‹ Étude sur les œuvres de PuzosChapitre 19 sur 33 · AR · texte numérisé non relu

AR

du col, que certains soutenaient que le museau de tanche prend pendant les premiers mois de la gros: sesse une dureté squirrheuse. Puzos rejette cette exagération. Il eut aussi le mérite de montrer que la suppression des règles n’était pas aussi caractéristique que le soutenaient les sages-femmes et beaucoup de médecins, et il signale l'état valétudinaire, les inflammations de la matrice, la dysménorrhée, comme pouvant parfaitement faire disparaître les menstrues en dehors de la grossesse. D'autre part, chez une personne mal réglée cette suppression des règles n'aura pas non plus beaucoup de valeur. Le volume du ventre peut aussi s’augmenter par l’ascite et par le météorisme, et plus loin, dans le chapitre des fausses grossesses, Puzos signale des causes d'erreurs très intéressantes, qui montrent qu'il avait parfaitement entrevu ce qui se passe parfois chez les femmes hystériques. Mais un des paragraphes les plus importants de son Traité des accouchements est certainement celui où, le premier parmi ses confrères, il montra les avantages du palper abdominal combiné avec le toucher ; c'est comme on le voit, notre palper bimanuel.

TOUCHER BIMANUEL

Les anciens auteurs recommandaient déjà le toucher, qui donne la sensation d'un col gros, court et plutôt tourné vers le rectum que vers la vessie. Puzos

Lg

s'efforce de démontrer que si on ne possédait que ces signes, le diagnostic ne serait guère assuré! « Il y a « des femmes qui, sans être grosses, ont le col de la « matrice gros et fort court. » La direction n'est pas plus constante.

« 11 est donc étonnant que M. Mauriceau ait de la « confiance dans le toucher pratiqué de cette sorte et « dans les premiers temps de la grossesse, sans être « frappé des variétés dont nous venons de parler, « lesquelles ne font naître que des doutes, et jamais « rien de certain. Pour moi, convaincu par une longue « expérience de l'incertitude d’un pareil signe, je ne « crois point qu'il faille chercher par cette voie des « lumières sur l’état d’une personne que l'on soup- « çonne d’être grosse. » D'ailleurs, le toucher ne donne de signes importants que quand la grossesse est un peu avancée; « Je ne conseille pas même d'avoir « recours au toucher, de quelque manière qu'on le « pratique, avant le terme de deux mois et demi ou « trois mois. » Mais à partir de trois mois, le toucher et le palper combinés permettent, dit-il, de sentir la matrice dans le ventre; c'est là un fait très important. « Il est impossible, en effet, de toucher le corps « de la matrice quand la femme n'est pas enceinte. « Cette partie, logée dans le bassin, est cachée derrière « le pubis qu'elle ne déborde d’aucun côté, n'est point « alors palpable, mais elle augmente du double et même « du triple au bout de trois mois, et elle déborde alors « le pubis detrois travers de doigts. Il est donc possible « de la toucher, en appliquant une main sur le ventre

mer

io « de la femme grosse, eten introduisant dans le vagin « un ou plusieurs doigts de l’autre main. »

Comme on le voit, Puzos savait déjà parfaitement tirer parti d'un des renseignements les plus importants du palper abdominal, et il n'ignorait pas qu'au bout de trois mois l'utérus dépasse notablement la symphyse pubienne, ainsi que l'a démontré irréfutablement après bien des contestations le professeur Pinard. Ce palper bimanuel, Puzos savait parfaitement le pratiquer ; il voulait que le ventre füt vide, qu'on examinât à jeun, et qu'on vidât le rectum au moyen d’un lavement. Au besoin, pour respecter la pudeur, on palpera à travers une serviette très mince. Puzos préférait, du reste, palper à nu. « Pendant que le chirur- « gien tiendra son doigt comme adapté à l'orifice de

< la matrice, il appliquera le plat de la main sur le

« ventre, à l'endroit où se trouve la matrice. Il y sent « un corps rond, qui s'enfonce et qui s'élève aisément « quand on force plus ou moins; si ce même corps, « pressé légèrement par son fond de haut en bas, « répond au doigt adapté à l'orifice de la matrice, et « Sil ballotte et renvoie successivement de j'une à « l’autre main la partie qu'il presse par ses extré- « mités opposées, 1} ne doutera pas que ce soit la « matrice. »

Il savait, du reste, que cette manœuvre est bien plus facile et bien plus probante chez les maigres que chez les grasses ; le toucher permet de reconnaitre qu'une partie fœtale s'engage, si la face est tournée vers le sacrum (OIDA ou OIGA), si l'orifice de la matrice est

Wagner. 8

RSR

bien situé au centre du bassin (les obliquités du col gènent le travail).

Le toucher ainsi pratiqué fit reconnaître à Puzos un kyste de l'ovaire. « J'ai été appelé en consultation, « l’année dernière, par M. Molin, docteur régent, pour « une demoiselle qui avait dans le ventre une tumeur « qui s'étendait depuis l'os pubis jusqu'à lombilic. « Elle était ronde, circonscrite, mobile et peu doulou- « reuse. Qui n'aurait pas connu la sagesse de cette « demoiselle, autant que mon confrère était certain, « l'aurait crue à la première inspection grosse de « quatre mois. Mais quoique je n'eusse aucun soupçon « Sur la vertu de cette demoiselle, la matrice cepen- « dant me parut devoir fixer mon attention et exciter « mes recherches. Jè ne puis croire que toute autre « partie de la matrice peut former une tumeur aussi « ressemblante à celle que produit la grossesse, ou une « maladie dans les viscères. Cette tumeur semblaitsortir « du bassin, vers le milieu de l'os pubis et, montant « dans le ventre, elle venait se terminer en rondeur « vers l'ombilic. D'ailleurs, l'indolence de la tumeur « en la pressant par dessus le ventre, le peu de douleur « qu'elle faisait à la personne en marchant, sa situa- « tion et la facilité de la faire aller de droite à gauche « avec la main, me firent penser à un squirrhe de la « matrice (corps fibreux). Cependant, la promptitude « avec laquelle cette tumeur avait pris naissance et « accroissement, et le cours des règles qui n'avait pas « été dérangé, étaient des signes contradictoires à ce « queJe soupçonnais. Comme il était question d'asscoir

NN

« un jugement, et qu'il fallait absoudre ou condamner « la matrice, je fus pour le juger. M'y étant pris « comme j'ai coutume de le faire pour toucher cette « partie par ses deux extrémités, j'eus beau appuyer « et enfoncer la main à plat sur la tumeur du ventre, « je ne la sentais pas répondre au vagin. Le col de « la matrice ne remuait en aucune façon : d'après cet « examen, l'intégrité des règles et la promptitude avec « laquelle la tumeur s'était formée, toutes ces circons- « tances réunies me firent décider que la matrice était « saine et que la tumeur pouvait être dans les feuillets « du péritoine qui enveloppe la vessie et la matrice. »

Page 1