Étude sur Quince Curce
I. Les critiques et leurs doutes. — II. L'histoire littéraire chez les modernes et chez les Romains. Les monographies et les encyclopédies biographiques. — III. Le silence de« écrivains anciens sur Quinte Curce.
Certains ouvrages de l'antiquité ont eu deux fortunes bien diverses.
Nous avons sur les uns des renseignements de tout genre; nous savons à quelle époque et dans quelles circonstances ils ont été composés, quel succès ils ont eu; nous nignorons rien de leurs auteurs, de la position qu'ils ont occupée dans la société, du rôle qu'ils ont joué ; en un mot, nous avons tous les éléments possibles d'appréciation, hormis un, le seul indispensable, les ouvrages eux-mêmes. Ils ont disparu, emportés par le, temps, les révolutions, l'ignorance ou la barbarie, et nous en sommes réduits à croire les anciens sur parole, regrettant de ne pouvoir juger par nous-mêmes le talent si vanté d'un Varius ou d'un Pollion.
A côté de ces ouvrages, assez nombreux pour que la liste de leurs titres suffise à la matière d'un volume *, il en est d'autres, plus rares, qu'un heureux hasard nous a conservés. Nous les lisons, nous les étudions comme de précieux monuments de la pensée humaine, comme des documents du plus haut intérêt, mais nous ignorons absolument ce que les anciens en ont pensé. Nous ne les trouvons jamais cités ; nous ne savons que par conjecture l'époque à laquelle ils appartiennent, et l'érudition la plus patiente et la plus perspicace n'a pu réunir sur leurs auteurs que des renseignements d'un laconisme désespérant ; elle a dû souvent même se résoudre à n'admettre que des hypothèses plus ou moins plausibles.
UBistoire (F Alexandre par Quinte Gurce est un exemple curieux de ce malheureux destin. Elle a eu le sort commun à la plupart des œuvres antiques ; son titre , le nom exact de l'auteur *, le nombre des livres dont elle est composée varient suivant les manuscrits'; elle est défigurée par des lacunes souvent considérables *; mais, de plus, — et c'est là un fait regrettable, — ni elle ni son auteur ne sont cités par les écrivains anciens.
Ce silence est-il un fait aussi extraordinaire qu'on pourrait le croire? le cas de Quinte Gurce est-il unique dans les annales de
1. >L\TTH.t:i AiMERiCHii Specuneii veteris Romanx litteralura; deperditse
vel adiiuc latentis Ferrarae, 1784. — Matth.bi Aimericiiu Novum lexicon
historicum et criticiim antiqiuv littérature deperditœ tel latentis Bassani, 1187.
2. Voici les titres difTérents que les manuscrits donnent en incipit ou en expiicit, quelques-uns avec des variantes insignifiantes. — Q. Clrtii Rlfi HisTORLVRCM Alexandri magm .Macedoms, Flor. Plut., LXIV, cod. 35. Vindob., CCCC.YCII.Pam., liin.Ref/ius, 971. Vat., 1869. Paris., S718. BruxelL, 10161.
— Qllsti Glrtu Rufi de gestis Alex-andri mag.m REGIS Macedonum, Bern., 451. Paris., 5717. Rothomag., X, 188. — Cdrti Rufi historiaru.m ubri, Voss. Q. xx.
— QriNTi CiRTu HisTORici DE GESTIS Alex.\.ndri REGIS Macedom (sic). Reg., 885.
— ClARISSIMI et ELEGANTISSIMI HYSTORICI (sici QlINTI CURTIl DE GESTIS AlEX.\SDRI
MAGM LIBER, Urb., 427; Urb., 664. Vat., 1866, etc. Cf. page 315, sqq.
3. Certains manuscrits ne donnent aucune indication de livres ou de chapitres; d'autres, réunissant le cinquième et le sixième, adoptent la division en huit livres ou en douze. — Deeembrio dans sa traduction italienne (Cf. page 374) et H. Glareanus dans son édition de Quinte Gurce (Bàle, 1556, in -8») ont adopté cette division. — Enfin les manuscrits les plus nombreux et les meilleurs divisent l'histoire d'Alexandre en dix livres, c'est ce que font aujourd'hui tous les éditeurs.
4. Les deux premiers livres manquent, ainsi que la lin du cinquième, le commencement du sixième et quelques passages du dixième.