‹ Étude sur Préneste, ville du LatiumChapitre 46 sur 75 · Ciste n · texte numérisé non relu

Ciste n

Cette ciste a 0m,20 de hauteur, en ne tenant pas compte du couvercle; elle n’est pas exactement cylindrique; le diamètre est , en effet , à la base de üm, 18 et de 0m,20 pour la partie supérieure.

La poignée est formée d’un satyre et d’une nymphe appuyés l’un sur l’autre; le travail de ce groupe est assez grossier. Les pieds, au nombre de trois, appartiennent à un modèle connu : une grille de lion surmontée d’une sorte de chapiteau ionique; au-dessus un génie agenouillé qui d’une main s’essuie les cheveux , et de l’autre tient un strigile .

Les dessins au trait du couvercle n’ont aucun caractère remarquable ; on y voit des Néréides montées sur des chevaux marins. Rien n’est plus fréquent que la représentation de nymphes ou de Néréides sur le couvercle des cistes , et la raison principale en est peut-être la destination même de ces vases , qui renfermaient les objets nécessaires pour la toilette et le bain.

Le corps de la ciste se compose de trois galeries , deux petites et une grande. Sur les deux petites qui servent de bordure à la galerie

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principale, on voit une série de palmettes. Sur la galerie principale se trouvent représentés deux sujets : le premier se compose de six personnages, le second de trois seulement.

Au centre, un jeune homme imberbe et tête nue. Il porte le costume des guerriers italiens, une tunique assez courte qui descend à peine jusqu’au milieu de la cuisse et qui ne recouvre qu’une très petite partie du bras; par-dessus la tunique, une cuirasse qui se termine en bas par une bordure en forme de grecque ; les pattes de la cuirasse sont attachées sur la poitrine. Il porte, au côté gauche, une épée suspendue à un baudrier, qui n’est indiqué que par un simple trait. Ce guerrier tourne la tête à droite et écoute attentivement une femme qui lui adresse la parole.

Celle-ci, dont l’oxydation ne permet pas de bien distinguer tous les traits, est dans l’attitude de la marche ; un pied pose à terre, l’autre est encore levé ; il est même si haut que l’on peut vraisemblablement supposer qu’elle descend du ciel. Elle a une coiffure de style grec. Elle tient de la main gauche une lance dont l’extrémité pose à terre. Elle a la main droite levée. Son vêtement consiste en une tunique talaire, un peu soulevée en arrière par le mouvement de la marche.

De l’autre côté du guerrier se trouve un vieillard à longue barbe , appuyé sur un bâton. Il tient la main gauche sur la hanche, et s’intéresse au dialogue établi entre les deux autres personnages.

Les autres figures ne jouent qu’un rôle secondaire; elles seront décrites un peu plus loin.

Peut-on, après avoir étudié en détail le centre de la composition, déterminer le mythe auquel il se rapporte? Il s’agit évidemment du départ d’un guerrier. Celui-ci est à moitié armé ; il ne lui manque plus que le casque et le bouclier, accrochés à un mur des deux côtés de la scène principale, et la lance que tient la femme. Parmi les départs de guerriers connus par la légende et représentés sur les vases grecs, un des plus célèbres est celui d’Achille. On le trouve sur une coupe à fond jaune et à figures noires avec détails de couleur blanche et violette (1). Achille, nu, est en train de s’armer; sa jambe droite est déjà couverte de Vocrea ; il attache à la jambe gauche cette pièce de l’armure. Devant lui , Thétis , debout , tient un javelot, ainsi que Néoptolème vêtu d’une longue robe ; Pélée, ayant aussi en main un javelot , est représenté derrière son fils. Les noms des personnages sont écrits auprès de chacun d’eux. On a dit (2) que Pélée et Néoptolème ne faisaient pas partie du sujet principal et que l’artiste, ayant à remplir l’espace qui lui était concédé , avait été naturellement amené à représenter auprès d’Achille et de Thétis ceux de Néoptolème et de Pélée.

(1) Ce vase provient des fouilles de Phaleron ; il a été publié par M. Heydemann, dans l’ouvrage intitulé : Griechische Vasenbilder, pl. 6. n° 4 , et auparavant par M. Rhangabé. Cf. Bulletin de l'inst. arch., 1870, p. 12.

(2) Bullet., loc. cit.

DES ANTIQUITÉS PRÉNESTINES.

Ces personnages , au contraire , paraissent bien prendre une part directe à l’action , et cette scène est très probablement empruntée à quelque partie d’une Achilléide que nous avons perdue. Ne peut-on pas en rapprocher le sujet gravé sur la ciste?

Derrière le personnage qui représente peut-être Thétis, sont figurés deux jeunes hommes, sans doute compagnons d’armes d’Achille ; ils semblent trop âgés pour que l’on puisse appliquer à l’un d’eux le nom de Néoptolème, représenté avec les traits d’un enfant sur le vase dont il vient d’être question. Ces deux jeunes gens sont debout; l’un est vêtu d’une chlamyde qui retombe derrière le dos et est attachée sous le cou par une fibule ronde, l’autre d’un pallium dont l’extrémité retombe sur le bras gauche qu’il tient à moitié courbé. Le premier s’appuie de la main droite sur une lance et tient la main gauche sur la hanche ; le second appuie la main droite sur l’épaule de son voisin ; derrière lui est suspendu un bouclier dont on ne voit que la moitié.

Si on examine l’autre côté de la composition, on voit derrière Pélée une femme debout dans une pose assez élégante. Elle est occupée des soins de sa toilette. Elle ôte son manteau qu’elle tient des deux mains derrière les épaules. On ne peut voir la partie inférieure de cette figure. Auprès d’elle se trouve un bassin et au-dessus du bassin un casque de forme pointue.

Le deuxième sujet se compose de trois personnages. C’est d’abord Achille prêt à partir, entièrement couvert de son armure. Son casque est terminé par une petite boule; des plaques de métal garantissent les oreilles. La cuirasse n’est plus la même que dans la première représentation ; c’est une armure qui dessine les formes du corps (1). — Le héros a des cuissards et des brassards (2). Il tient de la main droite une lance ou le javelot que lui a apporté Thétis, de la main gauche un bouclier. Il peut sembler singulier que les traits d’Achille ne soient pas ici les mêmes que dans la première représentation ; c’est cependant le même personnage. Ce manque de ressemblance tient à l’inhabileté de l’artiste. Sa pauvreté de conception se révèle aussi dans la répétition de la même pose pour les deux autres personnages, Thétis et Pélée. Pélée est encore appuyé sur un long bâton ; mais sa tête est coiffée d’un casque et sa pose est un peu plus énergique. On s’aperçoit que les hésitations ont pris un terme , que la résolution de son fils est prise. Thétis ne tient plus la lance, mais lève, de la même façon, l’index comme pour prédire à Achille la mort prématurée qui l’attend. « Hélas! mon fils, pourquoi t’ai-je élevé? pourquoi reçus-tu de moi, avec le jour, une destinée malheureuse? ...Et voici maintenant que ton heure est proche, etc. »

(1) Il y a un certain nombre de cuirasses de ce genre dans la salle des bronzes, au musée du Louvre.

(2) Idem.

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Le style de cette ciste est assez médiocre ; on a déjà relevé un défaut de composition assez grave , qui consiste à dessiner deux fois les mêmes personnages dans une même attitude. L’inhabileté de l’artiste ou, du moins, de l’ouvrier qui a reproduit le modèle , se montre encore dans plus d’un détail. Dans le premier groupe, la tête d’Achille est traitée avec une grande négligence; les cheveux ne sont pas finis, les yeux ressortent de la tête , le cou est massif , les lèvres grosses ; cette tête d’Achille rappelle plutôt les traits d’un paysan de la campagne romaine, au nez arqué et au menton assez fort, que ceux sous lesquels on est habitué à voir le héros grec dans les représentations figurées. Il est inutile d’ajouter que les bras ne sont pas mieux soignés , que les jambes sont cagneuses, les formes, en un mot, sans aucune harmonie. L’attitude de Thétis , dans le même groupe , ne manque pas d’élégance ; mais les mains sont mal dessinées. La chevelure du jeune homme qui se tient derrière elle est aussi digne de remarque ; rien ne s’éloigne davantage du type grec. Les cheveux sont grossièrement taillés autour de la tête, le nez est un peu retroussé. Cette tête forme contraste avec celle de l’autre jeune homme; sa coiffure est plus élégante ; ses cheveux sont gracieusement ondulés , ramenés en arrière et retenus par un nœud; d’un côté, une réminiscence ou une copie d’un objet d’art exécuté sous l’influence grecque; de l’autre, un type latin.

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