RESPIRATION CHLOROTIQUE
Le rythme respiratoire sur un thorax sain et à l'état de repos est assez régulier. Les deux temps se suivent à intervalles à peu près égaux, séparés l'un de l'autre par un court silence; l'inspiration est environ trois fois plus longue que l'expiration. Mais sous l'influence de l'exercice et des émotions, il se produit un état respiratoire particulier qu’on appelle l’essoufflement, état caractérisé par l'accélération de la respiration qui, au lieu de se faire seize fois environ par minute, atteint le chiffre de 25 ou 30. La durée de chacun des deux temps est abrégée sans que leur rapport soit modifié sensiblement ; le silence qui les sépare est aussi plus court, et l'expiration commence à se faire entendre dès que l'inspiration est terminée sans intervalle appréciable. Nous verrons plus tard que cet
= — essoufflèment se: te fréquemment chez les chlore tiques. | L'intensité du murmure D elainr est. ent rappost avec l'ampleur des mouvements d'expansion thoracique, et comme ce dernier élément est soumis en partie à l’action de la volonté, le sujet que l'on ausculte peut à son gré modifier l'intensité du murmure. Cette intensité du murmure vésiculaire varie suivant diverses causes. Il est admis que moins les parois thoraciques sont épaisses, plus le murmure vésiculaire est intense. Or; cette règle se trouve en défaut chez les chlorotiques à parois thoraciques généralement minces et peu développées et dont le murmure est faible. Nous u'insisterons pas sur la plus ou moins-grande. intensité du son suivant les régions de: la: poitrine. Disons que normalement le murmure inspiratoire est plus-fort que l'expiratoire.
La: {onalité du: murmure vésiculaire ne nous ayant pas paru.altérée dans la:chlorose, nous-n'insisterons:pas sur ce point.
… Timbre. — Le murmure: vésiculaie, dit Faisan:(1), est:un bruit doux et moelleux. Laennecle comparait aw bruit d'un soufflet dont la soupape ne ferait aucun bruit ou, mieux encore, à celui que fait-entendre à l'oreille une: personne qui, pendant um: sommeil profond mais paisible, fait de temps en temps une grande inspiration. Ce timbre qui est indépendant de l'intensité
(1) Faisans. Maladies des organes respiratoires. Masson;1692.
— 24 — = est souvent le premier :à s’altérer des caractères du murmure vésiculaire. Nous ne décrirons pas les différentes théories émises pour savoir où se produit ce bruit; on admet aujourd’hui qu'il prend naissance dans l’intérieur même du poumon, qu'il soit dû au déplissement des vésicules (Barth el Roger) ou qu'il se renforce dans les culs-de-sac alvéolaires par suite du frottement de l'air contrg les parois des dernières divisions bronchiques.
Les anomalies de rythme se rencontrent fréquemment dans la chlorose en dehors de toute lésion tuberculeuse. Nous avons déjà noté la fréquence de la respiration. à Ho
.« Lorsque les chlorotiques font un exercice un peu violent, dit M. le Professeur Hayem (x), elles éprouvent, outre des battements du cœur, de l’oppression:et quelquefois même une gêne notable dans la poitrine. Cependant, à l’état de repos, le rythme respiratoire'ne paraît pas sensiblement modifié. Mais quand on compte le nombre de respirations dans . les cas où l’'anémie est très accusée, on le trouve toujours: assez sensiblement accru. » M. Gilbert (2) admet aussi que la respiration est régulière et normale au repos, sauf dans les chloroses intenses où elle s'accélère sensiblement. Il ajoute que, d’ailleurs, la poitrine asser
(1) Hayem. Du sang et de ses altérations anatomiques. Paris, (2) Gilbert. Traité de médecine, t. IL, p. 501.
fréquemment est mal développée ; la sco/iose n'est pas
très rare, le corps thyroïde est dans certains cas hyper-
trophié. un) Cette accélération des mouvements respiratoires
entre en grande partie dans la constitution d'un phé-
nomène fréquent dans la chlorose : /a dyspnée. A l'état de repos il n'existe pas de sensation subjective, de dyspnée. Les mouvements, l'exercice musculaire et à plus forte raison la fatigue, de même que les émotions vives, amènent de suite une accélération des mouvements respiratoires et provoquent une sensation subjective de dyspnée plus ou moins vive. Nous avons déjà vu que Cazin attribuaïit à cette dyspnée un caractère suspireux qui tient à la tristesse des malades. Il ne faut pas aller chercher dans la forme de la dyspnée quelque chose de caractéristique, ce serait faire fausse route, en réalité cette dyspnée est la même que celle de toutes les anémies chroniques (Luzet) (1). Pour cet auteur, elle ne s'accompagne pas de toux, ni de phénomènes quelconques d'auscultation susceptibles de l'expliquer. Elle tient seulement au défaut momentané d'équilibre entre l'apport d'oxygène et son usure au moment des mouvements, défaut qui n'existe. pas
- quand la chlorotique est au repos.
Cette dyspnée peut aussi se montrer dans le sommeil à la suite d'un rêve pénible.
(1) Luzet. Manuel de médecine. Debove et Achard, t. II, De la chlorose, Rueff, 1893.