‹ Etude sur Nicolas Psaulme, évêque et comte de Verdun, 1518-1575Chapitre 2 sur 10 · ILLO TEMPORE , MISSUS EST ANGELUS GABRIEL · texte numérisé non relu

ILLO TEMPORE , MISSUS EST ANGELUS GABRIEL

C'était la main levée sur ces paroles sacrées que les Evêques prononçaient leur serment. Le reste du Livret d'or contient le cérémonial de leur entrée solennelle dans la cité. A chacune des pages, le texte est entouré d'une large guirlande de fleurs entrelacées, bordure brillante et délicate, où la main d'un artiste inconnu a mêlé toutes les couleurs, comme dans les grandes verrières de nos anciennes Cathédrales. Ce vénérable et précieux monument des franchises et libertés de vos pères est conservé avec soin dans les archives de riIôtel-de-Ville.

Le double serment prêté , les négociateurs et notaires de la cité en dressèrent immédiatement un acte authentique , et l'Evêque continua sa n)arche au travers la ville. A l'entrée de la rue Châtel, le cortège s'arrêta. Là, dans une chambre préparée à cet efïet, Nicolas Psaulme quitta ses vêtements d'Evêque pour endosser ceux de Comte- Palatin, ou prince du St-Empire : c'étaient un manteict fouri-é descendant jusqu'à mi-jambe, avec trois nœuds de ruban d'or sur chaque épaule, l'épée au côté et les bottes éperonnées. Dans cet équipage, il monta à cheval, et deux notables de

sa suite, tenant les rênes, le conduisirent jusqu'à la chapelle de St-Laurent, située dans le cloître, où Tattendait le Chapitre de la Cathédrale.

Après avoir été complimenté par chacun de Messieurs les Chanoines, il descendit de cheval, quitta ses habits séculiers, revêtit le rochet et la chape que lui pi'ésenta le doyen du Chapitre et entra dans sa cathédrale où se tirent diverses cérémonies religieuses. L'Evêque se rendit ensuite dans la vaste salle des réunions du Chapitre, et, devant tout son clergé réuni , il jura , en un solennel serment, de conserver les droits, fonds et revenus de TEvêché , de n'aliéner aucun de ses biens, de faire tous ses efforts pour recouvrer ceux (|ui avaient été aliénés par ses prédécesseurs, de défendre les privilèges, immunités et franchises de l'Eglise, et de maintenir, en sa ville et comté de Verdun, la paix et la tranquillité.

Ici les biographes de Nicolas Psaulme placent un incident fort honorable pour lui. Sa mère était venue de Chaumont pour voir et admirer son fds en sa nouvelle dignité, ce qui était bien naturel; mais la digne femme crut lui plaire et lui faire honneur en se présentant à lui revêtue d'une belle robe de soie et autres aflliquets de la mode d'alors. Nicolas Psaulme ne voulut point reconnaître la pauvre paysanne qui lui avait donné le jour, sous ce déguisement de grande dame. Didière iMorel s'éloigna confuse de cet accueil, mais elle en sut proliter. Elle alla reprendre ses jupes de serge et de toile, puis revint vers son fils qui, cette fois, lui tendit les bras et la serra sur son cœur, en |)leurant de joie.

Nicolas Psaulme avait trente ans à peine, lorsqu'il prit possession du siège épiscopal de Verdun. C'était une bien grande jeunesse en (ace de devoirs aussi difficiles que muUij)]es , aussi importants que sacrés ! Le nouvel Evèque les accomplira avec la fidélité d'un homme fort et d'un saint; nous le verrons à l'œuvre Mais auparavant je crois opportun de faire connaître la manière dont la cité de Verdun était gouvernée au moment où Nicolas Psaulme en devint Evèque.

Verdun, comme tout le monde sait, fit partie VcrJun de l'ancien royaume d'Austrasie, après la conquête »«

des Gaules par les Franks. Dans la dislocation du moyon-âge. vaste empiie de Kaile-le-Grand {Charîemagne), dislocation qui fut consommée en août 843 par le fameux traité signé dans nos murs entre les trois tils de Lodewig-le-pieux, Verdun fut donné à Lother, Taîné, qui avait le titre d'Empereur. Mais, pendant près d'un siècle et demi, notre cité passa tour-à-tour sous la domination des Rois de France et des Kmpeieurs d'Allemagne, suivant les partages qu'amenaient entre eux des guerres sans cesse renaissantes ^et des traités sans cesse violés et renouvelés. Enfin, en 986, Lodewig {Lovis le fainéant , dernier roi Frank de la race de Charîemagne, cède Verdun à Tempereur Othon 111. Depuis, Verdun fut considéré comme fief relevant de l'Empire.

Au milieu de ces années de troubles, la Féodalité avait jeté sur le sol de l'Europe ses fortes racines. Les ducs et les comtes, nommés à vie

j)ai' les rois ou les empereurs pour gouverner telle ville, telle province, s'élaient rendus indé|)en(lanls et avaient transmis leurs gouvernements à leurs fils comme on transmet une propriété en héritage. Seulement ils reconnaissaient tenir leurs domaines d'un suzerain dont ils étaient les vassaitx, et à regard duquel ils avaient certains devoirs à remplir. Quel(|uefois le vassal était plus puissant que le suzerain. Or, V^erdun avait un Comte vassal de l'Empire, et maître absolu dans la ville : c'était GodetVoi , duc de la Basse-Lorraine (1), comte des Ardennes et de Bouillon.

Les Evoques Sou lils Frédérilv , prince d'une très-grande Conites vertu , s'étant lié d'amitié avec Aymon, 'SS" Evéque de Verdun , lui céda en 997 la Comté de Verdun en pleine et entière jouissance, avec pouvoir de choisir les macjistrats de la cité, les officiers de la milice, de forger monnaie, d'im])oser tailles et gabelles pour fournir aux besoins publics. Cette cession fut confirmée par l'Empereur Othon III, en qualité de suzerain, avec obligation pour les Evèques ses successeurs de recevoir, lors de leur prise de possession, l'investiture du temporel de l'Evêché des mains de l'Empereur. Aymon est le premier de nos Evêques qui prit le titre de Comte DE Veudun.

(I) L'illuslre Bruno, Arclievcquc de Cologne el frère de l'iùiipereur ()lhon-lc-(irand, avail divisé le royaume de Loriaine ( Lothenegne) en deux duclics •, l'un, la llassc-Lorraiwe, comprenait li- Itraliaiit el tous les Pays-Bas, avec Liège el Cologne, l'aulre, la Haiile-Lorrajno ou Mosellanc, était formé de IWIsace , avec Trêves , cl de (oui le i)ay8 qui a garde depuis le nom de Lorraine. Verdun, ni Metz, ni Toul, ne l'aisaienl partie d'aucun de ces duchés.

Verdun.

Le titre et les droits de Comte de Verdun donnaient un accroissement considérable à la puissance de nos Evèques. Ils étaient déjà possesseurs , dans leur diocèse ou au dehors , de nombreux et vastes domaines dans lesquels ils jouissaient de tous les droits souverains ou régaliens, comme on disait autrefois. Aussi leur était-il ditficile, en raison de leurs mœurs, de leur caractère, de leurs autres devoirs dTvêque, d'administrer eux-mêmes ces domaines et surtout de les défendre contre d'ambitieux voisins. C'est pourquoi ils choisirent alors autour d'eux dos hommes appartenant à de puissantes familles et leur remirent en mains le gouvernement temporel de leur ville épiscopale et de leurs domaines, avec le titre de Vicomte. Le premier Vicomte de Verdun fût Louis de Chiny, en 1028.

Cependant les ducs de la Basse-Lorraine revendiquent à main armée la Comté de Verdun. Godefroi , fils puiné d'Eustache Comte de Boulogne, hérite de son oncle Godefroi -le-Bossu, les Comtés d'Ardennes et de Verdun et la Seigneurie de Bouilllon , dont il prend le nom qu'il immortalise dans la première croisade. En 1096, Richer l'achète le Comté de Verdun et choisit Thierry de Bar pour Vicomte. Mais Alberon de Chiny, l'un des plus illustres de nos Evèques, délivre sa ville épiscopale de la domination des Comtes Les ou de la protection parfois très-onéreuse des Vi- Bourgeois comtes, en choisissant quatre notables bourgeois associés par

1 Evcouc siu

de la ville auxquels il confia le gouvernement de la ^

' "^ gouvernement

Comté de Verdun et l'administration de la justice aelaCné. et de la police. Ces bourgeois, élus par le peuple,

(levaient être agréés par l'Evéque , lui prêter serment et exercer leur autorité en son nom. C'était la première fois que les bourgeois de Verdun étaient appelés par leurs Seigneurs à prendre une part quelconque dans le gourvernement de leur cité. Cet état de choses dura quatrevingts ans.

Luue Mais bientôt la bourgeoisie Verdunoise entra

entre les ^lans le grand mouvement municipal qui agita

Evcques jjy^ ^je pj ^jje siècIcs Ics priucipalcs villes de

„ France. La souveraineté de l'Evéque fut attaquée

Dûurgeois. ^ '

et la Commune surgit à Verdun, aussi opiniâtre dans la poursuite de son but, aussi persévérante dans ses efforts, aussi courageuse dans ses revers que partout ailleurs.

Le xiii^ siècle tout entier est rempli par les luttes des Bourgeois de Verdun contre le pouvoir temj)orel de leurs Evèques, luttes souvent sanglantes, obscures et oubliées dans l'histoire, mais pleines d'intérêt pour nous. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, ils regagnent ou ils perdent, suivant les phases de la fortune, le droit de se gouverner eux-mêmes. Ce ne fut que vers 1250, qu'un traité, conclu entre Jehan d'Aix et les habitants, assuia détinitivement à ceux-ci le gouvernement de la Vicomte de Verdun, moyennant une somme de 2000 livres tournois donnée à l'Evéque. C'était la seconde fois que vos pères achetaient de la sorte un droit, pour lequel ils avaient aussi bien souvent versé leur sang.

Désormais les Evêijues découragés ne cherclioront plus que faiblement à ressaisir leur pouvoir

sur la Cité et se contenteront d'exercer, en toute souveraineté, leurs droits seigneuriaux sur les nombreuses prévôtés rurales dépendantes de l'Evèché, tout en conservant du reste le titre de Comte Verdun et de Prince du St-Empire, avec le privilège honorifique de donner leur approbation au choix des magistrats, qui gouverneront à l'avenir la ville libre et impériale de Verdun.

Or il advint dans cette révolution bourgeoise ce Les qui arrive dans presque toutes les révolutions Lignages. faites par le peuple. Le peuple, qui est le bras agissant, se donne une tête qui dirige et commande et parfois garde le pouvoir. Cette tête existait à Verdun.

Dès 1208, trois riches et puissantes familles, ayant nom cVAzenne, de la Porte et d'Estouff, avaient pris la direction du mouvement communal contre les Evèques. Leur énergie, leur intelligence leur avaient acquis un tel crédit dans la Cité, qu'ils en étaient devenus les véritables chefs, sans que toutefois leur pouvoir fut sanctionné par aucune reconnaissance légale de la part de leurs concitoyens. Cette sanction ne tarda pas à leur être donnée.

Un jour il fallut trouver de for, pour payer à PEvèque la cession de quelques privilèges (1239), et la Commune n'en avait pas. Ces trois dites familles alors offrirent .de payer pour la ville, demandant en échange de leur or « telle préémi- » nence sur les citoyens que dorénavant on ne » pourrait élire, pour l'administration de la jus- » lice et de la Comté de Verdun , autres que

» d'entre elles; ce qui fut accordé par le commun » peuple. Par (juci Icsdites familles prirent auto- » rite et commencèrent à porter armes de noblesse » et écussons (1).» Ce fut là, Messieurs, l'origine de nos Lignages.

Les Lignages [linea , lignée) se composaient

donc de trois familles anciennes dont nous avons

donné les noms. Presque toujours étroitement

unies entre elles par la communauté des intérêts

et le besoin de se soutenir contre les prétentions

Leurs droits dcs Evèqucs , qui avaicut peine à oublier leur

*^ ancienne autorité, elles gardèrent pendant trois

privilèges, gj^cles Ic pouvoir municipal au sein de notre cité.

On ne sait rien de bien précis sur l'organisation de la Commune à Verdun jusqu'à l'époque où Nicolas Psaulme en devint Evêque : elle fut modifiée à plusieurs reprises. Aux xiv^ et xv® siècles, Verdun était gouverné par un Sénat que l'on appelait aussi le Conseil ou le Magistrat de la Cité, dans lequel était concentrée toute l'administration civile, judiciaire, militaire même. Ce Sénat se composait d'un Doyen qui s'intitulait chef des Bourgeois, de quatre Echevins dont l'un s'appelait Maitre-Echevin et les autres Echevins du Palais, enfin d'un certain nombre de membres, nommés Jurés.

Ces divers magistrats devaient toujours être cboisis parmi les Lignagers , et ils étaient élus chaque année par le peuple et par les Lignagers eux-mêmes.

On appelait Citains, un nom (pie je n'ai rencontré nulle part ailleurs , les bourgeois appariai) Waisebourg — AiiliquiU'» Jo la (•aule-Kelgique.

— aliénant aux anciennes familles de la Cité. Citain de Verdun était autrefois un titre noblesse parmi nous.

L'organisation intérieure des Lignages avait aussi un caractère tout spécial. Chacune des trois familles formait un Lignage. Toute personne qui tenait à l'une de ces trois familles par le sang était réputée de son Lignage. Les femmes transmettaient à leurs enfants cette espèce de noblesse, contrairement à ce qui se passait partout : ainsi les enfants de la fdle d'un Lignager, qui avait épousé un homme de négoce ou de métier, devenaient Lignagers du chef de leur mère et en avaient les prérogatives. La réception dans un Lignage donnait lieu à une cérémonie solennelle : c'était une es])èce d'affdiation. On y prêtait serment; les enfants seuls, lorsqu'ils étaient reçus, étaient provisoirement dispensés du serment en raison de leur jeunesse. « Le jour de fête St-Laurent, 10™* en ^ïi Aoust de l'an LXIII (1463), furent assemblés en ■'>y Congrégation honnorables personnes et sages *» Seigneurs du Lignage de la Porte de la Cité de » Verdun, et ce dit jour furent mis et reçus plu- » sieurs au dit Lignage (I). »

Le Lignage d'Azenne tenait ses assemblées au "cloitre de la Magdeleine, celui de la Porte au chapitre des Cordeliers et celui d'Estouff au chapitre des Augustins.

Cependant, à l'époque dont nous parlons, c'està-dire vers 1550, le pouvoir des Lignages touchait

.. (1) V^oir, aux Archives de l'IIôlcl-Je-Ville , les Rouleaux des .-Mgnagcs. De ces Rouleaux il ne reslc que quelques IVagmcnls fort incomplcls.

Nicolas Psaulme

à sa fin. Ils devaient rencontrer de forniidal)les adversaires dans Nicolas Psaulme, et surtout dans rambition de la France qui tendait invinciblement à constituer sa puissante unité aux dépens des petits états libres dont elle était entourée.

Nous avons laissé Nicolas Psaulme prenant possession du siège épiscopal de Verdun. Le premier Bruxelles. ^^'^6 ^^u nouvel Evéque, après son sacre qui eut lieu le 26 août, fut un voyage à Bruxelles, oi^i il alla demander à rempereur Charles-Quint remise d'une amende de 9,000 florins du Rhin, à laquelle il avait été condamné par ce prince, pour s'être mis en possession de l'Evèché de Verdun sans avoir reçu de l'autorité impériale l'investiture du temporel. L'Empereur, touché de cette démarcbe, n'exigea pas le paiement de l'énorme amende imposée à notre Evêque, qui fut admis à faire les foi et hommagea ordinaires entre les mains de son Suzerain, pour les fiefs de son Evèché relevant de l'Empire. Ces fiefs étaient encore nombreux; c'étaient, outre la ville de Verdun, les cinq |)révôtés de Charny, Mangiennes, Fresnes, Tilly et Dieulouard-sur-.Moselle.

Vingt autres Seigneuries appartenaient autrefois aux Evêques de Verdun, mais ils les avaient perdues, soit en les aliénant pour divers motifs, soit en se les laissant prendre par leurs voisins : ainsi il en était de Chiny, Virton, d'une partie de Damvillers, de Clermont, Varennes, Vienne-le- Château. Montfaucon, Dun, Stenay. Psaulme, ne pouvant songer à reprendre jamais par la foice ces domaines perdus, lit devant l'Empereur une solen-

cl It Lignaircs.

^''l'iielle mais parfaitement inutile protestation contre tous les détenteurs, et revint dans son diocèse.

Du reste, des affaires qui le touchaient peut-être de plus près appelaient son attention sur sa ville épiscopale elle-même.

Nicolas Psaulme, arrêté devant la Collégiale de Mcoias Ste-Groix, lors de sa première entrée solennelle à rsauimc Verdun comme Evêque, avait dû jurer, on s'en souvient, de garder et maintenir les privilèges des Lii3jnai?es.

Mais, à peine au palais épiscopal, il avait compris que ce serment le liait à la conservation d'un état de choses qu'il regardait comme contraire aux droits et prérogatives des anciens Evêques-Comtes de Verdun. A ses yeux le pouvoir des Lignages était une usurpation que trois siècles d'existence n'avaient pas légitimée. Il crut que son devoir et son honneur l'obligeaient à l'attaquer et à l'affaiblir. Seulement son serment lui paraissait une entrave; il songea à s'en faire délier. Du reste l'occasion de mettre ses projets à exécution ne tarda pas à se présenter, et Nicolas Psaulme n'était pas homme à la laisser échapper.

En cette année même de 1548, un rescrit impérial avait ordonné de réparer les fortitications de notre ville et d'y mettre garnison allemande. Charles-Quint voulait s'assurer de Verdun contre la France. Les Lignages firent humbles représentations à l'Empereur, lui disant qu'une garnison mise par lui était une violation des privilèges et franchises de la Cité, qui ne recevait jamais ni troupes impériales ni autres dans ses murs, que

c'était la faire sortir de sa neutralité et donner aux Français un prétexte plausible de s'en emparer. C'est pourquoi ils demandaient de garder eux-mêmes leurs murailles, leurs personnes et leurs biens, comme par le passé, promettant de ne rien faire ni souffrir de contraire aux intérêts dudit Empereur. Charles-Quint se fia à la parole des Liiïnages, qui lui iiçarantissaient la fidélité des habitants de Verdun, et même leur donna maintien et confirmation de leurs privilèges.

C'était là, pour les desseins de Nicolas Psaulme, un fâcheux contre-temps. Mais ce prélat avait autant de patience pour attendre la réalisation de ses desseins que d'habileté pour en assurer le succès. 11 souscrivit donc sans difficulté à la décision impériale, approuva hautement quebjucs mesures prises par les Lignages pour le bien public de la Cité, cherchant, par ce désintéressement, à n'exciter aucun soupçon parmi les bourgeois, et à se concilier rafiection du peuple, c'est-à-dire des i^ens de négoce et de métiers.

Mais en même temps, il recueillait leurs plaintes et doléances contre ces chefs qui, ayant fixé le pouvoir dans leurs familles, à l'exclusion de toutes les autres, devaient avoir immanquablement des rivaux et des jaloux. On les accusait de détourner les deniers publics, iVcn disposer sans rendre aucun compte au peuple, et d'user parfois de menaces et de violences pour empêcher d'appeler de leurs jugements au tribunal de l'Evêque, à (jui appartenait de prononcer en dernier ressort.

D'un autre côté, Nicolas Psaulme s'adressait au Légat du Pape, à lîruxelles , afin d'obtenir

une sentence qui annulât son serment et lui laissât H «c

. . !•! « ' Il t' fait relever

toute sa liberté 0 action. ^^^^^^

Vu la requête de Nicolas Psaulme, et sur son serment affirmation qu'il avait été trompé lors de sa prise aux de possession de la Comté de Verdun, que les Lignages, droits et privilèges des Lignages étaient usurpés, que du reste ils en abusaient au grand détriment de la chose publique, le Légat, par un bref daté de Bruxelles, au mois de novembre 1549, usant de son autorité apostolique, délia l'Evêque de Verdun de son serment, et décréta qu'il pouvait retirer aux Lignages l'exercice de leur puissance et les remplacer à son gré, dans leurs charges et fonctions, par d'autres citoyens, sans encourir en aucune façon la note infamante de parjure (1).

Ainsi , assuré d'une part des sympathies du Décision peuple de Verdun, et d'ailleurs en paix avec sa de

conscience, Ni(;olas Psaulme porta ses griefs à la Charlesconnaissance de l'Empereur, qui ordonna que l'on y"'"^put interjeter appel des sentences de l'IIôtel-de- Ville au tribunal du Palais épiscopal. Nicolas Psaulme se contenta pour le moment de ce droit reconquis et désormais incontesté : c'était, lui paraissait-il, la plus belle prérogative de sa couronne de Comte-Evèque, celle à laquelle il tenait j)ar-tlessus tout : en effet, être et demeurer haut justicier dans sa ville épisco|)ale, c'était, dans sa conviction, y assurer la bonne et loyale administration de la justice. Par le même décret, Cliai'Ies -Quint imposa aussi, à ceux des trois anciennes familles qui seraient nommés pour l'exer-

(1) Voir le Bref du Lé^al ù la fui du volutnc : Pièce juslifiralive 11" 2.

cice (le la magistrature et juridiction tant civile que criminelle, robligation rigoureuse de prêlcr serment entre les mains de l'Evèque à la manière accoutumée. Sans doute qu'à l'occasion les Lignagers se dispensaient volontiers de cet hommage rendu à la puissance épiscopale (1).

Cette décision de l'Empereur fut notiliée aux habitants de Verdun et aux Lignages. Cependant Nicolas Psaulme usa de cette première victoire avec tant de modération et de sagesse, que ceux même aux dépens desquels il l'avait gagnée ne l)urent s'empêcher de le tenir en estime. Du reste il réforma quelques abus, fit droit à diverses réclamations, et sut apaiser les discordes et les brouilleries qui troublaient la paix de la cité.

Noire Les années 1540 et 1550 furent employées de la

Evoque gQ,,(^g pj^,. notre prélat à maintenir son autorité

au Concile . n . ^ ■ i l » r •

, ,., tem|)ore]Ie et a reprendre quelques terres autretois

de 1 lèves. ' i • i

du domaine de l'évèché (2). Ces soins ne l'enqiéchaient pas du reste de remplir ses devoirs d'Evécjue

(J) Il serait curieux de voir commenl les Lignage* appréiicnl la conduite de INici)Ias Psaulme en celte alVairc et la dccisisn de Ciiarles-Quint , dans une Requête adressée par eux au Roi en IG13. I-cs f/ignagcs y montrenl contre ?iicolas Psaulme une telle acrimonie cl flattent si fort le Roi qu'on peut douter de la vérité de leurs reproches. Cette pièce est conservée aux Archives de rirùlcl-Je-A illc.

(2) A celle époque il aclitla la Icrre de Woimbey d'un cnmle d'I'Jslaples et la réunit au domaine de son Kglisc. Ce comlc d'I'.slaplrs, paraîl-il , lavorisail les Huguenots, car le P. Hugo, dit dans son histoire de N, Psaulme que Woimbey , aux rives de la Meuse, riait, pour l'hérésie naissante, comme une ciladclie 1res l'orle: frimbcum tutissiiiiuni , ml itlosœ lijxi.i , viKjirntis hveirseas aicem

l.cs llvi^iucs de Verdun prenairni l'ans les actes publics le lilre de Seitjneur de tf^imheij (coutume de Verdun 1743).

avec zèle et intelligence. Ainsi il se rendait au Concile provincial de Trêves où il obtenait parmi les Evêques une grande réputation de savoir et de vertu, et, de retour dans son diocèse, il réunissait et faisait imprimer les canons et règlements du Concile sur la foi et les mœurs, afin de prémunir ses diocésains contre les idées protestantes.

Après son voyage de Trêves on parla de sa translation à l'évèché de Bayonne. Les Lignages crurent un moment qu'ils allaient être délivrés de cet homme qu'ils commençaient à redouter et qu'ils n'aimaient guère : eux-mêmes ils usèrent de toute leur influence pour le décider à accepter; mais leur espoir fut déçu, et Nicolas Psaulme resta Evêque de Verdun.

Au mois de juillet 1551 , il reçut de l'archevêque de Trêves, son métropolitain, l'ordre de se rendre au Concile do Trente. Avant d'y suivre notre Evêque, disons un mot de ce qui occasionna la réunion de cette célèbre Assemblée.

II y avait trente-trois ans que Luther avait lc |)oussé en Allemagne un cri do révolte contre Proicsi.in- Tautorité et l'enseignement de l'Eglise, cri que Calvin, comme un écho grossissant, avait répété en Fiance et en Suisse {1533), et qui devait avoir des conséquences inouïes.

Consé(juences, au point de vue politique : les guerres do leligion qui désolèrent l'Europe et surtout la France pendant près d'un demi-siècle; au point de vue religieux : la grande et belle unité chrétienne à tout jamais brisée; au point de vue

tisme.

moral et intellectuel : réinancipation absolue de la pensée, le libre examen de toutes choses, même en matière de foi , arme dangereuse qui blesse autant qu'elle défend.

Sans doute, nous l'avouons sans peine, il y avait dans l'Eglise, aux xv et xvi* siècles, bien des abus à faire disparaître, quelques désordres à réprimer et des réformes à introduire. Mais, ce qu'il était permis à un Gerson ou à un Amvot, tous deux contemporains de notre Evéque Psaulme, tous deux, comme lui, humbles de nom, pauvres de naissance; ce qu'il était permis, dis-je, à ces hommes illustres de demander en fait de réformes dans l'Eglise, ne devait l'être ni à Luther ni à Calvin.

Le Protestantisme, qui prit le nom prétentieux de RÉFORME, ne réforma rien du tout dans l'Eglise, pas plus qu'une armée assiégeante ne fortilie la place (ju'elle attaque, parcequ'elle oblige les habitants à réparer leurs murailles et à veiller à leur sûreté. Ce fut l'Eglise elle-même qui, menacée de toutes parts, travailla à sa réforme, et ce fut dans les sessions du Concile de Trente que s'élabora ce grand travail. Convocjné en l;345, ce Concile, qui devait se prolonger jusiju'en 1563, fut souvent interronipu pour dillérentes raisons dont je n'ai point à parler.

Premier Nlcolas Psaulmc arriva à Trente vers le milii'u

voyage Je (|q panuéc 1551 , et souscrivit à deux sessions, le N. Psaulme , ., septembre et le 11 octobre.

au Lonrile

de Tien le. ^^'"''^ '*^^ alTaires générales de l'Eglise ne l'occupaicnl pas tellement (|u'il oubliât celles de son

Diocèse. De Trente, il s'adressait à l'Empereur, qui lui répondait d'Arras (août 1551) de se tranquilliser touchant son évêché , qu'administrait l'évêque de Toul en son absence; il s'adressait au roi de France, Henry II, qui, par lettres datées de Lyon (13 octobre), confirmait la qualité de ville neutre déjà donnée à Verdun par François I". Pourtant le jour était proche où ce même Henry II allait ravir à notre ville cette neutralité, cette indépendance qu'il reconnaissait alors, et à laquelle vos pères tenaient si fort.

En effet, lorsque Nicolas Psaulme, ayant quitté le Concile , dont les sessions ne devaient être reprises que l'année suivante, revint à Verdun vers la fin de 1551 , il trouva tous les esprits en de grandes alarmes occasionnées par la présence d'une armée française en Lorraine. Pour comprendre la présence de cette armée dans notre pays, il nous faut. Messieurs, faire un instant de l'histoire générale de France.

Le 5 octobre 1551, Henry II avait conclu avec Les les princes Luthériens d'Allemagne, contre Charles- Français Quint, un traité par lequel lesdits Princes « trou- » vaient bon que le Seigneur Roy de France » s'impatronisât des villes impériales qui n'étaient » pas de langue germanique, comme Cambrai, » Metz, Toul, Verdun et autres semblables, et les » gardât en qualité de Vicaire du St-Empire , » réservés les droits du dict Empire sur les dittes » villes. » Ce traité avait été accueilli par la France d'alors avec enthousiasme. On songeait à

en Lorraine.

reprendre tout l'ancien royaume d'Austrasie « hérilaiçe des Franks. » Aussi depuis longtemps on n'avait vu une armée aussi belle et aussi leste que celle qui se réunissait, entre Chàlons et Vitry, sous les ordres du vieux connétable de Montmorency.

Au commencement du printemps 1552, le roi

vint rejoindre ses troupes, passa la Meuse, occupa

Toul, reçut la soumission de Metz et se présenta

devant Strasbourg, (|ui lui fouinit des vivres, mais

lui ferma ses portes. Puis Tarmée française,

« après avoir abreuvé ses chevaux dans les eaux

» du Rhin, » tourna le dos à ce grand fleuve, qui

ne devait pas, de sitôt encore, former frontière à

notre patrie, et se divisa en deux corps, dont Tun,

ayant Henry II à sa tête, se replia sur la Lorraine

et vint camper devant les murailles de Vei'dun.

Le Roi P^s plus que Toul et Metz, Verdun ne songea à

de France résistcr au rol de France, et, le lendemain 12 juin

k Verdun. 4 552^ Henry II faisait en grande pompe son entrée

solennelle dans sa nouvelle conquête.

Le peuple salua le Roi de ses plus bruyantes acclamations, et cria Koël! sur son passage, l'évêque Nicolas Psaulme lui fit, devant le grand portail de la Cathédrale, une fort belle harangue, et lui donna le soir un dîner splendide au palais épiscopal. Mais les Lignages et la haute bourgeoisie ne virent pas sans un secret déplaisir les bannières françaises flotter dans les rues de la Cité, ils sentaient qu'elles leur apportaient, dans leurs plis orgueilleux , la ruine de nos vieilles lii»ertés municipales et la destruction dt' leur pouvoir.

aux Français.

Je ne puis, Messieurs, passer outre sans m'ar- Nicolas rêler un instant afin d'étudier le rôle que joua Psauimc Nicolas Psaulme dans cette révolution qui fit à ne /wa point tout jamais de notre Cité impériale une ville française. Car on a écrit récemment (1) que ce fut lui qui livra Verdun à Henry II.

D'abord, Messieurs, il ne faut pas oublier deux choses, c'est que la conquête des Trois-Evèchés était à la fois désirée par la France et favorisée par les Guises, qui jouissaient à la cour d'un crédit immense. Elle était désirée par la France : Henry II avait saisi l'occasion de mettre la main sur Metz, Toul et Verdun , avec un empressement qui indique qu'il comprenait les vrais intérêts de son royaume, et la France de 1550 avait vu dans l'expédition de Lorraine une guerre nationale, et avait applaudi au succès, facile du reste, avec un élan tout patriotique.

Elle était, avons-nous dit, favorisée par les Guises : cette puissante famille, qui avait alors pour chefs le duc François , le meilleur ca])itaine (lu temps, et son frère Charles, cardinal de Lorlaine, le plus habile diplomate, approuvait les desseins de Henry II, et l'aidait dans son entreprise. Le capitaine l'aidait de son épée, le cardinal de son habileté et de son litre de Légat du Pape dans les Trois-Evêchés ; tous deux, de la grande influence que leur valaient en nos contrées leur litres de Princes lorrains et leurs relations de familles.

Que pouvait faire Nicolas Psaulme? — Résister

(i) Géographie de la Meuse, publiée à Verdun en 1862. Aiticle Vekdl'n.

au Roi? iMais c'était exposer inévitablement sa ville épiscopale aux lioii'eurs d'une prise d'assaut; et puis, Teut-il voulu, le peuple s'y serait opposé. — Protester contre l'occupation française? Mais Henry II ne prenait point les allures d'un conquérant, il se présentait aux gens de Verdun comme protecteur de leur ville, il déclarait ne vouloir user d'aucun autre droit que ceux que lui donnait son titre de Vicaire du St-Empire, dans une ville libre et impériale, titre qui lui avait été conféré par les Princes allemands.

Le plus sage donc de la part de notre Evêque, et le plus utile pour Verdun, était la soumission. Après tout cependant, jen'aftirmerai pas, Messieurs, que Nicolas Psaulme, Tami et le protégé des Guises, n'ait pas, sous leur influence, accepté de bonne grâce un événement qu'il ne pouvait empéclier ni retarder; mais il ne fit rien pour inspirer ou pour aider l'annexion de sa ville épiscopale à la France. 11 ne livra pas Verdun à Henry II; néanmoins nous allons voir que son autorité y saa^na.

Consiiiuiion Le jour même de son entrée à Verdun, Henry II

donnée par le ayant couvoqué Ics Troïs Etats de la Cité :

Car ina e p^jj^^gge^ clcrgé ct pcupIc, Icur dit à quel litre il se

Lorraine

a la ville

trouvait au milieu d'eux, leur déclara (\n\\ les de Verdun, voulait gouvcmer comme Protecteur, et (ju'il donnait au Cardinal de Lorraine ses pleins pouvoirs pour faire en leur Cité les règlements et cliangoments nécessaires. Puis, le lendemain, il (piitta Verdun, y laissant garnison fiançaise sous le com-

mandement du bourguignon Gaspard de Saux- Tavannes , Tune des figures militaires les mieux accentuées de cette époque (1).

Aussitôt après le départ de Henry II, le Cardinal de Lorraine « expressément commis et députez par » le Roy Très-Chrestien, vicaire du Sainct-Empire » ez Cités de Verdun, Metz et Toul, » s'empressa d'user de son pouvoir et fit proclamer en la Salle épiscopale « l'ordre et règlement qui, dorénavant, » sera tenu et observé au l'ait du régime et gouver- » nement de la Cité de Verdun, tant en ce qui » concerne la police que la justice. » Cette proclamation eut lieu en présence « de Révérend Père » en Dieu Monseigneur Nicolas Psaulme , évesque » et comte de Verdun, et des citoyens ou habitants » du dict Verdun comparans en personne, ou la » plus saine partie d'iceulx. »

Le Sénat, Conseil ou Magistrat, autrefois constitué par les Lignages, fut dissout. Un nouveau Conseil fut établi : il devait se composer d'un Doyen, de quatre échevins et de vingt conseillers, en tout vingt-cinq personnes, nommés à vie par l'évêque, sur la présentation d'une liste de cinquante candidats, « prins et choisis par tout le » peuple , de bons notables et vertueux person- » nages, citoyens et bourgeois d'icelle Cité et natifs » ou ayant domicile en icelle. » Le Doyen sera choisi par l'Evêque au sein du conseil , et devra rester en charge trois années; les Echevins seront choisis par les Conseillers et parmi eux ; ils devront

(1) Le bois et la fonlainc de Tavannes ■, situes à quelques kiloniclrcs de la ville, rappellent sans doute par leur nom, le souvenir du premier commandant militaire de Verdun.

— aise renouveler chaque année ; l'Evêque confirmera leur élection h Veschevinage. Le secrétaire ou greffier du Conseil sera aussi à la nomination de l'Evèque, et le j'eceveur des deniers publics à celle du Conseil. « Ez choses importantes et ardues, » concernantes le bien public, y aura deux commis » de l'Eglise cathédrale et un de l'Eglise collégiale » de la Magdeleine appelés au dict conseil, lesquels » auront voix et suffrage comme les dicts Conseil- » 1ers. »

Le Doyen , assisté de ses quatre Echevins, jugera les causes civiles , autrefois du ressort du Siège de Ste-Croix, comme les affaires de tutelle, saisies, expropriations, et réglera certaines affaires publiques de la commune.

« Au regard du fait et administration de la » justice ordinaire, est advisé, statué et ordonné » que, par chacun an, au jour accoutumé, le » peuple se trouvera de bon matin, chacun en » sa paroisse, où, après la messe parochiale ditte, » les paroissiens commettront gens ayant pîds- » sance pour tout le peuple afin de nommer et » présenter au dict Seigneur Evesque quinze ou » seize bourgeois, bons et notables personnages, » tant de ceulx du dict Conseil que du peuple, » pour être commis à l'exercice de la dicte jus- » lice. Desquels, ainsy nommés et présentés, » le dict Seigneur Evesque élira et choisira un » certain nombre, et iceulx establira et instituera » au dict exercice de- la justice, en recevant d'eulx » le serment deubt et nécessaire. » Ces magistrats formant tribunal devront connaître, en première instance, toutes les affaires criminelles, et, parmi

les affaires civiles, celles qu'on ne porte pas au siège de Ste-Croix.

« Des sentences (ie tous lesquels juges le dict » Seigneur Evesque ou ses commis seront réfor- » mateurs, par appellation ou quérimonie, en tous » cas civils et criminels. »

D'après ce qui précède, Messieurs, vous pouvez voir quelle est l'idée qui domine dans cette espèce de constitution donnée par le Cardinal de Lorraine à la ville de Verdun : c'est à coup sûr une idée démocratique , si je puis employer ce mot inconnu alors. C'est le peuple , et partout le peuple, qui choisit ses chefs civils et judiciaires et les présente à l'Evèque. L'Evêque, sans doute, recouvre le pouvoir réel de Comte de Verdun, mais le peuple a sa part dans la victoire : tout bourgeois désormais peut prétendre aux charges et emplois autrefois exclusivement remplis par les Lignages.

Ainsi furent anéantis les privilèges de ces vieilles L'auioritc familles Lignagères; ainsi elles perdirent, pour ne d" plus la recouvrer , cette espèce d'autoci-atie bourgeoise qu'elles avaient conquise sur les Evèques de Verdun, par leur intelligence et leur courage, et qu'elles avaient conservée par leur sagesse et leur habileté à travers des vicissitudes sans nombre.

Verdun, Messieurs, doit garder le souvenir de ces Lignagers, qui, au moyen-âge, en firent une Cité plus importante qu'elle ne l'est aujourd'hui par sa population (1) et son commerce; de ces

(d) En 1246 Verdun niellait sur pied une arme'e de douze h treize viille liommcs , picsquc lous de la ville. (Roussel, Histoire de F'erdun.')

Lignages dëiruile.

— sérielles et généreux Citains, qui, de leurs propres deniers, fondèrent, ou dotèrent vos liùpitaux (1), jetèrent des ponts sur vos rivières (2), construisirent vos Eglises et élevèrent vos remparts et vos hautes tours (3). L'un d'eux, Claude Senocq, reçut de la reconnaissance de ses concitoyens le titre glorieux de Père et de Nonrricier du peuple (4). Restent encore parmi nous, descendants de ces nobles et anciennes familles, les noms honorablement portés, des de Watronville, du Lignage de la Porte, des Senocq et des de Roton, du lignage d'Estouff.

Sur leur ruine, fut de nouveau reconstitué le pouvoir épiscopal , grandement amoindri, il est vrai , par la protection impérieuse de la France, protection qui ne devait pas tarder à devenir une véritable domination. L'habile Cardinal de Lorraine le savait fort bien; mais, en favorisant le pouvoir épiscopal, il donnait à son ami Nicolas Psaulme, en la fidélité duquel il pouvait compter, une marque de confiance, et il n'irritait pas trop les bourgeois de la Cité , qui , sous le gouvernement de leur

(1) Conslantius fondait l'hôpital de St-Nicolas de Gravière en H'«0. En 1219 Lielard de Watronville le dotait et s'y faisait icrvileur des pauvres.

(2) Le même Constanlius fit jeter trois ponts sur la Meuse , et fournit le plomb qui forma le toit de la Cathédrale jusqu'en 1753.

(5) Vaulrec ou Valdrac, di)ven de la Cité, lit construire, vers 1380, la belle tour géminée et <» crénaux située à l'extrémité du Pont Chaussée. Ce fut lui aussi qui fit élever les voûtes de la grande nef et du chœur de la Cathédrale vers 1390.

(/») Ce titre, donné à Claude Senor(| , Conseiller de la Cité vers 11)7)2, se trouve rappelé par le prince Erric de Lorraine, Evoque de Verdun, dans des lettres de reconnaissance de noblesse qu'il donne ^ la famille Senocq en aot\t 1600.

Evêque, pouvaient encore s'illusionner et se croire Ville libre, si toutefois cela était possible en présence des arquebusiers de M. de Tavannes.

Du reste, le Cardinal ne cacha pas trop aux Verdunois la main sous laquelle ils étaient tombés, car il prit, sans beaucoup de façon, pour cette année 1352, « la puissance et aucthorité de dresser » et establir lui-même les dicts conseil, sénat et » justiciers et aultres officiers susdicts. » Afin de justifier cet abus d'autorité, il se l'attribua comme récompense « pour le bon vouloir qu'il a desmontré » envers la dicte Cité. »

« Ce règlement ayant donc été lu à toute la » Communauté de Verdun assemblée à cet etfet, » le dict Seigneur Cardinal demanda si quelqu'un » avait à dire quelque chose au contraire, et nul » s'étant opposé, ainsy chascun ayant acquiescé, » consenti et accordé, il nomma ceulx qu'il avait » choisis et élus ez offices de Doyen , esclievins , » justice, conseil et Sénat. » Le Cardinal, au nom du roi , l'Evèque au sien propre reçurent ensuite leur serment, « après toutesfois que les dis du » Conseil ont entendu que le dict serment par » eulx preste estait sans préjudice du droict de » l'Empire, et que le dict Seigneur Roy le faisait » comme vicaire diceluy. » Vaine formule, laissée par le Cardinal de Lorraine à l'amour-propre des Citains de Verdun ! Illusoire satisfaction donnée à leurs vieilles idées de ville libre et impériale (1)!

(1) Deux pièces relatives au Règlement de justice, et de police donne à la Cite de Verdun par le Cardinal de Lorraine se trouvent aux archives de l'Hôtcl-de- Ville.

L une, la moins prc'cieuse, en papier ordinaire, a élé copiée sur

ciiaries- Pendant que le cardinal organisait de la sorte la

Quint nouvelle conquête française, Charles-Quint avait devant Metz, j.^j^ ^^ ^^j^ ^^^^ j^^ Priuces lutliérieus d'Allemagne

(traité dePassau, 2 août 1552), et il lui tardait de reconquérir, avec son prestige aux yeux de TEurope, les Trois-Evêchés qui venaient d'être enlevés à l'Empire. Le 20 octobre 1552, il plantait sa tente sur le mont St-Quentin , près de Metz , déployant autour de cette grande ville une armée de soixantedix mille hommes et la foudroyant du feu de cent quatorze pièces de canons , nombre énorme pour cette époque.

Verdun devait immanquablement être assiégé par les Impériaux, si Metz venait à tomber en leur pouvoir. Il fallait donc songer à se mettre en défense.

Nicolas Psaulme et ïavannes , l'évêque et le capitaine, en appelèrent au peuple. Quelques griefs furent oubliés devant le danger commun , et l'on résolut de demeurer fidèles à la nouvelle patrie. Nicolas Aussitôt tous , uoblcs et bourgeois , clercs et

Psaulme - peuple, Ics feiiimes elles-mêmes, se mirent à besoaux remparts. ^^^^^. .^^^^ fortificatious dc la villc. Ou répara les brèches des remparts, on éleva des retranchements en terre, on traîna des canons. Comme le héros qui défendait Metz , Nicolas Psaulme porta luimême la liolte, pour donner l'exemple et encou-

iin iiianusciit de la IJibliollièquc de l'abbaye dc Sl-A'annes. C'est celle que je donne au n" 5 des Pièces Justi/icath'rs.

L'autre, beaucoup plus curieuse, est un vieux parclieniin noirci par le temps, écrit en caractères et en st^le de 1552 , c'est l'original. 11 porte au bas le paraphe du Cardinal de Lorraine, avec la signature de son sccrclaire , Breton : Un sceau dc cire rouge aux armes de (iuise-Lorraine , "a moitié brisé , y est appendu.

rager les travailleurs. Le clergé de Verdun paya chaque jour la solde de 755 ouvriers.

Ce fut à cette occasion que fut détruite l'abbaye On songe de St-Paul , dont notre Evêque avait conservé ** «détruire l'administration après en avoir été abbé. Cette " ,^^^

' de

grande et belle abbaye était située hors des murs, si-Paui. derrière le bastion actuel voisin de la caserne St- Paul. La contrée porte encore aujourd'hui le nom de Vieille St-Paul.

Quolqu'environnée de tours , de murailles et de fossés, cette abbaye n'avait aucune valeur pour la défense de la place ; elle gênait au contraire et commandait les ouvrages que l'on construisait de ce côté. Les ingénieurs du roi jugèrent nécessaire de la démolir : Nicolas Psaulme fut sensiblement affligé de ce projet. Il aimait cet asile pieux de son enfance et de sa première jeunesse ; puis les édifices étaient vastes et considérables, l'église magnifique. Il demanda donc aux ingénieurs de modifier leuis plans et de renfermer son cher couvent dans une nouvelle enceinte de la ville, s'engageant à subvenir lui-même aux frais qu'occasionnerait cet agrandissement des fortifications. Les ingénieurs refusèrent. 11 s'adressa alors à son tout-puissant protecteur , le Cardinal de Lorraine , et le pria d'obtenir du roi que son abbaye fut épargnée. Le Cardinal lui répondit le 3 septembre 1552 :

« Monsieur de Verdun Pour mon abbaye

» de St-Paul, je ne désire rien moins que vous » qu'elle demeure deboiit, mais puisque le service » du roy, que j'ay. toujours préféré à mon intérêt » particulier , et la nécessité veulent qu'elle soit » abattue, il n'y a remède. Pour ce, toutles les

» fois que le sieur de Tavannes vous dira qu'il la » faut abattre, vous n'y mettrez aucun empesche- » ment, et ferez retirer mes Religieux aux Frères- » Prescheurs, qui cependant se retireront en l'un » des hospices du dict Verdun, jusqu'à ce que j'y » aie aultrement pourveu. J'écris un mot au sieur » de Tavannes , afin de commander aux dicts » Frères-Prescheurs qu'ils se retirent. Et quant » aux pierres, bois et aultres matières qui provien- » dront de la ruine de ma dicte abbaye, vous les » ferez le mieux conserver qu'il sera possible, » pour en faire ce que nous adviserons cy-après. » Et si on les voulait prendre pour employer à vy aultres choses qu'à ce que j'en aurais ordonné, » vous direz qu'avez charge de n'y laisser toucher » sans mon ordonnance et mandement exprès (1 ). » Voyez-vous, Messieurs, ce puissant Cardinal qui gouvernait presque la France, de moitié avec son frère, le voyez -vous s'occuper de ce que l'on pourra faire des démolitions de son abbaye?

Dcmoiiiion Sa lettre était un arrêt de destruction : l'abbaye tic de St-Paul fut démolie « rez pied, rez terre » en

l'ancienne gjj- JQurs. Mais auparavant le pieux et intelligent '^ ^^^ prélat fit recueillir toutes les inscriptions et épi-

de Sl-Paul . .

, 1 , taphes qui se trouvaient sur les tombes et ailleurs

hors des murs ' i

dans l'église du couvent. Ce recueil a été conservé jusqu'à nous et |)eut intéresser les amateurs d'archéologie et d'histoire locale.

Nicolas Nicolas Psaulme n'eut pas le courage d'assister

Psiuiine ^ ],^ ruine de son abbaye : il s'éloigna de sa ville se oigne (;.piseopale et se retira au couvent de Vannault-les-

dc sa ville

cpiscopalc. ^1) Mathieu Ilusson Ttcossuis, Continuation de l'Histoire de

JKcrdun.

Daines, près de Vitry, dépendance de celui de St- Paul, « en plus grande crainte du bruit de la sappe » et du marteau contre son église que ne fut jamais » le plus craintif du tonnerre et du feu du ciel en » grande tempeste (1). »

L'absence de Nicolas Psaulme ne ralentit point la mise en état de défense de la place. L'indoniptable Tavannes avait requis des ouvriers dans toutes les campagnes voisines; nuit et jour, sans trêve ni relâche, il faisait travailler aux remparts. Mais cette agglomération d'hommes, les fatigues qu'ils supportaient et le remuement malsain des terres amenèrent des maladies contagieuses, qui se développèrent à la longue et causèrent la mort d'un très-grand nombre de personnes dans la Cité.

Heureusement que le l*' janvier 1553, Charles- Quint, découragé par une défense admirable, leva son camp de devant Metz et repassa la frontière, traînant péniblement à sa suite les débris de son armée en désordre. Verdun fut dès lors délivré de l'épidémie, de la crainte d'un siège et d'une partie de la garnison française qui, en certains moments, se comportait un peu trop comme si elle eut été en pays conquis.

Nicolas Psaulme était revenu dans sa ville épis- Son retour, copale à la nouvelle de la maladie qui la désolait, et s'y était conduit en pasteur qui donnerait volontiers sa vie pour son troupeau.

(1) L'emplacemenl do l'ancienne abbaye de Sl-Paul , liors des murs, va Ircs-probablenicnl èlrc occupe par la gare du chemin de l'or de Cbàlons à Mclz.

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