V. — de l’usage des cistes et des miroirs
Différents systèmes ont été émis par les archéologues au sujet de l’usage des cistes et des miroirs.
La première ciste qui ait été découverte est la ciste Ficoroni. On la regarda d’abord comme un objet de toilette. C’est Visconti qui le premier, après la découverte de nouvelles cistes , assigna à ces objets un usage mystique. La dénomination de « cistes mystiques » fut adoptée pour de longues années par l’archéologie. Le savant Gerhard s’aperçut que la forme de ces cistes ne correspondait pas parfaitement à celles des cistes employées pour le culte. Il imagina de combiner les deux hypothèses; d’après lui, les cistes ont servi originairement au bain et à la toilette et plus tard au culte de Bacchus. Voici le résumé de son argumentation qui fut combattue par O. Jahn dans l’ouvrage intitulé Die Ficoronischc Cista. M. Gerhard avait remarqué qu’à côté des ustensiles de bain pour les jeunes gens, on avait aussi trouvé des objets qui appartenaient à la toilette des femmes, miroirs, aiguilles, boites à parfum et à fard , etc. . . Comme dans les Bacchanales , d’après le récit de
(1) Dissertazioni archeolog., planches à la fin de cet ouvrage.
(3) Mon. inéd., t. 9, pl. 29.
HISTOIRE DE L’ART A PRÉNESTE
Tite-Live, les hommes et les femmes se trouvaient réunis, comme dans les mystères les bains purificateurs jouaient un grand rôle, et que, d’autre part, sur ces objets des démons bachiques sont représentés auprès des femmes et des jeunes gens qui se baignent, il semblait permis de conjecturer que ces cistes étaient employées dans les mystères. Le second argument de M. Gerhard est tiré d’un certain nombre de représentations bachiques. Sans doute ces représentations sont fréquentes ; mais doit-on leur attribuer une importance aussi grande , quand elles sont si communes sur les œuvres d’art étrusques, grecques ou romaines ? Il faut remarquer de plus que les mystères dionysiaques ont pris en Italie une grande extension précisément à l’époque qui correspond à la fabrication des cistes et des miroirs : on a naturellement représenté des sujets empruntés à ces rites religieux. Le contenu de ces cistes n’autorise pas davantage à adopter l’opinion de M. Gerhard.
Cette hypothèse n’est plus aujourd’hui acceptée de personne; les cistes étaient certainement des objets de la vie ordinaire ; le terme se rencontre très fréquemment dans les auteurs pour désigner toute sorte de boîte ou de cassette. Un ou deux passages, qui se rapportent aux cistes employées dans les mystères , ne peuvent s’appliquer à toute cette catégorie d’objets. Quant au mundus muliebris contenu dans les cistes, il est trop connu par les auteurs classiques et même par les inscriptions (1), pour qu’il soit besoin d’en parler avec détail ; il se composait de miroirs, d’épingles, de discernicula , d’alabastres , de boîtes à parfum , etc.
On a trouvé des ossements dans quelques cistes ; il ne faut pas en conclure qu’elles aient été fabriquées pour les recueillir ; il paraît assez naturel, qu’après avoir servi pendant la vie, elles aient été quelquefois employées comme urnes funéraires.
Les miroirs ont été aussi considérés comme ayant servi à des cérémonies mystiques : cette hypothèse est également abandonnée de tous les archéologues.
Quant aux alabastres que l’on a trouvés en grand nombre dans les tombes de Préneste , ils ont sans doute servi à des rites funéraires après avoir fait partie du mundus muliebris. On voit en effet, sur les graffites d’une ciste , des génies , peut-être génies de la mort , verser sur le corps des guerriers tués le contenu d’un alabastre (2).
(1) Gruter, 580, 2. Julia Jucunda Aug(usti) l(iberta) sarcinatr(ix) a mundo muliébri.
(2) Mon. inéd., t. 8, pl. 7-8.
C’est aussi à la période qu’on vient d’étudier, au développement d’un art particulier à Préneste ou au Latium qu’appartiennent cinq plaques d’os travaillé trouvées dans les fouilles de 1866 (1). La plus intéressante est celle où se trouvent représentés un Mercure , une Minerve et un Hercule. Ce dernier personnage est figuré d’une manière étrangère à l’art grec. Sur les peintures de vases et sur les grafïites des cistes et des miroirs , Hercule est souvent représenté nu , couvert seulement de la peau du lion de Némée. Il porte ici , outre la peau de lion , le costume d’un soldat latin. Il est vêtu d’une tunique et, par-dessus la tunique, d’une cuirasse de style antique qui prend toutes les formes du corps.
Tous ces objets en os travaillé appartiennent à la même époque et proviennent probablement de la même fabrique. Ce n’est pas le produit de l’art étrusque , ni de l’art grec; c’est le produit d’un art latin archaïque qui tient encore un peu du premier, qui n’a pas encore subi entièrement l’influence du second et qui conserve un caractère original.
Si on cherche à rapprocher ces représentations d’autres plus connues et à déterminer leur date d’une manière approximative , on ne saurait trouver de meilleur point de comparaison que les grafïites de quelques cistes.
Parmi les objets antiques découverts en grand nombre à Préneste , il faut encore citer les figurines en terre cuite. Elles proviennent sans doute, pour la plupart, de dépôts sacrés faits aux environs des temples ; ces objets représentent soit des membres votifs, soit des animaux domestiques ; ce sont des têtes de femme d’un caractère plus ou moins archaïque, des statuettes ou de petits bas-reliefs. On a essayé de démontrer ailleurs (2) que ces objets remontaient au second ou au premier siècle avant notre ère. Toutefois, à cause de la négligence du travail, ils ne peuvent nous donner, aussi bien que les dessins des miroirs et des cistes, des notions précises sur le développement de l’art à Préneste à l’époque de sa plus grande prospérité.
(1) Cf. Catalogue ‘202-206 et les planches à la fin du volume.
(21 Cf. l'article intitulé Les dernières fouilles de Préneste, Rev. areh. , avril
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