IV. — LES INSCRIPTIONS
Les inscriptions des miroirs , des cistes ou des strigiles four-
HISTOIRE DE l’aRT A PRÉNESTE. 163
nissent de précieuses indications sur l’époque à laquelle ces objets ont été fabriqués.
Les inscriptions des miroirs sont en grande partie étrusques; celles des cistes sont toutes latines ; celles des strigiles, accompagnées de marques de fabrique, sont latines , grecques ou étrusques (1).
Parmi ces inscriptions, les inscriptions latines archaïques sont celles qui ont le plus de valeur pour fixer la date des cistes et des miroirs sur lesquels elles sont gravées, et, en général, de toutes les cistes et de tous les miroirs trouvés à Préneste; car on a vu que ces objets appartiennent presque tous à un même développement de l’art.
Si on examine la forme des lettres et les particularités orthographiques , on arrive à cette conclusion que les cistes et les miroirs ne sont pas d’une fabrication antérieure au commencement du second siècle avant notre ère, c’est-à-dire à la fin de la deuxième guerre punique. Plusieurs appartiennent à une époque où l’orthographe du nominatif masculin de la deuxième déclinaison n’est pas encore fixée , c’est-à-dire à la période comprise entre 246 et 220 (2); quelques-unes peuvent être antérieures, mais il est peu probable qu’elles remontent au delà du commencement du troisième siècle avant notre ère. La période de fabrication des cistes et des miroirs s’étend donc à peu près de l’an 300 à l’an 200 avant notre ère.
Les inscriptions étrusques ne peuvent guère fournir de renseignements chronologiques ; elles n’en sont pas moins très importantes; elles prouvent en effet ou qu’il y avait un échange de produits entre l’Etrurie et le Latium , entre Préneste et Cære , par exemple , ou bien qu’un certain nombre d’ouvriers étrusques s’étaient établis à Préneste. Les inscriptions des strigiles , grec-
(1) I. — Inscriptions gravées sur des miroirs prénestins : a. en langue étrusque Cf. Gerhard, die etrusk. Spiegeln, n°* 87, 205, 326, 336, 377, 378, 379. Mon. inéd., t. 10, pl. 56. Collection de M. Auguste Castellani : inscription inédite Cnmite ( Ganymedes ?) sur un miroir dont l’authenticité n’est pas certaine ; b. en langue latine. Cf. Contucci , Muséum Kircherianum , pl. 9. — C. 1. L. , t. 1, n° 55. Mon. inéd., t. 9, pl. 7, 24-25, 29. Ephem. epigr., t. 1, n° 168.
II. — Inscriptions latines gravées sur des cistes prénestines. Cf. Contucci Muséum Kircherianum, pl. 2 et 3. = C.I. L., t. 1, n° 54. Mon. inéd. , t. 6, pl. 54- 55 ; t. 9, pl. 22-25, 57-58. Ephem. epigr., t. 1, n° 168 a.
III. — Inscriptions grecques , étrusques ou latines gravées sur des manches de strigiles. Garrucci, Dissertazioni archeologiche, planches à la fin de l’ouvrage.
(2) Cf. Bücheler, Précis de la déclin, lat. Traduction de M. L. Havet dans la Bibl. de l’Ecole des hautes études , 24e fasc., p. 32-33.
ques , latines ou étrusques , sont fort curieuses ; à côté des ouvriers latins et des ouvriers étrusques, il y avait aussi des ouvriers grecs.
Trois des strigiles mentionnés par le P. Garrucci (1) ont la même marque de fabrique; sur l’un la légende est en grec, sur l’autre en caractères moitié grecs moitié latins , sur le troisième enfin la légende est en langue étrusque. Il est bien peu vraisemblable que l’on ait imité une marque de fabrique en vogue. On supposerait plus volontiers que sous un même patron travaillaient des ouvriers de diverses nations qui imprimaient ensuite leur nom chacun dans sa langue.
Ces inscriptions apprennent qu’à Rome et dans le Latium , au troisième siècle avant notre ère, on signait les cistes et les miroirs comme les artistes grecs signaient les vases peints. Toutefois on n’a encore jusqu’à présent que deux inscriptions de ce genre bien complètes , celle de la ciste Ficorini , Novios Plaulios med Romai fecid (2), et la suivante, gravée sur un miroir : Vibis Pilipus cailavit (3).