II. — Caractères généraux du Spirifer Yeraeuili
Le genre Spirifer appartient à la classe des Bracliiopodes. Il possède une coquille calcaire bivalve, symétrique par rapport à un plan perpendiculaire aux deux valves. Le présent travail ne comportant pas rétude des appareils internes, je renvoie aux livres spéciaux pour tout ce qui les concerne, je me borne à rappeler que les deux valves sont articulées l'une à l'autre à l'aide de deux dents.
La coquille est inéquivalve, mais équilatérale, à valves convexes. Les deux valves présentent une partie moyenne, creuse dans l'une (sinus), bombée dans l'autre (bourrekt) et deux parties latérales (ailes) qui se terminent souvent en pointes.
(1) Le Cyrtia Murchisoniana ne diffère guère du Spirifer Verneuili que par des détails d'organisation interne et particulièrement par les plaques dentaires.
La valve qui porle le siaas, appellée souvent valve dorsale, sera désignée sous le nom de grande valve^ parce qu^elle est plas grande et souvent plus gibbeuse que Taulre. Elle présente au sommet du ^inus une partie profonde et retrécie, que Ton nomme crochet, parce qu'elle est fréquemment recourbée vers Vautre valve.
La valve ventrale ou petite valve est plus ou moins gibbeuse. quelquefois operculiforme. Le sommet du bourrelet, ne possède qu'on crochet très faible.
L'articulation des deux valves se fait suivant une ligue droite. Entre cette ligne cardinale et les crochets s'étend dans les deux valves une surface plane ou légèrement courbe désignée sous le nom d'aria. L'acéa de la grande valve est large, de forme variable, souvent ornée de lignes horizontales croisées par des lignes verticales; en son milieu se trouve un trou de forme triangulaire, qui a sa base sar la ligne cardinale et son sommet au crochet; on le nomme ouverture delloidienne . Il li?re passage au muscle d'attache; mais il se ferme avec Tûge par une plaque calcaire unique, le deltidium, qui croît du sommet vers la base et rétrécit peu à peu l'ouverlure,
L^aréa de la petite valve est très étroit, presque linéaire ; sa surface est perpendiculaire à Taréa de la grande valve.
Les ornements de la coquille sont variables chez les Spirifères. Dans le groupe auquel appartient le Spirifer Verneuili, toute la coquille est couverte de fines côtes rayonnantes, qui partent des crochets ou de la charnière et se dirigent vers les bords de la coquille. Les côtes du bourrelet et du sinus sont plus fines que celles des ailes et bifurquées. Celles des ailes, sont au contraire toujours simples. C*estlà le caractère le plus important et le plus spécial de l'espèce désignée sous le nom de Spirifer Verneuili.
Les autres caractères sont très variables ; pour pouvoir les estimer et apprécier leur valeur, il y a lieu de les comparer dans un certain nombre de formes individuelles.
Pour cela il faut mesurer les dimensions de la coquille et rapporter toutes ces mesures à Tune d'elles prise comme unité. L'unité qui m'a paru la plus commode, la plus facile à obtenir, c'est la longueur de la petite valve prise depuis le crochet jusqu'au bord palléal, dit aussi front.
Cette définition de la longueur diffère de celle qui est généralement adoptée. La plupart des paléontologistes, à la suite de de Buch, désignent comme longueur du Spirifère la distance entre le crochet ou le col du crochet et le front; mais, avec cette définition, la longueur se compose de trois éléments qui peuvent varier d'une manière indépendante : la dimension d'arrière en avant, qui est la véritable longueur, le bombement de la grande valve, Touverture de l'aréa.
La largeur de la coquille correspond à la distance qui sépare les extrémités des deux ailes. C'est un élément de premier ordre, mais qu'il est souvent difficile de déterminer. Fréquemment les ailes se terminent en pointes ou même en éperons; dans le premier cas, elles sont souvent cassées ; dans le second, elles le sont presque toujours. Quand les ailes sont cassées, on n'a pas d*autre ressource que
de les apprécier par comparaison; quant aux pointes ou éperons, il y a lieu de les négliger en toutes circonstances^ car elles n'influent pas sur l'aspect général de la coquille.
Le rapport de la largeur de la coquille à la longueur de la petite valve, varie dans les Spirifëres que j'ai étudiés de 4 à 1,40. Il m*a servi à établir six groupes.
1» Cylindrici : le rapport de la largeur à la longueur est supérieur à 3 ;
20 AUenuati : le rapport de la largeur à la longueur, varie de 3 à 2,50.
3» Elongati : le rapport de la largeur à la longueur est intermédiaire entre 2,50 et 2.
4'' Hemicycli : le rapport de la largeur à la longueur, varie de 2 à 1,60.
b^ Proquadrati : le rapport de la longueur à la largeur est inférieur à 1,60.
6^ Obovati : le rapport de la longueur à la largeur est inférieur à 1,70 et la plus grande largeur est en dessous de la charnière.
Ces divisions sont beaucoup plus des groupes de formes, que des variétés dans le sens que l'on attache en général à ce mot, car un même individu passe avec l'âge d'un groupe dans Vautre.
Lorsque le Spirifëre est jeune, il est de forme obovale ; ce sont les ailes qui croissent ensuite le plus rapidement^ augmentant la largeur de la coquille; plus tard, la croissance se produit principalement en longueur, le front s*élargit, les ailes s'arrondissent. Tel individu, qui appartenait an groupe des elongati^ passe dans celui des hemicycli, puis dans celui des obovati. II arrive même que les éperons se trouvent englobés dans la coquille.
La hauteur ou épaisseur des Spirifères est un élément excessivement difQcile à apprécier. On le conçoit facilement; mais sa ooesure dépend de la position que l'on donne à la coquille. Pourpouvoir comparer toutes ces formes, il est nécessaire que la position soit toujours la même.
Un Spirifëre doit être posé sur la grande valve de telle manière que la ligne cardinale et la suture palléale soient dans un même plan horizontal. La hauteur se mesure alors dans un plan perpendiculaire à la fois à ce plan horizontal et à la largeur. Le moindre dérangement dans la position de la coquille augmente ou diminue la hauteur. Lorsque la suture palléale est sinueuse, il faut faire passer le plan horizontal par la ligne cardinale et par la base du bourreleti.
Dans le cas où Taréa est trës ouvert et le crochet très renversé, le Spirifëre se trouve posé sur l'extrémité du crochet.
La disposition du plan horizontal sert aussi à établir le profil de la coquille. On voit que dans les variétés à large aréa le crochet de la grande valve se prolonge en cornet, tandis que la petite valve devient operculiforme.
C'est aussi à Tidée du plan horizontal qu'il faut avoir recours pour dessiner les figures des Spirifëres. On doit dessiner la face (cêté de la petite valve) et le dos (cêté de la grande valve), eu les regardant perpendiculairement au plan horizontal. Celte disposition a le grave inconvénient de
cacher en partie ou même en totalité Taréa et le crochet dans une rue de face ; mais il vaut encore mieux cela, que de tomber dans un arbitraire, qui se modifierait indiriduellement avec l'aspect extérieur.
Le rapport de la hauteur à la longueur n'a pas grande importance. Il n'en est pas de même des deux éléments qui constituent la hauteur, c'est-à-dire de la hauteur relative des deux valves. C'est généralement la grande valve, qui est la plus haute^ mais dans quelques formes excentriques, c'est la petite valve. Le rapport de ces deux valves est un caraclère important, permettant d'apprécier l'aspect de la coquille.
La forme et la dimension de Taréa de la grande valve constituent aussi des caractères de premier ordre> sur lesquels ont beaucoup insisté les premiers paléontologistes; mais cet élément a diminué d'importance^ quand on a reconnu que l'aréa se modifie avec l'âge. Après avoir été, dans la jeunesse, une surface courbe de forme triangulaire, il peut devenir une sorte de canal à bords parallèles par suite de l'extension des ailes et de la courbure en avant du crochet, ou un triangle plan presque équilatéral par le raccourcissement des ailes et le redressement du crochet en arrière.
On peut apprécier ces diverses formes de l'aréa par le rapport de la hauteur de l'aréa à la longueur de la coquille, ou mieux encore par le rapport de cette même hauteur à la largeur, car ce dernier rapport est celui de la hauteur du triangle aréal à sa base.
Pour mesurer la hauteur de l'aréa, on a pris la distance qui sépare les deux crochets. L'appréciation n'est pas tout à fait exacte, car, lorsque le crochet de la grande valve est fortement recourbé, il est clair que la largeur de l'aréa est plus grande que la distance des crochets; mais la différence faible. La forme de la ligne palléale, est également importante, parce qu'elle dépend de la hauteur du bourrelet et de la profondeur du sinus. On désigne sous le nom Ae languette la partie de la grande valve, qui est à l'extrémité du sinus et qui pénètre dans une échancrure de la petite valve pour joindre l'extrémité du bourrelet. Sa forme est variable, courbe, demi-circulaire, trapézoîde ou triangulaire.
Quand le bourrelet est élevé, la languette est elle-même très haute. Pour apprécier ce caractère il faut indiquer deux rapports : celui de la hauteur de la languette à sa largeur et afin de pouvoir comparer des coquilles de taille différente, celui de cette même hauteur à la longueur de la coquille.
Les côtes ou plis varient en largeur et en nombre. Les premiers paléontologistes les comptaient avec soin, mais il est bien évident que leur nombre est très variable. A mesure que les ailes s'allongent, le nombre des cêtes augmente et en même temps les dernières côtes formées à l'extrémité des ailes sont si fines qu'on ne peut pas les apprécier. Il est préférable pour juger du nombre relatif des côtes de compter combien il y en a sur un ceniimèlre à partir du bourrelet, et afin de rendre tous les éléments comparables, de prendre ce centimètre à deux centimètres du crochet et perpendiculairement à la direction des côtes.
Les côtes sont en général lisses ; quand on a cm les voir coaverles de fines stries longitudinales, on a pris pour un caractère normal un accident d'altération.
Dans quelques cas, les lamelles d'accroissement se relèvent sur les côtes sous forme de cornets, presque d'épines, comme dans certaines variétés i'Airypa relicularis. Ce caractère n'existe que dans les formes très allongées des groupes elongati. cylindrici et atienuati; il n'est pas assez constant pour servir à caractériser une espèce ou même une variété.