LES PORTRAITS DE BUZOT
La miniature qu'a bien voulu nous communiquer Î^L Vatcl, et d'après laquelle nous avons fait graver le portrait mis en tête de cet ouvrage, est très-fine et d'une bonne couleur. Le vêtement que porte Buzot est un habit bleu à collet à revers, lui gilet rouge à revers : le jabot en mousseline, les cheveux bien peignés et poudrés attestent le soin signalé déjà par madame Roland dans le portrait des Mémoires (page 305 de notre édition), que Buzot mettait dans sa tenue. Il existe à la Bibliothèque Impériale, dans les collections du département des estampes, deux portiaits dessinés de Buzot; l'un de trois quarts, par Lambert, a été gravé par Coqueret pour la collection générale des portraits des députés à l'Assemblée constituante; l'autre, de profil, et qui n'a pas été publié, est dû au dessinateur Labadyé. La ligne du nez légèz'ement busquée, la finesse de la bouche, la fermeté du regard, la distinction des traits, l'expression grave et un peu tx'iste de la pbysionomie, se rapportent bien à tous les détails du portrait que nous publions. Un portrait édité par Basset présente, avec celui de Laudjert et de Coqueret, une grande
Gi LETTRES INÉDITES.
Deux suppositioDS se présentent à l'esprit : ou madame Roland a remis à quelqu'un le j)ortruit avant de mourir, ou bien elle l'a porté sur elle à l'échafaud , sachant qu'il n'v a point de mystère pour le bourreau non plus que
aiialo(jie. Le graveur Vérité eu a publié nu autre avec cette inscription :
Fr. Nie. Léon. BUZOT,
Député du (lé|)nrt{;mcnt <le l'Etire, né ;i Evrcux le 1*'' mars 1760.
Ce zélé défenseur de notre lihcrté , Modeste , ferme , intact, ardent pour l'érjuité : Buzot, pour te bien peindre il faudra qu'on te nome Fidel ami des droits de l'iiomnie.
La bouche est trop loniclc; le dédain d(\s lèvres exagéré. — Le portrait dessiné par bonncville et gravé par Mariage, bien qu'il manque de finesse, nous })araît nicilleur.
Mais le micuix fait et le plus ressemblant est bien incontestablement celui que possède ^l. Vatel , et dont ^L ]Nar{;cot a gravé une reproduction très-fidèle. Ce portrait, rendu historique par la publication des lettres de madame Roland à Buzot, « a été trouvé, nous écrit M. Vatel, vers le mois de mars 18(>3, traînant à terre, pêle-mêle avec des légumes, chez un marchantl étalagiste du marché des RalignoUes. La toile était louiée et rejiliée .sur elle-même ; derrièie était un j)etit morceau de carton. Entre cet (Micadremeut et la tête, je trouvai les deux feuilles de papier, de forme arrondie, sur lesfpiell(>s est écrite la biographie de Ruzol. Cette peinture paraissait avoir appartenu à un médaillon dont le verre aurait été détruit : Fcnsemble était dans le plus déplorable étal de délabrement. »
Les circonstances d'iuie trouvaille si intéressante ne viennentelles pas à l'appui de notre hypothèse?
Gonnncnt, si de tels restes n'étaient pas tombés dans le principe en des mains grossières, auraient-ils été au milieu d'objets sans valeur aucune, d'où l'œil sagace de M. Vatel les a tirés? Mais les détenteurs dv. ce document échappé à la destruction étaient tellement ignorants, qu'ils n'avaient pas même su lire la notice de madame Roland, qui, en leur donnant le nom du
pour la tombe. Cette dernière nous parait la plus vraisemblable.
Ainsi donc elle a dû dépouiller deux cadavres , cette main qui a livré à l'histoire des documents dont nous
personnage représenté, du conventionnel Buzot, leur eût révélé l'intérêt de la miniature qu'ils possédaient.
M. Vatel avait reconnu l'écriture de madame Roland dans l;i notice manuscrite, et avait trouvé là une forte présomption, presque une preuve, de l'amour de madame Roland pour Buzot, au moment où nous préparions la publication de la nouvelle édition des Mémoires, et où apparaissaient les lettres à Buzot, deux circonstances qui allaient établir un fait nouveau , dé la façon la plus péremptoire. Cette coïncidence de trois témoignages inattendus sur un point resté très-obscur : 1° les révélations du manuscrit remis à la Bibliothèque impériale; 2" la trouvaille du portrait; 3» la mise en vente des lettres d'amour adressées à Buzot, — n'a-t-elle point quelque chose de singulier?
Avec la généreuse ardeur qui lui a fait retrouver et rassembler nombre de documents curieux relatifs à la Révolution française, M. Vatel a cherché le portrait de madame Roland que possédait Buzot et qu'il avait légué à Jérôme Le Tellier. Quel pendant un tel portrait aurait fait à celui que nous publions en tête de ce volume! M. Vatel ne l'a point trouvé. Mais à défaut de cette précieuse image, il nous tiansmet une ébauche qiù doit son intérêt à la femme qu'elle concerne et aux circonstances sinistres où elle fut tracée. C'est le signalement du registre d'écrou à Sainte-Pélagie. II est conçu en ces termes :
Taille de cinq pieds.
Marie - Jeanne Plilipon, Glieveux et sourcils châtains foncés,
femme Roland, ex-ministre, Yeux bruns,
âgée de trente -neuf ans, Nez moyen,
native de Paris, demeurant Bouche ordinaire,
rue de la Harpe, n° 5. Visage ovale.
Menton rond.
Front large.
« Tel est le portrait, tracé par la main d'un geôlier, de l'héroïne de la Gironde, recounaissable encore, dit M. Valel, à travers la banalité d'un signalement, à ses yeux bruns, à son gracieux visage et à son large front. »
avons fait usage sans porter préjudice à la mémoire des proscrits, et saus traliir cette sainte cause de la vérité, qui est aussi la cause des vivants.