QuLNTE Ccrce, VI, iv, 18, sqq
peut-être il n'osait pas affirmer d'une manière catégorique. Il nous dira par exemple : « On raconte qu'Alexandre ' versa des « larmes sur la fortune de Darius et sur l'attachement qu'on « portait à ce prince. »
« On dit - que Darius, tirant son cimeterre, délibéra s'il n'évi- « ferait pas la honte de la fuite par une mort honorable. » — « Darius, en laissant le pont debout derrière lui, dit — « as3ure-t-on ' — qu'il aimait mieux ouvrir un passage à l'en- « nemi que de fermer la route à son armée en fuite. » — « Les Scythes, à ce qu'on raconte *, ne sont pas étrangers à « la sagesse. »
II. — Ne vouloir rien avancer que sur des autorités, indiquer d'un mot les faits incertains ou purement légendaires ^, ce n'est pas là un mérite médiocre, ce n'est pas le seul de Quinte Curce. Il n'est pas satisfait d'avoir mis à l'abri sa réputation d'historien sincère; il est pris parfois de scrupules, et il ne croit pas devoir dissimuler les doutes qui s'élèvent dans son esprit.
Au moment de raconter un prodige arrivé pendant la bataille d'Arbèles, il hésite et il commence son récit par cette formule dubitative : « Au reste, soit illusion, soit réalité, ceux qui « environnaient Alexandre crurent voir un aigle planer d'un « vol paisible un peu au-dessus de sa tête ^. » Même hésitation et même restriction à propos d'un heureux accident où les autres historiens d'Alexandre avaient cru reconnaître l'intervention divine ''. « Alors, dit-il, soit hasard ^, soit bienfait « des dieux, des nuages s'amoncelèrent et vinrent cacher le « soleil »
Le chiffre du butin pris à Persépolis lui paraît incroyable, il n'oublie pas de le remarquer. « On fait monter — dit-il — à c< une somme énorme, et qui dépasse presque toute croyance, « l'argent enlevé à Persépolis. Ou il faut douter de tout le reste,