VII. — Historique et discussion des noms
!• Spirifer Verneuili.
La première mention que nous ayons du Spirifer Verneuili^ et de ses congénères se trouve dans l^Encyclopédie Méthodique de Lamark. On y voit pi. 244, dans les trois figures 4, 5 et 6, des Spirifères, dont la coquille est couverte de côtes sur le bourrelet et sur le sinus comme sur les ailes. Aucun texte n'accompagne ces figures. Mais dans V Histoire naturelh des animaux sans vertèbres, vol. VI, 1^^ partie, 1819, Lamark désigne l'espèce sous le nom de la Terebratula canaUfera ; il la caractérise de la manière suivante :
c Terebratula canalifera , Lk. T. Testa trigonata, gibba, longitudinaliter sulcata , sinuata ; cardini recto, nate declivi.
Encyclopédie méthodique, pi. 244, f. 5.
€ Var. testa minore, subimbricata, salcis crebrioribus.
Encyclopédie méthodique, pi. 244, f. 4. Blainville : Malac. pi. 52, f. 8, 1825.
« Cette espèce est remarquable par le canal profond, large et sillonné qui se trouve au milieu de la grande valve. Le talon de cette valve est grand, plane et finement strié perpendiculairement à la charnière qui est droite. Les pièces qui complètent le trou manquent le plus souvent et laissent voir cette grande échancrure que représente la figure citée. »
Dans la seconde édition de VHistoire naturelle des animaux sans vertèbres^ 1825, faite sous la direction de Deshayes, on a ajouté la note suivante : « Lamark réunit sous ce nom deux espèces bien distinctes, qui toutes deux appartiennent au genre Spirifer de Sowerby. •
Je ferai d'abord remarquer que Terebratula canaUfera est un nom de Lamark et non de Valen* ciennes, comme Ta fait croire Davidson.
La figure 4 représente certainement le Spirifer VemeuUi; quant à la figure 5, elle serait d'après Davidson (t) le Spirifère que Scblotheim a appelé depuis le Spirifer aperturatus. Cependant on n'y
(1) Davidson. — Ann. of. Nat. history, 2«» s. v. p. 850 p. 442.
voit pas les côtes bifarquées el les larges inlervalles enlre les côtes qui caractérisent le Spirifer aperturatus (1). Par la faute du graveur peut-être, la figure représente un Spirifer Vemeuili et la description lui convient : '
En 1840, parurent deux descriptions paléontologiques très importantes, contenant plusieurs formes des Spirifëres en question et leur donnant des noms différents. Murchison (2) les appelait Spirifer Lonsdali, Verneuili, Archiaci, tandis que James Sowerby (3) leur appliquait les noms de Spirifera eakarata, disjuncta, in&rnata, exiensa, gigantea. Ces appellations multiples, produite? en même temps, ont créé une fâcheuse synonymie. On est généralement daccord qu'il y a lieu de réunir tout ces Spirifères en une seule espèce, mais les uns lui appliquent le nom de disjunctus Sow. el les autres celui de Vemeuili liurch.
Le célèbre mémoire où Scdgwick et Murchison établissent leur système dévonien : Physical structure on older stratified deposits of Devonshire fui lu pour la seconde partie à la Société géologique de Londres, le 24 avril 1839, el ne fut publié qu'en 1840. Dans le texte fp. 694), les Spirifères du dévonien supérieur sont désignés sous les noms de attenuatm et bisulcatus. Mais dans la liste qui termine le mémoire et qui porte la date du 30 mai 1840, on voit les noms de Spirifera calcarata, disjuncta, inornata, exlensa, gigantea. Ce sonl ces noms qui figurent dans les courtes diagnoses qui accompagnent les planches de fossiles et qui sonl dues à James Sowerby ; elles sont aussi datées de mai 1840.
Ces diverses espèces sont établies sur des moules internes ou externes en mauvais état, quelquefois cassés, le plus souvent écrasés et déformés. Une seule figure (pi. 54, f. 13) représente sous le nom de Spirifera disjuncta, un individu assez bien conservé du groupe des hemicydi. Cependant on n^y distingue pas la différence de grosseur presque constante entre les côtes du bourrelet et celles des ailes. La bifurcation des premières n'est indiquée ni dans les figures, ni dans la diagnose. Le fossile est comparé au Spinfera bisulcata»
Lorsque Lonsdale communiqua le 25 mars 1840, à la Société géologique de Londres, ses notes sur l'âge des calcaires du Devonshire : On the âge of the limeslone of sonlh Devon. fTrans. of the geol. Society of London), il donna une liste des fossiles établie en partie par Tétude de la collection Hennah, avec l'aide de J. Sowerby ; on peut être étonné de ne pas y voir figurer les nouveaux noms que Sowerby allait faire paraître un mois plus lard. Cependant Lonsdale avait déjà reconnu les caractères du Spirifer Verneuili. En citant les fossiles du système calcareux inférieur de Belgique, il mentionne Spirifer attenuatus, et il ajoute en note (p. 733) : c La coquille appelée Spirifera attenmtasnr le continent
(1) GossELET. — De Tusage du droit de priorité et de son application aux noms de quelques Spirifères, Ann. soc. géol. du Nord, Vil, p. 122,
(2) Murchison : Bull. soc. géol.<le France, XI, p. 251.
(3) J. Sowerby in Sedgwick et Murchison : Transaction Geological Society of London, lab. 53.
est un des fossiles les plus caracléristiques des couches en question, car il est noté dans toutes les listes publiées ; mais ii diffère essentiellement du Spîrifera attenuata du calcaire carbonifère par ses côtes simples et régulières sur les ailes, et par la projection plus grande du pli central (bourrelet) de la valve supérieure. >
Quelques pages plus loin (p. 735), il annonce qu*il a vu ce Spirifera allenuata, parmi les fossiles du Boulonnais de la collection Dutertre-Yvart.
Murchisooj parti de Londres immédiatement après la séance du 25 mars^ lut sa note sur le terrain dévonien du Boulonnais à la Société géologique de France le 6 avril et rédigea, pendant son séjour en France, la partie paléontologiquede son mémoire, où il décrivit les Spirifères du Boulonnais, avec Taide de Verneuii et de d*Archiac (i). L'illuslre géologue reconnut très bien leur caractère commun déjà signalé par Lonsdale, la simplicité des côtes sur les ailes et leur bifurcation sur le bourrelet et dans le sillon. Il en fit trois espèces.
Spirifer Lon8dalu(Qg, 2). Forme dont Taréa est à bord subparrallèles et dont les ailes sont terminées en pointes. Elle est en outre caractérisée par ses côtes qui seraient divisées en trois par deux stries longitudinales. Ce dernier caractère parait tenir à Taltération du test, qui aurait fait disparaître le milieu des côtes:
Spirifer Verneuili (^g. 3). Forme d'assez grande taille, à aréa ouvert; elle présente un grand nombre de variétés. Murchison la compare au Spirifer a(/&/}ua(ti« ; il cite sa ressemblance avec la Terebratula canalifera^ fig. 4, de TEncyclopédie' Méthodique et ajoute qu'il lui donne un nom nouveau pour la distinguer de la Terebratula canalifera fig. 5.
Spirifer Archiari (fig. 4) Forme plus globuleuse, à aréa presque fermé (au moins dans la figure).
Les deux premiers noms de chaque liste, Spirifer calcaratus et Lonsdaliit étant écartés, comme établis sur des échantillons incomplets et altérés ; on peut se demander lequel a la priorité du Spirifer Verneuili Murch. ou du Spirifer disjunctus Sow,?
Les deux mémoires ont été faits en même temps et d'une manière indépendante, mais non sans que les auteurs se soient communiqués leurs résultats.
Murchison possédait déjà les planches, sinon les noms de Sowerby, puisqu'il les présenta à la Société géologique de Franco (2), d'un autre côté, Sowerby nous apprend lui-même que lorsqu'il rédigea la diagnose de ses fossiles, il connaissait le Spirifer Verneuili,
Il dit à propos du Spirifera gigantea (pi. 55, fig. 1 à 4) : « Les côtes sont à peu près aussi nombreuses que dans le Spirifer Verneuili, et sont très régulières. •
(1) Murchison. — Description de quelques-unes des coquilles fossiles des couches déoonienne» du Boulonnais^ Bull. soc. géol. de France, I^ s., XI, p. 250 pi. II. (2) Bull. Soc. Géol. Fr., l^e s. xi, p. 233.
Donc, si Murchison avail va les fossiles et les planches de Sowerby, celui-ci connaissait les fossiles et les noms de Hurchison. Mais Tun et l'antre n'ont pas su reconnaître Tidentité spécifique entre les moules d'Angleterre et les fossiles bien conservés du Boulonnais.
Si on passe à Texamen du fait de la publication, il est bien difficile de savoir maintenant lequel fut livré au commerce le premier, la livraison de la Société géologique de France ou le volume de la Société géologique de Londres.
Les paléontologistes se sont partageas et se partagent encore sur les deux noms.
En 1841, dans sa description des fossiles du Devonshire, Phillips accepta les noms de Sowerby et en ajouta un autre. Spirifera graniœva que l'on rapporte en général au VemeuUi, mais qui s'en distingue par la grosseur des côtes. Une autre forme, (pi. 29, fig. 129 aetb), nommée disjunctus par Phillips, doit aussi s'en séparer parce que les côtes des ailes sont dichotomes, au moins dans la figure.-
Les planches de Phillips représentent comme celles de Sowerby des fossiles incomplets et déformés. Ses diagnoses sont très courtes et ne permettent pas de reconnaître les caractères essentiels.
De Koninck (^) fut un des premiers à proposer la réunion de toutes ces espèces en une seule. Mais il émit aussi l'opinion qu'elles sont identiques au Spirifer Unealus de Duddley, espèce que de Buch avait assimilée au Spirifer striatissimus de Schlotheim et il conclut que ce dernier nom de striatissimus, qui est le plus ancien, doit prévaloir.
Celte dernière partie de fopinion de De Koninck doit être abandonnée ; mais la première est encore celle de presque tous les paléontologistes.
En 1845, de Yerneuil dans sa description de fossiles de Russie (2), croyait encore que l'on pouvait distinguer les diverses espèces de Murchison entre elles et de celles de Sowerby. 11 donne comme caractères distinctifs du Spirifer disjunctus par rapport au Verneuili sa forme quadrangulaire, le peu de saillie du bourrelet et les bords subparallèles de l'aréa. Sa figure représente un Spirifère de notre groupe des hemicycH à aréa étroit.
De Yerneuil ne cite pas le Spirifer Verneuili en Russie ; il rapporte tous les fossiles analogues aux Spirifer disjunctus, Archiaci et à une nouvelle espèce le Spirifer tenticulum. Pour lui, Spirifer Archiaei de Russie est très inconstant de forme ; il y signale quatre variétés. Tune (f. 5, a, b, c, d) très voisine du Verneuiliy la seconde (f. 5, f. g) à aréa plus élevé, très commune en Russie, la troisième (f. 5, h), à aréa plus élevé encore ; la quatrième également à aréa élevé rentre par sa forme générale dans notre
(1) De Koninck. Descrip. des animaux fossiles du terr. carbonifère de Belgique. 1812-51, p. 254.
(2) MuHCiiisoN, De Verneuil, De Keyserlino, Géologie de la Russie d'Europe et des Montagnes de l'Oural. Tome il, Paléontologie.
groupe des proquadrati. De Veraeuil fait observer que tous les Spirifëres out uaaréa élevé, ce qui les distingue du Spirifer Archiaci figuré par Murchisoa; mais il juge que ce caractère Q*a pas d^importance, car il est tout aussi variable dans le Spirifer Vemeuili. Il déclare que ces espèces se séparent du Spirifer Vemeuili par leur taille plus petite et par leur forme moins transverse et moins ailée.
Le Spirifer tenticulum a un aréa plus grand encore que le Spirifer Archiacit un bourrelet plus plat et des plis plus gros.
Dans ce travail, de Verneuil dit positivement que les descriptions de Sowerby sont postérieures à celles de Murchison (i).
Tous les paléontologistes qui vinrent ensuite acceptèrent la réunion des espèces proposées par de Koninck, adoptant les uns le nom de Vemeuili : Schnur (2), Quensledt (3), Kayser (*), Barrois (5), les autres le nom de disjunclvs: Eichvald (6), Rœmer (7), Hall (8). Sandberger (9) préféra le nom de calcaratus. Davidson, qui s'était d'abord servi du terme de disjunctus (lO), prit celui de Vemeuili f^i), après avoir reconnu^ dit-il, que ce dernier a quelques mois d'antériorité.
Murchison, il est vrai, avait déclaré lui-môme dans Siluria, 3" édition, que le nom de disjunctus était plus ancien que celui de Vemeuili^ mais il n'en donnait aucune preuve. Les motifs de son abnégation d*auteur, qui pouvaient être en partie sa reconnaissance pour Sowerby qui avait décrit ses mauvais fossiles, ne doit pas influer sur le jugement définitif. Car il ne s'agit pas de savoir à quelle époque le nom a été donné par Tauteur, mais à quelle époque il a été publié.
Rn résumé, la question d'antériorité ne pouvant pas être résolue^ ou étant au moins bien discutable, on doit choisir comme autarité entre les bonnes figures et les bonnes descriptions de Murchison ou les mauvaises figures de Sowerby, dont une seule est à peine déterminable et qui ne sont accompagnées que de quelques mots de diagnose, où Ton ne trouve môme pas mentionné le caractère fondamental de l'espèce, la simplicité des côtés sur les ailes.
Dans riucertiiude, il y a lieu, ce me semble, lorsqu'il s*agit d'un fossile de premier ordre, caractéristique du dévonien supérieur, de lui conserver le nom qui rappelle le géologue qui a fait tant de
(1) Loc. cit. p. 136.
(2) Brachiopoda Ei/el, p. 37 (1853).
(3; Petre/actenk. Deiitscliland, ii, p. 503 (1871).
(4) Brach. mit. ober. Decon. Eifel, p. 587 (1871), et China in v. Richlofen, iv, p. 88 (1883).
(5) Rechei'ches sur les terrains anciens des Asturies, p. 257 (1882).
(6) Lethœa Rossica, i, p. 711 (1800y.
(7) Beitr. GeoL Kennt. Harsgeb., p. 4 (1862).
(8) Paléontologie oJNeuo York, t. V, p. 243 (1867).
(9) Die oersteinerungen des Rheinischen Schichtensysiem in Nassau, p. 320 (1856).
(10) Quart, journ. geol. soc, ix. p, 354 (1853). British Brachiopoda, m, p. 24 (1864).
(11) Quart, journ. geol. soc, xxvi, p. 78^ pi. IV, fîg. 19, 20 (1869). Brachiopoda ofthe Budleigh Salterton pebbleS'bed Paieont. Society (1882) ; Supplément to the British deoonian Brachiopoda, p. 35 (1882).
travaux sur le terrain dévonien. qui, le premier, a établi les relations des terrains anciens d'Amérique a?ec ceux du vieux continent, qui a contribué enfin pour beaucoup à faire de la paléontologie la base des études géologiques.
Au point de vue de la division des Spirifëres du groupe du Verneuili en espèces et en variétés distinctes, Topinion des Géologues russes est intéressante à consulter, parce qu'ils ont eu Toccasion d'en observer une grande quantité, les diverses formes de ces Spirifëres se trouvant en abondance dans plusieurs assises du dévonien supérieur, qui couvrent de vastes surfaces dans l^empire russe.
On a vu que de Verneuil avait reconnu trois espèces : disjunettis, Archiaci, tenticulum et qu'il divisait le Sp. Archiaci en quatre variétés. Abich (t; distingua aussi trois espèces qu'il nomma Archiaci, calcaratus^ Verneuili.
Romanowski (2) fit quatre espèces : Archiaci, disjunclus, calcaratus, aquilinus.
M. Tschernyschew (3) est partisan de la séparation du Spirifer Archiaci et du Sptrifer diejunclus, bien qu'on les rencontre dans un seul et même horizon, et quMl y ait entre eux une série de transitions graduelles. Il les distingue par les caractères suivants : tandis que l'aréa est formé par un canal à bords parallèles chez le Sp. disjunclua, il est grand et triangulaire chez le Sp. Archiaci ; le premier a la forme trapézoîde, les ailes terminées par des éperons ; le second a fréquemment une forme ovoïde la plus grande largeur étant au-dessous de la charnière. M. Tschernyschew pense en même temps que le Spirifer Verneuili, tel que Ta décrit et figuré Murchison, doit rentrer dans la même espèce que le Sp. Archiaci, mais quMl est moins commun en Russie.
Dans un travail paléontologique très remarquable, M. le professeur Wenjukoff (^) consacra plusieurs pages et de nombreuses figures & un ensemble de Spirifëres, qu*il désigna sous le nom de groupe du disjunctus. Il reconnut que tous ces Spirifëres passent de Tun à l'autre par des transitions insensibles. Néanmoins, il distingua quatre types principaux, qu'il désigna sous les noms de Verneuili (pi Ili, f. 4; pi. IV, f. 1), à'Archiaci (pi. III, f. 2, 5, 7; pi. IV, f. 1. 3). de tenticulum (pi. III. f. 1, 3). de Brodi (pi. m, f. 6 ; pi. IV, f. 2).
Il constata que ces formes types, bien que difi^érentes à première vue, se relient entre elles de manière à ne pouvoir pas être séparées.
(l^ Abicu. — Geol. grundzûge Kauk, geb. 1858, p. 164, 165. pi. II, f. 1, 2, 3.
(2) RoMANOsKi. — Mat. geol. Turk., 1878, h p. 119-122, pi. XIV, f. 5-6; pi. XV, f. 1, 2, 3.
(3) TscHERNiscuEW. — Matériaux pour la connaissance des dépôts déooniens de Russie. Mém. du Comité géologique russe, 1884, I, no 3; La/aune du déoonien moyen et supérieur sur les pentes ouest de l'Oural, Mem. du Comité géologique, 1887, III, no 3 (en russe).
(4) Wenjukoff. — La faune du système déoonien dans le nord-ouest et le centre de la Russie, 1886, p. 64 (en russe).
La forme la plus générale est le Verneuili. Elle est trapézoïde ; son sinus est peu profond ; Taréa pins ou moins ouvert, à bords parallèles (pi. III, f. 4), ou sub-triangnlaire (pi. IV, fig. 1).
Ce type varie de la manière suivante : la largeur devient moindre, tandis que la longueur augmente ; la coquille devient plus gibbeuse, plus quadrangulaire ; ses ailes s'émoussent et tombent perpendiculairement à la coquille. En même temps Taréa devient plus élevé et triangulaire, la grande valve prend une forme bossue^ tout en maintenant son crochet courbé vers Taréa. On passe ainsi an Spirifer Archiad.
Dans le Spirifer Archiaci, les valves sont plus convexes que dans le Verneuili, surtout la valve ventrale ; les ailes sont moins grandes, quelquefois elles s'arrondissent. L'aréa est plus ou moins élevé, triangulaire, arqué ou presque vertical, toujours plus grand que dans le Verneuili. C'est le caractère principal qui les distingue. La taille est généralement plus petite que celle du Verneuili.
M. Wenjukoff passe ensuite en revue les variations de Spirifer Archiaci. Il arrive que la valve ventrale devient plus convexe, que le crochet se courbe davantage sur Taréa, que les ailes ne se prolongent pas en pointes, mais au contraire s'arrondissent de manière à ce que la plus grande largeur de la coquille est sous l'aréa ; celui-ci a la forme triangulaire.
Quand ces caractères s'exagèrent, que la forme devient plus convexe et les ailes plus arrondies, on a le Spirifère nommé par l'auteur Spirifer Brodi.
Des changements différents modifient le Spirifer Archiaci dans une autre direction. Le Spirifer tenticulum s'en distingue essentiellement par son aréa plus élevé. La plus grande largeur de la coquille est à la charnière et les ailes s'étendent en pointes. L'aréa est droit et triangulaire dans les formes types, un peu arqué dans des formes voisines. La grande valve est bombée, aiguë au sommet, triangulaire ; le bourrelet est peu marqué.
De ces comparaisons très détaillées, le Prof. Wenjukoffconclut que tous les Spirifères de son groupe du disjtinctus soni wnis par des liens de parenté. Il se trouve ainsi conduite se demander quelle est la forme la plus ancienne.
La comparaison zoologique des fossiles ne lui donnant aucune réponse satisfaisante, il a cherché la solution du problème dans la distribution géographique. Là encore, il a rencontré des difficultés dues à la grande extension du fossile en Russie.
D'une longue discussion des divers horizons russes, il conclut que la forme qui se trouve dans les couches dévoniennes les plus anciennes est le Spirifer Archiaci. Ce n'est cependant pas la forme type de V Archiaci. Cette ancienne forme possédait déjà les caractères du Spirifer Verneuili, Dans l'horizon moyen du dévonien, on voit cette ancienne forme passer aux formes voisines. Quand son aréa devient large et droite elle passe au tenticulum ; quand les ailes se développent, elle donne le VemeuUi. Quant au Spirifer Brodi^ il ne s'est développé que plus tard.
Ainsi le Spirifer Arehiaci serait le plus ancien groupe et en môme temps le groupe central vers lequel convergent tous les autres.
2« Spirifer aperturatus.
On a vu plus haut quen 1819, Lamarck désigna la fig. 5, de la planche 244, de TEncyclopédie méthodique, comme le lype de Terebratula canaliculala. L^année suivante (1820), Schlotheim donna le nom de Têrebraiulites aperturatus à un fossile pour lequel il renvoya à la même figure de rEncyclopédie (i). Deux ans plus tard, en 1822, il en publia (2) une autre figure, en disant (p. 67), ce qui est parfaitement vrai, qu'elle est meilleure que ce qui avait paru jusqu'alors. On y voit tous les caractères de Tespëce : des côtes séparées par de larges intervalles et dont quelquesunes sont dichotomes, ainsi que le treillissage des parois du sinus. Le nom de Schlotheim fut accepté par tous les paléontologistes.
En 1850, Davidson, après avoir étudié les collections de Lamarck au Muséum de Paris et dans le musée Delessert, déclara que l'espèce figurée par TEncyclopédie, fig. 5, était le Spirifère si connu à Paffrath sous le nom de Spirifer aperturatus^ et il dit, qu'au nom de la loi de priorité, on devait lui restituer l'appellation de Spirifer canaliculatus, Valenciennes. On peut s'étonner à bon droit de ce que vient faire ici Valenciennes. Lamarck dit positivement dans sa préface du tome VI, 1^^ partie, de VHistoire naturelle des 'animaux sans vertèbres, où figure pour la première fois le nom de Terebratula canalieulatay qu'il a fait lui-même toute cette partie. Si sa cataracte le força quelquefois de recourir à des yeux étrangers^ Valenciennes Taida peut-être en qualité de préparateur anonyme, mais Lamarck n'ayant pas fait précisément l'éloge des yeux étrangers auxquels il dût s'adresser, il valait mieux ne pas substituer sans preuve la garantie de Valenciennes à celle du grand naturaliste. Il y a plus, le nom de Terebratula canalifera est écrit de la main même de Lamarck sur un Spirifère de la collection du Muséum, qui est bien le Spirifer aperturatus de Schlotheim; Lamarck est donc le véritable auteur du nom.
Mais il y a à envisager un autre côté delà question, la diagnose et la figure de Lamarck convenant au Spirifer Vemeuili et non au Spirifer aperturatus , doit-on appliquer k ce dernier le nom de Lamarck? Je ne le crois pas ; toutefois si Topinion opposée prévalait, je n'y verrais aucun inconvénient.
{1) Die Petre/actenkunde, p. 258.
(2} Nachtrage, pi, XVIII.