‹ Étude sur Pline le JeuneChapitre 69 sur 87 · LA GUERRE SUÉVO-SARMATE DE DOMITIEN · texte numérisé non relu

LA GUERRE SUÉVO-SARMATE DE DOMITIEN

ET LA GUEBRE SUÈVE DE NERYA.

Trois inscriptions font mention d'une guerre qui aurait eu lieu sous Domitien et à laquelle elles donnent le nom de guerre suévosarmate *. On sait que dans les monuments qui rapportent l'obtention de décorations militaires, la désignation des guerres a un caractère fixe et officiel. Or, Tanalogie (par exemple de la guerre arménio-parthique de L. Verus) montre que la désignation que nous rencontrons ici ne peut s'appliquer qu'à une double guerre commencée contre les Suèves et devenue ensuite une guerre sarmate.

Bien que peu de chapitres de l'histoire présentent d'aussi nombreuses lacunes que celui des campagnes de Domitien, on arrive cependant à déterminer avec certitude, parmi les événements dont la tradition a conservé le souvenir, ceux auxquels se rattache la désignation en question

1. Orelli, 3049 =s flenzen, p. 265 : L. Aconio.,.. 7 leg, XI C. p. /'., leg. IIII F. f., leg. V, Maced», VII G. p, /l, donis donato ab imp. Traiano Aug. Germanie. obbellumDacic.,» et a priorib. prtndpibus.,. [do]nis donato [ob bellum Suebicum] et Sannaiic. flenzen 6766 : ... drio Q, f. Hor, Sep.,.to,. tribuno mUitum l[eg. sec]undae adruiricis p, /*., donis [mili]taribus bello Siiebico e[t] SarmaUco. flenzen, 6912 : ... [Bellicio] P. [f,] SteL So[ller]ti„. leg, leg, XIII \g]elm], donat. don. militarib. expedii. Sueb\i]c. et Sarm. Le fait que Tempereur qui a conféré les dona n'est pas nommé ou qu'il est compris tacitement dans les priores principes montre, comme les autres indices i chronologiques, qu'il s'agit de Domitien.

Au dire de Dion i, les Lygiens, peuple de la Germanie indépendante, dont le territoire était situé probablement dans la Silésie actuelle, avaient sollicité le secours de Domitien contre les Suèves et ce prince leur envoya cent cavaliers. Gela aurait poussé les Suèves à s'allier avec les Jazyges et à traverser le Danube pour envahir le territoire romain. Ces Suèves étaient donc les habitants du royaume de Vannius, c'étaient les restes des Suèves ou Marcomans amenés en Bohême par Marbod et qui, après avoir perdu sous Tibère leurs chefs nationaux, et avoir été reconduits pour la seconde fois vers rOrient, s'étaient fixés sur les rives du March où le Quade Vannius devint leur chef 2. — D'autres auteurs font également allusion à cette guerre, parmi eux Tacite, qui dans l'aperçu général qu'on lit au début des Histoires, mentionne les : coortae irtnos Sarmatorum et Sueborum gentes^. Suétone et les poètes de l'époque parlent aussi d'une légion massacrée par les Sarmates ; et d'une fêle célébrée par Domitien à l'occasion d'une victoire remportée sur eux *. Les légions qui, d'après les inscriptions, prirent part à cette guerre, la IIAdiutrix et la Xlll Gemina sont du reste connues pour avoir fait partie de l'armée du Danube.

Quant à la date de cette guerre suévo-sarmate, elle ne pourra être fixée plus exactement qu'après qu'on aura étudié en détail la chronologie du règne de Domitien. Nous voyons par Martial qu'elle fut postérieure à la révolte de Saturninus^ qui eut probablement lieu vers 88, et à peu près contemporaine des premiers engagements sérieux avec les Daces (p. 94, note 5).

1. LXVII, 5. Les mots èv tij VLwrlcf. devant Auytoi proviennent de l'ignorance de Tautèur des extraits. Yoy. Reimarus, note sur ce passage, et Zeuss, (Ue DetUschen, p. 119. Tacite, Ann. XII, 29, raconte une guerre précédente entre ces Lygiens et les Suèves sur le Danube. Encore ici les alliés de ces derniers sont les Sarmatae Jazyges.

2. Tacite, Annales, II, 63 ; XII, 29 ; Pline, h. n. IV, 12, 81.

3. 1. 2. Il a surtout en vue la guerre sous Yespasien dont il parle Hist, IV^ 54, et connue aussi par Josèphe, Ml. lud., VII, 4, 3; mais nous ne savons pas que les Suèves y aient joué un rôle.

4. Suétone, Dom, 6 : eœpeditiones.., stiscepit sponte in Cattos, necessario unam in Sarmatas, legUme cum légal caesaj in Dacos duos... De Catlis Dacisque,.. duplicem triumphum egit; de Sarmatis lauream modo CapUoUno lovi re«tt««. Martial {Ep. VII, 8; VII!. 15, etc.) et Statius {SUv., III, 3,170) : quae modo M^ircomanos post horrida bella vagosque Sauromatas Laiio non est dignata triumpho, mentionnent aussi le triomphe dédaigné. D'après le contexte de Stace, les Marcomans ne peuvent guère être que les Suèves de Vannius. Cette substitution de noms n*a pas lieu d'étonner chez un poëte. Les Quades et les Marcomans, que Dion (LXXVN, 7) mentionne à côté des Daces, sont sans doute également les Suèves.

La guerre suévo-sarmate de Domitien nous permet de déterminer ce que fut la guerre suèye sous Nerva. Elle est mentionnée unique* ment dans l'inscription d'un tribun de la légion / Adiutrix ^ décoré à l'occasion de cette campagne. M. Henzen ^ est le seul sayant qui s'en soit occupé, et il en cherche le théâtre dans la Germanie- Supérieure. Mais il y a des raisons sérieuses de douter de cette hypothèse. On ne yoit dans cette période aucune peuplade du nom de Suèves figurer sur le Rhin. Depuis la guerre de Domitien contre les Chattes il n'est plus question d'aucune expédition contre les Allemands d'Outre-Rhin ; car on ne peut compter pour une guerre l'assistance passive des troupes de Spurinna dans la catastrophe des Bructères (p. 10). Le silence de Pline dans son Panégyrique prouve que, sous Nerva, il n'y eut en Germanie ni guerre, ni danger de guerre, et que le titre de Gertnanicus^ adopté en automne 97 par Nerva et Trajan, ne se rapporte pas à des événements survenus dans les provinces où Trajan conunandait en personne ; car il eût dû y prendre une part active 3.

Par contre, nous venons de le voir, on s*était battu longtemps et opiniâtrement sous Domitien contre les Suèves, c'est-à-dire contre les Germains du Danube. U faut donc rapporter le hélium suebicum de Nerva et l'adoption du titre de Germanicus à une reprise des hostilités sur le Danube. Un argument décisif en faveur de cette explication nous est fourni par un fait rapporté dans Pline ^, mais souvent mal expliqué. Suivant cet auteur, Nerva, le jour même où il adopta Trajan, en octobre ou novembre 97, reçut la nouvelle d'une victoire ex Pannonia\ c'est évidemment à cette occasion qu'il prit le titre de Germanicus^ titre qu'il conféra aussi à son fils adoptif. Trajan ne se rendit pas à Rome immédiatement après la mort de Nerva qui survint bientôt ; il passa sur le Danube l'hiver 98-99^, et ce fait n'est pas non plus sans connexion avec les événements militaires dont nous venons de parler ; le prince voulut sans doute s'assurer, sur le théâtre même de la guerre, des résultats de la dernière campagne. Au même ensemble de faits se rattache encore la mesure en vertu de laquelle Z. luliv^ Vrsm Servianus^ qui,

1. Henzen, 5439: <?. AUio P. f, Maec, Prisco,., trib. mil, leg, 1 ctdiutric,, donis donato ab imp. Nerva Caesare Atig. Germ. bello Suebic, Conf. Bckhel, VJ, 406.

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