‹ Étude sur les variations du polythéisme grecChapitre 6 sur 7 · APPLICATION DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

APPLICATION DE LA MÉTHODE

§ I*. — Triptolème. ^

Il nous reste» maintenant que nous avons tracé la méthode» à examiner comment elle a été suivie par les mythologues» qui se divisent en deux classes» les mythologues purs et les symbolistes. On doit Tavouer» les premiers n*ont pas été plus heureux que les seconds» si ce n*est en Allemagne» et leurs travaux» sauf ceux d'un petit nombre» sont complètement erronés. Ce point n'est pas difficile à prouver.

Le procédé mis en œuvre par les philologues du seizième siècle^ et qui trouve son analogue dans Tantiquité» au moins chez les mythographes romains» — car Hérodote» Pausanias» ÂpoUodore» Plutarque» ne manquent jamais de rapporter les divergences des traditions ; — le procédé des phi-

lologues consiste, disohs-nous, à amalgamer les légendes de tout pays et de tout âge, et à en former une sorte de symbole de foi, comme s\, depuis Homère jusqu'à Ovide, les peuples de lantiquité avaient uniformément professé la même croyance et vécu dans le même cercle de créations imaginaires. Rien n*est plus faux qu'un semblable point de vue, et depuis longtemps rAlIemagne a donné Fexemple d'une méthode bien supérieure.

Quelques exemples vont faire ressortir Finconvénient du système ordinaire.

Nous lisons dans un dictionnaire mythologique : ce Triptolème, fils, selon les uns, de TOcéan et de la Terre; selon d'autres, de Trbchilus, prêtre d'Ârgos, et, selon l'opinion la plus accréditée, de Celée et de Néera. Sa mère est appelée, par quelques-uns, Métanire, Cothonie, Hyone, Mélànie ou Polymnie. Il naquit à Eleusis, ville d'Altique. Celée, son père, avait donné l'hospitalité à Cérès, lorsqu'elle était à la recherche de Proserpine. I^a déesse, par reconnaissance, prit un soin particulier du fils de CéléCi Elle le nourrit de son propre lait, et le mettait, pendant la nuit, sur des charbons ardents pour le purifier de ce qu'il avait de mortel. Mais l'enfant croissait à vue d'teil et d'une manière si extraordinaire, que Néera eut la curiosité de voir ce qui se passait. Voyant Cérès prête

à mettre son fils sur un brasier, elle^t un grand cri, qui empêcha la déesse de continuer. Gérés « ne pouvant le rendre immortel, voulut du moins lui témoigner son affection en lui enseignant à ensemencer la terre et à faire du pain. Elle liii donna aussi un char t^ainé par deux dragons, avec lequel il parcourut toute la terre, afin dVnçeigner Tagriculture aux hommes. Il faillit perdre la vie dans la Scythie. Lyncus, roi de la contrée, ayant conspiré contre ses jours, fut changé en lynx. De retour dans sa patrie/ Triptolème rendit à Gérés son chariot et institua, à Eleusis, des fêtes et des mystères en sonhonneur. Il obtint les honneurs divins après sa mort. Quelques auteurs croient qu'il accompagna Bacchus dans les Indes.v) Puis viennent les indications suivantes :

« Orphée — Musée — Apollon, de Rhod. 3.

V. 2i'i.ÀpolL 2. 0. 5. Callim. Hymne à Cer.^v. 23. — Ov. Metam. 5, v. 645. FasH, v. 501. Trisl, 3; EL, 8, V. 1. Diod. de Sicile, 1. Hyg. f. U7. Stace^ Theb. 2, v. 382. Paus. 2, c. 14. Justin 2, c. 6. August. C» de D. 18. c. 13 '. »

Ge qui, si nous concluons avec justesse, signifie que la légende rapportée plus haut eut cours jpendant 1700 ans, à prendre le minimum des an-

^ ]k)uiUet, Dict., d*aiit., s. v.

nées, en Egypte, en Thrace, en Sicile, en Grèce et en Italie. Cette unité de croyances produirait Tadmiration, si Ton ne s'avisait de la suspecter. Considérons les choses d'un peu plus près, et voyons s'il y avait réellement une légende commune, nous ne dilons pas en Egypte et en Grèce, mais parmi les Grecs mêmes des divers âges.

Les Hellènes regardaient Triptolème comme rinyentenr de la charrue, comme le propagateur des sciences agricoles et de la civilisation qui en découle, et lui attribuaient une grande part dans l'institution du culte d'Eleusis ■• Âlissi, ne doitnDn pas s'étonner de la complexité et de la confusion des légendes ^^^ re^rdent ce personnage fabuleux. Chaqiiei jMifi se di^taint la gloire d'avoir, le premier, mis en honneur l'agriculture, s'efforçait d'appuyer ses prétentions par des récits merveilleux, comme on le voit à propos de la disparition de Prôserpine ^. La fable de Triptolème, liée étroitement à celle de cette déesse, devait, ainsi qu'elle, subir des déplacements nombreux, qui paraissent cependant n'avoir pas dépassé, dans les auteurs grecs, l'HelIade, et principalement l'Altique, le pays le plus fertile de l'ancienne Grèce. Hors d'état d'apprécier suffisamment l'ancienneté

* rtin., 7/56. Virg. G., 1, 19. — « Jacobi, Myth Wort , i.v. Persephone.

respective des traditions relatives à la naissance de Triptolème, éparses dans Pausanias et dans les autres auteurs, nous devrons nous contenter d*une approximation fondée, non pas sur un rigoureux ordre chron9logique, mais sur une filiation évidente d'idées. Poyr cela, nous diviserons eus traditions en deux ordres : les unes, entièrement insolites, telles que celles qui font de Triptolème un fils de TOcéan et de la Terre, ou de Troehilus et d'une Elçusinienne, ou de Rharus et d'une fille d'Amphiçtyon, ne paraissent ici que pour mention S sans que nous cherchions à en apprécier la valeur. Les autres, souvent en désaccord, il est vrai, mais se rattachant les unes aux autres par une relation d'idées naturelles, vont être exposées en ordre, suivant le mode que nous avonsf énoncé.

En général, selon la mythologie gréco-romaine, syncrétisée comme nous venons de le voir, Triptolème est fils de Celée et de Métanire, et Cérès l'élève ^ Mais Tune des plus anciennes traditions, conservée dans Thymne homérique adressé à cette déesse, relate une opinion toute contraire. D'après cette remarquable composition ', Triptolème était, lorsque Gérés se rendit à Eleusis, un des preiniers personnages de cette ville, et connu par sa sa-

* Hyg., f. 147. Apollod., 1, 5, 2. Paus., 1, 14, 2. — « Serf. Virg. G., 1, 19. — » Hom. H, in Ger., v. 153, A74.

gesse. Il n*étail nuHement allié par le sang au roi Celée ; du moins l'auteur de l'hymne n'en dit rien. Même silence sur son éducation par Cérès ou Démêler, éducation qui est transportée au jeune Démophon, fils.de Gelée et de Métanire. La déesse fit croître cet enfant avec une beauté égale à celle des dieux, en le frottant d'ambroisie et en l'animant de son souffle. Elle ne soufi'rait pas qu'il mangeât ni pain ni lait. La nuit, à l'insu de ses parents, elle le couchait, comme un tison, dans un ardent foyer. Pindare rapporte la même chose de Thélis élevant son fils Achille *. Démèter voulait affranchir Démophon de la vieillesse et de la mort. Mais, détournée de ses projets par l'imprudence de la mère, qui osa l'épier une nuit, elle , ne put procurer Fimmortalité à son fils adoptif, et se confenla de lui promettre une grande félicité. Ensuite, lorsque Rhéé eut su l'apaiser par ses prières , a la déesse enseigna aux rois chefs de la justice, à Triplolème, à Dioclès, écuyer habile, an courageux Eumolpe, à Celée, pasteur des peuples , le ministère sacré de ses autels ; elle confia à Triptolème, à Polyxène, à Dioclès les mystères sacrés qu'il n'est permis ni de pénétrer ni de révéler. » Ainsi, suivant rhymne homérique, Démèter

« Pind., N. 3, 45.

mtmmamm

n'eut aucune pari ù réducation de Triptolème, qui était déjà \icux lorsque la déesse \isita Eleusis.

Une tradition, rapportée par Pausanias, reproduit ces données, en changeant le nom des personnages, et en ne mentionnant même pas celui du prétendu fils de Celée : Démèter se rend, à Égialée sous les vêtements d'une étrangère, et demande l'hospitalité à Plemnœos, dont lous les enfanls mouraient en naissant; en récompense de son bon accueil, elle lui élcvc un fils. Orthopolis *.

Postérieurement à Thymne homérique, diverses généalogies données à Triptolème semblent dénoter une tendance, qui se manifeste souvent dans les légendes du polythéisme, à relier de plus en jplus entre eux les personnages du mythe : ainsi, Triptolème est fils de Dysaulès,, frère de Celée , et a pour frère Eubuleus; ou bien il est parent de Celée,' dont la fille Sœsara a épousé son fils Crocon. On le donne encore comme le jeune frère de Celée ^. Ces diverses traditions sont évidemment peu anciennes; elles semblent un commentaire, comme on en faisait dans les âges postérieurs, sur un nom perdu dans un antique poëme. Cette hypothèse prend encore du poids en face des détails minu-

t Paus., 2,5, 5 ; 11, 2. - « Hyg., f. 147 ; ApoUod., 1, 5, 2; Paus.^ 1, 14, 2; Voss zu Hom. h. in Cer., 153.

tieux de parenté, dont l'hymne homérique ne dit pas un mot.

Dans Apollodore * , la tradition flottante s'afler-

mît tout à coUp. Triptolème est fils aîné de Celée et de Métanire (Polymnie, Cothoné, Cyntinée, Hyone ou Néère *). Il a un frère, Démophon, ^î est brûlé par Démêler au moment où elle est interrompue dans son opération mystérieuse. Pour consoler la famille, la déesse donne à Triptolème lin char attelé de dragons ailés , et la semence du blé.

Hygin nous fournira le dernier trait de ce travail successif du mythe dans lequel nous avons vu peu à peu Triptolème et Celée, primitivement étrangers l'un à l'autre, se rapprocher d'abord par des liens peu étroits, puis par une parenté de fils à père. Dans cet auteur ', c'est enfin Triptolème lui-même, qui, fils du roi Eleusis, est élevé par la déesse. Son père surprend celle-ci au moment où elle faisait passer Tenfant par le feu ; elle le tue, et fait présent au jeune éleusînien d'un char tiré par des dragons, et de la semence du blé.

Quant au rôle de Triptolème, en tant qu'initiant à la civilisation par les arts agricoles, on s'accorde à le faire partir d'Eleusis pour répandre ses con-

* ApoUod.,1, 5, 2. — « Serv. Virg., G., 1, 19; Schol. Stat. Theb., % 382. — » f. 147. •

naissances sur toute la terre. Nous avons \u que, suivant l'hymne homérique , il reçut de Démèter un caractère religieux ; plus tard ce caractère s'étendit par l'introduction d'éléments nouveaux. Triptolème servait, en quelque sorte, de médiateur entre la déesse et les hommes qu'elle veut combler dés biens naturels. Le clos de Rharion, près d'Éleusis, était le lieu où la main du fils de Celée s'était ouverte pour la première fois, et avait laissé tomber des grains d'orge. En conséquence, les Éleusiniens, dans les sacrifices, ne se servaient que de gâteaux faits avec les grains du Rha-

rion V

Diverses traditions nous montrent Triptolème voyageant dans plusieurs provinces grecques, et, suivant les auteurs romains, par toute la terre. En Arcadie, il enseigna à Arcas à préparer le pain et à employer la laine des troupeaux ^. L'Achaïe lui dut l'agriculture et les premières notions de la construction des villes. Aidé d'Eumélos. Triptolème fonda d'abord en ce pays la ville d'Aroë {ville des champs). S'étant un jour endormi auprès d'Anthias, fils d'Eumélos, il vit avec surprise, et en se réveillant, que ce jeune homme était mort : les dieux Tavaient fait tomber du cbdr ma-

' *yoss, /. c, 308, 451 ; Paus., i, 88, 6. — » Paus., 8, 4, 1.

gique sur lequel il était monté, pour avoir \ouIu semer comme le fils de Celée, qui fonda ensuite Authéias et Mésattis '. Gordys, fils de Triptolème, fonda aussi la \ille de Gordcs en Phrygie ^. Ovide fait aller Triptplème en Scythic , auprès du roî Lyncus, qui essaya de le tuer pendant son sommeil, et fut changé en lynx par Cérès ^. Carnabon, roi dos Gètcs, en Mysie, essaya de même de lui nuire, lorsque, moulé sur un char traîné par des dragons, il lui apporta les arts agricoles. Mais il ne put tuer qu'un des dragons. Triptolème parcourut la terre en y répandant la connaissance de Tagriculturc ; puis, ce voyage fini, il revint à Éleuî>is, où le roi Celée voulut le faire périr. La déesse protégea son favori , et força Celée à lui céder la souveraineté. Après avoir donné au pays le nom de son père, Eleusis, il institua les Thesmophories K

A coup sûr, les idées du lecteur se seront singulièrement modifiées ; rejetant la première biographie de Triptolème, il aura compris ce qu'il y a de vicieux dans cette méthode d'arrangement qui ne représente absolument aucune croyance, qui emprunte à tous les âges, à tous les pays, des traits divers pour composer une légende incer-

» Paus., 7, 18, 2. — « Strab., p. 747, 750. — » Ov. Met, e46. ^ * Hyg., 147 ; Serv. Virg., G., 1, 19.

laine, et qui donne comme articles de foi des Grecs les légendes dTIygin et d'Ovide.

PrénDTis encore quelques exemples pour épuiser la matière. Il en résultera pour le lecteur cette conviction, que les travaux mythologiques sont à refaire ab ovo.

§ II. — Titan».

Légende usuelle ; « Fils du Ciel et de la Terre ou Titée, d'où leur est venu le, nom de Titans; les Égyptiens en comptent quarante-cinq, Apollodore treize , Hygin six et Hésiode vingt , en y comprenant les Titanides. Les Titans ies plus célèbres sont : Saturne, Hypérion, Océan, Japet, Cottuset Briarée , auxquels Horace ajoute Typhée , Mimas, Porphyrion, Rhœtus et Encelade, que d'autres mythologues rangent parmi les géants. Ils étaient d^unè taille et d'une force extraordinaires. Us furent traités avec cruauté par Cœlus ou le Ciel, leur père, qui les enferma dans les entrailles de la Terre. Mais leur mère, touchée de leur sort, leur rendit la liberté, et les arma contre leur père. Saturne mutila son père, s'empara du trône* et épousa Rhéa; mais il dévora tous ses enfants mâles , parce qu'il avait appris do l'oracle qu'il serait un jour détrôné par çux, en punition du Irai-

tement qu'il avait fait subir à son père. C'est cette guerre de Saturne et de ses frères, tous comm® lui Titans ou enfants de la Terre, que Ton désigne sous le noùfî de guerre des Titans. Quelques mythologues ifiodernes, faisant de Titan un personnage particulier, frère aîné de Saturne, donnent le nom de Titans à ses enfants, et pensent que la guerre des Titans est celle que ce prince et Ses fils firent à Saturne pour reconquérir le trône qu'ils lui avaient cédé. Quoi-qu'il en soit, la guerre des Titans est très-célèbre dans l'histoire poétique. On la confond souvent avec celle des Géants ; mais il faut observer que les Titans firent la guerre au Ciel ou, selon d'autres, à Saturne, et les seconds à Jupiter * . »

Ce récit ne représente aucunement Timportance des mythes titaniens dans la théogonie de THellade. En voici un lableau plus exact.

Légende réelle : Fils d'Ouranos (le Ciel) et de <ié (la Terre) , frères des Hécatonchires et des Cyclopes. Avant leur naissance, Ouranos avait précipité leurs frères dans le Tartare. La Terre, irritée, engagea les Titans à se révolter contre lui, et arma, à cet effet, Kronos d'une faux de diamant, au moyen de laquelle celui-ci mutHa son père.

* Bouillei^ Dicl. d'ant., s: v. •

Du sang d'Oiiranos naquirent les Erinnyes, les Géants, lesMélies et Aphrodite. Les Titans donnèrent ensuite le trône à Kronos et délivrèrent leurs frères captifs. Le nouveau roi du ciel commença par rejeter les Cyclopes dans leur prison, puis il épousa sa sœur Rhée (ou Ops*). Cependant Ouranos et la Terre lui ayant prédit qu'il serait détrôné par un de ses enfants, il'les avalait à mesure qu'ils venaient au monde. Hestia, Démèter, Héra, Aïdès et Poséidon disparurent ainsi. Rhée parvint à sauver Zeus; Métis fit rendre à Kronos les enfants qu'il avait avalés, et, réuni à eux, Zeus commença une guerre contre son père et contre les Titans. Cette lutte, qui est connue sous le nom de Titanomachie, eut lieu en Thessalie : les Kronides étaient postés sur l'Olympe, et leurs adversaires sur le mont Othrys. Au bout de dix ans, la Terre prédit la victoire à Zeus, s'il appelait à son secours les fils d'Ouranos que Kronos avait précipités dans le Tartare. Zeus ayant tué Kampé , gardienne de leur prison, les délivra. Les Cyclopes donnèrent alors à Zeus l'éclair, le tonnerre et la foudre, à Aïdès un casque magique, et le trident à Poséidon. Vaincus par les Kronides, les Titans furent relégués dans lo Tartare, et mis sous la garde des Hécatoncbires ^,

« Ovid., Met., 9, 497, — » Hés. Theog.

Développements, — Si l'on s'en rapporte à la bibliothèque d'Apollodpre, et à la Théogonie d'Hésiode, telle que nous la possédons aujourd'hui, rien de plus simple que la nomenclature et la généa* logie des Titans. Mais ces données sojit loin de s'accorder avec les légendes transmises jusqu'à nous par les poètes de tout âge, et surtout par les auteurs romains. I^e fait capital du mythe des Titans, leur lutte contre TOlympe, se trouvant reproduit sous des formes diverses dans les écrits des mythologues, il en est résulté une confusion extraordinaire. Les Titans et les Géants sont continuellement pris les uns pour les autres; dans Ovide, CCS derniers, confondus avec les Hécatonchires, sont représentés comme ayant cent bras *. Horace suit la même tradition erronée , et range au nombre des Titans les Géants Mimas , Porphynon, Rhœlus et Encelade ^. Typhée, qui n'appartient nullement à cette famille monstrueuse, est de même compris au milieu d'elle "*. Pour se reconnaître au milieu de cet amalgame de trijfditions, il importe d'adopter Tordre historique, qui, en nous faisant suivre pas à pas les développements de ridée première , nous permettra de concevoir les mutations qu'elle a subies. Avant cependant de

* Met., 1, 151. —« Hor.^ Od. 3, 4, 4^. — ^Ov. Met., 5, 321.

se livrer à cet examen, il importe de remarquer quCj suivant certains mythologues, le mythe des Titans se rapportait à la formation et au développement des productions de k nature sous Tinfluence du ciel, phénomène personnifié sous la forme des Géants. En ce cas , les légendes des Aloades, des Titans, des Géants et des Cyclopcs, élises qui se touchent par un point commun, Ténormité de leur stature, indiqueraient la manifestation de phénomènes identiques, volcaniques sans doute, dans des pays différents. Cette opinion tire une grande vraisemblance de ce fait constant que, dans les auteurs, le lieu du combat, toujours flottant, est spécialeipent indiqué par eux comme se trouvant dans une contrée volcanique. Une autre conjecture , qui n'implique pas la négation de la première, regarde ces mythes divers comme une même légende, localisée dans des pays offrant les mêmes caractères géologiques. On a peine à croire, en- effet, que les luttes d'Ouranos et des Hécatonchires, de Kronos et de ses fils, des Olympiens et des Titans, ainsi que celle des Aloades , et enfin Tescalade des Géants^ soient autant de conceptions parfaitement étrangères l'une à l'autre.

Dans Homère, rien de précis qui constate la lutte des Titans contre Zeus. Le poète semble

avoir oublié cette lutte oflensantc pour la majesté du Dieu suprême, et n'avoir gardé que le souvenir de la défaite des adversaires de l'Olympe *. Les Titans, enfermés.dans le Tartare, ne sont pas désignés nominativement : Tlliade mentionne seulement Japet et Kronos. Quant à leur origine, Homère les désigne implicitement comme fils d'Ouranos, Ouraniones. Il applique aussi ce surnom aux. dieux olympiens ^. Les peuplades fabuleuses , identifiées par les poètes romains avec les Titans, n'ont rien qui les rattache à ce peuple : rhécatonchire Briarée, géant marin, prête son secours à Zeus contre les dieux olympiens, et non contre les Ouranides ^, et ses frères ne figurent nullement. Quant ^ux Géants et aux Gyclopes, ils n'ont aucun caractère divin, et ne s'éloignent de l'homme que par une conformation particulière. Ennemis, de Zeus, on ne les voit j)as combattre contre lui. Il est seulement dit que les dieux, irrités de la perversité des premiers, les firent périr *. Â côté de ces peuplades gigantesques s'en dresse une troisième , celle des Âloades , qui entreprirent d'escalader les cieux, et entassèrent Pélion sur Ossa. Ils furent tués par Apollon ^.

» U. 14, 279; 8, 479.— «Id. 6, 898.— Md. !> 401— ♦ Odyss., 7, 59; 10, 120. -i-» Id. 11,805.

Dans Hésiode, ainsi que nous l'avons vit, la famille des Titans se complique et s'harmonise. Les Titans proprement dits sont au nombre de dou2e: Océan , Cœos , Krios, Hypéfîon , Japet, Kronos, Théia, Rhée, Thémis, Mnémosyne, Phœbé, Téthys. Ce passage de la Théogonie est contraire en quelques points aux données de l'Iliade. En effet, dans ce poème, l'Océan, loin d'être né d'un dieu, est la source de tout ^ . Cœos , Krios , Mnémosyne, Phœbé ne sont pas nommés, non plus que Théia, qui, dans l'hymne homérique au Soleil, est remplacée par Euryphaessa 2. Enfin, Rhée, Thémis et Téthys figurent sans indication d'origine. On soupçonne même d'infetpolation les deux passages de l'Iliade où se trouve le nom de la première ^.

Les autres Titans * sont : 1** les Hécatonchires, parmi lesquels nous retrouvons le Briarée d'Homère, assisté de deux frères : Kottos et Gyès; 2** les Cyclopes titaniques.'Ils ne forment plus un peuple humain comme dans Homère ^, mais une triade divine, personnifiant les effets de la foudre. Leurs noms sont les suivants : Argès, Stéropès, Brontès. De même, les Géants, nés, suivant Hésiode, du sang de Kronos, se changent de peuplade hu-

* n. 14, 201, 302. — «Bymn. Hom. in Soi., 4. — » n. 14, 204 ; 15, 187. — * Hés. Théog., Ç17. — » Odyss., G, 5.

maine en êtres divins. C*est ici le lieu , à Toccasion de cette déformation des légendes primitives, de mentionner une tradition suivant laquelle un ancien peuple, souche du genre humain, portait ce nom de Titans. Il habitait Gnosse, et, hostile à Zeus , fut mis en fuite par le son c^e la flûte de Pan *. On serait autorisé à accorder, d'après la transformation subie par les Cyclopes et les Géants dans Hésiode, que ce mythe d'un peuple titanique est antérieur à tous les mythes uraniens. Mais on se gardera d'une conclusion précipitée en remarquant que , postérieurement à Hésiode , les Gyclopes subirent une nouvelle transformation , et redevinrent une peuplade occupée soit de travaux de forges, comme les Gyclopes vulcaniens, imaginés d'après les données d'Homère et d'Hésiode , et qui portent en partie les mêmes noms que les Titans, soit de constructions gigantesques.

Quant aux autres personnages nés du sang de Kronos, ce sont, suivant Hésiode, Aphrodite, les Erinnyes et les Mélies. La première est, dans Homère, fille de Zeus et de Dione ^ ; les secondes n'ont aucune origine déterminée, et les Mélies ne sont pas mentionnées. Ici finissent les Titans propre-

1 Kratosth. Kat., 27 ; Lobeck, Agi., p. 763. — « U. 20, 105.

ment dits ; mais, ainsi que nous Façons déjà fait remarquer, ce nom, qui dans l'origine parait n'avoir été appliqué qu'au troisième groupe des fils d'Ouranos et de la Terre, est donné abusivementy soit à des divinités, telles que DémèterS Phorcys^, Hécate *, Léto *, Hélios, Séléné '; soit à des êtres semi-divins, Prométhée ^, Pyrrha "^^ Circé ^ ; il en résulte que, sous le nom de Titans, la mythologie syncroliste des derniei^ âges était arrivée à comprendre : l"" lesOnranides, dont nous avons donné la nomenclature; 2" les Pontides, Nérée, Thaumas, Phorcys, Célo; 3* les Kronides, Hestia, Démèter, Âïdès, Poséidon, Zeus, Héra ; 4'' les Océanides ; S"" les enfants de Cceos , Léto et Astérie ; 6** les enfants de Krios , Astrée, Pallas, Perses; 7* les Perséides; 8* les Hypérionides; O"" lesHéliades; 10* tes Japétides; 11'' les Néréides; IS"" les Thaumantides , Iris, les Harpyes ; 13** les Phorcydes.

Mais il faut se garder de croire que cette im^ mense famille fût acceptée avec cette régularité systématique par les croyances populaires et <lans les écrivains. La plus grande partie des membres qui la composaient avaient jusqu'à deux ou trois

4 Clfem Alex. Homil. C, 2.—* ApoUod., 1, 1, 3.— s Hes.Theog., 424. — * Ov. Met., 6, 346. — » Serv. Virg., A., 4, 119; 6, 725; Tibull., 4, 1, 50 ; SchoL Apoll. A., 4 , 54 ; Ov. Fast., 1, 617. — « Hes. Theog.,424. — 't Ov. Met., 1, 395, — » Id., ib., 14, 882.

généalogies, toutes aussi populaires les unes que les autres.

Nous avons essayé de montrer comment la fa* mille des Titans, à peine indiquée dans Homère, s*était successivement étendue et transformée sous l'influence d'idées diverses , jusqu'à former Timmense nomenclature qui nous a été conservée par ApoUodore, sans cependant que cette nomenclature fût adoptée, d'une manièro générale par les Grecs et par les Romains. 11 nous reste à parler do quelques traditions insolites, en opposition avec la croyance vulgaire , dont les dissidences n'allaient pas jusqu'à entamer le noyau primitif.

Suivant Apollonius de Rhodes et Tzetzès, les Titans étaient gouvernés , avant le règne de Kronos, par Ophion et par Eurymédon '• Etienne de Byzance^ donne aux Uranides les noms suivants : Adanos, Ostasos, Andes, Kronos, Rhée , Japet, Olymbros. Pausanias parle d'un Titan, nommé Anylos, qui éleva la Perscphone arcadienne ^. Enfin, les . Orphiques dénaturent complètement la tradition vulgaire , par le mélange d'idées empruntées à la coi« mogonie phénicienne. Selon eux , le premier

* ApoU. A., 1, 503. — * StcpU. Byz. s, r. Adana. — > Paus., 8, 37, 3.

être s'appelait Protogonos. Sa fille, Rhée, épousa Kronos, et d'elle naquirent Gé, Ouranos, Pontos , les Vents , tous les dieux et tous les hommes. Zeûs eut d'elle Perséphone *. Dionysos Zagreus, fils de celle-ci, fut déchiré par les Titans^.

Quant à la confusion des Titans et des Géants dans les poètes latins, et surtout dans Horace et Ovide, elle est trop évidente pour qu'on la mentionne comme une divergence de traditions. Nous avons dit quelques mots de la similitude qu'offraient ces deux familles : le mythe de la seconde paraît calqué sur celui de la première , avec cette différence qu'il s'y est mêlé un reflet des données homériques. Les Géants sont détruits par les dieux à cause de leurs crimes, c'est le fait principal mentionné dans l'Odyssée. Dans Hésiode, ils revêtent une origine divine '. De là à conclure une attaque contre l'Olympe tentée aussi par les Aloades, et dans le même lieu que celle des Géants, il n'y avait pas loin. D'ailleurs ils se confondent peu à peu avec les anciens adversaires de Kronos. Comme aux Hécatonchires, Hygin leur donne Gé pour mère ^ ; comme aux Hécatonchires , Ovide leur attribue cent bras^. Ils n'ont pas de

* Orph. H., 1^. — 2 Tzetz. L^k., 355. — » Hes. Theog., J85. — * Hyg. Prœf., p. 1. — » Met., i, 151.

pieds: rexlrémité cle leur corps est piseiforme *, sans dou(e par suite d'une confusion entre eux et les mêmes Hécatonchires : on se rappelle que dans Homère, Briarée a la mer pour demeure ^, Comme il fallait cependant leur donner la faculté de se mouvoir sur la terre, puisque leur attaque a lieu principalement dans des réglons montagneuses, on leur attribua des ailes. Il est inutile de pousser plus loin cet examen. Seulement on n'aura plus lieu de s'étonner de voir Virgile ^ et Callimaque * compter au nombre des Géants le Titan (Cy*clope ^) Briarée, et Hygin commettre grossièrement la même faute au sujet de Japet et de Phorcys ^. Les mêmes aberrations sont répétées dans Horace et. dans Ovrde à propos de Riphée, d'Encelade, de Mimas, de Typhon, etc.

§ m. — Cyclopcs.

Légende usueUe : « Race de Géants monstrueux, fils du Ciel et de la Terre; ils n'avaient qu'un œil, de forme ronde, au milieu du front. Hésiode n'en compte que trois : Argès, Brontès et Stéropès. Mais, selon d'autres mythologues, on en

i Ov. Tr. 4, 7, 17. — « IL 1, 402. — « ^n. 10, 567. — * Hymn. in Del., 141. — » Schol. Theokr., 1, 65. — « Hyg. Praef.

compte plus de cent. Au temps d'Ulysse, Polyphème était leur roi. Ils habitaient les contrées occidentales de la Sicile. Gomme ils avaient des mœurs grossières, les poètes en ont fait des anthropophages.

<c On a cru qu'ils n'avaient qu'un œil parce qu'ils portaient un casque au milieu duquel était un trou qui servait de visière. Les Cyclopes étaient les forçerons de Vulcain, et travaillaient avec lui dans les gouffres de l'Etna. Le bouclier de Pluton, le trident de Neptune et les foudres de Jupiter étaient leur ouvrage. On leur attribue aussi la construction des plus fortes citadelles de l'antiquité. Les Cyclopes furent mis au rang des dieux : ils avaient à Corinthè un temple où on leur offrait des sacrifices. Apollon les perça de ses flèches pour venger la mort de son fils Esculape, tué d'un coup de foudre *. »

Légende réelle : Cyclopes, littéralement, qui ont un œil rond. Il faut distinguer :

%, V Les Cyclopes homériques, peuple de pasteurs anthropophages, caractérisés par leurs formes gigantesques et repoussantes, leur œil unique , leur vie sauvage et leur férocité. Us habitaient le. sud-r ouest de la Sicile, région dont ils s'emparèrent

' Bouillet, Dict. d^ant. s. v.

après avoir chassé leurs \oisins les Phéacîens •. Les auteurs postérieurs les supposaient avoir habité la côte du sud-est près de TEtna, aux environs de Léontium \ C'est pourquoi plusieurs poêles appelaient la côte de Sicile : Cyclopia saxa^ les rochers des Cyclopes '.

Les Cyclopes ne connaissaient pas Tagriculture; le sol leur fournissait de lui-même le froment, l'orge et le raisin. N'étant pas, liés par une loi commune, ils ne se réunissaient point dans des assemblées y mais chacun vivait isolé dans une caverne ou dans quelque gorge de montagne , où il gouvernait sa famille avec un pouvoir patriarcal et arbitraire. Us connaissaient la navigation, bien qu'ils ne Texcrçassent pas. Ils ne craignaient pas les dieux, et n'étaient pas servU teur& de Zeus *. Dans la tradition homérique, le représentant de ces Géants est Polyphèmel Le sujet du drame satirique d'Euripide , intitulé le CydopCy est tiré, à quelques modifications près, de la fable relative aux aventures d'Odysseus avec ce Géant.

2° Les Cyclopes-Titans, fils d'Uranus et de la Terre, foudres personnifiés, et serviteurs de Zeus. Ils étaient au nombre de trois :Argès, TEcIair;

» Odyss.^ ê, 5. — « Strab., p. SMfc Pomp. Mêla, 8, 7. — » Virç. <JEn., 1, 201 ; TibuU., 4, 1, 56,— * Odyss. passim.

Sléropès OH Astcropès , ou Astropaeos , la Foudre ; et Broutes, le Tonnerre. Ouranos les mit aux fers, et les précipita dans le Tartare. La Terre, irritée contre ce dieu, excita' à la révolte les autres Titans, qui détrônèrent leur père, délivrèrent leurs frères, et mirent Kronos sur le trône. Mais celui-ci enchaîna de nouveau les Cyclopes, et les enferma dans le Tartare, où ils furent gardés par le monstre Kampé. Plus tard, lorsque Zeus se fut révolté contre Kronos; et contre les autres Titans, la Terre lui prédit qu'il sortirait victorieux de celte lutte , qui avait déjà duré dix ans, s'il appelait les Cyclopes à son secours- Après avoir tué leur gardienne Kampé, Zeus brisa les fers des Cyclopes, qui, en récompense, lui donnèrent le tonnerre, la foudre et Téclair, un casque à Aïdès et un trident à Poséidon. Les Cyclopes périrent sous les. traits d'Apollon, pour avoir forgé la foudre avec laquelle Zeus avait tué Asklépios ^

3° Les Cyclopes, ouvriers forgerons d'Héphœstos. Les anciens regardaient les volcans comme les forges de ce dieu ; tel était surtout, d'après la tradition , lé mont Etna, en Sicile : le mythe postérieur a confondu la fable homérique , qui

* Hés. Thcog., J39, 503; Apollod.;i, 1, 2; 3, 10, 4; Schol. ^sch. Prom. 921 ; Ov. Met. 1, 259.

supposait les Gyclopes en Sicile , avec celles des forges d'Hépbœslos au fond de TËtna. De cett^ confusion des Gyclopes homériques et des Titans, se forma la fable d'une autre race de Gyclopes^ analogue à celle des forgerons des foudres de Zeus. Us étaient représentés comme des ouvriers travaillant Tairain pour les dieux et les héros , avec tant de force, qu'ils ébranlaient la Sicile et les îles voisines ^ Venus de la côte occidentale de la Trinacrie au fond du mont Etna, ou aux îles Lipari '\ résidence d'Héphœslos , ils étaient plus nombreux que les Titans , dont ils avaient en partie emprunté les noms, tels que Stéropès. Broutes; d'autres s'appelaient : Pyracmôn, de 5/fi«v, enclume^ et yrOp, /eti, et Acamas, in/iitigabïe.

4** Les Gyclopes constructeurs , peuple de Thi^ace, très-habile dans l'art de construire, ainsi nommés de leur roi Gyclops. Expulsés de leur pays, ils se répandirent en Grète et en Lycie. De là ils suivirent Prœlos, pour ceindre ses villes de leurs murs gigantesques, et fortifièrent la citadelle de Tyrinlhe ou de Mycènes "\ La tradition leur attribue la construction de ces anciens murs dits

1 Virg. Georg., 4, 170;Kallim. H. in Dian., 56. — « ^n. 8, 422, 440; Claud. r. Pros., 2, 173; Kallim., loc. cit. — ^ Strab., p. 273; ApoU., 2, 2, 1; Paus., 2, 16, 4; Schol. Eur. 0r./953; PUd., 7, 66, 67.

cyclopéens^ bàlis de masses énormes de pierres brutes et irrégulières, ayant souvent vingt à trente pieds de largeur. Une partie de ces ouvrages ont subsisté jusqu'à nos jours; en les trouve surtout dansTArgolide, ainsi qu'en Arcadie et dans les contrées montagneuse!^ de l'ancien Latium. La fable qui attribue ces murs aux Cyclôpes n'a aucune base historique ou géographique *. Il paraît qu'elle ne fut inventée que pour expliquer le mot cyclopceriy qui était devenu proverbial et synonyme de tout ce qui est gigantesque. Aussi Homère, en parlant des murs de Tjrinthe, ne fait-il nullement mention des Cyclôpes ^. Plus tard on admira celte architecture prodigieuse des anciens, et compirant ces masses de pierres avec celle que le cyclope Polyphème avait mise devant Tenlrée de sa caverne, on les appela cyclopéennes '.

§ IV. — Philoctètc.

Légende usuelle : « Un des héros les plus célèbres de son temps, était fils de Pœart. 11 fut fidèle compagnon d'Hercule, qui, en mourant, lui laissa ses flèches. Il s'était engagé par serment à ne ja-

> Jacobi, Myth. Wortcrb. s. v. Kykl. — • IL, ï, S59. — 3 Schol. Stat. Thcb., t, 251, 630; Serv. Virg. ^n. 6, 636.

mais découvrir le lieu où il avait dépose le corps de ce héros. Mais les Grecs, sur le point de partir pour le siège de Troie, ayant appris de l'oracle de Delphes que, pour se rendre maitres de cette ville, il fallait qu'ils fussent en possession des flèches d'Hereule, envoyèrent des députés à Philoctète pour apprendre en quel lieu elles étaient cachées. Philoctète les avait enfermées avec lecorps d'Hercule; mais ne voulant, ni violer le serment , ni priver les Grecs de l'avantage que devaient leur procurer ces flèches, il leur montra avec le pied, après quelque résistance, le lieu où il avait inhumé Hercule, avoua qu'il avait ses armes en son pouvoir, et consentit à aller à Troie. Il y conduisit sept vaisseaux qui portaient ceux de Méthone, de Thaumacie, de Mélibée et d'Olyzon.

a L'indiscrétion de Philoctète lui coûta cher dans la suite; car, dans le temps qu'il allait à Troie y une de ses flèches lui étant tombée sur le même pied avec lequel il avait montré le lieu de la sépulture d'Hercule, il s'y forma un ulcère qui répandait une odeur si fétide, qu'à la sollicitation d'Ulysse on l'abandonna seul dans l'ile de Lemnos, où il souffrit dix ans tous les maux et toutes les douleurs que l'auteur de Télémaque a si bien décrits d'après Sophocle et Ovide. Une caverne lui servait de demeure ; une fontaine fournissait à sa

boisson, et il se nourrissait des oiseaux qu'il abatlait avec ses flèches. Cependant, après la mort d'Achille, les Grecs voyant qu'il était impossible de prendre la ville sans les flèches que Philoctète avait emportées avec lui à Lemnos, Ulysse, quoiqu'ennemi mortel de ce héros, se chargea -de l'aller chercher et de le ramener. Il se fit accompagner de Néoptolènie ou Pyrrhus, fils d'Achille, qui n'avait en rien trempé dans le crime des Grecs. Mais Philoctète, qui gardait un ressentiment profond des mauvais traitements qu'il avait reçus des Grecs, et'd'Ulysse en particulier, refusa d'-aller à Troie, et pria Pyrrhus de le transporter à Mélibée sa patrie. Au moment de son départ l'ombre d'Hercule lui apparat, et lui ordonna de se rendre au camp des Grecs, où il serait guéri de sa blessure , et mettrait fin à la guerre, Philoctète obéit. Après avoir été guéri par Esculape, ou: selon quelques-uns par Machaon et Podalire, il prit part au combat, et tua, avec les armes d'Hercule, un grand nombre de Troyens. Ce voyage et cette négociation font le sujet d'une tragédie de Sophocle, une des plus belles que l'antiquité nous ait transmises. .

(( Paris lui fit demander un combat singulier ; le héros grec le blessa mortellement d'une de ses flèches. Après la prise de Troie il ne voulut pas

retourner dans son pays, soit, selon quelques mythologues, parce que soir ulcère n'était point encore guéri , soit parce que son père était mort, soit pour ne pas se retrou\er dans les lieux où il ayait vu mourir Hercule son ami, et alla dans la Calabrc, où il bâtit la \ille de Pélilie, et fut enfin guéri par les soins de Machaon, comme nous Tapprebons de Properce et d'Ovide. On lui attribue aussr la fondation de Thurium.

te Philoclète avait été un des plus fameux Argonautes, et, comme il survécut longtemps à la prise de Troie, c'est une preuve de In proximité de ces deux événements. Homère dit que Philoctète était le plus adroit de tous les Grecs à tirer de l'arc *. »

Légende réelle : Philoclète, guerrier grec, célèbre par sa valeur et par son habileté à tirer de Tare, était fils de Pœas et de Démonassa ^. Lorsque ràrmée des Atrides s'assembla dans le port d'Aulis, Philoctète y amena sur sept vaisseaux les guerriers de Méthone, de Thaumacic, de Mélibée et d'Ôlizone. Mordu par un serpent durant la tra« versée , il fut jeté à Lemnos par ses compagnons d'armes, et Médon, fils d'OïIée, prit le commandement de son corps. Plus tard, il revint heureu-

* Bouillet, Dicl. d'ant., ^. r. — « Hora. Odyss., 3, 190; 8,

scmcnt dans sa pairie \. Homère ne dit rien de plus sut ce héros, dont le mythe a été singulièrement embelli et modifié par les poètes postérieurs et les mylhographes de tout âge. Nous allons Texposer conformément à leurs récits, en conservant soigneusement les divergences des traditions.

I. PhiloCtète, ami d'Héraclès, qui lui enseigna à tirer de l'arc, hérita, après la mort de son maître, de ses flèches empoisonnées ^. Il prit part à Texpédition des Argonautes ',^et, en sa qualité de prétendant d'Hélène , à la guerre de Troie *. Pendant la traversée, il fut mordu par un serpent, à Chrysa, à Lemnos, à Ténédos-ou à Imbros ^. — a. Héra, irritée contre lui de ce qu'il avait préparé le bûcher d'Héraclès, envoya ce serpent pour le punir ^. — b. Quand les Grecs partirent pour Troie ,^ il leur avait été prédit- que, s'ils ne trouvaient l'autel de la nymphe Chrysa, ou d'Athéné Chrysa^ dans l'île de ce nom, et s'ils n'y offraient un sacrifice, ils ne pourraient s'emparer d'Uion : Philoctète, en découvrant cet autel, fut blessé au pied par le.sei*pent qui le gardait. Tzetzès dit que ce fut pour avoir méprisé l'amour de Chrysa ^.

1 n. 2, 716; Od. 3, 190. — « Philost. Hcr., 5. — » Hyg., f. 102. — * Apollod., 3, 10, 8. — » Eustath., p.-829. -*• Hyg., loc. cit. — "^ Soph. Phil., 1327; Tzelz. Lyk., 911.

— c. C'est, non pas dans Tile de Chrysa , mais en contemplant le tombeau de Troïlos dans le temple d'Apollon Thymbrée % ou pendant un sacrifice offertà Apollon Srainthce-parPalamède^, ou dans un fcslin à Téncdos \ ou encore pour avoir indique à ses compagnons, conlrairemenl à ses promesses, le lieu de la sépulture d'Héraclès, que Philoclètc fut blessé *. — cl. La blessure dont il souffrit si longtemps fut, non pas une morsure de serpent, mais la punition de son parjure : un jour qu'il maniait les fameuses ûècbcs, il s'en laissai tomber une sur le pied, et le poison eut bientôt \icié tout son sang ^.

II. Forcés de se tenir à l'écart, et ne pouvant offrir aux dieux ni libations ni sacrifices, car Philoctète remplissait le camp de gémissements et d'imprécations sauvages, les Grecs, par le conseil d'Odysseus et sur l'ordre des Atridcs ^, déposèrent le malheureux blessé dans k terre de Lemnos, île inhabitée, où il pourvut à sa misérable vie en perçant les oiseaux de ses flèches. Il vécut ainsi durant neuf ans; la dixième année du siège, un oracle ayant déclaré que Troie ne pouvait être prise sans les flèches d'Héraclès, Odysseus et Dio-

» Meurs, ad Lyk. Càss., 912. — « DicL, 2, 14.'— 8 Bibl. der Alt. liU. u, Kunst., 1, 23. — * Philost., /. c. — » Scrv. Yirg. ^u., 3, 402. — « Ov. Met, 13, «15.

mède (ou Odysseus el Néoplolème *) se rendirent à Lemnos, auprès de Philoctète, qui les suivit, soit volontairement 2, soit sur Tordre d'Héraelès ^. Arrivés à Uion, Apollon le plongea dans un profond sommeil, pendant lequel Machaon le guérit *.

Cette partie du mythe présente diverses variantes, On l'abandonna, dit-on, à Lemnos, parce que les prêtres d*Héphaestos, qui habitaient cette île, savaient guérir la morsure des serpents ^; Pylios, fils d'Héphœstos, lui rendit la santé ^. Photius rapporte qu'il mourut de sa blessure ^. D'autres traditions, analogues à celle-ci en ce qu'elles représentent l'ile de Lemnos comme habitée, dérivent sans doute de la donnée suivie par Eschyle et Euripide, qui, dans leur Philoctète y aujourd'hui perdu, avaient composé le chœur d'habitants de Lemnos. Ainsi, d'après Hygin, Phimacus, berger d'Actor, roi de l'île, pourvut à la subsistance du fils.de Pœas ^. Philostrate s'écarte encore davantage du récit primitif : selon lui, Philoctète, guéri par les médecins lemniens qui pansèrent sa blessure avec de la terre sigillée, mena Eunée et quelques Mélibéens, qui étaient venus à terre avec lui, a la conquête des îles voisines de Lemnos, et

1 Soph. Phil.; Hyg., f. 102. — « Pind., P. i, 96. — » Soph., /. c. — * Tzetz. Ljk., 911. — « Eustath., p. 330, 13. — « Ptolem. Heph., 6.-7 Phot., p. 486. -- » Hyg., /. c.

reçut pour récompense ime partie de Lemnos même, qu*il nomma Acésa (de àxiofxai, guérir). Ensuite il alla à Troie, avec Diomède et Néoptolème ^ On rapporte que Toracle fut rendu par Hélénos ^ ou par Calchas ^; et que le blessé dut sa guérison à Podalire *, aux deux fils d'Asclépios ou à Asclépios lui-même '.

Une fois devant Ilion, Philoctète tua Paris d'un coup de flèche , et amena ainsi la chute de la ville ®. Les vents contraires ne lui permirent pas de revenir en paix dans sa patrie ; jeté sur la côte d'Italie, il y fonda les villes de Pétélie et de Crimissa, et bâtit, dans cette dernière, un temple en l'honneur d'Apollon Alœos,- auquel il consacra son arc ^. Il périt dans un combat contre les Rhodiens. On voyait son tombeau u Macalla, où il avait un autel honoré par des sacrifices annuels *.

§ y. — Les Vents.

Légende usuelle : « Divinités poétiques, enfants du Ciel et de la Terre ou, seton d'autres, d'Astrée

« Phil. Hcr., 5. — « Tzetz , i. c. — s Phil., /. c; Quint. Sm., 9, SÎ5. — * Ib., 10, 180. — 5 Soph. Phil., 133; Philost., /. c. — « Soph. Phil., 1426; Apoll., 3, 12, 6; Hyg., f. 112. — ■ï Strab., 6, p. 254; Tzetz. Lyk., 911; Scrv. Yirg. A., 3, 402. — 8 Tzetz., /. c.

(Astraeus) et d'Héribée. Hésiode les fait fils des trois géants Typhée, Astrée et Héribée, à Texceplion des vents favorables , Notus , Borée et Zépbire, qu'il fait enfants des dieux. Les anciens, et particulièrement les Athéniens, rendaient un culte aux vents et les révéraient comme les dieux des orages et des tremblements de terre. Les Lacédémoniens leur immolaient un cheval.

« On reconnaissait quatre principaux vents, FEurus, ou vent du sud-est, représenté sous les traits d'un jeune homme qui fuit, avec la plus grande impétuosité ; l'Auster, ou le vent du midi, représenté sous la figure d'un vieillard triste, et le frontenvironné de nuages; Zéphire, époux de Flore, jeune homme doux et couronné de fleurs ; Borée, ou le vent du nord, père de la pluie et de la grêle, de la neige et des tempêtes. On adorait aussi Solanus, père des fruits; l'Africus ou le nord -est. Quelques mythologistes établissent le séjour des vents dans les îles Eoliennes, et leur donnent pour roi Eole, qui les tient enchaînés dans de profondes cavernes * . »

Légende réelle : Les vents sont déjà personnifiés dans Homère, qui, tout en les symbolisant, les représente en même temps comme dos phénoniènes

1 JBouillet^ Dict. d'ant., 9, v.

naturiels, ainsi qu il ]6 faii» par exemple, à propos du Xanthe, auquel il donne^ dans Tentretien de ce fleme avec Achille, l'épithète de Fleuve aux vastes abîmes *. L'Iliade et TOdyssée s'accordent à ne mentionner, du moins nominalement, que quatre vents: Borée, vent du nord; Zépbire, vent du sud; Euros, vent de Test; Notes, vent de Touest ; et les accolent.presque toujours par paires, unissant le premier au second, et le troisième au dernier ^. Bien que ces vents puissent être favorables dans telle circonstance particulière, et principalement par une impulsion étrangère, leur nature est en général nuilfaisante : ainsi Homère se plait à les dépeindre comme faisant crever les nuages d*oii tombent la pluie et la grêle, bouleversant la mer et soulevant des montagnes de flots. Le Zépbire n a presque jamais de son propre mouvement, dans les deux poèmes homériques, ce caractère bienfaisant qui lui est attribué plus tard. Compagnon de Torageux Borée, il aime comme lui à troubler les airs et est presque toujours désigné par répithète d'impétueux ^. Il en résulte qu'on ne sait pas bien, si, par ce complétif : et les autres vents orageux (xal âxx&>v ça;^ô)v àvi^v), ajouté usuellement au nom de Borée dans Ho-

* Hom., n., 21, lae.— * Vokker, Hom. Geogr., p. 76.— ' II., passim.

mère, il faut entendre les trois vents désignés nominativement, ou d'autres vents indéterminés. Un passage de l'Odyssée semble ne pas laisser place à cette dernière opinion : c< Les vents emportent le radeau de tous côtés. Tantôt le vent du midi le laisse à l'Aquilon, et tantôt le veut d'orient le cède au Zéphire *. »

Ces divinités sont d'ailleurs tout à fait subalternes. Zeus et les autres dieux les calment, les dirigent à leur gré , et exercent sur eux une continuelle influence ^. Ces données sont communes à l'Iliade et à l'Odyssée. Mais les deux poèmes ne s'accordent pas quant au séjour des vents. Le premier les fait résider en Thrace, ou du moins dans cette latitude : Iris, se rendant auprès d'eux pour complaire à Achille, traversera mer de Thrace et les trouve assis à un festin dans les antres spacieux de Zéphire. A sa prière, Borée et Zéphire viennent embraser le bûcher de Patrocle et retournent dans leur demeure (0ÎXOV&), en franchissant IHellespont. Dans un autre passage de l'Iliade, il est dit que ces mêmes vents soufflent de la Thrace {®pr,Y.r,Btv) ^. . L'Odyssée, tout en. se conformant, en certains lieux, aux données que nous venons d'exposer,

* Odyss., 5, 278. — « II. 12, 281 ; Ody.ss., 4:2, 149; 7, 266. — » U. 23, 195.

précise ces notions vagues, et, par une contradiction singulière, soumet les venls au pouvoir d'un roi. Suivant ce poëme, ils résidaient dans l'île d'Éolie, sous la domination d'ÉoIe, fils d'Hippotas; qui n'a rien de divin, mais qui, aimé de Zeus, reçut de lui la garde des vents, en sorte qu'il est Biaiire de les retenir ou de les lâcher comme il lui plaît ^ L'île d'Éolie, ceinte tout autour d'une forte muraille d'airain, dit Homère, et bordée en dehors de roches escarpées, est sans doute identique avec celle deProconnèse, ou se trouvait auprès, dans la pensée du poëte. Du reste, celte souveraineté d'Éolè sur les vents n'a aucune valeur, suivant Homère Jui-méme : il n'exerce qu'une fois son pouvoir dans tout le poëme, à chaque- page duquel on voit Zeus , Poséidon , Athéné, et même Circé et Calypso ^, envoyer des vents favorables ou les déchaîner contre les vaisseaux d'Odysseus. De plus, les venls n'ont presque plus de caractère ^ntané, et figurent rarement comme phénomènes naturels.

En ajoutant à ces données que Zéphire fut père de Balius et de Xanthe ^, et qu'Éole rendit fécoudes les cavales d'Erichlhonius *, on aura l'ensemble des traditions homérique^ sur les vents.

* Odys., 10, 21. — « n. 12, 281; Odyss., 12, 149; 7, 266. — » n., 16, 150. — * n. 20, 220.

Postérieurement, on précisa de plus en plus l'être des vents. Dans HésiDde, ils sont nés d'Asirée et d'Eos ou de Typhon * : les premiers sont les vents favorables , Notes, Borée, Argestès et Zéphire; Typlice, vent funeste, est du nombre des derniers. Leur séjour est eu Thrace*- De là, la tradition qui faisait de Borée un fî!g du Slrymon -. Postérieurement encore, on les plaça dans les îles Lipari '. Leur nombre s'agrandit d'ailleurs considérablement de très-bonne heure. Arislote, dans sa table des vents, les nomme : Borée (Aparctias), Mésès , Cœcias , Apéliotès , Euros , Phœnicias , Notos, Libs, Zéphire, Argestès (Olympias, Sciron), Thrascias *. Une autre table, reproduite dans le musée Pio-Clémcnlin, les. classe ainsi : Aquilon, Borée, Vulturne, Cœcias, Solanus, Aphéliotès; Eurus, Euroaustcr, Euronolus; Austroafricus, Libonotus; Afiicus; Libo; Favonius, Zéphyrus ; Chorus, Japyx; Circius, Thracias; Septentrion, Apartias ^. Dans les Orphiques, les vents sont fils de Rhée \

1 Hcs. Thcog., 378, 869. — ^ Schol. ApoU. A., 1, 212. — 3 Virg. yEn., 1, 52. — * Mcteor., 2, 6. — » Goltling ad Hcs., p. a9. — eOrph. H. 13.

§ VF. — Phénix.

Légende umeïle : a. Oiseau fabuleux dont les Egyptiens avaient fait une divinité. Ils le représentaient grand et fier comme un aigle, ime houppe de pourpre sur la tête, les plumes couleur de pourpre et d*or, les yeux étincelants comme des étoiles. Il habitait les déserts de l'Arabie , cl y vivait de cinq à six cents ans. Lorsqu'il voyait sa fin approcher^ il se formait un bûcher de bois et de gomme aromatiques, sur lequel il se consu-* mait. De la moelle de ses os naissait un ver, d'où bientôt se formait un autre Phénix. Les premiers soins du fils étaient de rendre à son pfîre les honneurs de la sépulture , et de transporter son corps enduit de myrrhe à Héliopolis, dans le temple du Soleil. Il est à croire que le Phénix n'était qu'un symbole de l'immortalité de l'âme et de la résurrection, inventé'par les prêtres égyptiens-*. »

Légende réelle : Oisçau fabuleux qui, suivant les Egyptiens, venait tous les cinq cents ans d'Arabie à Héliopolis poiu* rendre les derniers devoirs à son père, qu'il embaumait dans la myrrhe. Il était semblable à un aigle , et ses plumes jetaient des

* Bouillct; Dict. iranl., s, v.

reflets de pourpre et d'or * . On rapporte encore sur lui diverses traditions, -—a. Quand le Phénix sentait approcher la fin de sa vie, il se construisait en Arabie un nid, auquel il 'comnruniqaait la faculté génératrice, et d'où sortait bientôt un jeune Phénix qui brûlait son père sur l'autel du Soleil *. — b. Oiseau indien qui, après avoir atteint Tâge de cinq cents ou de quatorze cent soixante et un ans, se brûlait lui-même^. — • c. 11 n'y avait jamais en même temps qu'un seul Phénix, lequel se formait un- nid de plantes aromatiques. De son cadavre sortait un ver- que la chaleur fécondante des rayons du soleil transformait bientôt en un oiseau splendide. Chaque Phénix venait mourir en Egypte au bout de sept mille -six ans *. — d. Quand le Phénix, a vécu cinq cents ans, il se construit un bûcher aromatique, se place dessus et meurt. Mais du cadavre putréfié sort bientôt le même oiseau rajeuni, qui, saisissant les os , les porte embaumés dans la myrrhe à Héliopolis, où il les brûle *. — e. Son nid est aux sources du Nil. Au moment de mourir pour bientôt renaître, il entonne comme le cygne un chant de mort ^.

1 Herodol., 2, 73. — * Tacil. Ann., 6, 28. — » Lucian. de M. Per. «7. — * Tzetz. Chil., 5, 397; Piin., 10, 2; Ov. Met., 15, 392. — * Porap. Mel., 3, 8; Stat. Silv., 2, 4, 36. — « Philoslr. V. A., 3, 49.

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