Cf. page
3. Cf. Salnte-Croix, Op. L, page 100. — Grote, Op. l, t. XVIII, page H2.
librement avec les travaux de ses prédécesseurs, et qu'il donne au récit des événements une forme très personnelle. D'ailleurs, qu'on admette ou non cette conjecture, peu importe; il s'agissait moins d'en démontrer la justesse que de faire comprendre l'erreur de C. Mûller.
On ne saurait non plus avoir la prétention de prouver que Clitarque est la source unique de Quinte Gurce en constatant dans l'ouvrage du second de ces historiens la présence de documents empruntés au biographe grec d'Alexandre.
L'histoire de Quinte Gurce renferme des renseignements tirés de Clitarque, — nous en avons signalé plusieurs, — mais elle en renferme moins qu'on ne serait tenté de le croire.
Sur les quarante fragments de Clitarque que nous connaissons, C. Mûller en relève dix dans lesquels il croit retrouver l'original d'autant de passages correspondants de Quinte Curce. Dix fragments sur quarante, c'est une proportion assez faible, et que fourniraient facilement les fragments de la plupart des historiens grecs d'Alexandre. Toute faible qu'elle est, elle est encore trop forte et devra être singulièrement diminuée. En effet, le rapprochement des fragments 4 et 7 de Clitarque avec les passages V, i, 2i et YI, iv, 18 de Quinte Gurce est le résultat d'une erreur, d'ailleurs excusable ', Le rapprochement du fragment 23 avec le passage VIT, 95 (sic) de Quinte Gurce provient d'une erreur beaucaup plus grave. Dans ce fragment, Clitarque parle d'une ambassade envoyée par les Romains auprès d'Alexandre. Cette ambassade a-telle ou n'a-t-elle pas été envoyée? C'est une question fort débattue, qu'il n'importe pas de résoudre ici ^. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir si, comme le dit C. Mûller, cette ambassade a été mentionnée par Quinte Gurce. Elle ne l'a pas été, et l'indication donnée par G. Mûller est de pure fantaisie. Ce fragment a d'ailleurs été cause de
1. Le fragment 4 est relatif à l'étendue de murs de Babylone, et le fragment 7 à la mer Caspienne. Cf. pages H4 et 125.
2. Il est bon de noter seulement que cette ambassade dont on a fait un crime à Quinte Curce a réellement été envoyée, suivant Niebuhr, Rbmische Gesckickte, Berlin, Reimer, t. III, page 194; Grote, Hist. de la Grèce, Op. L, t. XVIII, page 334, et Droysen, Op. /., t. 1, page 713, note 1. Cf. AiuuEx, VU, XV, o. — MoMMSEX {Op. /.. t. II, page 190, note) dit que le récit de cette ambassade est un pur conte. — Sainte-Croix {Op. L, page 418, sqq.) n'admet pas non plus que les Romains aient eu des relations avec Alexandre.
nombreuses erreurs ; il a été rapproché par Geier * et par C. Millier d'un passage de Diodore qui n'a jamais existé, enfin il a servi d'argument contre Quinte Curce au seul critique français qui se soit de nos jours un peu longuement occupé de la biographie latine d'Alexandre "^
Ainsi le nombre des fragments de Clitarque,dont la trace évidente se retrouve dans l'histoire de Quinte Curce, doit être abaissé à sept, peut-être même à six ^. Ce nombre est, on le voit, trop faible pour servir à prouver, par lui seul, que Clitarque est la source unique de Quinte Curce.
Cette parenté, que l'on veut si étroite entre nos deux historiens, ressort-elle au moins de la comparaison du récit de Diodore avec celui de Quinte Curce? Pas davantage; pour que cette parenté fût incontestable, il faudrait d'abord que l'histoire de Diodore eût été composée uniquement d'après celle de Clilarque, et que, de plus, le récit de Quinte Curce ne fût jamais en contradiction avec celui de Diodore; or aucune de ces conditions indispensables n'est remplie, il est facile de s'en convaincre.
Le XVIP livre- de Diodore, quand on le lit même rapidement, ne donne pas l'impression d'un travail fait d'après une source unique; dans sa première moitié, il n'offre que de très rares données sur la marche des troupes, sur les opérations militaires, données qui abondent au contraire dans la seconde moitié et affectent un caractère particulier de précision. Il renferme en outre des documents qu'on ne pourrait, sans quelque hardiesse, attribuer à un seul et même historien; comment, en effet, admettre que les récits plus que légendaires sur les Amazones et sur Thaïs aient été tirés du même ouvrage qui donnait des renseignements exacts et substantiels sur le rôle de Memnon? Cette impression première se précise et se fortifie après un examen plus approfondi.
En plusieurs passages, Diodore, avant de raconter un fait, met sa responsabilité d'historien à couvert, en employant ces expres-