RECHERCHES SUR LA VIE DE PLINE LE JEUNE
§ I. Noms et patrie de Pline le Jeune.
Les noms de Pline, tels qu'ils nous sont connus par quelques inscriptions (voy. app. A.) postérieures à son adoption, sont les suivants : C. PliniuLS L. f. Ouf. Secundus.
Lui-même nous apprend qu'il avait été adopté par Pline l'Ancien, frère de sa mère, mort à l'âge de 56 ans, le 24 août 79, lors de l'éruption du Vésuve. Dans ses lettres il appelle ordinairement le célèbre naturaliste son oncle (Q/ounculu$) ; une fois cependant il ajoute à cette désignation les mots : et idem per adoptionem pater ^ •
Toute adoption avait pour effet un changement de nom de la part de l'adopté. Il s'agit de savoir quels étaient les noms de Pline le Jeune avant son adoption, laquelle, nous le montrerons plus loin, avait eu lieu par testament et datait précisément de l'an 79.
La solution de cette question ne nous est pas fournie par les inscriptions auxquelles nous venons de faire allusion. Elles ne nous révèlent que l'ancien gentUicium de Pline, Caeciliu^, et le prénom de son père naturel, Lucitis ; car son père adoptif portait le prénom de Gains (C, Plinius Secundus) ^,
Nous croyons que ses autres noms ik)us sont révélés par l'inscription suivante^ : L. Cgecilius L. f. CUo IIII vir a(ediliciaj pfotestate), qui testamento suo \sestertium) n{ummum) œocwcç (milia) municipibus Com£nsibu$ legavity eœ quorum
2. Ce pronom est attesté par les meilleurs manuscrits de VHisl, nai,, par exemple par celui de Saint-Paul et par le Leidensis A ; puis par Tacite, Ann, I, 69 et XV, 53; HisU III, 28.
3. Gruter,p. 376, 5; Menti, 5torta di Como, p. 135, lequel ajoute: « Gilone si credo da taluno (Jovius, Hist.patr. p. 222) il padre o Tavo di Plinio. » Je donne Tincription d'après la copie que j'ai prise sur l'original, lequel est conservé dans la maison Giovio.
reditu quotannis per Neptunalia oleum in çampo et in thermis et balineis omnibus quae sunt Comi praeberetur, t{estamento) f{ieri) i{ussit) ^ et L. Caecilio L. f. Valenti et P. Caecilio L. f. Secundo et Lutullae Picti f. contubevnali. Aetas properavit; faciendum fuit: noli plangere mater. Mater rogat quam primum ducatis se ad vos *.
Selon toute apparence, les deux personnages nommés après Caecilius Cilo sont ses fils. La femme dont il est ensuite question, et qui n'a pas le droit de cité^ puisque son père n'est désigné que par un surnom, est sa contubemalis . S'il en est ainsi, rien n'empêche de reconnaître dans Cilo le père naturel de Pline le Jeune et dans le second de ses fils Pline le Jeune luimême. Le style et l'écriture indiquent bien le premier siècle de notre ère. La provenance de l'inscription (Corne) et les noms (Caecilius L. f. Secundus) s'adaptent aussi parfaitement à Pline. Et même, si, dès avant son adoption, et peut-être précisément en l'honneur de son oncle, il s'appelait Secundus^ on s'explique pourquoi plus tard il n'a pas d'autre cognomen que celui de son père adoptif .
On pourrait objecter, il est vrai, que la mère de Pline le Jeune survécut à son mari et même à son frère ^, et que cependant cette inscription ne la nomme pas, mais même mentionne à sa place nne contubemalis \ mais cela a peu d'importance, car, vu les mœurs de l'époque, on peut admettre sans invraisemblance qu'il y avait eu divorce.
Outre les rapprochements que nous avons déjà signalés, il en est d'autres assez frappants. L'inscription nous dit que Cilo mourut jeune (properavit aetas) ^ peu de temps après avoir revêtu l'édilité et avant d'avoir rempli les fonctions supérieures de son municipe ; or nous savons d'autre part que le père de Pline mourut avant la majorité de son fils *, c'est-à-dire avant l'an 76. Enfin nous voyons que COo fit des legs importants à sa ville natale, et Pline mentionne dans une de ses lettres ^, outre ses propres libéralités envers la ville de Côme, la liberor' litas parentum.
On peut donc admettre avec quelque vraisemblance (en pareil
1. Ici il faut suppléer «i&l, comme dans beaucoup d*autres cas.
2. Les mots aetas ... mater sont adresses par les Mânes de Gilo à ^a mère (qui n^est pas nommée) ; la suite est la réponse de la mère.