TiTE-LiVE, XXX
éclatent à Hécalompylos, Alexandre ne tient pas à ses soldats un langage mieux approprié à son caractère; il leur parle en orateur qui connaît toutes les ressources de la rhétorique et qui en use; la prétérition, l'énuraération n'ont pas de secrets pour lui. « Je ne parlerai pas, dit-il, des Illyriens, des Triballes, de la Béotie, « de Sparte, des Achéens, du Péloponnèse que j'ai soumis par mes « armes ou par celles de mes généraux, mais rappelez-vous que, « partis des bords de FHellespont. nous avons arraché à l'escla- « vage d'une barbarie tyrannique les Ioniens et l'Eolide, que nous « avons soumis la Carie, la Lydie, la Gappadoce, la Phrygie, la « Paphlagonie, la Pamphylie, la Pisidie, la Cilicie, la Syrie, la « Phénicie, l'Arménie, la Perse, la Médie, la Parlhie '. >> Cet Alexandre a, comme on le voit, une bonne mémoire et connaît à fond sa géographie; il a aussi des réminiscences heureuses, il s'inspire de Cicéron disant de Pompée « qu'il avait conquis plus « de provinces que les autres n'avaient souhaité d'en gouver- « ner - », il se souvient aussi de Tile-Live ^. Il abuse du lieu commun et des banalités. Veut-il faire comprendre à ses soldats la nécessité de rester en Asie? il leur parlera des moissons qui ne mûrissent qu'à une époque déterminée *; il leur dira que les Perses sont des bêtes fauves que le temps seul peut dompter °, il ajoutera une comparaison banale tirée de l'art médical ^ et continuera par des aphorismes d'une sagesse un peu vulgaire : « Une petite étincelle qu'on néglige allume souvent un grand in- « cendie. Il n'y a jamais sûreté à mépriser un ennemi; le dédai- « gner, c'est le rendre plus fort par votre incurie '. » Il abuse de l'hyperbole * et termine en rappelant aux Macédoniens — ce qui devait assez peu les toucher — « que leur plus beau titre de « gloire aux yeux de la postérité sera d'avoir puni les assassins « de Darius, de n'avoir laissé échapper aucun des sacrilèges ; « que par cet acte de haute justice ils auront rendu les Perses