‹ Étude sur Quince CurceChapitre 214 sur 398 · Quinte Curce, X, x · texte numérisé non relu

Quinte Curce, X, x

3. E. Egger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du rèr/ne d'Auguste, Dezobry, Paris, 1844, app. I, page 341, sqq.

4. Cf. Patin, De l'emploi des harangues chez les historiens. Paris, 1814.

raie; ils veillaient à ce qu'aucun détail ne vînt par un ton trop cru, une teinte trop éclatante, compromettre l'effet de l'ensemble, rompre l'harmonie. Aussi ne se faisaient-ils aucun scrupule de traduire en langage académique les allocutions du genre de celle que Mérimée attribue à Masséna *.

Quinte Curce ne déroge pas aux habitudes adoptées de son temps. Il n'invente pas néanmoins de toutes pièces les nombreux discours qu'il a introduits dans son histoire. Il les compose d'après une méthode quil nous est permis de deviner. « Le « roi — dit-il — manda Cratère, et, après une conversation dont « on ignore le sujet, il se retira dans la partie la plus reculée de « son logement '. « Ainsi, il travaille sur un canevas qui lui a été fourni parles ouvrages dont il use d'ordinaire; sur ce canevas, il brode des dessins plus ou moins variés, plus ou moins ingénieux; il ne s'écarte jamais du thème primitif. Parfois il pousse sa prétention jusqu'à soutenir qu'il nous a transmis, dans sa pureté, le texte original. « L'histoire — dira-t-il — a conservé «jusqu'à nous le discours que les Scythes tinrent à Alexandre. « On trouvera peut-être leur éloquence bien étrangère à nos « mœurs, à nos esprits plus civilisés: mais, si leur discours mérite « le dédain, il n'en est pas de même de notre sincérité; nous ne « changerons rien au texte traditionnel ^. » Il ne faut pas trop l'en croire sur parole, — Tacite aussi, qui se piquait d'exactitude, a singulièrement transformé les discours auxquels il assurait n'avoir rien changé *, — mais en somme il faut lui accorder qu'il s'est borné à développer les thèmes de ses prédécesseurs. Pour n'alléguer que deux preuves, le discours d'Hermolaiis est, dans son ensemble, confirmé par Arrien ^, et celui de Cratère est de tous points conforme à une donnée de Néarque ".

1. P. Mérimée, Préface des œuvres de Stendhal, citée par H. Taine, Op. l., pa^e 291.

2. Quinte Cl'RCe, VI, xi, 12 : « Rex, Cratero accersito, et sennone habito ciijus summa non édita est, in intimam deversorii partem secessit. »

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