I. Les procédés
I. Quinte Gurce n'avance rien que sur des autorités. — II. Ses doutes, sa bonne foi. — lîl. Sa haine de l'erreur, ses critiques contre ses devanciers. — IV. Ses procédés de critique et de composition.
Parler de la critique de Quinte Curce autrement que pour la nier, c'est, semblera-t-il à la plupart de ceux qui s'occupent de ces questions, entreprendre de soutenir un paradoxe invraisemblable. Il s'en faut cependant que cette entreprise soit aussi téméraire qu'elle le paraît au premier abord; en tout cas, elle mérite d'être tentée, ne serait-ce que pour être définitivement jugée.
I. — Quinte Gurce a eu sous les yeux des ouvrages en nombre relativement considérable, c'est ce que nous avons essayé de démontrer; il ne les a pas cités à propos de chaque événement, nous avons aussi tenté de donner les raisons de ce silence '. Mais nous avons aussi constaté que, s'il se taisait volontiers sur les auteurs qu'il suivait habituellement, il ne négligeait pas de signaler ceux qu'il avait consultés à l'occasion d'un événement qui, à tort ou à raison, lui paraissait contestable.
Il est surtout soigneux de donner ces indications à propos des renseignements géographiques qu'il multiplie, et dont, sans doute, il ne veut pas accepter la responsabilité. Au début de son cinquième livre en particulier, il emploie fréquemment des expres-
d. Cf. pages 109-110.
174 QUINTE CURCE BISTORIEX
sions vagues qui, sans nous donner des renseignements positifs sur l'ouvrage dont il s'est servi, ne permettent pas de douter qu'il ne nous transmette certains détails d'après des autorités différentes de celles qu'il suit d'ordinaire. Ainsi, parlant du Tigre et de l'Euplirate, il dira : « L'endroit où ils s'écartent le plus « l'un de lautre, au rapport de ceux qui l'ont mesuré % est de « deux mille cinq cents pas. » Et plus loin : « Là (près de Mennis) « se trouve une caverne d'où s'échappe à gros flots une source « de bitume; et l'on a pensé ^ que c'est de ce bitume que furent « enduits les murs de Babylone. » Plus bas encore : « Le mur « qui en forme l'enceinte, bâti de briques et enduit de bitume, « a 32 pieds d'épaisseur; des chars attelés de quatre chevaux « peuvent, dit-on ^, s'y rencontrer et y passer sans danger. » Notons enfin, dans le même chapitre, deux autres formules analogues, toujours à propos de Babylone : « L'enceinte entière « embrasse une étendue de 363 stades, et, s'il faut en croire la « tradition *, chaque stade fut construit en un jour. » — « La « tradition ^ rapporte qu'un roi de Syrie , régnant à Baby- « lone, entreprit d'élever ce monument par tendresse pour son « épouse. »
Même abondance de témoignages au sujet de la mer Caspienne, sur laquelle les anciens étaient si peu d'accord : « Quel- « ques écrivains '^ — dit-il — l'appellent mer Hyrcanienne ; « d'autres aussi pensent que le Palus Méotide vient se jeter « dans cette mer, et ils en donnent comme preuve la douceur « de ses eaux, moins salées que celles des autres mers précisé-
« ment parce qu'elles sont mélangées avec le Palus Méotide
« Quelques géographes ont pensé que la mer Caspienne n'est « pas une mer, mais un golfe de la mer de l'Inde qui vient « baigner l'Hyrcanie, dont les hauteurs, comme nous le disions, « s'abaissent en une longue vallée. »
Il s'appuie aussi sur des autorités trop vaguement désignées par malheur, quand il donne certains détails historiques que
i. QCINTE CURCE, V, I, 13.