VIII. — Conclusions
De la comparaison des diverses formes da Spirifer Vemeuili, soit entre elles, soit.avec les espèces voisines, on peut conclure que ce Spirifëre est une espèce très polymorphe, dont tous les éléments varient, sauf le caractère des côtes, qui restenl toujours simples sur les ailes, tandis qu^elIes se multiplient par bifurcation ou par intercalation sur le bourrelet et sur le sinus.
Il y a des passages insensibles entre toutes ces variétés. Les coupures que Ton chercherait à y établir, ne peuvent être qu'artificielles. Non seulement elles se relient les unes aux autres d'une manière graduelle, mais le même individu passe successiveoient de l'une dans Tautre pendant le cours de son existence. On doit ajouter qu'elles ne sont pas cantonnées à un niveau géologique spécial.
Il faut faire une exception pour les Spirifères à grandes ailes de Barvaux, qui semblent propres à un faciès du Frasnien supérieur (t).
Ces Spirifères ne sont pas seulement caractérisés par le grand allongement des ailes, mais aussi parce que leurs côtes sont couvertes d'écaillés imbriquées, relevées en forme de petits tubercules. Toutefois, si cette particularité concorde souvent avec rallongement des ailes, elle ne l'accompagne pas nécessairement.
Je ne crois donc pas qu^il faille établir des variétés dans l'espèce dite Spirifer Verneuiliy mais plutôt des groupes de formes. Ces groupes se distinguent essentiellement des variétés zoologiques parce qu'un même individu peut passer successivement par plusieurs d'entre eux avant d'arriver à sa forme définitive.
C'est dans la partie supérieure du Frasnien, c'est-à-dire au milieu de sa durée spécifique, que le Spirifer Vemeuili présente les variations les plus étendues. C'est alors qu'il est en quelque sorte dans toute sa sève, que la richesse des formes se joint à la puissance du nombre. Il peuplait les mers, remportant en quantité sur tous les autres fossiles, VAirypa reticularis excepté. Cependant aucune de ces formes ne donne naissance à une espèce nouvelle^ pas môme à une variété constante. Les formes un peu remarquables paraissent plutôt des variétés locales ; elles constituent une sorte de tribu ou de famille physiologique, ayant son cercle d'habitat, mais qui ne se propage, ni dans le temps, ni dans Tespace.
(1) On les trouve dans certaines couches Je la région du Nord du Bassin de Dînant, que j'ai rapportées au Famennien, mais qui pourraient bien représenter les schistes de Barvaux.
Le Famennien infériear est déjà moîDS riche en variélés qae le Frasnien. Qaand on s'élève dans rétage, le Spirifer Vemeuili présente de plus en plus des caractères intermédiaires II s'éteint enfla, dans le Famennien supérieur, sans qu'il soit possible d'admettre qu'il s*est transformé en une autre espèce. Est-il Tancêtre du Spirifer attemuiius et des Spirifères du groupe du Môsquensis ? C'est possible, car la différence des deux types n'est pas extrême ; mais il n'y a pas de passage de l'un à l'autre. Dès que le Spirifer aUenuaius se montre, il revêt immédiatement ses caractères distinctifs : toutes les côtes des ailes sont bifurquées. Or, jamais dans les couches inférieures aux schistes d'Etrœungt, le Spirifer Vei^neuili n'a montré un indice de la bifurcation des côtes, jamais, malgré ses nombreuses variations, il n'a présenté une tendance à passer à Vattenualus ; s'il y a filiation, la transformation a été rapide et complète.
On ne peut en dire autant des rapports du Spirifer Vemeuili avec les Spirifer Orbelianus et apertnratus. Les caractères qui distinguent ces deux espèces sont assez peu importants et lorsqu'ils s'atténuent, elles deviennent presque des Yerneuili. On pourra discuter s'ils doivent être considérés comme des espèces ou de simples variétés, le passage de l'un à l'autre n'en reste pas moins acquis et leur filiation est une hypothèse fondée.
Il n'en est que plus curieux de constater que ces deux espèces ou variétés se produisent brusquement à la même époque dans tout le bassin, qu'elles ne sont précédées d'aucune tentative de l'espèce pour acquérir ces formes nouvelles, qu'elles naissent lorsque le Spirifer Verneuiti ne s'était encore prêté à aucune variation importante et possédait toute son uniformité primitive, qu'elles disparaissent enfin très rapidement et aussi brusquement qu'elles sont venues, et que leurs descendants, s'ils en ont laissés, sont rentrés dans le type général de l'espèce Vemeuili.
Quant au Spirifère nommé bifiduSy s'il présente quelques formes que l'on peut rapprocher du Vemeuili, il en diffère par un caractère essentiel qui se manifeste même dans le jeune âge. On doit aussi considérer que ces formes de passage, à détermination douteuse, ne se produisent que lorsque le véritable Spirifer bifidus du calcaire frasnien va disparaître de l'arène géologique, au moins dans l'Ârdenne.
Lille. — Imprimerie Liégeois-Six. — 43730.