C. Raux, Op. l
4. A l'époque où Quinte Gurce écrivait, Clitarque n'était pas le seul des écrivains d'Alexandre qui fût populaire; Juba traduisait Onésicrite (cf. page 167), et l'œuvre de Trogue Pompée devait être encore très en vogue, puisqu'elle avait été achevée en l'an 9 ap. J.-Gh.; c'est du moins la date que donne Matthieu de Westminster, Flores Ilistoriarum (éd. 1370, I, page 81) : « Anno divinîE incarnationis IX, Caesare Augusto imperii sui LI « agenle annum, Trogus Pompeius chroniea sua terminavit. »
3. C. Mlller, Script. Rer. Alex., page 73. 6. QuLME Curce, IV, vi.
que dans deux des ouvrages à nous connus, celui d'Hégésias * et celui de Quinte Curce; ni Diodore, ni Plutarque, ni Justin, ni Arrien n'en parlent. Quel auteur l'a raconté originairement? Ce ne peut être Hégésias, dont l'ouvrage parut alors que la légende d'Alexandre était déjà faite, et dont le récit est d'ailleurs en trop, de points différent de celui de Quinte Curce. Quoi qu'en ait dit G. Mûller, ce ne peut pas davantage être Clitarque. Si c'était lui, en effet, Justin ou Diodore, qui, dit-on, suivent si fidèlement son récit, auraient parlé de cet épisode, et ils se taisent; Justin ne dit pas un mot du siège de Gaza; Diodore le mentionne en deux lignes ^, sans nommer Bétis. Quel est donc cet auteur?
A cette question il est impossible de répondre par une affirmation catégorique; mais, en revanche, il est tout à fait facile d'émettre une conjecture de beaucoup plus vraisemblable que celle de G. Mûller. La prise de Gaza est racontée avec détails seulement par deux des historiens qui nous restent, Arrien et Quinte Curce. Dans l'ouvrage de ces deux historiens, les détails du siège concordent en général assez exactement % et ces détails ont été pris à une source commune, la relation d'Aristobule *. Le récit du supplice infligé à Bétis ne serait-il pas emprunté au même auteur, et ne semble-t-il pas tout naturel que Quinte Curce ait suivi dans cette partie de sa narration le guide qu'il avait suivi dans la partie immédiatement précédente? Cette conjecture n'aurait rien que de très vraisemblable, et les objections qu'on serait tenté de soulever seraient facilement réfutées. Objecterait-on le silence d'Arrien sur l'épisode final du siège de Gaza? on répondrait qu'Arrien a là, comme en maint autre endroit, supprimé une circonstance peu honorable pour Alexandre^. Soutiendrait-on que le style et le ton de ce morceau diffèrent absolument du style et du ton de l'ouvrage d'Aristobule? Il suffirait de rappeler que Quinte Curce n'est pas un traducteur servile, qu'il en use au contraire fort
1. Denys d'Halicarnasse, de Comp. verb., t. V, page 120, R. — Cf. C. Mûller, Script. Rer. Alex., pages 141, 142.