I. — Introduction
Le Spirifer Vemeuili oa disjunctus est un des fossiles les plus communs du dévonien supérieur. II s*y présente avec une abondance dUndividus et une multiplicité de formes, qui laissent loin derrière elles ce qui existe pour les autres espèces. J'ai cru qu'il serait utile de comparer ces formes et de définir les limites qui séparent le Spirifer Vemeuili des espèces voisines. Il était également intéressant d'examiner si les diverses formes, qui sont plus ou moins voisines du Spirifer Vemeuili et qui ont reçu des noms spéciaux, sont réellement des espèces distinctes ou si elles ne sont que des variétés.
Laissant de côté la question théorique de savoir en quoi une espèce se distingue d*nne variété, on peut ad'mettre que quand deux formes distinctes passent de l'une à l'autre par une foule de gradations insensibles, telles qu'on ne peut pas dire où commence Tune et où finit Tautre, il y a avantage à les laisser dans la môme espèce. Néanmoins, il peut être utile de les décrire et de les dénommer par un nom spécial. On a critiqué les noms de variétés par la raison quMls compliquent la nomenclature et qu'ils obligent la mémoire à retenir trois noms au lieu de deux. C'est en effet un léger inconvénient et toutes les fois qu'une espèce est assez homogène, il est préférable de ne pas la diviser en variétés. Mais il est des espèces, telles que le Spirifer Vemeuili^ où les formes sont si variées qu'il est nécessaire d*; établir des groupes pour les comparer et les synthétiser. Dès lors on est en présence de deux solutions. Vaut-il mieux créer des espèces avec des noms différents, ou ajouter dans certaines circonstances, un nom de variété au nom spécifique?
Entre ces deux solutions, la seconde est celle qui a le moins d'inconvénients. Dans bien des cas, on ne citera le fossile que sous son nom spécifique ; ce ne sera que très rarement et dans des travaux spéciaux que Ton devra se servir du nom de la variété. Si Teffort de mémoire est plus grand pour certaines personnes, il sera moindre pour beaucoup d'autres.
Le nom spécifique commun à plusieurs formes a aussi Tavantage de signaler leur étroite affinité, tandis que des désignations spécifiques différentes n'indiqueraient pas plus de rapport entre deux formes de Spirifer Vernenili qu'entre deux Spirifëres très distincts.
Il y a cependant une réserve à faire au point de vue géologique. Quand une forme se trouve localisée à un certain niveau, il est bon de lui donner un nom spécifique particulier, même lorsqu'on la sépare difficilement des formes voisines. On trouvera que c'est illogique; mais en histoire naturelle et surtout en nomenclature, il ne faut pas se confiner dans une rigueur absolue. On peut quelquefois, sans inconvénients et même avec avantage, faire plier la règle devant l'utilité pratique.
Ainsi, bien que l'on puisse croire i l'identité d'espèce de YOstrea arcuata et de VOstrea cymbium, bien que l'on trouve des formes de passage entre les deux, il y a grande utilité à les considérer comme distinctes et à leur donner des noms différents, parce qu'elles caractérisent des étages différents.
On verra que c'est le cas pour deux formes très voisines du Spirifer Vernenili, le Spirifer aperluratus et le Spirifer Orbelianus.
Mais en dehors de ces deux formes, reposant sur deux caractères, qui, s'ils ont peu d'importance, sont au moins positifs et constants, les autres variations ne sont plus que des degrés dans un même caractère. Non seulement elles passent facilement de Tune ft l'autre, par des individus qui ne présentent que de légères différences, mais un même individu possède successivement par les progrès de rage les caractères de deux ou trois variétés différentes. De plus, à une exception près, on ne remarque pas que l'âge géologique où vivait le Spirifère ait une influence sur sa forme, c'est-àdire que les variétés ne sont pas caractéristiques d'un niveau géologique.
D'après quelques paléontologistes, le Spirifer Verneuili aurait déjà vécu à l'époque des schistes à calcéoles (eifélien), mais on ne peut citer alors que quelques rares individus. Pour ma part, non seulement je n'en ai pas trouvé dans l'eifélien, mais je n'en ai même jamais rencontré avec le Strigocephale et autres fossiles caractéristiques du givétien. On commence à en voir dans quelques bancs supérieurs du calcaire de Givet, que M. Dupont a détachés pour cette raison du givétien et a fait passer dans le frasnien. Ces premières formes de Spirifer Verneuili n'ont rien de particulier; elles rappellent celles que l'on rencontre à Ferques, à Rhisnes, etc., à un niveau plus élevé.
C'est dans le frasnien, que Ton trouve les formes les plus variées et les plus nombreuses. Un niveau situé à la base de l'étage et que j'ai souvent désigné d'une manière familière sous le nom de zone des
monstres, est caractérisé par deux espèces, très voisines du Spirifer Vernenili, que l'on devrait peut-être
considérer comme deux variétés : Spinfer Orbelianus et Spirifer aperturaius.
Dn niveau un peu plus élevé du frasnien possède une forme que Ton confondrait facilement avec
le Verneuili, mais que je relie au Spirifer bifidus.
Les Schistes de Barvaux qui appartiennent au frasnien supérieur et qui sont un faciès particulier
des schistes à Cardium palmatum sont très remarquables par la taille et la variété de leurs Spirifer Verneuili. Il faut croire que la position de Barvaux était favorable au développement de Tespèce. car les Spirifères que l'on recueille dans le frasnien inférieur de la môme localité possèdent aussi une taille considérable. En raison de la beauté et de la variation des formes que Ton trouve dans les schistes de Barvaux, j'ai cru utile de commencer par l'étude de ces Spirifères; mieux que d'autres ils montreront le passage d*une variété à l'autre.
Le Spirifer Verneuili so prolonge dans l'étage famennien, il y est aussi très abondant ; mais il y rencontre, dès l'abord, un concurrent redoutable dans le Cyrtia Murchisoniana. Pendant longtemps on a confondu ces deux fossiles. De Konnink, qui les avait distingués, ne se doutait pas du rôle important que le Cyrtia Murchisoniana a joué dans la faune belge et des variations de forme qu'il présente. La lutte pour la vie s'éiablit-elle entre ces deux espèces si voisines (i) ? C'est possible. Dans ce cas, ce fat la plus jeune qui fut vaincue. Après avoir pullulé dans les assises inférieures du famennien. le Cyrtia Murchisoniana disparut, tandis que le Spirifer Verneuili continua à peupler les mers de la troisième assise famennienne (assise à Rhynchonella letiensis) ; mais il était lui-même frappé dans sa vitalité ; il se faisait moins commun et plus uniforme ; dès la quatrième assise famennienne, il devient une rareté et disparaît avant la fin de l'époque dévonienne.