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CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Si l’on reprend maintenant, dans une vue d'ensemble, les fails que nous venons d’exposer, on voit qu'il est possible d'en désager diverses notions qui ne sont pas seulement intéressantes pour les trichophyties de la barbe, mais qui présentent une importance non douteuse au point de vue des dermatomycoses en général.

Tout d’abord, et en ce qui concerne les trichophyties de la barbe, il ressort bien nettement des recherches et observations récentes que la conception de ces mycoses, telle que l'avait donnée Sabouraud, après ses remarquables travaux de 1892-1893, doit être modifiée. Cette conception, très simple et très schématique, d’après laquelle toutes les trichophyties de la barbe chez l'Homme sont dues à des parasites d’origine animale, doit être élargie après le travail de Bodin datant de 1900.

Car il est bien démontré depuis, que divers Champignons appartenant au groupe des Trichophyton, qu'ils soient d'origine animale ou humaine, peuvent s’inoculer dans la région de la barbe chez l'Homme et y déterminer des lésions cutanées et pilaires.

Les Trichophyton d'origine humaine, qui, d’après Sabouraud, sont exclusivement propres à l'enfance (tondante du cuir chevelu, trichophytie accessoire des teigneux), sont donc aussi susceptibles de créer des trichophyties de la barbe.

Il s'ensuit naturellement que, dans ces dernières mycoses, nous trouverons une pluralité remarquable des parasites, en même temps qu'une multiplicité non moins intéressante des types cliniques, puisque les lésions peuvent aller de la simple dermite, très superficielle et sèche, simplement squameuse, à la folliculite et périolliculite suppuratives, avec infiltration profonde des couches cutanées. Et l'on serait tenté, au premier abord, d'établir une

correspondance entre ses formes cliniques et les divers types mycologiques extraits des lésions.

Cela n’est cependant pas exactement conforme à la réalité, car nous avons vu des lésions de mème allure et de caractère objectif identique, occasionnées par des Champignons qui sont très différents les uns des autres, dans leurs formes de Mucédinées du moins, les seules que nous connaissions aujourd'hui.

Le meilleur exemple que l’on puisse en donner est, à coup sûr, celui du sycosis circiné de la barbe, ou folliculite trichophytique suppurée, analogue au kerion Celsi. Ces lésions ne relèvent pas toujours en effet du même Trichophyton, et si, dans la majorité des cas, elles sont dues au Trichophyton mentagrophytes, Bodin les a vues causées par le Trichophyton verrucosum, et, dans son service à l’Hôtel-Dieu de Rennes, nous avons deux fois extrait le Trichophyton Megnini des mêmes lésions.

On ne saurait donc maintenir actuellement, pour les trichophyties, la correspondance constante et absolue des formes cliniques aux types mycologiques, ce qui a semblé si séduisant lors des premières études vraiment scientifiques sur la question, puisque le même Trichophyton peut occasionner des lésions différentes au point de vue objectif et qu'une même lésion cutanée peut être due à des Champignons distincts en mycologie.

C'est là le fait nouveau que nous tenons à bien mettre en lumière en ce travail, et que nous avons observé de la facon la plus nette au sujet du Trichophyton Megnini. Ordinairement, le plus souvent même, ce Trichophyton cause des teignes sèches, à forme d’ichthyose pilaire, mais, en certaines circonstances, il peut aussi déterminer des lésions plus profondes, allant jusqu’à la suppuration, et revêtant le type du kerion Celsi.

Cela est indiscutable après les faits que nous avons recueillis et, au point de vue des trichophyties de la barbe, on en comprend immédiatement l'importance, mais, au point de vue général, le fait offre un intérêt plus grand encore, car 11 permet de poser à nouveau la question de la pathogénie des suppurations d’origine mycosique.

On sait, après les recherches de Sabouraud et de Bodin, que certains Trichophyton possèdent un pouvoir pyogène certain et que ces Trichophyton sont tous d’origine animale, s’inoculant facilement

1) F, HALGAND

au Cobaye et facilement pyogènes chez cet animal, tandis que les Trichophyton d’origine humaine ne déterminent pas de suppuration dans les inoculations expérimentales.

Il a paru naturel de penser que les propriétés suppuratives de ces Champignons étaient dues uniquement à leurs caractères propres et n'avaient rien à voir avec les conditions dans lesquelles ils s’inoculent à l'Homme ou à l’animal. C’est dans ce sens que les travaux de mycologie parasitaire de ces dernières années ont conclu.

Or voici que les faits que nous avons observés remettent tout en cause, en montrant que le même Trichophyton, le T. Magnini, “ausant habituellement des lésions sèches, peul être pyogène en certaines circonstances. Ceci conduit à admettre que le pouvoir pyogène d'un Champignon parasite n’est pas uniquement dû à ses propriétés individuelles et qu'il faut faire intervenir ici les conditions de son inoculation, qui peuvent elles-mêmes être inhérentes, soit au Champignon, soit au terrain sur lequel il évolue.

Evidemment, il est impossible maintenant de nier le rôle de ces conditions et les faits positifs que nous avons rapportés en sont la preuve suflisante, mais, quant à ce qui est du détail de ces conditions, il n’en est pas de même et nous sommes, à ce sujet, réduits actuellement à de simples hypothèses.

Ces conditions sont-elles inhérentes au parasite lui-même, à ce que nous appellerons sa virulence, ou tiennent-elles à la condition individuelle des malades sur lesquels végète le Champignon ? Nous ne saurions le dire.

A l'enquête clinique et à l'examen minutieux des cas qu’il nous a été donné de recueillir, nous n'avons rien relevé qui puisse permettre de faire entrer en ligne de compte le facteur terrain. Mais la question est évidemment fort délicate et d’autre part nous sommes trop peu avancés dans la connaissance de la virulence des Champignons et des sécrétions de ces végétaux, auxquelles se rattache certainement la virulence, pour que l’on puisse rien affirmer à ce sujet.

Mais la question se pose actuellement d’une manière bien nette et l’on peut espérer que des recherches ultérieures ne la laisseront pas sans réponse. =

Après tout cela, nous ne pouvons nous empêcher de conclure

en dernier lieu que plus nous avançons dans l'étude des Champignons parasites de l'Homme, et plus nous constatons que le chapitre des mycoses devient complexe.

D'ailleurs, la connaissance vraiment scientifique des trichophyties remonte à quelques années à peine. Elle date des travaux de Sabouraud, qui, grâce aux méthodes pastoriennes, à su éclairer le sujet d’un jour fécond et nouveau. Mais ses recherches ont laissé bien des points obscurs et, depuis, de nouveaux problèmes ont surgi dont la solution paraît ardue.

Aussi peut-on prévoir qu'il faudra de longues et patientes recherches pour fixer définitivement la science sur cette question.

Vu :

Le Président de la thèse.

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