‹ Étude sur quelques inconvénients produits par le bicarbonate de soude: et en particulier sur l'irritation vésicaleChapitre 11 sur 12 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSsERvVATION I. — Diarrhée et ballonnement (inédite).

Service du D' MaruiEu, médecin de l'hôpital Andral.

Le nommé N... entré le 24 septembre 1895 salle Pidoux, n° 2, pour maladie de Reichmann, est mis au bicarbonate de soude mélangé de magnésie.

Biémbonatédesouden #21, /20 frammes:

BTOC ONE NS PRET PR El Re — à prendre en un jour par cuillerées à café au moment des douleurs.

Le 30 octobre, le malade se plaint d’envies fréquentes et impérieuses d’uriner. Les mictions sont légèremeut douloureuses. M. Mathieu apprend aussi que si le bicarbonate de soude calme le malade le matin, ce médicament est pour lui une cause de souffrance le soir. En effet, immédiatement après l’absorption du sel, le malade dit avoir l'estomac ballonné et ressentir des tiraillements à son niveau. Ces sensations désagréables disparaissaient d’ailleurs assez rapidement. D'autre part, le malade, auparavant constipé, est maintenant relâché : il a plusieurs selles par jour et celles-ci sont un peu diarrhéiques. Les phénomènes de diarrhée, de cystite, de ballonnement cessent avec la suppression du médicament remplacé par la craie.

M. Mathieu explique de la manière suivante la douleur vespérale occasionnée par la présence du bicarbonate de soude dans l’estomac. Le matin, dit-il, on lave l'estomac du malade, il n’y a donc plus dans cet organe de produits de sa sécrétion. Le soir, au contraire chez cet homme atteint de stase, 1l y a accumulation d’acide chlorhydrique dans l’antre prépylorique. Il en résulte que le sel, à son contact avec le liquide, est rapidement décomposé, et qu’une grande

quantité de CO? est tout à coup mise en liberté ; de là, une disten- Debains $

sion brusque et partant douloureuse de cet estomac d’ailleurs hyperesthésié.

OBsERVATION II. — Ballonnement (inédite).

Service du D' Azs. MATHIEU, médecin de l'hôpital Andral.

Le nommé Rigault, âgé de 46 ans, soigné dans le service du Dr Mathieu pour une gastrite éthylique avec hyperchlorhydfrie, est mis au bicarbonate de soude : 20 grammes et magnésie calcinée:5 gr. Il absorbe une partie de cette poudre à chaque appréhension douloureuse.

R. n’a jamais éprouvé d’inconvénient bien sérieux de cette médication. Pourtant, nous dit-il, dès que j'ai absorbé le sel, cela me brûle un peu et j'éprouve une sensation pénible de pesanteur, de ballonnement dans le ventre. D'ailleurs, cet état désagréable plutôt . que douloureux dure à peine deux ou trois minutes, et l’action calmante du médicament lui succède immédiatement.

OgservariON III. — Diarrhée (inédite).

Service du D' MarTiEu, médecin de l'hôpital Andral.

La nommée Leuch Marie, âgée de 26 ans, atteinte de névropathie, est soignée depuis un mois dans le service pour une anorexie à peu près complète et pour des douleurs gastriques. Malgré tous les soins elle vomit sans cesse et souffre perpétuellement. Elle en est arrivée à un état de maigreur tel qu’elle reste confinée au lit, n'ayant pas la force de se tenir debout.

On décide de la gaver à la poudre de viande avec le tube de Frémont.

Au bout de 3 ou 4 jours, la malade, qui d’ailleurs supportait bien le tubage, se plaint de souffrir de l'estomac aussitôt après le gavage. Dès lors, on ajoute au liquide ingéré une cuillerée à bouche de bicarbonate de soude.

La malade était auparavant très constipée : elle restait (avant qu'elle ne fût dans le service, bien entendu) des semaines entières

sans aller à la garde-robe. Une fois même depuis son entrée à l'hôpital on avait dû lui donner un grand lavement de 2 litres sous faible pression pour évacuer son gros intestin bondé de scybales depuis le cœcum jusqu'à l'S iliaque.

Le lendemain même de l'administration du bicarbonate de soudé, la femme Leuch est prise de diarrhée. Elle va quatre fois à la selle dans la journée et ses défécations sont liquides.

On dut supprimer le bicarbonate de soude deux jours après. On le remplaça par de la craie, et dès lors le gavage put être administré régulièrement et sans inconvénient.

OBSERVATION IV.— Diarrhée, donnée par le Dr A. DorroN DE MonconTour (de Bretagne).

F..., étudiant en médecine, atteint d’une blennorrhagie, institue le vieux traitement et prend chaque jour 1 gramme de bicarbonate de soude dans un litre d’eau au lieu de vin.

À ce moment, période de début, il ne prenait aucun autre médicament, et, suivant la règle antique, laissait couler philosophiquement. Deux jours après il fut pris de diarrhée. Non prévenu, il continua à prendre du bicarbonate de soude mais il absorba en même temps quelques gouttes de laudanum et du bismuth qui calmèrent son flux intestinal.

Ce traitement anti-diarrhéique ayant produit de bons résultats, F...le supprima. Mais, ayant cessé l'usage des constipants et continuant son bicarbonate de soude, il fut repris de diarrhée, jusqu’au moment où, en laissant de côté le bicarbonate de soude, il la vit disparaître en même temps que sa cause.

OBSERVATION V. — Jrritation vésicale.

M. le D' Albert MATHIEU, médecin de l'hôpital Andral, Société médicale des hôpitaux du 22 mars 1895.

Deux ou trois fois, j'avais vu les malades se plaindre d’un peu d’irritation de la vessie. Ils avaient des besoins fréquents d’uriner

et un peu de douleur à la fin de la miction. Il avait suffi de supprimer l'usage des alcalins ou d’en diminuer les doses pour faire disparaître complètement ces légers accidents.

Récemment je soignais un malade qui, avec des signes rationnels d'hyperchlorhydrie, avait présenté une hématémèse assez abondante. Au bout de quinze jours environ, les vomissements n'ayant pas reparu, l'amélioration étant assez sensible, je voulus augmenter l'alimentation et jé fis prendre de la viande finement hachée et des potages au lait. Sous l'influence de cette ingestion d’une quantité plus abondante d’aliments plus substantiels et plus irritants, les douleurs dorsales, très atténuées, réapparurent avec une grande violence. Pour les combattre, en supprimant leur cause probable, m'inspirant en cela de l'exemple donné par M. Debove, je fis prendre au malade un mélange de 12 grammes de bicarbonate de soude et de 3 grammes de magnésie calcinée par doses espacées d'heure en heure.

Le second jour, vers le soir, sans aucun phénomène prémonitoire, à la fin d’une miction, éclata une douleur intense et du sang apparut dans l'urine. L’hématurie se reproduisit aux mictions suivantes pendant environ trente-six heures ; la douleur disparut assez vite et le sang diminua progressivement dans les urines.

Aussitôt prévenu, j'attribuai la crise de cystite du col à l’action dés alcalins à haute dose et je les supprimai.

Cependant les douleurs dorsales, après avoir été très atténuées pendant deux jours, reparurent avec la même intensité.

Pensant que le bicarbonate de soude avait été le vrai coupable, je fis prendre alors, par doses espacées de deux heures en deux heures, un mélange de 4 grammes de magnésie et de 6 grammes de craie préparée. La nuit suivante il y eut une nouvelle crise de cystite hématurique. Elle fut moins intense et de plus courte durée que la première. C’étaient donc bien les alcalins en général et non plus spécialement le bicarbonate de soude qu'il fallait mettre en cause.

Les alcalins furent complètement supprimés, et les signes de cystite ne reparurent plus.

Les urines n'ont pas renfermé d’albumine en dehors des deux périodes d’hématurie.

Le malade en question a toujours, depuis son enfance, uriné avec une certaine difficulté, son jet, projeté peu loin, était en vrille et d’un mince diamètre. On peut penser qu'il présente une anomalie susceptible d’expliquer, en partie tout au moins, la grande susceptibilité de sa vessie vis-à-vis des alcalins.

Quoi qu’il en soit, j'attirerai l'attention sur ce fait que rien n’avait pu me mettre en garde de ce côté ; c’est subitement, sans aucun signe prémonitoire, qu'a éclaté la crise de cystite et d’hématurie. Si je n'avais pas attribué cette crise à sa cause réelle et suspendu l'usage des alcalins, les accidents eussent certainement persisté, et ils se seraient probablement aggravés.

Il est donc nécessaire d’attirer l’attention des médecins sur cet accident trop peu connu de la médication alcaline à haute dose.

OBSERVATION VI. — {rritation vésicale.

M. le D‘ AzBEerT MATHIEU, médecin de l’hôpital Andral. Société médicale des hôpitaux, 17 mai 1895.

Un de nos confrères a bien voulu, par reconnaissance me dit-il, me faire part de son auto-observation ; voici les principaux passages de la lettre qu'il m'a adressée :

« Depuis plusieurs mois, j'ingérais après mon repas, pour combattre le pyrosis, des doses croissantes de bicarbonate de soude,

soit :

En octobre 1804. 8à 9 grammes par jour novembre. 18941. 18'à019 — décembre 1604... 12:42:19 00 — janvier 1805. 18 —— février LO0DPrre. 20 — mars (OO : 25 —

Ces doses étaient ingérées en quatre prises, l'une immédiatement après le repas, l’autre environ deux heures après. Jusqu'à la mi-fé- . vrier je n’éprouvai aucun malaise. À cette époque, je commençai à

Se

avoir des envies de plus en plus fréquentes d’uriner, c'était de la pollakiurie et, en même temps, de la polyurie : urines claires et limpides d’acidité normale. Au bout d’un mois de cet état de choses, c’est-à-dire vers le milieu de mars, je commençai à éprouver les premiers symptômes de cystite aiguë du col: envies d’uriner extrêmement fréquentes, douleurs de plus en plus aiguës au début et à la fin de la miction etc.

Les urines en très petite quantité à chaque miction étaienttoujours extrêmement limpides et plutôt hyperacides (il est vrai que je ne me rappelle pas à quelle distance de mes ingestions de bicarbonate de soude je les analysais).

Le 31 mars seulement, je lisais votre communication à la Société médicale des hôpitaux, et pensais immédiatement à incriminer le bicarbonate de soude. Je cessai d’en prendre le r°* avril ; le lendemain, les douleurs disparaissaient ; le 3 avril, tous les symptômes vésicaux avaient disparu.

Y a-t-il chez moi prédisposition, je n’en sais rien ; je n’ai aucun passé uréthral, je n’ai que trente-deux ans. À moins qu'il n’y ait une prédisposition organique, jusqu’à l’âge de douze ans, j’eus de l'incontinence nocturne d'urine.

En tout cas, il ne me semble pas qu'il y ait eu chez moi une lésion quelconque puisque les accidents ont cessé moins de trois jours après la suppression du traitement absolu.

Il est bon de noter encore que j'ai fait analyser le bicarbonate dont je me servais ; il renfermait, d’après l'analyse faite par un professeur d'une Ecole de médecine de l'Ouest, 15 p. 100 de sulfate de soude. »

Il est à remarquer que les urines sont restées claires et limpides pendant que le bicarbonate de soude était ingéré à haute dose et que s'étaient établis les phénomènes d’irritation du col de la vessie. Elles seraient aussi restées acides ; toutefois il n’est pas démontré qu'elles n'aient été alcalines à certaines heures de la journée. Il est remarquable déjà qu'elles ne l'aient pas été d’une façon permanente. J'avais tendance à penser que l’irritation du col ne survenait que lorsque l’alcalinité de l’urine était accentuée et permanente.

Notre confrère se croyait sans doute autorisé par l'acidité de Son urine à augmenter la dose du sel alcalin ingéré : le point de repère tel qu'il le prenait était en tout cas insuffisant et il est intéressant de le constater.

OBSERVATION VII. — (Inédite, en partie personnelle) prise dans le service du D' MaTutEu, médecin de l'hôpital Andral, par M. G. Micra, interne des hôpitaux, achevée par l’auteur.

H... âgé de 53 ans, employé d'octroi.

Hyperchlorhydrie datant de 20 ans.

Traitement par le bicarbonate de soude commencé il y a trois ans à la dose de 40 grammes par jour, en 4 doses, et continué pendant deux ans. Déjà à ce moment le malade s’apercevait qu'il urinait très souvent et beaucoup (le malade prenait six litres de lait par jour). Les mictions étaient impérieuses.

Pas d’hématémèse.

Traitement par les alcalins repris au mois de mars 1805 : 20 grammes de bicarbonate de soude et 5 grammes de magnésie.

Mais au bout d’un mois le malade ne prend plus de poudre que la quantité nécessaire pour calmer ses douleurs, c’est-à-dire trois cuillerées à café environ par jour.

Au commencement d'octobre le malade se plaint d’éprouver, depuis un mois, les phénomènes suivants : sensation de pesanteur au bas-ventre ; fréquence des mictions (le malade se lève trois fois parnuit); néanmoins celles-cine paraissent pasimpérieuses.H...attire notre attention sur le fait suivant qui n’existait pas d’ailleurs avant l'apparition de ces derniers symptômes ni pendant la durée du premier traitement par les alcalins : quand le besoin d’uriner se fait sentir, il n’urine d’abord que quelques gouttes et pense avoir terminé ; mais il est alors repris d’un nouveau besoin et cette fois urine abondamment. La portée du jet est un peu diminuée. La prostate est d’ailleurs légèrement hypertrophiée. Une hématurie assez abondante survient quand le malade a marché, lorsqu il est au repos, elle ne se produit pas. Ainsi, à son réveil, le malade n'urine pas de sang

et l’hématurie n'apparaît que lorsqu'il a marché pour se rendre à son bureau.

Elle se présente sous la forme suivante : l’urine est teinte de sang dans sa totalité aussi bien au début qu'à la fin de la miction. Celleci n’a jamais été suivie de l'émission de quelques gouttes de sang pur.

Les urines sont troubles au dire du malade.

Le malade qui était simplement venu consulter ne peut être suivi.

Cette observation nous ayant été communiquée, nous avons tenu à la compléter. Nous sommes allé à la recherche du malade et avons appris les faits suivants qui confirment absolument l'origine de l'irritation vésicale.

Le malade cessa de prendre du bicarbonate de soude immédiatement après sa consultation.

Le lendemain les urines n'étaient plus que très légèrement teintées de sang.

Le surlendemain l’hématurie avait complètement disparu.

Quant aux autres phénomènes urinaires, ils diminuèrent progressivement.

A l'heure actuelle (12 janvier)le malade n'éprouve plus qu'une légère sensation de pesanteur du côté du bas-ventre.

Le malade reprend du bicarbonate de soude depuis quinze jours, à très petite dose (1/2 d’une cuillerée à café par jour).

L'hématurie ne s’est plus reproduite.

OBsERvATION VIII (Inédite).

Donnée par M. À. MATHIEU.

Malade âgée de 30 ans, hyperchlorhydrique, traitée par M. Mathieu par le bicarbonate de soude à haute dose. Bien que ce dernier l'ait prévenue de la possibilité d’accidents de ce genre, la malade, dès qu’elle ressentit quelques douleurs en urinant, alla trouver son pharmacien, qui lui assura que le bicarbonate de soude ne

d'accidents semblables. Comme elle contiement, l'irritation augmenta au point d'amener une Justement effrayée, elle vint trouver M. Mathieu quien

emploi du bicarbonate, fit cesser immédiatement tous les

cidents vésicaux. Depuis la malade se porte bien et n'est pas nue consulter pour des accidents de ce genre.

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