CHAPITRE III
Palpitations.
Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu trouver qu'un seul cas de palpitations consécutives à l’emploi du bicarbonate de soude, de sorte qu'il y a lieu de se demander, s’il ne s'agirait point là d'une simple coïncidence.
Nous relatons le fait malgré son isolement. C’est Stadelmann (1) qui l’a observé. Frappé par l'énorme azoturie trouvée dans certaines formes du diabète sucré, élimination subordonnée à la production élevée de certains acides gras, il eut l’idée que le syndrome complexe appelé « Coma diabétique » pouvait être une intoxication par des acides gras.
Il résolut donc de traiter le coma diabétique par les alcalins à haute dose. La science manquait de données sur la manière dont les diabétiques supporteraient une dose d’alcalins aussi considérable et aussi prolongée et surtout il n’était pas bien sûr que l’azote éliminé dût diminuer. Voici comment fut conduite l'expérience.
Un diabétique fut mis au bicarbonate de soude à la dose de 30 grammes par jour en deux fois. Au bout de huit jours le traitement fut interrompu à seule fin de
(1) Du traitement de certaines formes du diabète sucré par Îles alcalins. Deutsches Archiv für klinische Medicin, p. 302 et seq.
vérifier son efficacité. Huit jours après, il fut repris et continué aux doses successives de 36 grammes, 50 grammes, 72 grammes par vingt-quatre heures. Les conclusions de Stadelmann furent les suivantes :
1° Le bicarbonate de soude à hautes doses diminue considérablement l'élimination de l'azote;
2° Les doses élevées sont nécessaires;
3° Il y a accumulation du sel dans l'organisme, ce qui retarde l'apparition de la réaction alcaline des urines et tend à la prolonger après la cessation des doses;
4° Il signale des palpitations violentes dont se plaignait le malade, bien que souvent le cœur ne donnût que 70 ou 72 pulsations. Il a constaté également une sensation de plénitude pénible après l’ingestion, un affaiblissement marqué et de la céphalée, surtout aux premières fortes doses.
CHAPIEPRE IV
Phénomènes d'irritation vésicale.
Cet accident était peu connu avant cette année et c'est à M. Albert Mathieu, médecin à l'hôpital Andral,querevient le mérite de l'avoir signalé le premier. A la discussion que provoqua cet auteur à la Société médicale des hôpitaux sur ce sujet, le 22 mars 1895, M. le professeur Hayem nous paraît accorder la priorité à M. le professeur Guyon. En effet il s'exprime en ces termes :
« C'est ainsi que s'expliquent probablement les accidents signalés par M. Guyon chez les urinaires qui prennent du bicarbonate de soude ». Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu découvrir de faits semblables dans les ouvrages de M. Guyon. Lui-même, consulté par nous à ce sujet, nous a affirmé n'avoir rien constaté de semblable, n’ayant du reste jamais, nous ditil, dépassé la dose de huit à dix grammes de bicarbonate de soude par jour. Il ne croit pas d’ailleurs que les phénomènes observés par M. A. Mathieu soient autre chose qu'une irritation passagère de la vessie ou des reins, produite par une élimination par trop active du bicarbonate de soude, soit en nature soit à l’état de souscarbonates mal définis. Peut-être ne s'agirait-il que d’une réaction alcaline des urines trop prononcée, favorisant le développement intra-vésical de micro-organismes,
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amenant même la décomposition ammoniacale de l’urée avec toutes ses conséquences. Bien mieux, cet auteur semble nier à peu près les cystites dues uniquement à l’action médicamenteuse et au nombre des substances capables de cette action, il ne cite pas le bicarbonate de soude. Ainsi dans son 7raïté des affections de la vessie et de la prostate, page 803, il s'exprime ainsi: « Les réflexions qui précèdent au sujet de la cystite cantharidienne m’amènent à vous dire un mot de l'influence que peuvent avoir certains médicaments, tels que le sulfate de quinine, l’iodure de potassium, la morphine, les balsamiques, les diurétiques, les emplâtres de thapsia, les sinapismes. Un certain nombre d'auteurs parmi lesquels MM. Le Dentu, Chauvel, Hoffmann, Bally, semblent admettre ces causes de cystite. Mes observations ne me disposent pas à cette manière de voir; je suis tenté de croire que, dans les cas où l’inflammation de la vessie a paru reconnaître des causes aussi légères, il s'agissait de sujets doués d’une susceptibilité toute particulière et probablement déjà sous le coup d’une influence diathésique ».
Quoi qu'il en soit, M. A. Mathieu a donné des observations évidentes de phénomènes d’irritation vésicale survenues à la suite de l’emploi du bicarbonate de soude. Nous-même apportons aujourd'hui trois observations inédites, deux prises dans son service, l’une rédigée par son interne M. Milian et l’autre à nous personnelle : Ia troisième nous a été donnée par M. Mathieu lui-même. Ce dernier nous a fait remarquer d'’ailleurs qu'il s'agit surtout de symptômes d'irritation vé-
sicale bien plus que de cystite proprement dite, les urines n'étant pas purulentes.
En quoi consistent ces phénomènes P
D'abord, les voit-on chez tous les malades qui prennent du bicarbonate de soude à dose élevée ?
Evidemment non? La fréquence de cet accident est sans doute minime, tout au moins dans ses formes évidentes. Ainsi, M. le professeur Debove, qui plus que tout autre, a donné le bicarbonate de soude à haute dose, n’a jamais observé aucun fait de cet ordre. M. le professeur Hayem, déclare également qu'il a donné du bicarbonate de soude jusqu’à la dose de 30 grammes par jour à des dyspeptiques sans avoir observé aucun accident du côté des voies urinaires. Tout au plus a-t-il noté un pèu d’ardeur uréthrale chez des sujets dont le canal n’était pas absolument sain antérieurement.
Il convient de faire remarquer que les sujets auxquels on administre le bicarbonate de soude sont souvent des hyperchlorhydriques. Or ces malades ont une tolérance toute particulière pour ce médicament. Ce n’est pas en effet du bicarbonate de soude seul qu'on leur donne, mais un mélange de ce sel avec du chlorure de sodium ou du lactate de sodium, voire même du phosphate de sodium, produits de la saturation du suc gastrique par une partie du bicarbonate dès son arrivée dans l’estomac, ainsi que le prouve la distension gazeuse plus haut signalée. Nous disons une partie, vu qu'il se dialyse certainement quelque peu du sel dans le sang, dans l'estomac et beaucoup plus dans le duodénum et l'intestin grêle, étant donnée la disposition anatomique
Debains 3
ET Aire
des fibres musculaires obliques de l'estomac (cravate de Suisse) permettant aux liquides de passer directement et très rapidement du cardia au pylore. Quoi qu'il en soit, chez les hyperchlorhydriques, les urines ne deviennent pas aussi rapidement alcalines que chez les sujets normaux : il serait même intéressant d'établir la relation entre la quantité de sel de Vichy capable d'’alcaliniser les urines d’un hyperchlorhydrique et l'intensité de son hyperchlorhydrie: ceci en vue de faciliter le diagnostic de celle-ci. |
Les phénomènes vésicaux dont nous parlons sont un fait réel et d'une fréquence relative puisque M. Mathieu, dans le courant d’une seule année, a pu en signaler quatre cas dans son service, sans compter ceux où il y avait dysurie simple.
L'homme âgé y est plus sujet que l’adulte ou l’adolescent en raison de l'importance prédisposante des lésions vésicales ou prostatiques si fréquentes à partir de la cinquantaine. Cette influence des lésions antérieures est frappante dans l'observation de M. Mathieu, du 22 mars 1895; en effet on trouve dans les antécédents du malade ce fait qu'il avait toujours uriné avec difficulté depuis son enfance, que son jet, projeté peu loin, était en vrille et d’un mince diamètre.
C'est parfois subitement sans aucun signe prémonitoire qu’éclate la crise douloureuse ou hématurique. D'autres fois, il y a quelques symptômes avant-coureurs, tels que besoins d’uriner un peu plus fréquents, douleur légère à la fin de la miction.
La douleur et l’hématurie sont les deux grands symptômes de la période d'état.
- La douleur peut être très intense avec irradiations dorsales, spontanée ou provoquée parles mictions. Elle se présente aussi comme une simple sensation de pesanteur au bas-ventre. Le besoin d’uriner est fréquent mais non impérieux.
Quant à l’hématurie, elle est assez semblable aux hématuries des cystites du col. En effet, l’urine n’est teintée en rose qu’à la fin de la miction, puis lorsque cellec1 est terminée, il s'écoule quelques gouttes de sang pur. Dans un cas pourtant (observation VII) l’hématurie avait les caractères des hématuries d’origine rénale, c'est-à-dire que l'urine était également rouge du commencement à la fin de la miction, comme on pouvait s'en rendre compte par le procédé des trois verres de M. Guyon. Cette hématurie n’a jamais lieu en dehors de la miction. Elle se produit lorsque le malade a éprouvé quelque fatigue, lorsqu'il vient de marcher par exemple. C'est ainsi que l’urine du réveil est normale, tandis que celle du soir contient du sang. Iln'y a jamais de pus.
Mais ce qui caractérise le plus ces accidents, c’est leur cessation immédiate dès qu'on supprime le médicament. C’est un phénomène des plus curieux comme des plus démonstratifs que de voir la douleur et l’hématurie disparaître douze heures après la cessation du bicarbonate de soude.
Voilà pour les faits observés ? Quelle explication faut-il leur donner ?
Pour M. Ferrand (1) le bicarbonate de soude qui est un sel neutre et moins alcalin qu'on ne le dit souvent, le devient surtout en abandonnant dans l’économie une partie de son acide carbonique et en se transformant ainsi en sesqui-carbonates alcalins, corps mal définis chimiquement d’ailleurs. Or ces sesqui-carbonates sont loin d’être physiologiquementindifférents; comme alcalins puissants, ils peuvent y saturer les acides soit dans l’estomac, soit dans le sang, soit jusque dans les sécrétions et en particulier dans la vessie.
Or quand on administre le bicarbonate de soude aux doses ordinaires de deux à quatre grammes, sa transformation en sels neutres s’opérant dans les premières voies et se trouvant terminée dans les liquides d'élimination, il ne peut se produire d'accidents.
Mais si on vient à le donner à dose surélevée, à des sujets en pleine accescence, sa décomposition s'opère sur une grande échelle, mais la quantité d’acides libres étant insuffisante pour saturer toute la soude il se produit une forte proportion de sesqui-carbonate qui se dialyse immédiatement dans le sang. De 1à aux voies d’excrétion, reins et vessie, il n’y a qu’un pas. Telle serait l'explication du fait qu'a observé M. Mathieu dans lequel lirritation vésicale a été vive au point de provoquer une véritable hématurie.
Le résultat est le même, que cette espèce de cystite provienne de l'irritation topique des parois vésicales par le sel alcalin ou du développement microbien favorisé par l’alcalinité des urines.
(1) FERRAND, Sociélé de biologie, 29 mars 1805.
Pour M. Mathieu ce n’est pas exclusivement à l’emploi du bicarbonate de soude mais à l’alcalinisation des milieux organiques et secondairement de l’urine que les phénomènes d’irritation vésicale doivent être attribués. En effet, l’un de ses malades eut une seconde poussée d’hématurie huit jours après la première sous l'influence de 4 grammes de magnésie et de 6 grammes de craie préparée.
La conclusion qui ressort de ces faits est qu’il faut surveiller la vessie des gens à qui on ordonne le bicarbonate de soude à haute dose, particulièrement de ceux ayant eu déjà ou ayant encore quelque affection des organes génito-urinaires. Maïs peut-on éviter la production de ces accidents ? L’acidité de l'urine est chose fort variable et ne correspond nullement à l'acidité gastrique, aussi sa mesure ne peut-elle servir de guide pour la quantité de sel à administrer. Il vaut mieux, ainsi que le fait M. Mathieu, s’efforcer de neutraliser exactement et non à l'excès le suc gastrique des hyperchlorhydriques, puisque c'est là qu’on emploie le plus souvent les alcalins à haute dose. Mais comment y arriver? Avec M. Mathieu, nous dirons que le meilleur point de repère est la douleur. En conséquence noùs administrerons le bicarbonate non point à doses systématiques, mais par pincées au moment où le malade commence à souffrir.
Quand les accidents sont survenus, devons-nous nous alarmer et craindre pour le malade ? Non, et nous pouvons rassurer celui-ci immédiatement, car toutrentrera dans l’ordre dès que nous aurons supprimé le médicament.
CHAPFFRE: V
Cachexie alcaline.
Parmi les différents auteurs qui ont étudié la médication alcaline, les uns affirment, les autres nient son action cachectisante.
Au nombre des premiers, nous citerons Trousseau (1) qui s'exprime ainsi dans son 7 raité de thérapeutique : « Donner des alcalins, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie, ne peut jamais être chose indifférente. Pris sans indications, durant peu de temps, ils ne causent en somme qu'un trouble momentané : pris en grande quantité et longtemps, ils causent une cachexie,
‘un amaigrissement déplorables.
Déjà les anciens avaient admirablement indiqué l’influence des alcalins sur la composition du sang. Ils avaient vu que ce liquide nourricier devenait plus fluide, qu’il se décolorait et qu’à la fin, il s’établissait une cachexie caractérisée par de la pâleur, de la bouffissure générale, des hémorrhagies passives. En outre, il survenait un amaigrissement souvent irréparable. Depuis quelques années, l’usage excessif que l’on a fait des eaux de Vichy, de Carlsbad et de Pougues dans le traitement de la goutte a permis de juger cette grosse question et
(1) TroussEAU et Prnoux, Traité de thérapeutique, 9? édition, p. 516.
nous ne craignons pas de dire que l’abus des alcalins a causé plus de mal que l'abus de l’iode ».
De même que Trousseau, M. le professeur Bouchardat (1), dansson Manuel de thérapeutique et de matière médicale, affirme l’existence de la cachexie alcaline.
À l’appui de cette opinion sur l'influence pernicieuse des alcalins, nous pourrons citer les opinions du D' Lœæffler (Schmidt®s Jahrbücher, 1848) relatées par Rabuteau (2). Ces expériences ont été faites sous sa direction et sur eux-mêmes par cinq étudiants allemands jouissant d’une santé parfaite. Ils prirent pendant huit à dix jours des alcalins à la dose progressive de 1 à 5 drachmes (de 1 gr. 77 à 8 gr. 85)et au bout de ce temps le sang tiré des veines présentait les caractères suivants :
1° En couleur et en densité, il ressemblait à du jus de cerises ;
2° Le nombre et le volume de leucocytes étaient augmentés ;
3° Les globules rouges étaient plus pâles que normalement;
4° La proportion d’eau était augmentée et celle des matières solides diminuée ;
5° Moins de matières grasses ;
6° Diminution de fermeté et d’élasticité du caillot dont les éléments solides étaient en proportion moindre que dans le sang normal.
Etat général : faiblesse, un peu de pâleur, manque
(1) BoucHARDAT, Manuel de lhérapeutique et de matière médicale, p. 506. (2) RABUTEAU, Traité de thérapeutique, Paris, 1875, p. 244.
d'énergie et de stimulus aussi bien pour le corps que pour l'esprit, pouls plus lent et plus faible.
D'après M. Garrod (1), si on examine le sang d’un rhumatisant après l’administration des alcalins, on voit la. fibrine se déposer plus lentement et sur toute la surface du caillot ; elle paraît différer de la fibrine normale et être moins coagulable.
M. Forestier, dans sa thèse sur la médication alcaline, arrive aux conclusions suivantes :
Si les alcalins sont administrés à forte dose, 20 grammes par jour, par exemple, et pendant peu de temps, les fonctions de la nutrition ne peuvent plus suffire à réparer les pertes produites par une désassimilation exagérée. Il y a une véritable dissolution du sang quirendu plus liquide est moins propre à la nutrition, soit physiologique soit pathologique. Il en peut résulter une cachexie passagère. C’est là l'effet que l’on recherche dans le traitement des phlegmasies aiguës par les alcalins. Si ces médicaments sont pris à forte dose et pendant très longtemps, cette cachexie, d'abord passagère, s'établit en permanence ; le sang, dissous et appauvri par l'excès de la désassimilation, devient pâle et fluide ; de là la cachexie, l'émaciation, la transsudation séreuse, les hydropisies.
L'expérimentation semble aussi, entre les mains de C. Lomitkowsky, démontrer la cachexie alcaline. En effet, en 1871, cet auteur expérimenta sur 7 chiens. Ceux-ci prirent avec leur nourriture 20 à 60 grammes de bicarbonate de soude par jour, 500 à 600 grammes
(1) GARRoOD in thèse de FoRESTIER, Là médication alcaline, Paris, 1865.
en trois semaines. Il en résulta pour ces animaux diarrhée, vomissements, urines alcalines et dans quelques cas albumineuses. Chez ceux qui moururent ou qui furent mis à mort, on trouva les gencives gonflées et saignantes, des inflammations parenchymateuses du cœur, du foie, des reins, des glandes de Lieberkuhn; dans le foie on ne trouva que peu ou point de sucre, tandis que la substance glycogène s’y rencontrait toujours en quantité variable. L'auteur en conclut que le ferment qui transforme la substance glycogène en sucre disparaît sous l'influence du bicarbonate de soude.
Ciment, qui a expérimenté sur lui-même les divers alcalins, a observé que sous l'influence du bicarbonate de soude à la dose de 8 grammes par jour, il subit une déglobulisation plus sensible qu'avec toutes les autres substances. Le rapport des globules blancs aux globules rouges resta le même. Le pouls qui avait conservé sa fréquence pendant deux jours, s’abaissa ensuite progressivement jusqu’au sixième jour. Dès le troisième jour, il nota une diminution de l'appétit, des régurgitations acides, une sensation profonde de plénitude à l’épigastre, des douleurs frontales avec exacerbations le matin, de la pâleur de la face et des épistaxis. Les globules augmentaient après la cessation du médicament.
MM. Rabuteau et Constant Boghoss(1), dans une série d'expériences faites sur eux-mêmes et sur une femme, arrivèrent aux résultats suivants:
Chez Constant Boghoss qui prit 50 grammes de bicarbonate de soude en 10 jours et chez la femme qui prit
(1) RaguTeau, Trailé de thérapeutique, Paris, 1875, p. 241. Debains 4
42 grammes de bicarbonate de potasse en 7 jours, on observa un état anémique prononcé et une diminution des forces musculaires (1).
L'appétit diminua également et ils durent parfois se faire violence pour ingérer la ration d’aliments qu'ils s'étaient prescrite.
Enfin, d’après Fonssagrives, le bicarbonate de soude, une fois absorbé, alcalinise le sérum du sang, diminue la coagulabilité de la fibrine et peut, si son usage est prolongé, produire une cachexie particulière, un véritable scorbut alcalin.
En 1878, Coignard, tout en défendant l’eau de Vichy de causer ces accidents, pense cependant qu'ils peuvent être imputés à l’usage des alcalins purs. « Il est, dit-il, de la plus haute importance de faire remarquer que ces résultats (perfectionnements de la nutrition, utilisation des principes albuminoïdes) ne sont atteints que par l’eau minérale et que l’on arrive souvent aux résultats contraires par l'usage pur et simple des alcalins dont l’action cachectisante est très réelle avec des doses élevées ou prolongées.
Tels sont les principaux auteurs affirmant l’existence de la cachexie alcaline. Voyons maintenant les travaux entrepris dans le but de démontrer sa non-existence.
En 1875, Zénon Pupier (2), expérimentant sur des chiens, des poulets et des lapins, obtint les résultats suivants :
(1) Bocnoss ConsTAnT, Thèse de Paris, 1870.
(2) ZÉNON PUPIER, cité par ManQUAT, Trailé de thérapeutique, t. 1, p.714, et par SouLiGoux, Étude sur les alcalins, Paris, 1878, p. 302.
Des chiens, soumis au régime des eaux alcalines en boisson et dans leur soupe, augmentèrent constamment de poids. Chez l’un d’eux, le nombre de globules rouges qui était de 3.165.800 au début de l'expérience devint de 5.914.800 après un mois de traitement alcalin. Chez une chienne soumise au même régime pendant six semaines les globules rouges montèrent de 3.017.500 à 4.651.200. Lespouletsprésentèrentle mêmephénomène de 2.317.660, les globules rouges montèrent à 4.624.000 après un mois de traitement. Des lapins auxquels M. Pupier fit avaler de l’eau alcaline avec une pipette présentèrent une augmentation semblable de globules rouges, de 2.419.610 à 3.665.200.
M. Pupier en arrive ainsi à cette conclusion, que les alcalins tendent à produire l’hyperglobulie et que dans les affections organiques, ils ne peuvent être impliqués dans la production d’un état cachectique que comme stimulants de l’évolution morbide qui seule conduit à la cachexie.
En 1879, M. de Lalaubie (1), ayant soumis 8 anémiques au traitement par l'eau de Vichy, constata dans tous les cas une augmentation globulaire. Cet auteur en conclut que l’eau de Vichy administrée à dose thérapeutique et dans des conditions qui permettent l'exercice de certaines activités fonctionnelles, élève d’une façon très appréciable le niveau globulaire dans les anémies liées à des affections justiciables de Vichy. Mais d’après lui, les hypoglobulies liées à des affections que l’eau
(1) DE LaLAUBIE, cité par MANQUAT, tome I, p. 714,
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de Vichy ne peut modifier avantageusement, bénéficient peu de l’action reconstituante du médicament.
En 1880, les D‘ Martin Damourette et Hyades présentèrent à l'Académie des sciences un travail intitulé : Notes sur quelques effets nutritifs des alcalins à dose modérée d’après l'expérimentation sur l'homme dans l’état de santé. D'après ces auteurs, les alcalins activent les oxydations organiques, car on trouve continuellement une augmentation de l’urée dans l'urine. Ontrouve par contre une diminution de l’acide urique, ce qui prouve une perfection plus grande dans la désassimilation des matières azotées, qui dès lors ne sont rejetées qu'après avoir donné toute la force qu'elles peuvent engendrer.
D'après ces auteurs, il n'y aurait donc pas de cachexie alcaline etle bicarbonate de soude ne pourrait être contre-indiqué que chez des malades déjà anémiés, chez lesquels il ne faut pas activer les combustions. C’est d’ailleurs l’avis de M. A. Mathieu.
Martin Damourette et Hyades ajoutent que la production des hématies s’est montrée activée chez les sujets chez lesquels l'hématimétrie a été pratiquée comparativement dans l'état physiologique et dans l’état expérimental.
«On ne peut invoquer ici, disent-ils, pour expliquer l’'hypergenèse des globules, ni la guérison d’une dyspepsie comme chez les malades de Vichy, ni même un surcroît d'activité imprimé à la digestion normale, puisque, chez un des sujets, le bicarbonate occasionna des troubles gastriques. :