EXPOSITION DE LA MÉTHODE
' § I*'* *— Définition de la mythologie.
La mythologie, abandonaée depub le seizième siècle aux seuls érudits, commence à prendre une importance capitale dans la philosophie de Fhistoire« véritable philosophie générale qui cherche à caractériser, par les traits de toute nature qui leur sont propres, les diverses évolutioxis sociales et les phases de ce§ évolutions. Cette science , qu*on nommerait mieux aujourd'hui philosophie de rhistoire mythique, représente les périodes pendant lesquelles les forces intellectuelles et phy*
sîques sont symbolisées sous une forme, et non point considérées d'une manière abstraite dans les croyances générales. C'est ainsi que Bauer a pu faire une mythologie hébraïque, et que le fameux de Maistrc lui-même a parlé d'une mythologie chrétienne à propos de la partie légendaire du catholicisme. A mesure que la conception réelle de Dieu s'étend, elle dévore les conceptions subordonnées, jusqu'au jour où les symboles disparaissent dans le pur monothéisme, qui rend à Tesprit et à la nature leur vie impersonnelle.
g II. — Division do la mythologie.
Ainsi définie, la mythologie se divise en deux branches capitales, la mythologie proprement dite ou science d'exposition des mythes, et l'herméneutique ou science d'interprétation. A vrai dire, cette dernière existe seule, puisque la première ne Joue qu'un rôle transitoire; mais, cependant, l'une et l'autre exigent également l'attention de l'érudit et du philosophe. Si l'herméneutique a une valeur intellectuelle qu'on ne saurait accorder à la mythologie, qui n'est qu'une agglomération de faits, nonobstant, comme elle ne saurait opérer sur un cadre vide, une classification préalable des éléments est nécessaire, et c'est cette classification
qui, appliquée à un système religieux parUculicr, fera l'objet de notre travail. D'un autre côté, on conçoit, sans qu'il soit besoin de le faire remarquer, combien la mythologie serait stérile si elle s'arrêtait à la seule exposition des fai!s; pure affaire de curiosité, elle tendrait môme à atténuer notre estime pour les àgcs antérieurs, dont les symboles, dénués de sens, ne nous apparaîtraient plus que comme de bizarres caprices de l'iniagination. La mythologie et l'herméneutique soutiennent donc élroîtcment, se complètent l'une par l'autre : aux érudits le soin d'amasser les matériaux que les philosophes mettent en œuvre.
Les deux éléments qui se combinent pour former la science mythologique sont, ce nous semble, suffisamment déterminés. Il reste maintenant à les considérer isolément et à développer le rôle propre de chacun d'eux.
§ m. — De la mythologie ou scieuce d'exposition.
La mythologie ou science d'exposition a pour but d'assembler les niythes divers d'un peuple ou de plusieurs peuples, sans en chercher la valeur, sans les identifier entre eux; seulement, comme elle doit livrer à Therméneutique des matériaux tout prêts à être mis en œuvre, la provenance des
mythes , leur fusion , leur dégradation dans le cours des siècles sont de son domaine. Elle expose donc un système religieux en tenant compte des divergences dues au génie particulier de chaque peuplade, ainsi que des modifications amenées par le cours des âges, soit dans l'ensemble même du système, soit dans les détails secondaires qu*il embrasse. Il suffit de considérer un instant le caractère du polythéisme en général, pour se représenter las incessantes mutations d'une croyance qui, élastique en quelque sorte, admettait avec une égale facilité dans son sein les idées les plus hétérogènes et les plus contraires à son essor primi*tif. De là, la nécessité d'une échelle historique qui permette de remonter jusqu'au sommet du triangle.
Quelques éclaircissements sont nécessaires ici pour bien expliquer le mode de dérouleme^nt qui doit être suivi au milieu de cet inextricable labyrinthe, et les principes en vertu desquels la méthode procède. Toute exposition d'une croyance peui se réduire à la solution du problème suivant :
Étant donné le système religieux d'un peuple composé de souches différentes, le caractériser à l'état statique et à l'état dynamique : c'est-à-dire, le prendre au point le plus rapproché de son on-
gine et Texposer; puis suhre le cours des mutations qu'il a subies jusqu'à son extinction.
Comme on le voit tout d'abord» la logique imposerait préalablement la solution de plusieurs questions fort difficiles à résoudre. Ainsi, pour prendre un exemple dans le sujet qui nous occupe, si rOrient a , ainsi qu'on le croit généralement aujourd'hui, peuplé l'Occident, la naissance des théogonies doit y être cherchée, et il semble qu'aucun travail sérieux ne puisse être entrepris sur la religion de l'Hellade sans qu'on ait déterminé les éléments qu'elle a apportés de l'Asie. Notre travail, qui a pour but de consacrer l'originalité du système hellénique, serait donc ruiné dans sa base. Voyons s'il en est ainsi et ce qu'on doit entendre par originalité des conceptions.
Les questions qui nous occupent, il faut le remarquer d'abord, remontant au delà de tout souvenir historique positif, et leurs solutions étant de pures hypothèses imaginées à posteriori^ le témoignage des poètes et des historiens de l'antiquité n'a d'autre valeur que celle d'une opinion individuelle et doit souvent être récusé, comme le prouvent les travaux d'Ottfried Mûller sur l'antiquité grecque, et ceux de Niebuhr sur Tite-Live. Ce fait intellectuel, totalement ignoré jusqu'aux temps moderpes, est aujourd'hui hors de doute. A me
sure que Inhumanité aisance dans sa route» .elle s'élève et élargit son point de vue.
Aussi nous importe-t-il fort peu de nous mettre en contradiction avec les auteurs de l'antiquitéu En vain les témoignages réunis d'Hérodote, de Thucydide et de Diodore nous assurent que les Grecs primitifs ne différaient guère des animaux et menaient dans les forêts une vie sauvage, qui s'améliora peu à peu sous des influences syroégyptiennes. Vainement aussi les mythographes modernes, s appuyant sur ces textes, font-ils venir toute civilisation de la terre de Kbémi. On conçoit facilement que certains érudits, qui passent leur vie à copier leurs devanciers, ne puissent admettre Toriginalité chez un peuple ou dans un individu. Mais, sans vouloir faire le procès aux anciens ni aux modernes, pour neutraliser le dogmatismede ceux qui s'inclinent devant les historiens du passé, nous nous contenterons d*opposer les Grecs à eux-n^émes.
Or, dans les plus anciennes traditions, les chefs civilisateurs de FHellade sont considérés comme aborigènes, comme autochthones , c'est-à-dire que, dans le sentiment des races, la culture propre à chacune d'elles était purement grecque. Ainsi, Égialée, qui donne des lois aux Sicyoniens, est un indigène, un autochthone ^; ce qui veut dire, sans
doute, ni dans h pays même, plutôt que fih de la Terre. Au fond, d'ailleurs, les deux expressions sont identiques.
De même Inachus n*est point Égyptien, mais antochthone S ainsi que Pélasgus ^, Ogygès ', Lelex ^, Périphas ', Cécrops *^, Cranaûs, ^, et Amphictyon *. Apis •, duquel le Péloponèse prit son ancien nom d*Apia, était un Argien, divinisé plus tard en Egypte, suivant une opinion qui semble absurde, mais que le silence d'Hérodote et celui des monuments pourrait bien confirmer '^.
Quant à Gadmus, qui apporta quelques lettres d'Egypte en Grèce, les auteurs ne peuvent dire s'il était né dans la vieille cité d'Opht (Thèbes) " , ou s'il était Phénicien**. Dans ce dernier cas même, Hérodote le fait venir de Tyr '^; Euripide, de Sidon*^ Mais ce n'est point tout encore; il reste à niontrer que, dans les moindres détails, la tradition grecque n'abandonnait pas la question d'originalité aussi commodément que les philosophes. Pendant qu'Hérodote acceptait les ridicules bavardages des prêtres d'Egypte sur Hélène et ses malheurs, cha-
» Schol. Eurip. Or., 920. — * Apollod., 3, 8, i. — « Mûll. Orchoin., 25, 128. — * Apoll., 3, 10, 3. — * Aut. UU. 6. —
— 6 ApoU., 3, 14, 1. — 7 1(1., 3, 14 , 5. — 8 Id., 3, 14, 6. —
— « Id., 2, 1, 1. — *o Dict. mylh. de Jacobi, lrad.fr.,*. v. Serapis. — 1» Diod., 1, 2, 3. Puus , 9, 12, 2. — i» Dîod., 4^ 2. Strab., 321, 401. — *» Hérodot., 2, 49. — «*Bacch., 171.
que contrée et chaque ville proclamaient hautement que 9 sans attendre FarriTée des étrangers, elles avaient contribué pour leur part à Tessor gé;néral de la nation.
n faut lire, dans la vie d'Apollonius de Tyane, écrite par Philostrate, avec quel mépris la Grèce^ crédule encore, mais plus éclairée sûr ses origines, traite la prétendue science de TÉgypte, subordon* nànt, avec raison, ce pays aux contrées asiatiques d*où la civilisation était partie pour atteindrCi par TEthiopie, Thèbes etMemphis \
A la période pélasgique , mais sans qu'on puisse leur fixer de date approximative, appartiennent les curieux mythes qui présentent Torigine de la civilisation, et qui, souvent contradictoires, expriment la prétention de telle ou telle contrée de la Grèce à avoir précédé les peuplades voisines dans leur marche vers le progrès. Il ne sera pas hors de propos de jeter un coup d*œil rapide sur ces légendes.
En première ligne doit apparaître la science as* tronomique , la plus simple de toutes, celle dont les faits généraux se présentent pour ainsi dire de force à Tœil de l'observateur, et qui, d'ailleurs, par son utilité, a toujours tenu le premier rang
.'F1iU.rit.Ap.,lib. 6.
parmi les connaissances imparfaites des peuples encore enfants. Suivant les Grecs, c*est Atlas * qui a découvert la science astronomique. Quelquefois le Titan Prométhée lui enlève cet honneur '; la division des jours en heures est due aux Héliades, fils du soleil ^. Nauplius, fils de Neptune, a découvert, le premier, une des constellations de TOurse ^. D'autres traditions, relatives aux phénomènes astronomiques, se présentent encore dans les au« leurs grecs; mais comme elles sont évidemment postérieures à l'état social représenté par Homère, nous ne les mentionnerons point. De ce nombre est celle qui attribue à Palamède la première explication des éclipses '. On voit clairement que les sophistes ont voulu attribuer au fils une gloire égale à celle du père.
Dans les arts médicaux, Prométhée ^, Apollon ^, Bacchus ^, apparaissent comme inventeurs, en concurrence avec Orphée * et un fils d'Apollon*^. D autres récits attribuent à la déesse Gybèle la médecine et Tart vétérinaire *', et au de\in Mélampe la connaissance des remèdes spécifiques ^3.
Dans les arts agricoles, les légendes se pressent
. ' Paus., 9, 20, 3. — «^sch. Prom., 445.— « Strab., U.Diod.^ », 55. — * Theon. ad Arat. Phœn., 27. — » Serv. Virg. A., 2, 81. — • ^sch. Prom., 480. — ^ ^sch., Eum., 62. — • Pau», 10, 83, 5. — » Id., 9, 30, 3.-.10 Pliii., 7, 56.-11 Diod., 8, 58. — "Apollod., 1, 9, 11.
et les contradictions redoublent. L*agriculture a été enseignée aux hommes par Cérès * ,'ou par Bacchus S ou par Kronos '. Minerve réclame aussi cet honneur *. D'autres fois ce sont des hommes, de simples mortels, qui ont fait ce don précieux à la race humaine : Pélasgus * ou Triptolème ^. Mais Tagriculture se compose de parties difiPérentes ; la même confusion y a se retrouver dans chacune. Il a fallu atteler les taureaux; qui l'a fait? Cérès ^, Sabazius ^, Minerve ^. On nomme aussi deux héros athéniens : Buzygès '^ et Epîménide ", ou encore un certain Homogyros*^ que les dieux frappèrent aussitôt de la foudre. Pour la charrue, elle est due à Cérès ^^^ à Minerve '\ à Bacchus **, à Trip-olème *®. C'est Apis qui invente le labourage *".
Lé miel est donné par Bacchus*^ ou par Cérès *^. Suivant une tradition plus simple, c'est Aristée*^ qui enseigne aux hommes à élever les abeilles. Minerve*' inventa le râteau. Le pain a été fabriqué
i ApoUod., 1, 5,3. Ovid. Met., 5, 341. — s Diod., 3, 63. — » Arnob., 3, 29; 4, 9. — * Eustath. ad Hom., p. 1067, 27. — » Paus., 1, 14, 2; 2, 22, 2. — « Id., 7, 18, 2. — ? Hyç., f. 277. » Diod., 4, 4. — 9 Tzetz. Lycophr., 520. — «o Serv. Vii-g. G., 1, 19. -* ** id., ib. — ** Dict. rayth., v^ Homogyros. — " V. note 1. — 1* V. uote 4. — »» Diod., 3, 64. — «e l»liu., H. N., 7, 56. — " Dict. myth. de Bouillct, sub voce.-—'^ Diod., 3,64.— «9 Senv. Virg. Ma,, i, 434. — *<> Virç. Georg., 4, 283.— «* Hcsycb., ?♦
pour la première fois par Arcas S qui transmit s^ recette aux Pélasges. Le fils de Callisto tenait le blé de Triptolème^, qui TaYait reçu de Cérès; d'autres prétendent que celle-ci donna le froment à Cadmus ^. Le fils de Gelée avait reçu aussi Torge de la ^éesse K Celle-ci donne aux Phénéates tontes les plantes légumineuses ^9 excepté les fèves. On se rappelle ici la fameuse prohibition pythagoricienne. Toutefois, on honorait en Attique un certain GyamilèSy pour avoir inventé la culture des fèves®. La Bonne Déesse"^ donna encore le figuier : c'est Phytalus qui le reçut d'elle ^. L'olivier fut, dit-on, produit par Alhéné, dans l'enceinte même de l'acropole^; il s'appelait Moria, et, coupé dans la deuxième guerre médique, repoussa instantanément ^^. Plus tard, c'est Hercule qui rapporte l'olivier des pays hyperboréens '*.
On ne s'étonnera pas de ces constantes divergences si l'on réfléchit à la signification de ces mythes, dont le sens est fort clair. Ainsi, à propos de la première culture du blé, on voit varier toutes les traditions, qui ne peuvent s'accorder sur le lieu où avait disparu Proserpine, chîique pays,
< Pans. 8, 4, 1. — * Id., ib. — 3 Diod., 4, 48 ; 5, 49. — * V. note 1. -: » Paas., 8, 15, 1. — « Id., 1, 37, 3 — ^ Serf. Virgr. JEn., 8, 314.— » Paus., 1, 37, S. — » Herod., 8, 55. Apollod., 3, 14, 1. — *o Herod., loc. cit. — »» Pind. 01., 3, 13.
chaque territoire prétendant ayoir le premier mis ragrieultùre en honneur au milieu de THellacle. La tradition la plus habituelle désigne la Sicile *, mais elle est relativement récente, le culte de Cérès étant parvenu dans cette île par des colonies de Corinthe et de Mégare, et Ton voit figurer tour à tour le pays d*Enna ^, l'Etna ', Érinée sur le Céphise *, Colone en Attique *, une île hispanique •, Hermione en Péloponnèse ^, la Crète •, le territoire de Pise ^, Phénée en Arcadie ^^^ Cyzîque ^^, la contrée de Kysa **, les sources de Cyané *'. Pourtant une des plus anciennes légendes affirmait qu'en Sicile, le sol fournissait naturellement et sans culture le blé , Torge et le raisin ^*; aussi les Cyclopes étaient-ils regardés comme vivant sans aucune peine : mener une vie cyeî(H pienne signifiait, chez les Grecs, ne se donner aucun mal **.
Suivant la tradition homérique, c*est Bacchus qui a donné le vin aux mortels *^. D'autres l^endes disent que le dieu leur transmit cette connais-
• Hyg., f. 274. Ov. Met., 5, 685. — » Diod., 6, 8.— » Hyg., f. 146. — * Paus. 1, 38, 5. — » Schol. Soph. (Ed. Col., 1590.— • Orph. Arg., 1190. — ' ApoUod., 1, 5, 1. — » Schol. Hesiod. Theog., 914. --. • Paus., 6, 21, 1. — '^ Con., n. 15. — ** Prop., 8, 21, 4. — « Hymn. Hom., 16. — » Ovid. Met., 6, 410. — i« Odyss., 9, 106, 115. — i» Strab., p. 502-592. — ^* Hom. D. 6, 182. Od. 18, 406.
$ance par le moyen d'Icarius ' ou de Thoas *. Au nombre de ceux qui cnltiyèrent les premiers la vigne, où trouve encore Œnée ', Kronos ^^ Eumolpe, qui inventa aussi la taUle des arbres ^; Stapbylus, qui découvrit le raisin •; Maron, inventeur du vin de Maronée ^ ; Ancée , qui planta le premier des vignes à Samos ^ ; enfin Mélampe *, Staphylus ** ou Ampbictyon ^S auxquels on attribuait concurremment d'avoir imaginé de mettre de l'eau dans le vin. Mystis inventa le thyrse ^^.
La civilisation est de même attribuée tantôt aux êtres divins, tantôt à de simples mortels, ainsi que les arts qui en découlent. C'est la grande déesse Cérès qui Ta donnée aux hommes **; ou bien l'Athénien Cécrops ^^, instituteur du mariage et de la législation en général ** ; c'est encore Cécrops et Ion, fils de Xuthus, qui ont divisé les Athéniens, l'un en douze tribus, l'autre en quatre classes ^^ ; Phréattis, héros athénien, institue le tribunal du Phréàr ^^ ; les habitants de Chio achètent les premiers des esclaves *^. Qoant à la légende qui attri-
1 Apollod., 3, 14, 7. — » Hyg., f. 74. — » Hyg., f. 129, 171.— < Plut. PaPûU. gp. et p., h. 9, — » Plin., H. N. 7, 53. — « Parthen., c. 1. ^ ' Eurip. Cycl. — > Tzelz. Lycophp., 488. — » Eiwlatb., p. 1816, 1. — " PUn. H. N. 7, 56. — " Eusteth., p. 1815, 61. — i« Nonn. Dion., 13, 120. — " Herodot., 2^ 171. 6, 16. — »* ApolL, 8, «4, 1. — » Eirtt., p. 1156, 40. MûU. Orchom., p. 123. — >• QaTier, Biblioth. d'ApoUod., 2, 88. -« 17 BouUlet, Dict. mytb., s, v. — ^^ Atben, 6^ p. 265.
bu)& à Kronos la civilisation italique » elle est sans doute postérieure aux temps homériques, puisque, d'après Homère, les Titans gisent enfouis dans le Tartare ' . Il est curieux d'observer à ce sujet la transformation successive du mythe pri* mitif. Dans Hésiode '^y si toutefois Ton adopte un vers contesté, Kronos règne sur les bienheureux dans les îles Fortunées ; croyance qui est reproduite par Pîndare ^y suivant lequel Zeus délivra les Titans ^. Ainsi, rinfluence des écoles orphiques avait peu à peu adouci la sévérité de l'ancien mythe pour le concilier avec les idées morales d'une époque plus raffinée, et Kronos, tiré du Tartare, reprend la dignité royale dont son fils Tavâit privé * ; le parricide est ainsi effacé de l'Olympe. Puis, comme les progrès de la navigation chassaient peu à peu devant les vaisseaux des Grecs ces terres mythologiques que nul ne pouvait entrevoir, ce ne fut plus dans les iles des Heureux que régna Saturne, mais dans une contrée occidentale, le far West de l'ancien monde ^, et enfin on le trouve en Italie, où il commence toute civilisation '^. Au nombre des instituteurs de la vie sociale, on
1 Hohi., II, 14, 279. — * Hes. Op. et D., 169. — » 01. S, 1S3. ^ * ZeO; iJluae TiTâv«ç. — » Otlf. MûUer. Hist. de la Litt. gr-, i, Î8Î. — « Diod., 5^ 66. Cic. N. D., 3, 17. — ' Dion. Hal., «, iS, 86. Aur. Vkt. Or., 8. Macrofo. Bat., i, 7. Vir^. ^n., %, 8,
rencontre encore Lycaon, fils de Pélasgus, en Arcadie '; lolaûs, fils d'Hercule, en Sardaigne ^t àt Apis, que des traditions contraires présentent tan* tôt comme un Égyptien qui donne des lois à ses compatriotes, tantôt comme un Grec du Péloponnèse qui porte la civilisation en Egypte ^.
Les premiers artistes furent les Telchines^, qui fabriquèrent les premières images des dieux.
Avant eux, sans doute, Atbéné *, Promélhée *, Héphaestos^, Phoronée*, Pyrodès, en frappant un caillou ^,les Dactyles*^ avaient inventé ou découirert le feu, appliqué par eux à la fonte du fer et de Tairain, et par Athéné à celle du cuivre *'. Gadmus avait aussi imaginé de fondre les métaux *^^ Dans rtle de Cypre, le roi Cinyre avait découvert les premières mines de cuivre *'et invente les tuiles, les tenailles, le marteau, le levier et lenclume. Deux parents de Dédale , Talus et Gircinus , se disputent Tinvention de la scie, du tour, du compas *\ A Dédale lui-même sont. attribués la scie, le niveau, les vergues, les pliants *^.
4 Paus., 8, «, 1. — « Diod., 4, 29. — » BouUlet, Dict. mytb., f. V, — *5trab., i4, p. 653. CalUm., H. in. Del. 31. — » Pluti Kim., 10. Hom. Odyss., 43, 160.— « Hes. Theog., 571. — ^ Voss. in Virg. Ecl., 6, 4Î ; H. 41, 355. — » Paus., 2, 19, 5. — » PUn., 7, 50. — *o Schol. ApoU. A., 1, 1126. — ii Hom. Hymn. in Vener., 4, 7. — " Hyg., f. 274. — i» Bouillct,. Dict. myth. *. «. — 1* ApoUod., 3, 15, 19. — » Paus., 2, 15, 1.
L'architecture fut donnée aux hommes par Promélhée '. Cependant Hestia, disait-on» la sainte Hestia, déesse du foyer, avait inyenté les construcr lions ^. Triptolème ', Eumèle *, roi de Patres, Phoronée ^ étaient honorés comme les premiers architectes. Deucalion, échappé du déluge, avait construit la première maison à Opus^ou à Cynos ^. Aras avait élevé, en Phliasie, la première ville '^; et en0n le fameux chef des Minyens avait construit à Orchomène le premier trésor *. Triptolème * ou Trochilus *^, ou Philomélus * ' , fils de Jasion, inventa le chariot; Erichthonius^^ ou la déesse Goria *', le quadrige; Minerve inventa les chars " ; Neptune ** ou Trochilus *^, les attelages; le premier institua, en outre, la course en char ^'^.
La tonte des troupeaux et l'emploi de leur laine sont dus à Arcas, qui, instruit par Triptolème^ transmit ces connaissances aux Pélasges ^^; les Méliens apprirent de Mélos à tondre les brebis % Céléus, prêtre de Cérès, inventa les paniers 2^;
1 iEsch. Prom., 445. — > Diod., 5, 68. Eust., p. 735^ 60. — » Paus., 7, 18, 2. — * ld.,ib. — » Paus., 2, 15. Hyg., Î74. — • Strab., p. 4Î5. Schol. Pind. 01. 9, 64. — ^ Paus. 2, 15, 5. — » Mûll. Orchom., 239.— « ApoUod., 1, 5, 2. Hyg., f . 147.— ^ Cla- Tier, Bibl. ApoU., 2, 204.— ^^ Hyg. Poet. Astr.,2, 4. — " Érat., c. 13. — 1» Parisot, Dict. myUi., 2, 43. — i* Plut. Kim., 10. — " Soph. OEd. Col. 712. — <« V. note 10. — ^^ Hom., II. 23, 807. — " Pau«., 8, 4, l; 9, 2. — i» Serr. Virg. Ed. 8, 87,— «• Parisot, Dict. mytii., 1, 558.
Phidon, roi d'Argos, les mesures % attribuées i^ussi à Palamède >, suivant des traditions posthomériqnes , ainsi que la monnaie ' ; Béliné , Taiguille ^. Une plus ancienne tradition rapporte à Minenre les travaux d*aiguiUe '. La broderie en soie est due à Pamphila, fille d'Apollon ^ ; les fuseaux, à Closter, fils d'Aracbné^. C'est encore Atbéné qui a donné aux Athéniens Tbuile des lampes^. Érichtbonius introduisit à Atbènes F usage d(Q l'argent; il tenait cette connaissance du roi Scythe Indus .*.
La navigation est due à Atbéné *^, à Proméfhée *S à Dédale *\ Danaûs construisit le premier navire *'. Éole " ou Icare ** inventèrent les voiles.
Corythos *• et Cbalcos *^, fils d'Athamas, inveAtèrent, l'un le casque, l'autre le bouclier. i£tolus, fils de Mars, imagina d'attacher une courroie aux javelots ^^. Des traditions très-peu anciennes attribuent l'oirdre des batailles, soit à Palamède ^^, joit au dieu Pan ^^ ; cette dernière légende vient, sans
t BouiUet^ Dict. d*ant.^ tab. n. 9. — < Schol. Eur. Or. 422. — • Id., ib.— *Hyg., f. 274. — » Hymn. Hom. in Ven., 7.— « Pa-^ risot, Dict. mytb. y^ Pamphila, — ^ Bouillet^ Dict.^d'ant., 1, 30S; — • Herodot., 8, 55. — » Hyg., f. 274. — »« Lycophr., 359. — " ^sch. Prom., 445. — " Paus., 2, 15, 1. — »» ApoUod., 2, 1, 4. — M JDiod. Sic, 4, 5. — « Paus., 2, 15, 1. — >« Ptolem. liepb., 2/ p. 311. — " MûUer's Gescb. H. St., 1, p. 132. -^ " Plin., 7,- 56, 57, — i« Sehol. Eur. Or., 422. — «o Parisot, Dict. mytb. 3, 259.
doute, d*une allusion forcée à Tépithète AtWptic, por^ ée par le dieu ' : on sait que le mot xépac .signifie en grec aile ou cornf. Dans ApoUodôre^ ce sont les fils d'Âbas qui ^ servent les premiers du bouclier ^,
L'invention de la musique est attribuée aux Nymphes ^, aux Dactyles *, au Phrygien Hyagnis ^ aux Muses ^, ou à Apollon^, qui donnent aussi aux hommes la poésie; à Carius, fils de Jupiter, qui enseigne la musique aux Lydiens ^ La mesure est due à Crotos, fils de Pan ®; Linus invente la mélodie et le chant ^^; la muse Polymnie ", Tharmonie; Orphée **, le rhythme; lambé *', le verg ïambîque. Le vers. hexamètre a été découvert par la sibylle Phémonoé **, ou par Orphée *^, ou par Phanothée, mère d'Érigone *^. Arien composa le premier dithyrambe *^; lalémus, fils d'Apollon, inventa les chants funè-* bres^^; Philammon, les nomes ( choEiurs . dan** sants) du temple de Delphes ^^. Marsyas est
» Hom. Hymn. 7, 2. — « Apoll. 2, î, 1. — » BouiUetji Pict. d'ant. s, V. Carius, — * Plut, de Mus., 5. — * Id., ib. — « Odyss., 8^ 481. Hes. Theog.^ 22; Pind., n. 3, 1. — "^ Plut, do Mus. — 8 Parisot,Dict. myth., s. v. Carius,^'^ Hyg., f. 224. — lo Dlod., Sic. — 1* Schol. Apoll. A, 3, 1. — *« Bouillct, Dict. d'Ànt. s,t\ -r " EustaUi., p. 1684, 48, 54. — ** Plin. H. N., lo', 3, 3; Paus., 10, 6. — . " V. note 12, — *« Clem. Alex. Stron., i, 366. — «^ Paus., 3, 25, 5. — " Heiych. s. v, — *• MûUer, Hist. de la Litt. gr., 1,24.
auteur de trois nomes en Fhonneur de Cybèle > ; Hya^is composa aussi pour la même déesse quelques chants religieux ^. Daphnis ' ou Stésichore * inventèrent la poésie pastorale. Chrysotfaémis chanta le premier chœur à Apollon Pythien *.
Rhée ou Cybèle inventa les instruments à vent et le tambourin *. Au nombre des inventeurs de la flûte se trouvent Marsyas ^ et Olympus *, suivants de la déesse, Minerve ^, Apollon *^ Cinyre *', Ardalus, fils de Vulcain'% Silène*'», Pan**, Cadmus, qui la reçoit d'Athéné *^. Pan a donné de plus aux hommes la conque marine **. C'est Mercure qui invente le chalumeau '^, ou encore Idis, berger sicilien **. La lyre est due à Apollon *^, à Mercure 2^, à Polymnie **, à Cadmus, qui la reçoit d'Hennés ^, à Amphion*\ La cithare est due à Orphée *^ ou à Clio ^^. La trompette a
» Mûller, Hist. de la Litt. gr., 1, 26. — > Id., ib. — 3 Parisot, Dict. myth., II, 85. — * ^1. v. h. lO, 18. — * Paus., 10, 7, «. — • Diod. Sic. 3. — ^ piut. de Mus.; Parisot, Dict. myth., *.». — • Id , id. — • Apollod., I, 4, 2. — »<> Plut, de Mus. — n Plin. H. N.; Parisot, Dict. myth., 2, 24.— » Paus., 2, 81, îl.
— " Strab. 10, p. 470. — »^ Hom. H., 7, 15. — »» Diod., 4, 48 ; 6, 7. Sorv. Ecl., 5, 20. — i« Eratosth. Kat, 27. — " Clav. Bibl. Apollod., I, 333. ~ >» Douillet, Dict. d*ant. s. v.
— *• GalliA., Hymn. in Del— «« Apoll., 3, 10, 2. — " Schol. Apoll.A,8,l. — "Diod., 4, «8; 5, 49. — "HOr. cp. 1, 18,41.
— 2* Erat., 0^24. — « Pariwt, Dict. myth., Il, 32.
été inventée par Minerve S par Tyrsénus > ou par Malée '; la pyrrhiqye, par Prylis * ou par les Dioscures .'. Une autre danse» la Cycinnis ou mieux Sicinnis, est due à Sicinus ^ ou au satyre Cycinnius ^. Les hommes ont reçu Talphabet d'Orphée®, d'Hercule ^, de Phénix Âmyntoride *^, des Dactyles **, de €admus *^. Prométhée a inventé récriture et le calcul •'* ; Minerve, les nombres V*; les Dactyles, l'arithmétique *'; Mnémosyne enseigna aux Grecs à raisonner et à nommer chaque chose *^.
L'équitation vient d'Âthéné *^. Le frein et la selle sont dus au Lapithe Péléthronius '^ ; la peuplade à laquelle il appartenait a invente le mors ^^« A la mort d'Âzan, fils d'Ârcas, on célébra les premières courses ^. Mercure ^* pu Cercyon ^2, ou Oricadmus ^^ enseignèrent la lutte. Enfin l'invention du ceste est attribuée à Amycus 2*.
De tous les faits qui précèdent, on pourrait tirer au moins cette conclusion : c'est qu'entre ces deux
* Paus., a, 21, 3. — * Id., ib. — » Schol. Hom. H., 18, Îl9. -- * Tzetz, Lyc, 219. — » Athen., 4.— «Eust. ad Hom., 1942-7. Clem. Al. Strom. — ^ Bouillet, Dict. d'ant.— » Paus., 3, 6,2; Diod., 3, 65. — » Plut. Q. R. 56. — *<> Tzetz. Chil., 12, 68. — *» Isid. Sév.— " Herod., 5, 58.— "iEsch., Prom., 445.— i* Liv. 7, 8. — »» V. note U. — »« Diod Sic. — " Plut. Kim. 10 — " Plin., 7, 56. — »» BouiUet, Dict. d'ant. s. v. — «o Steph. Byi. *. ». Aïania. — •«» Serv. Virg , 8, 138. — *« Bouillet, Dict. d'anl. *. V, - " JEl H. V. XI, 1. — «^ aayier, Bibl. Ap. Il, 175.
opinions contraires, la spontan^té de la civilisa^ tion hellénique ou sa transmission par rÉgypte« soutenues égalemcnLpar des auteurs grecs, on est libre de choisir à son gré telle idée paraissant plus conforme aux données de la raison.
Étant donné, d'ailleurs, le fait d'une communion entre deux peuples, et ce fait remontant au delà de toute époque historique certaine, cette communion ne laisse aucune trace valable chez les historiens; et le mouyement intellectuel de deux races séparées après un contact très-distant peut être regardé comme original, en ce sens que chacune des races a développé le point commun suivant son génie propre. Prenons un exemple dans le culte arien.
Suivant M. J. Reynaud S aies Nackas distinguent nettement deux périodes très-différentes dans rhistoire du culte, celle des Pbériotkaëchna ou hommes de Tancienne loi, et celle des Nabânadista, hommes delà nouvelle loi. La première correspond à répoque où llnde et FAriane n'avaient encore qu'un seul et même culte. Il est difficile de préciser le caractère de ce culte, mais il est certain qu'Ormuzd ni Zoroastre ne s'y rattachent en rien. Le Dieu suprême y est conçu sous le sym«
. ^ Encyclopédie nouTeUe^ «. t;. Zoroastre.
bole àê Hom (Haoma), et sa représentation sensi^ ble est le suc de cette plante, employée dans les sacrifices. Les livres brahmaîques portent des traces évidentes de Tantique suprématie de ce Dieu (Sonia, en sanskrit) , comme on peut s*en con^ vaincre en parcourant le Rig-Véda. On ignore à peu près quelles sont les divinités inférieures qui s*échclonnaieut sous le dieu Hom : on ne connaît pas davantage les traits généraux du culte. Il pa*^ rait cependant qu*à cette époque le feu, Veau, Tarine de bœuf, jouissaient déjà de prérogatives particulières. Il paxait aussi qu on adorait les Dévas (DaévHs), Indra,, les Âçvins, regardés plus tard, dans le Mazdéisme, comme des puissances funestes, le dieu Mitbra* D'un autre côté, en compa^ rant les Védas aux Naçkas, on y trouve des traces évidentes d'une communauté de culte et d'une scission religieuse qui s'accomplit à une époque inconnue, mais synchroniquement à Tapparition de Zoroastre. Les Dévas, qui, dans les Yédas, sont les divinités bienfaisantes, dans les Naçkas, sous le aom de Daévas, sont les puissances ennemies de l'homme. Le nom du dieu Âbura, dans le Zend, identique avec Âçoura, noms des génies du mal aux Indes, apparaît dans les Védas, appliqué en bonne part au dieu Yarouna. Indra, Siva sont maudits dans les Naçkas. Naonghaithya (Nâsatya,
en sanskrit), l*un des AçyinSy est maudit dans un ^ndfoit des mêmes b'vres et loué dans un autre. P*autres divinités, telles queMithra et Hom, sont également invoquées dans les livres ariens comme dans ceux des Hindous. De ces faits divers, il ré^ suite que les deux religions brahmaïque et mazdéeune, identiques dans Torigine, se séparèrent à réppque de Zoroaslre. Celte époque, dite période desNabânadisla, ou hommes de la nouvelle loi, se distingua par Tapparition du culte d'Ormuzd : le Rig-Véda la symbolise par une prétendue scission entre Manou et son fils Nabbânedicbta ; d* autres traditions, par la guerre des Âçouras et des Dévas. »
' Résulte-t-il de ces analogies éparses qu'il n*y ait point eu de travail intellectuel chez chacune des familles, et surtout peut-on, au milieu de notions aussi confuses, identifier, dans Tétat actuel de nos connaissances, aucune espèce de conceptions hindoues avec les conceptions grecques 7
Sans nous jeter, du reste, dans Texamen de la question religieuse, la plus difficile de toutes, et que nous réservons pour notre grand ouvrage, faisons encore une observation, en éclairant notre théorie par une vue rapide du développement de l'art grec. On avoue bien, nous Tespérons, que les Hellènes n'ont appris de personne à sculpter la
Vénus de Milo et le Jupiter Olympien ; par la Mole force de leur génie, ils s*étaient élevés juqu*à & plus admirable perfection, ayant pour modèles, dit-on, les informes idoles des Égyptiens. Mais était-il donc plus difficile d*aller du point de départ à ces grossiers essais ^ ?
Or, là où les monuments et les signes nous manquent, quelques documents écrits nous restent, d'après lesquels nous voyons clairement la progression qui a élevé les Grecs du naturalisme primitif, créé peut-être dans TÂsie centrale, au brillant polythéisme de Phidias et d'Âlcamène. Aà milieu même de son élégante civilisation, THellade' gardait encore quelques souvenirs de ce premier èulte. Les bétyles, qui étaient sans doute, soit des aérolithes, soit des blocs erratiques, étaient pieu-i Sèment révérés dans certaines localités : le vulgaire voyait en eux Timage du Dieu replié sur lui-même, non encore dégagé de la gangue. Une de ces pierres se trouvait près du temple de Delphes, où on Foignait d'huile quotidiennement >. Au nombre des bétyles, on trouve encore la statue do Cybèle à Pcssinonte \ celle de Vénus à Paphos *, celle du Soleil (Élagabal) adorée à Ëmèse ^, celle
des Grâces à Orchomène ^.
* Cr. Paus., 4, 42^ S. GhampoU Egypte, p. 264.-** Pau^., 10, t4. — > Herodian.. i, 85. — ^ Lacbau, DUsert. u Véu., 451. — » Parisot, Dict. mylh., 2, 155. — • Pau».; 9, aS, 1.
i Se dérèkyppaiit suivant les trois termies de cette progression, la pierre, le bois, le métal, qui re^ présententàpeu près la hiérarchie des trois règnes, paisque le bronze est une création de Tbomme, l'art grec fit un premier pas en scirlptant lés Kiones , oii Dieux-piliers , sous la forme de grosses pierres cquarries.
Un second perfectionnement fut d'ajouter une tête à ces grossiers symboles et de dessiner les bras et les jambes, ^ans les détacher encore de la masse du corps. Les dieux semblaient ainsi être enyeloppés de manière à ne pouvoir s'agiter:
de là, les bandelettes dlUthyie et de Diane Ephé* tienne, et le cordon de laine qui attachait les pieds de Saturne ^
Les statues de bois durent être dans Foriginé aussi informes que celle de Picus, dont parle Denys d'Halicarnasse ^,.et qui consistait en un simple pilier dressé. L'image des Dioscures, à Sparte, se composait de deux poutres réunies par deux traverses ^, informe symbole de la vie commune dès deux héros. Une famille d'artistes, du nom de Dédale, car la tradition a rassemblé sur un seul individu les travaux de différents personnages ^,
* Arnob., 4, Si; Lncan., 3, 115; Paus.,l,l8^ S.'-^Dioa.^ i, — 141. > Plut. 1)9 Amore frai.— 4 JacobI, Mjth. WcHrterb. s. v.
améliora la sculpture en bois, en détachant les bras et les jambes du corps de la statue, et en marquant les yeux. L'antique Palladium, tombé du ciel, suivant la croyance vulgaire, était ànlé-^ rieur à ces essais; car, suivant Âpollodore \ il avait les jambes unies.
Nous trouvons, dans les auteurs, des statues de bois consacrées à Mercure Cyllénien (en bois de eèdre)^, à Dionysos Cephallen (en bois d*olivier)*, à Minerve (W.) *, à la même déesse (en bois de Merrc) *, à Apollon Cnmœus^, à Diane Laconienne (en bois de laurier] ^, à la même (en bois de ccdrc) ^, à Esculape (en bois d* osier) ^, à Jupiter '\ à Rhée (en bois de pampre) **, etc.
F^s images des Grâces, à Élis, reproduisaient les premières traditions de la statuaire unies à de nouveaux perfeetionnements. Elles étaient faites de bois taillé , avec des têtes , des pieds et des mains de marbre blanc, et, en outre, elles portaient un manteau d'or *>. Toutes ces figures de dieux représentaient Tune des époques les plus anciennes du culte; c'est ce qu'on voit clairement, et par les voiles ou bandages qui enveloppent le
« Apollodor., 8, i%, 3. — « Paus., 8, 17, 1, 2. — » Id., 10, 19, 2.— * Id., 1, te. — » Id., î, 29, 1. — • Serf. V. JEii.,6.— ' Pau«., 8, 24) 6. — • Id., 8, 18, 2. — • Id., 8, 14^ 7.— «• Id., 2, 19, 6. Hyg., f. 170. — " Euphor., ft*«gm.— " Paul., », 24, ••
torse, aioû les statues d'ilithyie à Athènes et à iËgium \ et par des traditions mystérieuses qui ordonnent, pour faire cesser de cruels fléaux, d'ériger des statues « qui ne soient ni de pierre ni d*airain, mais en noble bois d olivier ^« » Comme si y en reprenant ses premiers essais, auxquels avaient succédé des développements esthétiques, toujours synchroniques de la corruption des momrs, la nation pouvait retrouver sa vertu première et le calme un peu rude de la période pélasgique. Nous pourrions nous étendre davan* tage et chercher quelles idées nouvelles avaient pénétré dans la Grèce, ou en avaient jatitt, lorsque Léarcbus de Rbégîum imagina le premier de faire une image de bronze, et cisela un Jupiter com-posé de pièces assemblées avec des clous, travail certainement postérieur au t^élèbre chœur d*Ariadne ^ et aux figures du tombeau de Corèbe, les plus anciennes images de marbre qu'ait vues la Grèce \- Il nous suffit d avoir indiqué rapidement la lente progression qui, dans tous les ordres de la vie, amena les Grecs de leur état primitif à leur brillante civilisation, puisque ce développement graduel ne porte point de traces essentielles d'une
* Paus., 6, t3, 5. — « Herodot., 5, 82-86. Paus., % 80, 5. — > Jacobi, Mytb. Worterb., p. 9i$. ^ 4 Paus.^ 1, 43, 7.
influence étrangère, s*U faut s*en rapporter à la fois aux traditions helléniques et à la raison.
Maintenant, il resterait à savoir ce que signifie au juste /Cette expression d'état primitifs et quels matériaux les Grecs avaient emportés de F Asie cen-^ trde pour les xlévelopper à leur aise sous un ciel qui leur convint. Mais cette question est encore prématurée.
Nous emprunterons à un savant de V Allemagne, dont le précieux travail nous a fourni une grande partie des textes de cette étude» une dernière observation.
Les races,' oublieuses de leur origine, la cherchent à rétranger : ainsi les Grecs prétendent toqt recevoir de la Phénicie, et, après avoir porté la Minerve Tritonienne en Libye, Taccueillent ensuite comme une divinité d*origine africaine '. Do plus, les analogies qui existent entre des créations étrangères aident à cette opération. Deux races adorent un Dieu analogue, comment Tun ne viendrait-il pas de Tautre? Ainsi les Romains trouvent en Gaule un Dieu analogue à Hercule ; c*est Hercule, et ils ajoutent à la légende du fils d*Alcmèn0 des détails biographiques sur sa vie dans les Gaules, comme ils en avaient ajouté, en Tacceptant des Grecs, sur sa vie dans le Latium.
* Jacobi^ Mytii. Wort. s, v. Athéoé.
Si nous pouvons nous baser sur les considérations qui précèdent, la solution du problème que nous poursuivons sera sanâ doute facilitée par les énoncés suivants :
Qu'un peuple soit ou non originaire de TOrient, la question importe peu quant à Tétudç mythologique, puisque entre le point de départ de la scission et les premiers documents écrits toute une période s*est écoulée, qui a déterminé la formation d'une religion propre à chaque race. D'ailleurs, toute identification est impossible tant qu'on n'a pas déterminé l'élément générateur dans ses di- Yerses mutations.
Les systèmes religieux de chaque peuple se décomposent en plusieurs systèmes partiels, conçus nécessaires par Fintelligence, mais indéterminables pour la plupart. Ces systèmes sont particuliers à chaque famille, de sorte qu'en appelant état statique l'époque d'une fusion plus ou moins avancée, on peut toujours reporter cet état statique à une époque antérieure, et concevoir un état dy- .namique qui Ta produit. C'est-à-dire que, suivant les lois de la vie, on ne trouve dans aucune croyance un temps de repos. Chacune d'elles se modifie incessamment, soit par le fait d'un travail spontané, soit par la communication avec des
croyances voisines. Mais; comme les groupes pri-
mitifs sont a peu près insaisissables, pour établir la science d*exppsition, il faut fixer une épocpie capitaler et, tout en déterminant les éléments primitifs qui l'ont composée , on doit la regarder comme le pivot autour duquel s'agite tout le système.
g IV. — De rherméneuliqHo ou science d'interprétation «.
Nous n'avons point à nous occuper de cette science, qui doit former Tobjet d'un travail spécial ; nous nous contenterons de renvoyer, pour ce qui la concerne, aux observations contenues dans le paragraphe suivant.
§ V. ^ Résumé de la méthode.
En généralisant maintenant ces formules et en les appliquant à l'ensemble de la science, nous nous résumerons en quelques lignes. .
Chaque peuple a sa mythologie, et chacune de ces mythologies particulières subit des Variations amenées par le cours des siècles dans tout le système ou dans des points partiels.
Les idées naissent, croissent, vieillissent comme l'humanité et comme l'homme ; pour les comparer entre elles, il est important de rapprocher les
mêmes nuances, les mêmes âges, sous peine d'erreurs grossières et de* conclusions précipitées. Ce sont ces éléments qui, soigneusement élaborés, seront mis en œuvre par les philosophes. De cette double opération seulement peut naître une science véritable, fondée sur Tobservation des faits, et constituée par les déductions qui ^u découlent. La saine méthode consiste donc en un exa* men analytique des éléments, suivi d'une synthèse qui les explique et les embrasse dans leur ensemble. Après un semblable travail exécuté, suivant ce double point de vue, sur chacune des raligioilt de l'antiquité classique et sur celles de l'Orient, Tesprit, sufflsamment éclairé, établit une synthèse générale, et, s'il y a lieu, une complète identification.