‹ Etude sur Nicolas Psaulme, évêque et comte de Verdun, 1518-1575Chapitre 1 sur 10 · A L'ÉPISCOPAT. — VERDUN RÉUNI A LA FRANCE · texte numérisé non relu

A L'ÉPISCOPAT. — VERDUN RÉUNI A LA FRANCE

Toutes les villes, même les plus humbles, ont Pourquoi « leur célébrité; ou bien elles ont été, dans les sujet de siècles passés, le théâtre d'événements dignes de Confénnces' tixer l'attention des siècles suivants, ou bien elles ont donné naissance ou servi de séjour à des hommes illustres dont l'histoire a conservé le nom. Notre ville de Verdun, elle aussi, a eu ses événements, soit glorieux, soit tristes; je voudrais que quelques-uns fussent redits devant vous. Elle aussi a eu ses hommes illustres.

Parmi ces homnjes, j'ai choisi, pour faire de sa vie le sujet d'un certain nombre de Conférences, Nicolas Psaulme, Evèque et Comte de Verdun, Prince du St-Empire.

Nicolas Psaulme.

Prêlre moi-même et enlant du pays Verdunois, celte vie a dû attirer mon attention. Je crois aussi, Mesdames et Messieurs, qu'elle vous intéressera ; car c'est taire acte de patriotisme et d'intelligence que de s'intéresser à tout ce qui touche à l'honneur et à la gloire de son pays.

Naissance NicoLAS PsAULME naquit le 11 décembre 1518 picbjinine de au vllIagc dc Chaumout - sur- Airc , autrefois du baillage et aujourd'hui de l'arrondissement de Bar-le-Duc, diocèse de Verdun. Son père, Pierre Psaulme, était un brave et honnête laboureur, et sa mère, Didière Morel , une bonne et simple paysanne, mais femme très-pieuse.

La vie des champs, à cette époque bien plus encore que maintenant, élait une rude vie, et l'enfance d'un fils de laboureur ne devait connaître ni soins délicats, ni amolissantes attentions, même de la part de sa mère. Le jeune Psaulme fut donc élevé , comme tous les enfants de sa modeste condition, dans le travail, la soumission à Taulorilé paternelle, le respect de Dieu et la pratique de la religion.

Au sortir de sa première enfance, ses parents, sans oser rêver pour lui de grandes destinées, songèrent à profitjgr d'une heureuse circonstance, afin de lui donner une éducation, rare alors parmi les gens de roture, n est cmmcn»: Picrrc PsauliHC avalt un frère, qui, |)ar son

à l'abbaye mérite, était devenu abbé de 8t-Paul de Verdun;

c si-Piu. jj i^j j^j^^gjjrj ^^y^^ ijis Depuis longtemps les ordres

de \'rrduii. . , » • i i ' .

religieux n étaient plus les seuls loyers du savoir; cependant plusieurs conservaient encore les Ira-

1er

dilions de leur passé et cultivaient avec amour les lettres et les sciences. Celui des Prémontrés, auquel appartenait Tabbaye de St Paul , était de ce nombre. Nicolas Psaulme y apprit les premiers éléments des sciences et des lettres humaines , en même temps qu'il s'y forma à une piété solide et éclairée.

Bientôt son oncle, qui avait su découvrir en n ,.-, éiud lui une rare aptitude aux choses de Tespiit, l'en- en piusicuis voya dans les Universités de Paris, d'Orléans Universiics cl de Poitiers, pour y achever ses éludes et s'y ii^ France, perfectionner dans les diverses branches qui forment le faisceau admirable et varié de l'enseignement.

A des talents supérieurs, le jeune étudiant joignait une sagesse au-dessus de son âge et une maturité d'idées et de conduite difiicile à ti'ouver dans tous les temps parmi la vive et pailbis turbulente population des écoles. Son retour au cloître de St-Paul fut un événement. Le vénérable abbé, charmé des belles qualités de son neveu, inspiré peut-être aussi par la voix du sang, songea à le choisir pour successeur. Les Religieux ne lirent aucune opposition , pardonnant à Nicolas " «ii-viein Psaulme sa grande jeunesse, en raison de ses vertus et de sa haute intelligence, il avait alors vingt ans.

Pendant deux années, il jouit des revenus de l'abbaye, quoicju'il ne fut que simple clerc; mais son oncle en conserva la direction. En 15i0, il pi'it l'habit blanc des Prémonlrés, reçut la bénédiction abbatiale des mains de Nicolas (jobeili ,

abbé de St-Paut.

administrateur du diocèse de Verdun (I) et fut

ordonné prêtre dans le courant de la même année.

Mais, toujours avide de sciences, Nicolas Psaulme

quitta bientôt sa riche abbaye et retourna étudier

Il rsi reçu à Paris, où il fut reçu docteur en théologie le 6

docteur novembre 1 54-1 . Le doctorat en théologie était alors

en théologie. , , i • «i ■> •> j * «

un honneur auquel on n arrivait qu après de tresfortes études sur presque toutes les matières de l'enseignement. Psaulme soutint brillamment ses thèses en Sorbonne devant plusieurs évèques et autres personnages illustres, parmi lesquels on remarquait le Cardinal Jean de Lorraine, frère du duc régnant de Lorraine, et Charles de Guise, son neveu. Archevêque de Reims, plus connu dans la suite sous le nom de Cardinal de Lorraine. Les Lorrains surtout applaudirent aux talents et aux succès de leur compatriote et vinrent eux-mêmes l'en féliciter.

Plus tard, l'Evêque de Verdun devait payer ces applaudissements par son affection et son dévouement à la maison de Guise. C'est de cette époque, sans nul doute, (jue datent les relations intimes entre le lits du laboureur de Chaumont et ces Princes tie Lorraine « auiirès destjucls, disait-on alors, les autres Princes semblaient peuple 2). »

(1) Nicolas (iobtrli, l'ivèquo de VnnvaAv iii pnrtihus, administrait le diocèse do \'erdun pciuhinl les ôpisconals des [iriiues Jean et Nicolas de Lorraine. Ce lut lui (ji:i lit construire la belle Kj;lise de Sl->'anne, dont une tour est cnenre debout au ei nire de la Citadelle. Il niourui en 15'i3.

('2) J'ai cru devoir |ilaeer à la lin du vulunie , n" 1 des Pièces /usli/ïcalifes , un lableau ;^éiiealti,;i(|ue de la laipille de Guisc- I.orraine, qui aideia le lecleiir à se reeunnaîlrc dans tous ers nom» de Guises que nous citerons souvenl.

château Boinville.

Cependant le renom de Nicolas Psaulme avait grandi parmi les Religieux de son ordre : on parlait de lui dans toutes les Abbayes de Prémontrés. Le Chapitre général de l'Ordre, réuni à Laon , jeta les yeux sur lui pour l'élever à la dignité de supérieur-général. Mais il avait pour compétiteur un cardinal, et son élection ne fut pas validée en cour de Rome. Il revint alors à son monastère de St-Paul, où sa présence et son autorité étaient nécessaires pour rétablir la discipline fort relâchée depuis son départ et la mort de son oncle.

En ces temps-là, l'Empereur Charles-Quint, en il «econrt guerre avec la France, vint mettre le siège devant '^

St-Dizier, à la tète d'une armée formidable (1544). Guillaume comte deFurstemberg, qui avait d'abord commandé son avant-garde, se rabattit sur le pays Verdunois, qu'il désola par ses rapines, et assiégea le château de Boinville, petit village près d'F.tain, et alors fief de l'abbaye de St-Paul. Malgré les secours d'hommes et de vivres envoyés de Verdun par Nicolas Psaulme, Boinville fut emporté d'assaut. Mais la longue et vigoureuse résistance de la garnison avait donné au nouvel abbé le temps de solliciter le secours de François de Guise, comte d'Aumale, qui occupait Stenay pour le Roi de France.

Pendant que les fluisquenets de Furstemberg pillaient le pays et faisaient chère-lie avec l'argent donné par Psaulme pour la rançon des prisonniers faits à Boinville, François de Guise était descendu dans la plaine de Woëvrc avec quelques hommes d'armes et un peu d'infanterie, avait repris sur

Nicolas Psaulinc a. Rome.

Furstembei'g le château de Bonzée, qui appartenait au Chapitre de la Cathédrale, et l'avait poussé, l'épée dans les reins, jusqu'à Gorze. A Gorze, l'Allemand ht face; mais, complètement battu, il repassa la frontière, et le pays fut pour quehiue temps du moins délivré de la présence incommode des gens de guerre.

Voyage de L'abbé de St-Paul, libéré lui aussi de ses préoccupations guerrières , fut quelque temps après envoyé à Rome par le Chapitre général des Religieux Prémontrés pour solliciter la canonisation du pieux Norbert, fondateur de leur Ordre.

Certes, Nicolas Psaulme était trop intelligent et trop éclairé pour passer sans proht sur cette terre inspiratrice de l'Italie, où venait de s'épanouir, dans une merveilleuse floraison, ce qu'on appelle la Roiaissancc , c'est-à-dire tous les arts, toutes les sciences, sculpture, peinture, poésie, littérature , philosophie. L'Italie en effet était encore toute imprégnée, comme d'un puissant parfum, des récents souvenirs qu'avaient laissés les splendeurs des Médicis à Floicnce et de Léon X à Rome.

A ce voyage peut-être, au spectacle du vaste mouvement intellectuel dont il fut témoin, nous devons en Nicolas Psauhne Tidée de fonder un Collège dans notre ville et la constante protection qu'il accorda aux lettres et aux sciences, lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat. Mais surtout il y contracta de nobles amitiés avec les plus saints personnages de ce tenq>s, et en revint plus ferme dans la foi, contrairement à tni autre visiteur fameux, (jui l'avait précédé de quehjues années dans la ville Lleruelle (1).

(1) l.ullicr ullu ù iloiiic veiii 1512.

Les princes Lorrains cependant n'avaient pas Nicolas oublié le Lauréat de Sorbonne, ni l'actif défenseur Psauimc

, . .,, est nommé

de BoHiviIle. .„,.<,.

a I Lvcclie

Verdun avait alors pour Evêque Nicolas de Lor- jc Verdun, raine, un jeune homme de vingt-cinq ans, plus désireux de paraître brillant chevalier que saint Prélat; du reste il n'était pas prêtre. Aussi, après quatre années d'épiscopat nominal, il se fatigua de son Evèché , le rendit à son oncle Jean de Lorraine, qui l'avait possédé jusqu'en 1544, et se maria. Jean de Lorraine, qui, par un abus trop fréquent alors dans les grandes familles, était déjà Archevêque de Narbonne et de Lyon (1), Evêque de Laon , de Metz, de Toul , de Valence, de Thérouanne, d'Alby, et par-dessus tout cela Cardinal , offrit à Nicolas Psaulme de se démettre de l'Evêché de Verdun en sa faveur.

Psaulme , que cette élévation à l'épiscopat effrayait un peu, car il avait prévu les troubles politiques et religieux que la Réforme allait susciter bientôt, refusa d'abord d'accepter l'offre de son protecteur. Mais , sur les instances du Cardinal lui-même et de ses supérieurs, il obéit à ce qu'il regardait comme la volonté du ciel et échangea sa crosse d'Abbé contre la mitre épiscopale, moyennant certaines combinaisons tolérées à cet te épo(iue. Ainsi , Jean de Lorraine devenait Abbé de St-Paul et en percevait les revenus, laissant à Nicolas Psaulme le gouvernement spirituel de l'Abbaye avec le droit de rcgrh. En même temps, il se réservait sur l'Evêché de Verdun pareil droit de

(1) En 15'58 il avait ccdc l'archcvcrlic de Reims à Cliurlcs de Guise. «

rrgrès fjus rcgressiUj c'est-à-dire, (|u'au besoin il pouvait le re|)ieiuli*e, et en gardait pour lui la majeure partie des revenus. Bientôt après il céda tous ces avantages à Charles de Guise , son neveu. De telles conditions imposées au nouvel Evèque le mettaient presque sous la dépendance des Guises.

Ce fut le 12 juillet 1548 que Nicolas Psaulme prit possession de l'Evêché de Verdun. On renouvela, pour son entrée en la ville é|)iscopale, l'ancien et curieux cérémonial tombé en désuétude sous ses prédécesseurs.

Cérémonial Avaut d'être rccu par la cité de Verdun comme de- son entrée Couitc ct même comme Evêque, Nicolas Psaulme en sa ville ^\^^^l fi'abord « faire Iby et ostencion aux jureis, episcopa c. ^^ justicc , couscil ct gouvemeui's de la cileit, de » ses droits et titres à l'Eveschié, soit par bulles » ou aultrement.

» Item il dut aussi faire apparoir dehument » qu'il avait obtenu le droit de régale du sou- » verain seigneur empereur ou roy des Roumains, » duqueil muet le temporeil de la dilte citeit et » éveschié de Verdun, car, sans le dict régale, » les dis de Verdun ne sont point tenus de re- » cepvoir aucun seigneur Eves({uc éleut ou admi- » nistrateur au dict temporeil. »

Après s'èti'c soumis à ces formalités imposées aux Evéques de Verdun par l'autorité jalouse des gouverneurs de la ville, Nicolas Psaulme leur lit partgdu jour qu'il avait choisi pour son entrée solennelle, ('e joui- venu, il se présenta, revêtu des habits ponlilicaux , à la porte St-Victor, et prit place en dehors « sur ung siège notable.

» comme il appartient , pour luy seoir. » Là , l'altendaient le JMaître-Echevin à cheval et les magistrats, qui, lui présentant «le Livret d'Or » contenant la forme du serment que doibt tenir » le seigneur évesque à la prise et possession de » révesché » lui demandèrent de prêter dessus le serment qui suit : « Nous jurons, veues les Sainctes » Evangiles, la main mise à nostre pîct (peclus, » poitrine) comme prélat (1), que nous tenrons, » garderons, maintenrons les liberteis, francliises, » coustumes , usages et communes observances » de la citeit de Verdun et des appartenances » d'ycelle. Ez que nous tenrons et maintenrons » les cileins et habitans de la ditte citeit en leurs » saisines et possessions , sans les enfreindre per » quelcumque manière. »

Ce serment reçu, le Maître-Echevin qui portait « ung fardel de cleifs que on suelt [wlel, a cou- » tume) penre au sacraire de Téglise cathédrale » de Verdun , lesquelles cleifs sont celles de la » citeit, » les remit aux mains de l'Evêque, avec recommandalion d'en faire bonne garde; puis la porte s'ouvrit toute grande et Nicolas Psaulme entra dans la ville.

Suit un détail assez original : « Faisant la bei- » nesson au peuple, à dexlre et à sénestre, le » seigneur Evesque marcha j)ar dessus draps (|ue » les maistres du métier de la draperie doibvent

(i) I^'Kvcfiiio , en pi'ôlant srrniciil , plaçait sa main gauclic sur sa poilriiic cl levait lu main droite au-dessus des Evan<;iles- les laïcs, au contraire, lourliaicnt le loxie sacre de la main gaiirlic, ru même temps qu'ils levaient la droite. Celle difTcrcncc dans la manière de prêter le serment, de la part des prêtres cl des laïcs , est encore en usage aujuurd'liui à Rome.

» avoir prestz et appareisllez et faictz estendre » |)er le chemin au pardevant du dict seigneur, » pour lequel service ycellui seigneur doibt paier » aux dis maîtres de la draperie , pour leur » droit, deux livres, monnoies de Verdun, pour » une fois, et avec ce, doibvent avoir les draj)- » piers leur dyneir per la manière accoustumée. »

Ainsi venu jusqu'en face l'Eglise Collégiale de Ste-Groix (1), le Comte-Evèque fut de rechef arrêté, et les citains lui demandèrent un nouveau serment , avant de le laisser pénétrer plus loin dans la ville.

Le premier serment ne promettait que la conservation des franchises générales de la cité; celui-ci, plus explicite, garantissait à une certaine classe de citoyens, aux Lignages, dont nous parlerons tout-à-l'heure, des privilèges exceptionnels.

« Nous jurons, veues les Sainctes Evangiles, » la main mise à nostre poitrine, comme prélat, » que nous garderons et maintenrons le droit de » la Doyneit et du Siège de Ste-Croix de Verdun, » des veuves-femmes et des orphelins-entfans, et » ne metei'ons hommes au dict siège, ne en aultre » olïîce de Justice, fors que des ydones (idoncus; i> capable), solîlsans des Lignages antiens de la » ditte citeit. »

Lciivrcid'or. Lc \À\rel d'Or, Messieurs, duquel j'ai tiré CCS détails, contient, comme je viens de le dire, le double serment exigé de nos am'iens Evè(|ues

(1) L'K^lisc Collo-iali- de Sle-Croix fui hàlic vers l'iiii 1010. Los Fiançai» la (li'-nioliiiMil oii l.').")0 pour faiio , du li-naiii qu'elle occupait, une i>/acf d'annes. C'est aujouid'liui la place Saii»lc-Croi\ qu'orne la statue de Clievert , au centre de la ville.

par la cité de Verdun. La formule de ces serments est calligraphiée aux premières pages, en belles lettres d'or du xiv* siècle. Aux pages suivantes se trouvent écrits, à l'encre ordinaire et en lettres gothiques aussi , le commencement de l'Evangile St-Jean, In principio erat Verbum, et le passage de l'Evangile St-Luc racontant le message divin de l'Ange à la Vierge Marie, In

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