Qdinte Curce, IX, \ii
« nous dit pas qu'il avait « les cheveux blonds et légèrement « frisés, le nez aquilin, la tête un peu penchée » ; il ne songe pas davantage à nous apprendre que « son œil gauche était bleu, « tandis que le droit était noir * ». Il s'inquiète médiocrement de tout cela, et s'il en parle, ce sera seulement en passant ; il se servira, comme pour les comparses, des termes les plus généraux et constatera simplement qu'il « possédait certains avan- « tages, dont on fait d'ordinaire peu de cas, qui néanmoins ont a un merveilleux pouvoir pour gagner le cœur des soldats ; « il savait prendre part à leurs exercices physiques, se vêtir et « vivre à peu près comme un particulier; il leur donnait l'exem- « pie de la vigueur guerrière ^ » II n'insistera pas autrement, et, tout son ouvrage nous en est garant, il ne s'est pas préoccupé, dans les deux livres aujourd'hui perdus, de nous mettre sous les yeux la physionomie du roi de Macédoine. Ce qui le touche, c'est la personne morale. C'est elle qu'il étudie, dont il cherche à découvrir et à démêler les éléments, les transformations. Cette tâche qu'il s'est imposée lui semble lourde, il craint de ne pas l'accomplir à son gré. De là des hésitations, des tâtonnements, des retouches continuelles. Quinte Curce n'a pas vu d'un seul coup d'oeil cette personne morale, du moins il a peur de ne pas l'avoir vue assez nettement et d'en donner par conséquent une image imparfaite. Aussi il procède par notes, par constatations, par esquisses successives, par ébauche, et c'est seulement aux dernières pages de son livre que, réunissant ces différentes épreuves, il s'est essayé à nous tracer une image définitive de son héros.
A chaque action louable ou blâmable d'Alexandre, un mot, un trait, une réflexion nous arrêtent; à leur défaut, le récit fait naître en nous l'impression que l'auteur a voulu produire. C'est ainsi que tour à tour nous apprenons à connaître la modération *, la continence *, la bonté ^, la clémence ^, la
1. Cf. H. Heydema.n.n, Op. /., page 14. — Radeh, Op. L, prolusiones, c. xni. — A. Balmeister, Denkmàler des klassischea Alterthums, 5lunich et Leipzig, 1 fasc, 1884. — Sainte-Croix, Op. L, page 506.