ERNEST TH0R1N , ÉDITEUR
LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES D’ATHÈNES ET DE ROME DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE L’ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 7 , RUE DE MÉDICIS , 7
THE J PAUL GETTY CEWTER LlBRARY
PRÉFACE
On se propose d’étudier dans cet ouvrage l’histoire d’une des plus anciennes villes du Latium.
A l’époque où Rome était gouvernée par ses premiers rois, Préneste tenait déjà une place importante dans la confédération latine. Plus tard elle prit part à de iongues luttes contre Rome et obtint d’elle le titre de ville alliée, qu’elle garda jusqu’à la guerre Sociale. Puis elle devint tour à tour municipe, colonie militaire, de nouveau municipe, et fut pendant l’empire le séjour favori de la société élégante. Ces différentes phases de l’histoire de Préneste forment la première partie de cette étude.
A Préneste s’élevait un temple, célèbre dans le Latium et dans toute l’Italie : le temple de la Fortune. On expose dans la seconde partie les transformations que subit à plusieurs reprises l’idée de la Fortune, et on commente les documents relatifs au culte qu’elle recevait.
La troisième partie comprend la description de la ville ancienne d’après les ruines qui en restent; la quatrième, des considérations sur le développement de l’art à Préneste, suivies d’un catalogue d’antiquités inédites appartenant à des collections privées, celle de S. E. le prince Rarberini et celle du célèbre orfèvre romain, M. Auguste Gastellani.
Plusieurs monographies de la ville de Préneste ont déjà été publiées en Italie ;
1° Suaresius, Præneste antiqua. Rome, 1655, in-4°. Cet ouvrage est le plus imparfait de tous; les inscriptions surtout sont reproduites avec de très nombreuses incorrections.
2° Gecconi, Storia di Palestrina, Ascoli, 1756, in-4°. Ge tra-
PRÉFACE
vail, fait par un habitant de Préneste, est très précieux pour la partie topographique, et la partie historique est traitée avec plus de soin que dans l’ouvrage précédent.
3° Petrini, Memorie Prenestine. Rome, 1795, in-4°. L’histoire de Préneste est traitée sous forme d’annales. Cette disposition nuit beaucoup au récit, surtout pour la partie qui concerne l’histoire ancienne , car les dates ne sont pas toujours certaines. Les périodes ne sont pas nettement définies et les réflexions générales font défaut. L’histoire de Palestrina au moyen âge est mieux traitée. Malgré ses lacunes, l’ouvrage de Petrini a deux grands mérites : on y trouve réunies toutes les inscriptions de Préneste qui depuis ont été publiées pour la plupart dans différents recueils, et en second lieu des documents du moyen âge, dont quelques-uns sont fort importants pour l’étude de la topographie antique.
L’ouvrage de Knies , Historia Prænestis oppidi. Præcedit nominis explicatio et topographiæ brevis expositio . Rintelii, 1856, ne contient aucun fait nouveau, et est moins important que les deux ouvrages précédemment cités (1).
Les nombreuses découvertes qui ont été faites à Préneste depuis 1855 ont fourni beaucoup d’indications sur la civilisation de cette ville aux différentes époques de son histoire. Une grande partie des antiquités prénestines a déjà été publiée par l’Institut archéologique de Rome; mais les deux collections do S. E. le prince Rarberini et de M. Auguste Castellani étaient jusqu’à présent inédites. L’un et l’autre, avec la plus aimable courtoisie, ont mis leurs richesses à la disposition de l’Ecole française de Rome. Le savant abbé Pieralisi, bibliothécaire du palais Barberini, a facilité à l’auteur l’exécution de sa tâche.
Dans la partie concernant l’histoire de l’art à Préneste, on a omis à dessein la description de la grande mosaïque conservée à Palestrina; il en est seulement question incidemment dans l’histoire de la ville. Trop de dissertations ont déjà été écrites à ce sujet pour qu’il semble utile d’en grossir le nom-
(1) Il m'a été impossible de trouver un autre programme publié plus récemment : Rœsner, Rerum Prænestinarum , p. III. Patschkau, 1871, in-4°, cité dans l 'Archæol. Zeitung, 1873, p. 118.
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bre. On en trouvera la bibliographie complète dans un article qu’un savant italien , lauréat de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres , M. Lumbroso , a inséré dans ses Aneddoti di archeologia Alessandrina (Turin, 1874, in-8°. Extrait de la Rivista di filologia ed istruzione classica , 3° année , p.23 et suiv.).
Grâce aux découvertes archéologiques faites dans ces dernières années, l’histoire des premiers siècles de Rome et des villes voisines s’éclaire d’un jour nouveau. Pour ces époques reoulées, les témoignages des auteurs anciens sont rares, quelquefois contradictoires, presque toujours empruntés à de vieilles légendes. L’archéologie fournit des données plus précises ; elle nous apprend que Rome, dès le huitième ou le septième siècle, était, non pas l’asile des brigands de Romulus, mais une ville latine qui avait des relations avec l’Etrurie et avec Carthage (1). Préneste, à l’origine, fut une ville aussi importante que Rome, et, comme elle, fut en relation avec l’Orient. L’étude des progrès de la civilisation dans cette ville présente même plus d’intérêt que dans la plupart des autres cités du Latium ; c’est à Préneste que s’est développé, qu’est né peut-être un art qui sera désigné dans ce travail sous le nom d 'art latin, et qui marque une transition entre l’art étrusque et l’art grec.
Ce sont sans doute ces raisons qui ont engagé l’Académie des Inscriptions et belles-lettres à proposer à l’Ecole française de Rome, parmi les sujets à traiter, la monographie d’une ville du Latium.
(1) De petites statuettes de style égypto-phénicien ont été trouvées dans des couches de terrain très anciennes (Collection de M. Nardini à Rome).