EN
L’origine des villes antiques est toujours entourée de l’obscurité la plus profonde ; l’histoire de leur fondation est un tissu de légendes dont il est presque impossible de saisir les éléments. Ainsi , Préneste , au témoignage des auteurs anciens , n’a pas eu moins de quatre fondateurs.
Strabon rapporte que cette ville était d’origine grecque (1). Des légendes qui ont trait à sa fondation , trois , en effet , semblent avoir été importées et propagées par les Grecs.
D’après l’une d’elles , le fondateur de Préneste aurait été Télégonos , fils d’Ulysse et de Circé : « Télégonos , fils d’Ulysse et de Circé, envoyé à la recherche de son père, reçut l’ordre de fon-
(1) Strab., 5, 3, 11. <I>àcn Sà ‘EXXïiviSa; àpiçotépaç (Préneste et Tibur), üpafvectov yoûv ÏIoXuaTéçavov xaXçîaGat irpoTepov.
der une ville là où il rencontrerait des laboureurs couronnés et dansant. Arrivé en un certain lieu de l’Italie, il aperçut des villageois , couronnés de rameaux d’yeuse (npivivoi; xhxootç) , qui se livraient au plaisir de la danse ; il fonda une ville , Priniston , dont le nom rappelait cette rencontre fortuite ; les Romains en ont tiré le nom de Præneston : c’est ce que raconte Aristoclès dans le troisième livre des Italiques (1). » Suivant Etienne de Byzance, Préneste devrait son origine à Prænestos, fils de Latinus et petitfils d’Ulysse et de Circé (2).
Un passage d’Hésiode permet d’établir la généalogie de la famille d’Ulysse : « Circé , fille du Soleil , petite-fille d’Hypérion , eut , de son union avec le malheureux et courageux Ulysse , Agrios et le grand et valeureux Latinos , et elle donna le jour à Télégonos , grâce à la brillante Aphrodite (3). » Ainsi , d’après la première légende , Préneste aurait été bâtie par un fils d’Ulysse et de Circé ; d’après la seconde , par le fils de Latinus ; une troisième, rapportée seulement par Diodore de Sicile, en attribuerait la fondation à Latinus lui-même : « Latinus, surnommé Silvius, eut ensuite le pouvoir pendant cinquante ans. Son règne fut brillant à l’intérieur aussi bien qu’au dehors ; il s’empara des places voisines et construisit dix-huit de ces anciennes villes qu’on appelait autrefois villes latines , c’est-à-dire Tihur , Préneste , Gabies , Tusculum , Cora , etc. (4). »
La légende de Cæculus était peut-être encore plus répandue que les précédentes ; il semble qu’elle est née d’une tradition locale. Elle se trouvait dans les livres sacrés de la ville (5) ; c’est là sans doute que Caton l’Ancien , qui recherchait avec soin tous les vestiges de l’antiquité, la découvrit ; il l’inséra dans ses Origines (6). Virgile l’accepta : « C’est , » dit-il , « la tradition de toute l’antiquité (7). » Servius commente ainsi ce passage : « Il y avait à Préneste des Pontifes et des dieux Indigètes comme à Rome ; il y avait aussi deux frères que l’on appelait divi. Pendant que leur sœur était assise auprès du foyer, une étincelle lui frappa le
(1) Plut., Paraît., 41.
(2) S. v., üpatvecnro;,
(3) Hésiode, Tliéog. v. 1011 et suiv. Une légende postérieure fait de Latinus le fils de Télémaque et de Circé (Hygin, fab. 127).
(4) Diodore, 7,3 a, 67, Ed. Didot, d'après une traduction latine trouvée à la Vaticane.
(5) Solin, 2, 9. Præneste, ut Prænestini sonant libri, a Cxculo quem, etc...
(6) Schol. Veron. ad Æneid., 7, 681 : Cato in Originibus ait Cæculum , etc.
(7) Enéide, 7, 677.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
sein : elle conçut. Devenue mère , elle jeta son enfant auprès du temple de Jupiter. Des jeunes filles qui allaient chercher de l’eau à la fontaine le trouvèrent non loin de là , au milieu des flammes, et l’emportèrent ; aussi le regarda-t-on comme fils de Vulcain. On le nomma Cæculus , à cause de la petitesse de ses yeux , effet que produit fréquemment l’action de la fumée. Après s’être longtemps livré au brigandage, il réunit une multitude d’hommes et fonda la ville de Préneste au milieu des montagnes. Ayant invité à des jeux les peuples voisins , il les engagea à rester avec lui, et se vanta devant eux d’être le fils de Vulcain. Comme ils n’y ajoutaient pas foi , il invoqua ce dieu , le priant de manifester qu’il était vraiment son fils. Le lieu où se tenait la foule se trouva entouré de flammes. Ce prodige ébranla tous les assistants ; ils demeurèrent avec lui et crurent qu’il était fils de Vulcain (1). Le scoliaste de Vérone ajoute au récit de Servius un détail important : « Varron rapporte qu’il fut élevé par les pasteurs Digitii , que lui-même porta le nom de Digitius et le surnom de Cæculus (2). » Suivant Solin, les jeunes filles qui le trouvèrent au milieu des flammes étaient les sœurs des Digitii (3).
Telles sont les traditions qui nous ont été laissées par les anciens sur l’origine de Préneste ; on voit qu’elles diffèrent beaucoup entre elles et qu’il est impossible de les concilier. Il vaut mieux les étudier séparément à l’aide des rapprochements que peuvent suggérer d’autres anciennes légendes.
La tradition qui attribue à la famille d’Ulysse la fondation de Préneste , ainsi que celle de Tibur, de Tusculum, d’Ardée, d’Antium et d’autres cités latines, a tous les caractères d’une antiquité reculée. Elle ne semble pas née sur le sol italique , mais paraît y avoir été importée par la colonisation grecque.
Si Ulysse et Circé appartiennent au cycle grec, il n’en est peutêtre pas de même de tous leurs descendants. Télégonos , le fondateur de Tusculum, et, d’après Aristoclès, de Préneste, a encore la même origine. Mais Latinus et Prænestos paraissent être plutôt des personnifications de peuples établis dans le Latium que des héros ayant eu une vie et un caractère propres.
La fable qui attribue à Cæculus , fils de Vulcain , la fondation de Préneste , ne paraît pas avoir comme les précédentes une origine purement grecque; elle est née et s’est développée en Italie.
(1) Serv., Ad Æneid., 7, 677.
(2) Schol. Fer. ad Æneid., 7, 681.
(3) Solin, 2, 9.
On a tenté de l’expliquer par l’impression qu’avaient produite sur l’imagination des anciens peuples du Latium les phénomènes volcaniques si fréquents dans cette région (1). Souvent, en effet, Tite-Live mentionne des pluies de pierres tombées à Véies , sur l’Aventin , sur le mont Albain , à Aricie , à Lanuvium , et dans beaucoup d’autres endroits qui sont aujourd’hui plein® de laves. L’histoire du roi d’Albe, Sylvius, englouti avec son palais dans le cratère du mont Albain, a sans doute une origine de ce genre (2). Des phénomènes naturels peuvent donc avoir constitué le premier élément de cette légende. Des idées religieuses s’y sont ensuite adjointes. Les frères Divi ou Digitii semblent appartenir à la famille des Dactyles de l’Ida , et l’intervention merveilleuse de Vulcain se trouve répétée dans d’autres légendes. Qu’il suffise de rappeler celle du brigand de l’Aventin, Gacus ; la naissance de Servius Tullius, lui aussi ûls de Vulcain , est racontée par les historiens et les poètes, presque avec les mêmes détails que celle de Cæculus (3).
La mention que fait Virgile de la légende de Cæculus est une preuve de son antiquité reculée. On sait avec quel soin il a recherché les plus anciennes fables , les plus anciennes traditions pour en enrichir son poème. Il a surtout étudié celles qui se rattachaient à l’origine des grandes familles de son époque. Or , la gens Gæcilia prétendait être originaire de Préneste et avoir pour fondateur Cæculus (4). La mention de cette légende est sans doute une flatterie à l’adresse de quelqu’un des membres de la gens Cæcilia.
La légende de Cæculus a pour complément celle d’Hérilus , rapportée aussi par Virgile (5) et puisée peut-être à la même source. Hérilus était fils de Féronia et avait un triple corps ; le chef de la colonie arcadienne , Evandre , le terrassa au pied même de la ville de Préneste.
A côté des données des poètes et des historiens doivent prendre place celles de l’archéologie.
L’antiquité de Préneste est attestée par l’existence de murs cyclopéens qui entourent presque la citadelle bâtie au sommet de
(1) Petit-Radel, De la véracité de Denys d'Halicarnasse, etc., Acad, des Inscriptions et belles-lettres , nouv. série, t. 5, p. 189.
(2) Denys d'Hal., 1, 71.
(3) Pline, H. N., 36, 204, édit. Teubner. Ovide, Fast., 6, 635. Plut., De fort, Rom., 10
(4) Festus, S. v. Cæculus.
(5) "Virg. Enéide, 8, 560 et suiv.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
la montagne et l’emplacement occupé à une époque moins reculée par les immenses constructions du temple de la Fortune. D’autres éléments nous permettent aussi d’affirmer que c’est au huitième siècle avant notre ère qu’il faut rapporter la fondation de la ville. On a en effet trouvé , en 1876 , dans une tombe fort ancienne , des objets de style phénicien qui ne peuvent pas être postérieurs au septième siècle (1).
Ainsi , vers cette époque , Préneste était fondée ; c’était déjà sans doute une ville riche , puissante , possédant un grand nombre d’habitants, et maîtresse d’un territoire bien peuplé. Dans les cérémonies religieuses , les prêtres se paraient d’ornements d’or du travail le plus fin ; les femmes portaient dans les cheveux des épingles moitié or , moitié ambre ; dans les festins , on se servait de coupes de métal précieux travaillées en relief. En temps de guerre , les chefs revêtaient de riches armures ; leurs boucliers de bronze étaient ornés de têtes de griffons ou d’autres animaux fantastiques , auxquels des yeux d’émail donnaient un aspect terrible ; le manche des poignards était quelquefois en ambre, et les bas-reliefs qui ornaient le fourreau représentaient des scènes de chasse ou de combat. En un mot, toutes les découvertes faites dans la partie la plus ancienne de la nécropole de Préneste dénotent, au huitième et au septième siècle avant notre ère , une civilisation déjà avancée.
A quel peuple faut-il l’attribuer ? C’est un problème difficile à résoudre , et qui se rattache à la question toujours obscure des origines italiques. — Préneste a-t-elle été fondée par des Pélasges , par des Aborigènes , par des peuples d’origine grecque ? Qui pourrait le dire ? La domination des Etrusques , qui , avant la fondation de Rome , s’est étendue jusqu’au Volturne , a-t-elle laissé quelque trace de son influence dans cette partie du Latium? Le caractère des objets trouvés dans les plus anciennes tombes permettrait de le croire. Ils sont en effet du même style que les objets, découverts dans les villes de Cære et de Véies. Or , si Cære a d’abord été une ville pélasgique au temps où elle portait le nom d’Agylla , elle est devenue de très bonne heure une ville étrusque. Quant à Véies , aucun témoignage ne nous apprend que cette ville ait jamais appartenu à un autre peuple qu’aux Etrusques.
Il règne donc sur les commencements de l’histoire de Préneste une très grande incertitude. Au moment où les témoignages an-
(1) Annales de l’inst. arch., 1876. Mon. inéd., t. 10, pl. 31-33, t. 11, pl. 2.
ciens commencent à être un peu plus nombreux , il semble qu’il n’y reste plus rien de la domination étrusque , et que cette ville est devenue entièrement latine.
C’était même une des plus anciennes villes du Latium ; ses habitants faisaient partie de ce qu’on appelait dans l’antiquité les « vieux Latins » , -prisci Latini. Les Prénestins, établis sur un des derniers contreforts de l’Apennin, avaient pour voisins les Latins, les Volsques , les Herniques et les Eques.
Parmi les trente villes qui formaient la confédération du Latium, Albe-la-Longue, au septième siècle, était la plus puissante; elle exerçait sur toutes les autres une sorte d’hégémonie dont il serait difficile de préciser la nature , mais qui est attestée par les témoignages des auteurs anciens (1). Toutefois , le terme de « villes sujettes » , toXei? ôrofaooc , employé par Denys d’Halicarnasse pour exprimer les rapports qui existaient entre Albe-la- Longue et les autres villes du Latium, ne doit peut-être pas être pris à la grande rigueur. Tout en étant obligées de fournir un contingent à l’armée commune , un impôt peut-être au trésor commun , tout en remettant en temps de guerre la direction des opérations à un préteur ou à un dictateur albain , elles devaient conserver leur indépendance municipale.
Préneste , pendant un ou deux siècles environ , fut donc soumise à l’hégémonie albaine. Quel était à cette époque le degré de civilisation du Latium? Il ne nous est resté aucun monument ancien qui puisse nous en donner un tableau ; on peut croire cependant qu’elle était assez développée , grâce aux échanges commerciaux qui avaient eu lieu avec les Phéniciens et les Grecs.
Sur le massif des montagnes qui sépare la vallée du Sacco des marais Pontins habitaient les Yolsques , descendants de la race guerrière des Osques et parlant la même langue qu’eux. Leur territoire touchait presque à celui de Préneste ; Signium et Velitræ n’en étaient pas éloignées. Les villes de cette région , élevées
(1) Cincius Alimentus ap. Festum, p. 241, S. v. Prætor : Albanos rerum potitos usque ad Tullum regem. Cf. Denys d’Hal., 3, 31 (Albe-la-Longue) ^ xàç xpiàxovxa Aaxiva>v auooua-aa-a ttoXeiç xal irâvxa xôv ypôvov 7)YY|<rapivï] xoü £0vou; — Idem, 3, 34. Tullus Hostilius, après la destruction d’ Albe-la-Longue , envoie des ambassadeurs , elç xàç àTroixoucrxe xat Û7a)x6ou; aux Jjç xpiàxovxa xtâXeiç , irei-
0e<r6ai xoïç UTtà 'Ptop-aiuv âixixaxxop-évoiç , <l>ç TtapetXriipoxiüV aùxwv ap.a xoïç jSXXotç, ol; eTj(ov ’AXëavoi, xrjv ^Yeltov‘av T0^ Aaxivtov lâvouç. — Cf. Tite-Live, 1 , 52 (Tarquin le Superbe) posse quidem se vetusto jure agere quod , cum omnes Latini ab Alba oriundi sint, in eo fœdere teneantur , quo ab Tullo res omnis Albana cum goloniis suis in Romanum cessent imperium.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
presque toutes sur le sommet de hautes collines, furent dès la plus haute antiquité riches et puissantes. Construites dans des sites inexpugnables, elles étaient encore défendues par une population très brave , destinée , suivant l’expression de Tite-Live , à exercer éternellement la bravoure romaine.
Les Herniques, à l’E., appartenaient à la même famille que les Yolsques ; ils formaient aussi une confédération puissante, capable de tenir tête aux peuples voisins ; quelques-unes de leurs villes les plus importantes n’étaient qu’à quelques heures de marche de Préneste : c’étaient Capitulum, dont a cru retrouver l’emplacement au village moderne du Piglio , et Anagnia , aujourd’hui Anagni.
Les Eques habitaient la région montueuse de l’Anio : c’était un peuple de pillards, descendu des Sabins. Ils occupaient des bourgs construits sur des collines : tantôt ils chassaient , tantôt ils cultivaient leurs champs sans jamais quitter les armes ; la plupart du temps ils faisaient des incursions sur le territoire de leurs voisins , et les habitants de Préneste eurent plus d’une fois à en souffrir (1).
Enfin , sur les bords du Tibre , Rome commençait à prendre un développement menaçant pour l’indépendance des cités voisines ; colonie d’Albe, elle réussit, sous son troisième roi, Tullus Hostilius , à s’emparer de sa métropole , et , pour écarter dans l’avenir toute prétention rivale, elle la détruisit de fond en comble.
Pendant la période qui s’écoule de la destruction d’Albe à la chute de la dynastie des Tarquins , les textes des historiens ne mentionnent pas la ville de Préneste d’une manière spéciale; mais on sait qu’elle était comptée parmi les villes de la confédération latine , qu’elle y occupait probablement une place importante , et que , par conséquent , elle joua un rôle dans les événements qui eurent lieu de la moitié du septième siècle avant notre ère jusqu’en 510.
L’hégémonie d’Albe-la-Longue une fois renversée par les Romains , peut-être à la grande satisfaction de toutes les villes du Latium , celles-ci recouvrèrent une entière indépendance ; elles devinrent toutes égales dans la confédération. C’est à partir de cette époque qu’elles se réunirent dans le bois sacré de Ferentinum (2) pour délibérer sur les affaires communes (3). A la tête de la ligue était un dictateur élu par toutes les cités réunies , ou du
(1) Virgile, Enéide, 7, 746 et suiv.
(2) On croit que le bois sacré de Ferentinum occupait l’emplacement du village moderne de Marino.
(3) Fest., S. v. Prætor.
moins par leurs représentants (1). Ce fut un habitant de Tusculum , « dictateur latin , » qui consacra le bois sacré de Diane , au milieu de la forêt d’Aricia.
Servius Tullius abandonna la politique de conquête; il conclut avec la confédération latine un traité de paix, sans doute sur le pied de l’égalité entre les deux parties, fœdus æquum. Il obtint même des chefs de l’aristocratie latine d’élever, de concert avec les Romains, un temple à Diane sur le mont Aventin. a C’était , » ajoute Tite- Live , « confesser la suprématie de Rome , qui avait été mise en question dans tant de combats (2). » L’amour-propre national de l’historien a peut-être attribué à ce fait une trop grande importance. On ne saurait croire, en effet, que toutes les grandes villes du Latium réunies, Gabies, Tibur, Préneste, Tusculum, Aricie, aient été à cette époque moins puissantes que Rome seule. La paix ayant été conclue entre le « peuple romain « et « les peuples » du Latium , on fonda un sanctuaire commun , ainsi que les Latins, en d’autres circonstances, en avaient fondé un dans la forêt d’Aricia ou dans les environs d’Ardée.
Le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe , changea les conditions du traité d’alliance (3). Sous son règne, Rome semble avoir exercé une véritable hégémonie sur tout le Latium. Gabies, à dix milles seulement de la ville de Préneste , tomba en son pouvoir. Dans le traité de commerce conclu avec Carthage en l’an 510 , les villes latines étaient désignées sous le nom de « sujets » , ômjxooi (4). La suprématie de Rome apparaît tout entière dans ce document authentique , tiré des plus anciennes archives de la ville. Les expressions employées par Tite-Live et Cicéron pour indiquer cette hégémonie ne laissent pas le moindre doute sur son existence. «Tarquin le Superbe, » disent Cicéron et Aurélius Victor, « dompta tout le Latium par les armes (5). » D’après Tite-Live , au contraire , Tarquin aurait acquis une grande influence morale sur les chefs de l’aristocratie des villes latines , et c’aurait été la meilleure raison de son succès (6).
(1) Priscien, 7, 2, 60. Ed. Putsch.
(2) Tite-Live, 1, 45.
(3) Le traité conclu par Tarquin le Superbe avec les villes latines ne fut plus en effet un fœdus æquum comme celui de Servius Tullius, mais un fœdus iniqu um. Cf. Tite-Live, 1, 52 : in eo fœdere superior romana res erat.
(4) Polybe, 3, 22.
(5) Cic., Rep., 2, 24, 44. Omne Latium bello devicit. Aurélius Victor, De viris illustribus , 8, 2 : Bello strenuus Latinos domuit.
(6) Tite-Live, I, 50 : Jam magna Tarquinii auctoritas inter Latinorum proceres
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
Enfin on comprend que les Latins , sans cesse attaqués sur leurs derrières par les Yolsques , aient consenti à reconnaître la suprématie romaine. Dès lors ils combattirent sous des chefs romains ; leurs manipules, au lieu de former un contingent à part, furent mélangés aux manipules romains (1).
La chute de la dynastie des Tarquins, en 510 , vint mettre fin à cet état de choses. De 510 à 493, les Latins essayèrent de recouvrer leur indépendance et de se faire traiter par Rome sur un pied d’égalité , comme ils l’avaient été sous le règne de Servius Tullius.
Pour cette période, les témoignages laissés par les auteurs sont vagues , confus , et quelques-uns des faits qu’ils rapportent , tels que la bataille du lac Régille, par exemple, sont enveloppés dans une sorte de légende. Les principales sources sont Tite-Live et Denys d’Halicarnasse ; ils ont résumé les annalistes qui les avaient précédés ; quant à ceux-ci , ils avaient pris leurs informations aux plus anciennes archives ; le fond du récit semble parfaitement authentique , mais on n’en saurait garantir les détails.
Pour ce qui concerne Préneste en particulier , les textes de Tite-Live et de Denys d’Halicarnasse sont remplis de difficultés chronologiques et ne peuvent se concilier. En 499 , suivant Tite- Live, Préneste abandonna la ligue latine pour passer du côté des Romains (2) ; en 498 , suivant Denys d’Halicarnasse , qui recule de trois ans la bataille du lac Régille , ses députés étaient encore présents à l’assemblée du bois de Ferentinum (3). Il est impossible de savoir quel motif avait poussé Préneste à détacher sa cause de celle des autres cités latines. Quant à la ligue en général , elle semble s’être proposé pour but de recouvrer l’indépendance du Latium , qui fut assurée par le traité d’alliance de 493. Cette date marque une seconde période de l’histoire de Préneste.
erat. ld., 52 : Capita nominis latini stare ac sentire cum rege videbant. Cf. Denys d’Hal., 4, 45.
(1) Tite-Live, 1 , 52 : Miscuit manipulos ex Latinis Iiomanisque , ut ex Unis singulos faceret , binosque ex singulis. Cf. Zonaras ,7,10 : è; toc; t £>v Pcojjiaiwv tàÇe iç Aaxtvouç èvé[ui;EV.
(2) Tite-Live, 2, 19 : Præneste ab Latinis ad Romahos descivit .
(3) Denys, 5, 61.