HISTORIQUE
Les anciens semblent avoir ignoré complètement les trichophyties ; ils les confondaient avec toutes sortes de maladies de la peau ; impetigo, herpès, zona, etc. Il faut arriver jusqu’en 1843, avec Cazenave, pour que cette différenciation soit faite au point de vue clinique.
Vers la même époque, Gruby étudie les parasites qui causent les lésions vues par Cazenave. Il décrit alors :
1° Le Trichophyton de la mentagre ou sycosis de la barbe.
20 Le Trichophyton de la teigne tondante de l'enfance.
30 Enfin un parasite différent des premiers auquel il donne le nom de Microsporum et qui cause une teigne spéciale qu’il nomme porrigo deealvans.
Sa doctrine est donc bien nette : plusieurs parasites de familles différentes peuvent causer le même syndrôme clinique, la teigne.
Bazin, quelques années après, ne tient aucun compte de ces travaux et crée ce que l’on a appelé la doctrine de l'unité trichophytique. Ilest faux que plusieurs parasites créent la trichophytie, il n’en existe qu’un seul qui donne cette maladie cutanée, dont les manifestations variables sont différentes suivant le terrain sur lequel évolue le Champignon.
Malgré les deux erreurs que consacre cette théorie, elle règne en maîtresse pendant près de 50 ans.
Unna, en 1891, aidé deses élèves Neebe et Furthman, est, après Gruby, le premier qui réussit à isoler des trichophyties de l'Homme cinq parasites, dont les cultures lui paraissent différentes. Mais il ne tire aucune déduction de ses découvertes,
Vient Sabouraud. Tout d’abord il révolutionne la dermatologie. Il applique en effet à cette branche de la pathologie les procédés qu'employait Pasteur. Pendant cinq ans, il voit plusieurs centaines de malades, fait plusieurs milliers de cultures mycologiques, arrive à découvrir plusieurs parasites et détruit ainsi complètement la doctrine de l'unité trichophytique.
Sabouraud confirme l'œuvre de Gruby :
4° I! sépare la tondante rebelle de l'enfance, due au Microsporum Audouini, des autres trichophyties.
20 Il admet la pluralité des Trichophyton.
30 Il précise leur origine : les uns sont humains; les autres animaux.
Ces derniers sont les facteurs des trichophyties suppurées des parties glabres et des trichophyties de la barbe. Ici nous n'avons à nous occuper que de ces dernières. À ce sujet, la doctrine de Sabouraud est bien nette.
Les teignes de la barbe sont dues à l’inoculation de Trichophyton spéciaux, dont l’origine animale est démontrée. Jamais un parasite humain n’a causé ces maladies. A chaque type clinique de trichophytie de la barbe, correspond un Champignon déterminé. Aussi divise-t-il les trichophyties de la barbe de la façon suivante (1) :
1° Trichophyties à dermite profonde circinée, le sycosis circiné, dues au Trichophyton pyogène du Cheval.
20 Trichophyties à dermite légère, humide et disséminée, dues à un Trichophyton spécial, à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires. |
3° Enfin, les trichophyties sèches, en apparence presque exclusivement pilaires, où la dermite ne se traduit que par une saillie acuminée du follicule, analogue à celle de l’ichthyose pilaire, et dues au Trichophyton Megnini à culture rose, d’origine aviaire.
Les trichophyties pilaires de la barbe relèvent donc directement et exclusivement de l’inoculation médiate ou immédiate des Trichophyton animaux.
Depuis les premières recherches de Sabouraud, de nouvelles
(4) R. Sasouraun, Les Trichophytres humaines. Thèse de Paris, 1894, p. 185.
10 F. HALGAND
découvertes ont été faites. Bodin (1) a signalé des trichophyties sèches de la barbe, dues à un Trichophyton humain, le T. tonsurans sensu stricto, qui cause aussi la tondante de l'enfance.
Sabouraud lui-même, dans un article sur les trichophyties, paru dans la Pratique dermatologique, signale des trichophyties sèches de la barbe, dues aux Trichophyton Sabouraudi et violaceum. Enfin nous-même, nous avons observé deux cas de sycosis circiné, dus au Trichophyton Megnini, d’origine aviaire.
Tout cela nécessite donc une nouvelle étude de la question, une nouvelle division des trichophyties de la barbe.
Voici celle que nous proposons :