‹ Étude sur lord Brougham, discoursChapitre 7 sur 7 · Tocqueville, Cousin, M"« Rachel · texte numérisé non relu

Tocqueville, Cousin, M"« Rachel

2. Il y a un portrait d'elle dans le salon, et une gravure de ce

portrait dans chacune des chambres de la villa ; dans le vestibule, les

vers suivants, œuvre de lord Brougham, sont inscrits sur une tablette

de marbre :

Mount, gentle spirit, to the sphère

Where pain or grief nane can e*er kuow, Yet sometimes shed an angel's tear

0*er those who sorrow still below.

Oh, swiftly dawn the blessed day,

When we, too, heavenward shall rise,

Casting this mortal coil away

To join thee in thy native skies.

les siens. Il était, dans la vie privée, le plus simple et le plus généreux des hommes ; il eut beaucoup d'amis^ et d'innombrables relations, soit en Angleterre, soit eji France, car il savait se prêter au monde : en dépit de, ses travaux multiples, et alors même qu'il était chancelier, il portait dans les cercles les plus distingués de la société anglaise un esprit dégagé, une conversation pleine de verve et d'éclat*.

Brougham eut une de ces vieillesses qui font honneur à la. nature humaine. Il garda jusqu'au bout la vigueur salubre que /l'exercice donne à l'esprit comme au corps, et que nous voyons de nos jours la récompense suprême réservée à quelques grands travailleurs. Chaque année, à son passage à Paris, il assistait aux séances de notre Institut, et faisait souvent à ses collègues des communications pleines d'intérêt. A l'âge de quatre-vingts ans, il prononça, à l'inauguration de la statue de Newton, à Grantham, un discours digne

4 . Jamais lord Brougham n'abandonna l'originalilé d'allures qui avait marqué sa jeunesse. En 4848, il voulait devenir citoyen de la République française, tout en restant pair du Royaume-Uni ; un autre jour, il faisait répandre le bruit de sa mort, espérant des panégyri- ^ ques : mais plusieurs journalistes, se doutant quMIs faisaient l'oraison funèbre d'un vivant, ne le ménagèrent pas. Il est certain, bien qu'on en doute en Angleterre, que cette plaisanterie humouristiqne fut l'œuvre de lord Brougham, car il l'avait annoncée à l'un de ses collègues de l'Institut de France, qui m'a confirmé l'anecdote.

du sujet, et que lui seul peut-être pouvait faire à la fois aussi littéraire et aussi savant; deux ans plus tard, élu chancelier de l'université d'Edimbourg, il charma son docte auditoire, lors de son installation, par une parole pleine de grâce, qui semblait avoir acquis l'expérience sans porter le poids d'une si longue carrière et de tant de grandes choses accomplies.

Ses derniers jours s'écoulèrent, paisibles, dans sa villa provençale. Le 7 mai 1868, il s'éteignit durant son sommeil, dans la quatre-vingt-dixième année de son âge.

La France garde sa dépouille mortelle; mais, s'il m'est permis d'exprimer un regret, c'est qu'il n'ait pas encore dé monument dans l'abbaye de Westminster, ce Parlement des morts, où l'Angleterre, dans une pensée touchante, réunit les ombres réconciliées de ses grands hommes.

Mais quoi! sa mémoire n'en a pas besoin. Le tepaps, justicier des gloires humaines, n'épargne point celles qui sont inscrites sur le marbre ; il ne peut rien contre celles qui vivent dans le cœur des hommes et que se transmettent les générations reconnaissantes. Qu'importent les écarts de cette nature primesaulière ? Quand depuis longtemps les siècles écoulés en auront effacé le souvenir, on se rappellera le nom du défen-

seur de la reine et du libérateur des esclaves parmi ceux des grands orateurs et des bienfaiteurs de l'huma^ nité.

Et nous, messieurs, qui vivons dans une époque plus troublée encore, n'oublions jamais que lord Brougham n'eut le pouvoir d'améliorer les lois de son pays que parce qu'il sut leur obéir. Car si, parmi nos discordes, et ces tournois misérables où notre pays est l'enjeu, l'exemple tant de fois invoqué d'un peuple voisin nous inspirait enfin le culte de la loi,, la France, assurée désormais, se retrouverait tout entière : nous pourrions regarder le passé sans amertume et l'avenir d'un œil serein.

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