet du reboisement à effectuer sur une grande échelle aux frais du trésor, l'opinion d'un h mme dont on ne contestera pas sans doute l’auLorité , dans un sujet qui touche aux intérêts matériels du pays. . .
Clup. vill, (Mgr *03-
Jc veux parler de M. Michel Chevalier. Voici comment il a exprime dan» sou outrage intitulé = Des intérêts matériels de la France.
• En outre des travaux effectués en lit du rivière l il y aurait d'autre» mesure» qui
■ exerceraient, au dire d'hommes expérimentes, une salutaire influence sur la navigabilité
• des cours d'eau naturels , et qui intéresseraient les canaux eux-mêmes , puisque , pour s’ali-
• menter, ceux-ci sont obligés de recourir aux rivières et aux plus modestes ruisseaux. Je » veux parler spécialement de la replautation des montagne» que l'on a dépouillées de leur»
• bois avec tant d’imprévoyance, et que l'on abandonne dans leur nudité par une cou- » pable inertie ; où même, par une fatale condescendance pour de mesquins intérêts que la loi
■ ne reconnaît pas , et qu’au contraire elle repousse, l’on empêche les forêts de se reproduire
• par le seul effort de la nature. Les pluies et les neiges, lorsqu’elles tombent sur des cimes
• pelées, s’écoulent ou s'évaporent avec une rapidité extrême; au lieu de maintenir les fleuves » et rivières à des niveaux moyens, dont profiteraient les bateliers, et dont se féliciteraient
• les propriétaires riverains , clics produisent alors des crues subites, des inondations qui » suspendent la navigation , dévastent les propriétés en les couvrant de gravier», et quel-
• quefois les rongent et les entraînent; puis, après les débordements , viennent brusquement
• des basses cinx , qui ne cessent que de loin en loin et pour de courts délais à la faveur de
• quelque orage. Avec un déboisement déréglé , nos pays tempérés sc rapprochent ainsi des
• régions méridionales, où il n'y a que des torrents pendant le printemps et l’automne , des
■ filets d’eau imperceptibles au milieu d’un océan de sable pendant l’été , et jamais de rivières
• faciles et maniables.
» 11 ne s’agit pas de rendre le sol de la France aux forêts primitives. Parmi les deboise- » ments effectués depuis cinquante ans, il y en a beaucoup qui seront profitables au pays.
• Le déboisement est une conquête de l'homme sur la nature ; les bois doivent disparaître des » plaines et y céder la place à la culture. Mais on ne s’est malheureusement pas borné h dé- « couvrir ce qui , dans les vallées , pouvait être sillonné par la charrue , ou ce qui était appelé » à fournir de gras pâturages ; on a arraché les arbres de cantons stériles, où le bois seul de-
• vait croître; on a imprudemment livré à la hache les flancs elles cimes de nos montagnes ;
» puis, le régime de la vaine pâture, affranchi de toute surveillance, et une vicieuse admi- » nist ration des (brêts publiques et privées, ont empêché la reproduction des bois après la » coupe. L’insouciance des agents de l’Etat et des communes a fermé les yeux sur les abus
• les plus destructeurs. Aujourd'hui les communes et l’Etat possèdent des milliers , des mil- » lions d’hectares de forêts nominales, où il y a tout juste autant de végétation que dans le»
NOTES
• steppes de U Tartarie ou dans le désert de Sahara. Les semis ordonnés par les lois ou par » les règlements ont été illusoires par les sommes qui vêtaient allouées, et dérisoires par
• l’inertie ou la mauvaise foi qui y a trop souvent présidé. On assure que plus d’une fois, à
■ des époques déjà loin de nous, je dois le dire, les adjudicataires de coupes des bois out « semé du sable au lieu de graines. Il y a une vingtaine d'années, le mal était au comble *
» .dor» l’administration créa l’école forestière de Nancy , qui fournit des employés capables , h actifs et intègres. En 1837, le ministre des finances a proposé de stimuler le iclc des agents •• subalternes pur une augmentation de traitement , qui les plaçât au-dessus de la misère et à
• l'abri de la séduction. Toutes ces améliorations du personnel sont louables sans doute 1 , mai»
» elles resteront peu efficace^ tant qu'on n'aura pat inséré au budget un chapitre en faveur
■ de la replantation . Avec un million consacré tous les ans à semer ou à planter des essences
• d’arbres bien choisies sur ceux des emplacements jadis occupés par les forêts qui paraissent » devoir être toujours rebelles à la culture , l’Etat se créerait en vingt ou trente ans un ira- » mense capital, réparti sur les vastes croupes des Pyrénées , des Alpes et des Vosges , ainsi
• que sur le littoral des Landes , où l’on n’applique aujourd'hui que sur une échelle lillipu- a » tienne les procédés ingénieux et économiques du savant Bremoutier. En temps de paix ,
« ce serait un inépuisable approvisionnement pour vingt branches d’industrie, et notamment <• pour celle des fers, qui ne travaillera à bon marché en France que lorsque le bois y sera
■ plu» abondant. En temps de guerre, ce serait une ressource de plus facile défaite que lies » rentes nouvelles. *